La maison d’enfance de Hrant Dink à Malatya.

malatya quartier de Hrant Dink photo anne guezengar

L’été qui a suivi l’assassinat de Hrant Dink, je suis allée comme c’est devenu une habitude ,voir mes amis à Malatya. Je pensais bien qu’Arméniens et Alévis devaient y  vivre dans les mêmes quartiers.  Je ne me trompais pas. Un des voisins de Zeynep, alévi comme elle, qui arrivait de l’Est de la  France pour passer l’été « au pays », m’a bientôt appris qu’il avait vécu dans la même rue que « Hrant Dink, le journaliste arménien que des fascistes ont assassiné en Janvier ». Zeynep connaissait aussi bien ce quartier pour y avoir vécu  elle aussi quand elle était arrivée du village avec son mari et son premier enfant. Dès le lendemain nous nous y rendions avec Zeynep.

 

J’avoue que je craignais un peu d’indisposer le voisinage. Peu de temps auparavant des missionnaires chrétiens évangéliques avaient été assassinés dans des circonstances effroyables à Malatya.  Je pense que si j’avais été  seule, j’aurais renoncé à m’y rendre cet été là, par crainte de me montrer trop indiscrète.  Mais avec Zeynep qui connaissait le quartier et les « siens » c’était différent. C’était même d’autant plus touchant d’aller à la fois sur les traces de Dink et sur celles de l’histoire d’une amie. Dans le quartier, nous avons croisé quelques unes de ses anciennes voisines qui étaient contentes de la revoir là.

 

Malatya la rue  de Hrant Dink photo anne guezengar

 

Malatya, la capitale des abricots est une grande ville prospère. Mais Çavuşoğlu  est un quartier  un peu excentré, qui n’a pas du beaucoup changer depuis l’époque où Hrant Dink y vivait enfant avec sa famille, avant  que sa mère ne parte pour Istanbul où ses trois enfants seront confiés à l’orphelinat arménien. J’ignore si nous avons eu de la chance ou si tous les habitants de la rue nous auraient fait le même accueil, mais dans la rue nous avons croisé un groupe de femmes qui se sont empressées de nous montrer la maison où Hrant avait vu le jour. C’est une petite maison blanche, toute simple.

Malatya maison de Hrant Dink photo anne guezengar

 

C’était des gens qui résidaient là depuis très longtemps. Le mari de la plus âgée d’entre elles avait d’ailleurs bien connu le père de Hrant, le tailleur Hashim, qui aimait trop les jeux d’argent. Et elle avait sans doute  une certaine « autorité » dans le quartier, parce qu’elle n’a pas hésité à frapper à la porte de la maison pour que je puisse aussi en photographier l’intérieur. J’ai eu beau dire que ce n’était pas la peine – j’imagine que ceux qui y vivent maintenant n’apprécient pas forcément d’être dérangés par des inconnus et ce d’autant plus que la période était plutôt tendue – c’est elle qui prenait les choses en main.  Ses habitants nous ont laissées entrer dans la cour mais j’ai eu le sentiment que ceux qui nous ouvraient ainsi leur porte n’étaient pas franchement emballés de le faire. Je me suis donc dépêché de prendre quelques photos de la cour en évitant de photographier ceux qui y vivaient (je ne sais pas si j’ai bien fait ou si ça les a blessés)

 

Malatya maison de Hrant Dink photo anne guezengar

Cela étant c’était vraiment émouvant de découvrir cette cour qui elle non plus n’a pas du beaucoup changer depuis l’époque où  Hrant Dink enfant y vivait avec ses deux frères.

 

Cette femme nous a ensuite invitées à prendre un thé chez elle,  en compagnie de sa fille, de son mari et de ses petits enfants, dans la jolie cour de sa maison.  La fraîcheur de ces cours intérieures est un bienfait en août à Malatya. Nous avons parlé de choses et d’autres, d’Haci Bektas où je devais me rendre peu après, de la rue qui serait toujours arménienne et de l’église murée, parce que le toit s’effondrait et que certains entraient « y faire des cochonneries » (pislik).

 

église arménienne Toshoron à Malatya

 

église arménienne Toshoron à Malatya photo anne guezengar

 

église arménienne Toshoron à Malatya photo anne guezengar

 

Nos hôtes  étaient très vraisemblablement eux-mêmes  arméniens. Mais à aucun moment ils ne l’ont dit. C’est vrai que je ne leur ai pas demandé non plus – c’est le genre de questions que je ne pose que quand je connais la réponse avec certitude. Mais quand nous sommes reparties, Zeynep n’était pas contente. « Je leur ai bien dit que j’étais alévie, pourquoi ils n’ont pas dit qu’ils étaient arméniens ? Les Alévis et les Arméniens se sont toujours bien entendus ».

Je pense que depuis l’assassinat des missionnaires, ils étaient tout simplement très inquiets et qu’ils préféraient se faire le plus discrets possible.

 

Une fondation musulmane a décidé de prendre en charge la rénovation de l’église  Toshoron. Je suppose que c’est en concertation avec la petite communauté arménienne de Malatya,  et que pour eux c’est une bonne nouvelle.  C’en est  aussi  une pour la ville de Malatya qui commencerait aini à renouer avec un passé qu’elle avait enfoui.

En attendant que la justice démêle les liens entre cette série de meutres inquiétants,  comme le demande la défense de Hrant Dink, c’est aussi le signe d’un climat moins sombre que celui évoqué par un article d’Ovipot à l’époque de l’assassinat des missionnaires, il y a deux ans et demi.

 

église arménienne Toshoron à Malatya photo anne guezengar

 

 

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