A l’école dans les gecekondu d’Urfa

 

Siverek -route  (photo anne guezengar)

Si le sujet du film Iki dil bir bavul (littéralement, Deux langues une valise, que je préfère au titre anglais : On the way too school) me touche, c’est aussi que contrairement au jeune instituteur du film et à la plupart des habitants de Turquie, la région de Siverek ne m’est plus étrangère. C’est d’ailleurs une photo prise à Siverek que j’ai choisie pour bandeau à ce blog. J’y ai séjourné plusieurs fois, mais je ne suis jamais entrée dans une de ses écoles de village.

 

 

Siverek -route  (photo anne guezengar)

 

 

J’ai rencontré par contre les élèves et leurs instituteurs d’écoles de gecekondu d’Urfa. Situés en périphéries de la ville, loin  du vieux coeur fréquenté par les touristes, ce sont les plus miséreux que j’ai vus en Turquie. Ces dernières années, des magasins de marques et des cafés « labelisés » genre mado se sont ouverts dans les rues du centre-ville d’Urfa. Mais dans sa périphérie, ces poches de grande pauvreté témoignent d’une société à plusieurs vitesses, où les écarts entre classes sociales (parfois très) aisées et les paysans sans terre qui vivent dans ces gecekondu, sont faramineux.

Certes des écoles neuves y ont été construites, qui fonctionnent à plein rendement (il y a deux sessions de cours par jour, les classes du matin et celles de l’après-midi). Il faut dire que le taux de fécondité de la province est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Ca fait donc  beaucoup d’enfants à scolariser. Mais  pour les instituteurs – en l’occurence surtout des jeunes institutrices –  qui y enseignaient dans des classes surchargées, apprendre à lire, à écrire en même temps qu’à parler turc à des gosses kurdes ou arabes, relève de l’exploit. La plupart des enfants ne la fréquentent que durant les quelques mois d’hiver, ensuite ils partent avec leurs parents, travailler comme ouvriers agricoles, au gré des récoltes,  dans les plantations de coton, d’abricotiers ou de noisetiers du pays.

Même pendant ces quelques mois d’hiver, l’assiduité est relative. Beaucoup de gosses travaillent comme chiffonniers, les cours terminés – et parfois au lieu de suivre les  cours. Le travail des enfants est en principe interdit en Turquie, mais difficile de lutter efficacement quand il contribue à nourrir la famille.

 

Je garde un super souvenir de ces rencontres, même si j’ai bien failli y périr étouffée. J’avais en effet eu la mauvaise idée de vouloir prendre des enfants en photo (des diapositives) dans les couloirs, lorsqu’ils se rendaient en récréation. Comme ils voulaient tous être sur la photo, des classes entières se sont littéralement ruées sur moi. Ca doit être terrifiant d’être une star ! Seule l’autorité du directeur  m’a sauvée de ce pétrin : « Tout le monde dehors ! »

Les photos que j’ai ensuite prises des escaliers qui dominaient la cour de récréation ont, elles, eu le don d’y créer de grandes vagues bleues qui suivaient la direction de mon objectif. Si je le dirigeais vers la gauche, tous les élèves s’y déportaient, si ensuite je le tournais vers la droite pour photographier  quelques enfants qui y restaient isolés,  ils s’y précipitaient.  Pour les instituteurs, la reprise des cours n’a pas du être de tout repos après une récréation aussi effervescente.

Grâce à la télévision présente dans tous les foyers, ils savent tous parler turc avant d’avoir achevé leur scolarité, et certains réussissent même à le lire et à l’écrire correctement.

4 commentaires sur “A l’école dans les gecekondu d’Urfa

  1. Dans ma belle famille, ils ont tous appris le turc une fois l’école commencée.
    J’ai même une belle sœur qui ne parle toujours pas turc. Quand elle était enfant, il n’y avait pas d’école au village.

    En ce qui concerne les photos ,j’ai aussi connu ce genre de problème à une moindre échelle 😉

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  2. J’ai vu le film hier (j’en parle dans le billet suivant) dans un cinéma d’Istanbul. Si des membres de votre belle famille l’ont vu aussi, n’hésitez pas à nous faire part de leurs commentaires.

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  3. Je connais aussi une jeune femme qui habite dans un village de Mydiat qui n’a pu aller à l’école étant enfant, car celle-ci était fermée durant de longues années…
    Quant au film, je me demande si je ne vais pas aller le voir demain…

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  4. Il y a beaucoup de femmes dans ce cas là. J’ai plein de copines comme ça. Ecole fermée ou « olay » dans le village. Dans certaines familles, parfois seule une soeur n’a pas été scolarisée. Et alors c’est toujours difficile à vivre.
    Une de mes meilleures amies est allée à l’école pendant un mois en cachette de sa mère.

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