Siverek

Siverek (photo anne guezengar)

Et pour continuer sur les traces du film Iki dil bir bavul, que j’ai vu hier soir, deux images prises dans la ville (merkez) de Siverek.

Ce gros bourg qui ne paie pas de mine en apparence – le confort de son meilleur hôtel est très relatif (j’y ai bien dormi, mais je le déconseille aux adeptes des voyages organisés tout confort) – est quand même le pays du cinéaste Yilmaz Güney (de son père, je crois) un parc de la ville porte son nom, de l’écrivain Mehmet Uzun, du chanteur Siwan Perver et de quelques autres célébrités.

 

Siverek (photo anne guezengar)

 

Je n’y ai jamais entendu parler de la résidence-forteresse où Sedat Bucak vivrait entouré de » gardes du corps armés jusqu’aux dents » que décrivent des tas de gens qui n’ont jamais mis les pieds à Siverek. J’ignore si leur description est réaliste. Mais j’en doute un peu.

Quant au film Iki dil bir bavul, son prix est amplement mérité. C’est un très beau documentaire. La caméra n’est jamais intrusive et a su filmer avec empathie le jeune instituteur qui se débat comme il peut dans la solitude de sa classe unique, les enfants, naturellement très attachants, et leurs parents – ces paysans  dits « incultes » (cahil), souvent pris de haut par ceux qui s’imaginent « savoir ». La première réunion entre l’instituteur et ces parents auxquels il s’adresse sans  d’abord réaliser que presque personne ne le comprend, est un grand moment du film.

Surtout elle montre aussi avec une efficacité à mille lieues de toute polémique stérile, l’ineptie de proscrire la langue  parlée par les élèves de l’enseignement qui leur est donné. Et le mépris que cela trimballe. Comme tout le monde je crois, j’ai adoré la scène où un des petits, le plus craquant de tous,  répond « non » (yok) quand l’instituteur lui demande s’il va lire pendant les vacances !  (Pendant les vacances lui aussi retourne chez lui).  Evidemment, ce n’était pas la réponse attendue et l’instituteur ne peut s’empêcher de se marrer.

Je serais maintenant curieuse d’en savoir plus sur le travail des  deux réalisateurs, Orhan Eskiköy et Özgür Doğan ; sur la relation qu’ils ont établie avec l’instituteur, la classe et le village, où leur présence régulière a du créer l’événement. Peut-être que l’un des deux parle le kurde  (il me semble que c’est le  zazaki qui est parlé au village). Leurs séjours dans sa classe a du être un réconfort pour ce jeune instituteur envoyé dans ce village paumé  avec son téléphone mobile – et ses manuels scolaires – pour tout lien avec sa vie antérieure.

 

Hier soir, à maintes reprises, le public riait dans la salle de cinéma où le film était projeté. J’ignore s’il y a un cinéma à Siverek – ou si le film a été projeté lors de séances en plein air ou dans une salle de sport comme dans les îles polynésiennes – mais celui d’Urfa  va  certainement faire salle comble pendant un bon moment.

..Renseignements pris, un des deux réalisateurs est bien kurde, du Dersim où on parle le zazaki . L’autre est turc.

 

 

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