Pas de funérailles alévies quand on meurt en soldat.

Murat Tas, alévi

L’affaire dévoilée dans son édition du samedi 12 septembre par le journal Taraf a été relayée dans d’autres médias, dont la version anglaise d’Hurriyet.

Le jeune soldat Murat Tas a été tué à Eruh – un des deux lieux où il y a 25 ans, le PKK avait déclenché ses premières attaques – au cours d’une opération contre ce même PKK. Sa famille, alévie, avait organisé ses funérailles dans une cemevi d’Alibeyköy, du district de Gaziosmanpasa à Istanbul. Le dede Güzelgül avait déjà  entamé la cérémonie lorsqu’un lieutenant colonel est venue l’interrompre. Le corps devait être  immédiatement transporté à la mosquée d’Ataköy où il recevrait les hommages d’officiels et des dignitaires de l’armée. Il a certes assuré à la famille que l’officiant serait alévi, mais je doute qu’il s’agissait d’un de leurs dédés.

Ainsi l’armée, qui depuis le coup d’Etat post-moderne de février 1997 notamment, se présente (à nouveau) comme la gardienne vigilante de la laïcité et se montre si allergique au foulard de Madame Gül, estime que les funérailles d’un soldat, même s’il est alévi, doivent impérativement se dérouler à la mosquée, tout du moins lorsqu’elles sont accompagnées des hommages de la nation.

Évidemment la communauté de la cemevi d’Alibeyköy est sous le choc . Selon le dede Güzelgül,  « Ce n’est que par respect pour la douleur des familles que nous ne nous sommes pas opposés à ça ».

Phénomène contemporain lié à l’urbanisation – les rituels alévis se déroulaient dans n’importe quelle maison du village – les cemevi, ne sont reconnues qu’en tant qu’association culturelle, et seulement tolérées comme lieu de culte. Et encore , cette tolérance est récente et montre visiblement des limites.  Mais c’est là que les Alévis accomplissent leurs rites, que cela plaise ou non à certains, souligne le dede. « On parle beaucoup d’initiatives envers les Alévis, mais si l’armée elle-même se comporte de cette manière, on peut douter de leur sincérité. »

Mehmet Tas, alévi

.. d’autant que Deniz Baykal, le très laïc leader du CHP, le parti kémaliste, faisait partie des officiels du premier rang devant la mosquée. Ce qui fera peut-être encore une fois grincer les dents de certains au sein de son électorat, notamment alévi.

Un commentaire sur “Pas de funérailles alévies quand on meurt en soldat.

  1. Bonjour Anne,

    Je prends l’occasion de revenir sur votre blog et de retomber par hasard sur ce billet pour réagir après une année turque des plus mouvementées… Outre l’ironie qui veut depuis toujours nous faire croire que ces gens « défendaient » une laïcité pourtant très singulière (…), je trouve en effet ce sujet particulièrement symbolique de « la tragédie turque » qu’est l’enterrement forcé dans des mosquées sunni de soldats issus de familles alévies. Tout ceci et bien d’autres choses encore sont à mes yeux extrêmement symboliques du comportement hypocrite, mensonger, manipulateur et finalement cruel et totalitaire de l’armée et avec elle de toutes les élites et autres composantes de la population qui s’identifiaient à elle. Schizophrénie institutionnelle et idéologique qui aboutit à un processus de démocratisation extrêmement lent : une cinquantaine d’années !!! Ce sont ces gens qui nous saoulent avec leurs ennemis préférés et le PKK et le AKP, alors qu’en tout cas pour ce dernier qui leur a ravi le pouvoir il n’est que l’expression ultime d’une enfance et adolescence turque autoritaire, voire totalitaire qu’ils ont créées et gérées directement depuis la création de la République. Et malgré le dramatique recul actuel des libertés dû à l’aveuglement d’un Erdoğan en fin de règne qui ne fait que s’appuyer sur des institutions et des « traditions » bien en place avant lui, la liberté d’expression sur de nombreux sujets aujourd’hui en Turuqie n’a jamais été aussi grande …depuis que l’Union Européenne y a mis son grain de sel ! Mais la Turquie n’a jamais été vraiment démocratique. Et je ne m’apitoierai pas pour les larmes de crocodiles des kemalistes et apparentés qui veulent nous faire croire qu’ils sont des gens bien. Leurs gradés peuvent bien crépir dans les prisons de « Tayyip Sultan », le phénomène de l’arroseur arrosé me fascine aujourd’hui plus que jamais, et il est temps de passer à autre chose.

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