Senlik à Bulam (2) – la troupe de théatre kurde du dernek (l’association de villageois)

senlik à Bulam (photo anne guezengar)

C’est le dernek, l’association des villageois, qui est à l’origine du Senlik (festival) de Zerban  à Bulam. On connait la vitalité des associations de villageois, notamment alévies, en Anatolie. A Bulam, comme ailleurs, presque tout le monde en fait partie, Les actuels habitants du village mais aussi ceux qui l’ont quitté pour s’installer dans les villes (Adiyaman, Malatya, Adana, Mersin et Istanbul notamment). Et de même que ses sympathisants disent le parti, pour le DTP (comme dans les bastions communistes en France dans les années 60), dans le village on parle du dernek (l’association)

Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’en rencontrer le président. Mais le Senlik est une occasion d’avoir une idée de sa vitalité. Déjà, de telles festivités nécessitent des fonds. Les musiciens ne se produisent pas gratuitement.

Régulièrement les animateurs égrénaient la liste des bienfaiteurs qui s’étaient manifestés ce jour là, comme dans les mariages. La région n’est pas riche. Si quelques dons atteignaient la somme de 100 Ylt ( 50 euros) , la plupart  étaient de 10 ou 20 Ylt, parfois même 5 Ylt (2,5 euros).

senlik à Bulam (photo anne guezengar)

Le Senlik cette année était marqué du sceau de la kurdité, sous fond d' »été kurde ». Le bilinguisme était de rigueur. La tenue que porte l’animateur chargé des traductions en kurde est très à la mode ces derniers temps, notamment dans les mariages. Elle me parait peut-être davantage inspirée de celles portées « dans la montagne » (PKK) que de celles des anciens, dans le coin. Quoique ça puisse être un subtile mélange des deux.

Toujours est-il que depuis l’été dernier on affirme de plus en plus ouvertement ses affinités partout dans la région.

senlik à Bulam (photo anne guezengar)

Cette année, des tentes avaient été dressées pour recevoir des invités d’honneur. Mais à cette heure là, le lieu s’était démocratisé. On y reconnait les petits danseurs du semah alévi (une activité du dernek). Il faut dire que les places à l’ombre étaient recherchées.

senlik-bulam-072-1.1251395374.jpg

 

Le dernek possède un groupe de danses folkoriques, qui a donné une prestation dont je parlerai dans un billet suivant. Il possède aussi une troupe de théatre.

J’aime beaucoup le théatre populaire et je les ai trouvé géniaux ces villageois comédiens, même si je ne comprenais évidemment pas grand chose, puisqu’ils jouaient en kurde. Mais le ton et le jeu étaient suffisamment burlesques pour que je m’amuse aussi.

La première prestation était une  histoire de querelles villageoises autour de la récolte du tabac. Apparemment le public s’amusait de se reconnaitre.

théatre villageois kurde - bulam 2009 - (photo anne guezengar)

 

La seconde était plus politique. Toujours des histoires de querelles villageoises, mais cette fois il était question de dénonciations mensongères, un villageois innocent étant dénoncé par d’autres comme étant membre du PKK, près des autorités militaires. Des pratiques qui ont du être assez courantes. Naturellement, il n’y a pas de vainqueurs. Dans ce genre de trucs, personne ne gagne jamais, ni les villageois, ni l' »Etat » (devlet), représenté par les militaires.

Cette petite pièce était en fait bilingue. Les comédiens militaires parlaient bien sûr turc. Quand ils s’adressaient à eux, les villageois parlaient avec un accent villageois à couper au couteau et kurde entre eux.

La villageoise est un homme travesti. A un moment, j’ignore pour quelle raison, elle prend une sacrée rossée, à coups de pieds dans le ventre.

 

théatre villageois kurde - bulam 2009 - (photo anne guezengar)

Je suppose que le personnage à droite avec la veste militaire est un korucu (gardien de village, armé et rétribué par l’Etat contre le PKK) En tout cas il en porte la tenue.

 

.théatre villageois kurde - bulam 2009 - (photo anne guezengar)

La pièce était truffée d’allusions à l’actualité. Le mot « Ergenekon » revenait régulièrement, et celui là, même dans les répliques en kurde, j’arrivais à le reconnaitre.. Certaines répliques faisaient particulièrement mouche et ça applaudissait sec, alors, dans le public.

 

A Hakkari aussi j’ai croisé une troupe de théatre villageoise, tout aussi drôle et décapante. Je suppose qu »il doit en exister ailleurs et notamment dans les villes. Si elles se décidaient à être un peu plus divertissantes, les télévisions kurdes (de Turquie) pourraient certainement trouver une source inépuisable d’inspiration dans ce théatre populaire.

à suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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