Les enfants de l’autre quartier (baska semtin çocuklari)

lles enfants de l'autre quartier

J’adore les cinémas de Beyoglu. On y trouve de vraies salles de cinéma, qui ont encore une âme et dans lesquelles on ne se sent pas réduit à entrer consommer un film.  En plus on a conservé en Turquie l’habitude de couper le film par un entracte, ce qui ferait sans doute hurler un cinéphile, mais que j’aime bien. J’essaie à chaque fois que je viens à Istanbul d’y voir quelques films turcs. Je fais mon choix un peu au hasard, au titre et à l’affiche, quand je ne connais pas le réalisateur.

Lors de mon dernier séjour, je n’avais que l’embarras du choix. C’était le festival du film d’Istanbul. Des films que j’ai pus voir, et dont aucun ne m’a déçue, « Baska Semtin çocuklari » (Les enfants de l’autre quartier), du réalisateur Aydin Bulut, est  celui que j’ai préféré. Le titre m’avait tout de suite plu, mais j’ai bien cru que je devrais m’en passer. La séance affichait complet depuis plusieurs jours. J’ai quand même tenté ma chance et des places se sont libérées au dernier moment.

baska semtin cocuklari (les amoureux)

L’autre quartier de la ville, est celui de Gazi, un quartier populaire, encore presque au  coeur d’Istanbul, mais où les gens « de l’autre côté » ne viennent jamais. Semih revient du service militaire, qu’il a accompli dans les komandos. Ses cauchemards de combats dans les montagnes de l’Est le hantent. Mais un autre cauchemard l’attend à son retour : le corps de son jeune frère vient d’être retrouvé dans une décharge. Il doit retrouver son assassin. Il y a plusieurs suspects, le frère de la petite amie du garçon, qui venait de découvrir leur liaison et s’y opposait ou un autre ancien komando, que la guerre a rendu psychopathe et raciste. Dans un accès de démence jalouse, il a frappé son ex petite amie avec une telle rage qu’il l’a laissée pour morte. Elle était serveuse dans un bar  türkü (kurde alévi). « Qu’est-ce que tu fais avec ces PKK? ». On est loin du spectacle offert par les chaînes de télévision et des images de soldats, beaux comme des mannequins, partant en opération dans les montagnes enneigées de la frontière irakienne, en février 2008.

La vérité, affligeante, ne sera dévoilée qu’à la fin, quand il sera trop tard.

baska semtin cocuklari ( vétéran)

Ce thriller est surtout un plongeon au coeur de ce quartier resté en marge du mouvement qui a transformé la ville en une métropole bouillonnante. Le réalisateur le raconte avec le réalisme du documentariste et de celui qui éprouve une véritable affection pour ses personnages. Les ruelles pentues du gecekondu.  La petite entreprise textile où les deux jeunes gens s’étaient rencontrés. La jolie coiffeuse de quartier qui rêvait d’une autre vie et souffre de se sentir délaissée par son mari ; sa manicure délurée qui échappe au quartier grâce à un « riche fiancé » qui lui trouve un emploi dans un salon chic de Levent. Les soirées au bar türkü et l’ambiance du gazino où le beau-frère de la coiffeuse, meilleur ami du garçon assassiné, travaille comme videur. Sa  petite taille, il est nain, ne l’empêche pas d’être un teigneux.baska_semtin_cocuklari-lami.1247280036.jpg

Malgré toute l’énergie qui les anime – la fraicheur du jeune frère assassiné irradie tout le film – les personnages sont happés par les déchirures du pays, celles du quartier et par leurs propres passions cachées.

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