Haci Baba d’Hakkari

Haci Baba Hakkari

Généralement quand je me rends à Hakkari, j’y suis reçue chez des amis. Mais l’été dernier, comme je souhaitais avoir un peu d’intimité pour pouvoir écrire, je suis descendue pour quelques jours à l’hôtel où j’avais séjourné lors de mes premiers séjours. C’est un de ces hôtels où l’on me nomme  par mon prénom. Quand je passe à Hakkarî, c’est-à-dire au moins une fois par an, parfois davantage, je ne manque jamais d’aller y saluer Haci Baba, le propriétaire, et le personnel.

Haci Baba ne gère pas son hôtel, le directeur et des employés s’en chargent. Lui est l’hôte, la figure tutélaire des lieux. Il se contente de siroter des verres de thé en compagnie de clients ou d’amis, dans le petit salon de la réception, d’où, mine de rien,  il garde un oeil sur tout. C’est un monsieur d’âge assez vénérable et respecté, ainsi que son nom l’indique. Il fait construire une nouvelle mosquée dans son village. Les revenus d’un hôtel ne suffiraient pas à une telle prodigalité, il possède d’autres affaires.

Comme tous les habitants d’Hakkari, il  y est très attaché. Et il est reconnaissant à tous ceux qui l’aiment aussi, ce qui en Turquie n’est pas très fréquent, le nom d’Hakkarî suscitant le plus souvent tous les clichés courant sur les Kurdes : repaire de « terroristes », crimes d’honneur, banditisme, féodalisme  etc… Il a été un séducteur dans sa jeunesse et a conservé cette élégance naturelle envers les femmes, propre à ceux qui les ont beaucoup aimées et ont su se faire aimer d’elles.

Dès ma première soirée à l’hôtel, un de ses fils me propose de venir dîner le lendemain chez eux. Ils feront des grillades. Etre ainsi reçue au sein de leur famille et perdre le statut de simple habituée de l’hôtel, me fait très plaisir. Mais Haci Baba, probablement à l’origine de cette invitation, me demande si j’aime le poisson. Je serai donc son invitée personnelle, non pas dans la famille de son fils, mais dans une lokanta renommée des environs, pour y déjeuner d’alibalik, un poisson de rivière. Un havre de fraîcheur au bord du Zap par ces chaudes journées de juillet. Le directeur m’apprend qu’il n’y convie que les hôtes de marque et ne se souvient pas qu’il y ait jamais invité une femme. De quoi être à la fois flattée et touchée d’une telle marque d’estime.

Nous nous y rendons dès le lendemain, en compagnie du directeur de l’hôtel, qui conduit la 4/4 aux vitres fumées, et d’un de ses petits fils qui parle couramment anglais. Il étudie à Sofia, où il  suit un cursus d’ingénieur en bâtiment. Il me confirme que, comme je l’avais supposé, ils sont plusieurs étudiants d’Hakkarî à étudier dans la capitale bulgare. Pendant le déjeuner, la conversation glisse naturellement sur Sofia et sa vie estudiantine, dont le jeune homme apprécie le caractère cosmopolite. La distance qui le sépare d’Hakkarî – à la lisière de l’Iran et de l’Irak – et la séparation d’avec sa famille ne lui pèsent pas trop. Il a l’habitude. Dès le lycée il est parti étudier à Izmir, d’où sa mère est originaire. Quand les parents en ont la possibilité il n’est pas rare qu’ils fassent le choix de confier leurs enfants à des proches, afin de leur permettre de suivre une meilleure scolarité. Il faut dire que plusieurs mois après la rentrée certains postes n’étaient toujours pas pourvus en enseignants dans les meilleurs lycées de la ville, pourtant chef lieu de la province du même nom.

C’est son grand père qui lui offre ses études, comme à chacun de ses petits enfants. Une question de ma part sera l’occasion d’en calculer le nombre exact : 32. Ce qui est loin d’être un record à Hakkari, mais signifie quand-même un budget « études des petits enfants » conséquent.

hakkari au bord du Zap

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