La Turquie bien présente au Salon du livre, tant mieux

 

saison de la Turquie logoCette année à défaut d’en être l’invitée d’honneur,  la Turquie a le droit à quelques honneurs et  son pavillon serait de choix cette fois, au Salon du livre.  Je viens de l’apprendre par un article d’Ariane Bonzon publié sur state.fr. Tant mieux, même si je n’ai pas l’habitude de »monter » à Paris pour un salon. Ce supermarché du livre, ce n’est pas mon élément. Je préfère les petites librairies. La librairie Özgül dans le 10° arrondissement par exemple pour les romans turcs  et les ouvrages traitant de la Turquie. Et ce n’est pas la politique de « pas de vague surtout », adoptée par ce rendez vous des éditeurs, qui va me faire changer d’avis.

Mais pour ceux qui ne le manquent  pas, c’est une bonne nouvelle. J’avais été atterrée en apprenant en juin dernier que le Salon, découvrant soudain qu’il allait sur son trentième anniversaire, avait décidé que la Turquie dont la littérature est si riche,  ne serait plus invitée d’honneur. Pour des raisons de sécurité avais-je lu  (!!).

L’article d’Ariane Bonzon dévoile l’origine de ce fameux danger. Les Arméniens ! Allons bon. En quoi les  Arméniens de France auraient-ils représenté un danger sécuritaire?  Certains auraient peut-être râlé. Et alors?  – quoique j’imagine mal que la présence d’Orhan Pamuk aurait attisé la colère des Arméniens de France. D’ailleurs à  part à Marseille, où l’accueil glacial, pour ne pas dire malapris, réservé à la Kybèle,   une réplique d’une birème phocéenne, en Juillet dernier,  serait lié à la présence d’une forte communauté arménienne dans cette ville, je n’ai pas eu l’impression que les festivités de la Saison de la Turquie aient été bien perturbées par je ne sais quels commandos arméniens. D’ailleurs même à Marseille, la sécurité des rameurs turcs et du public qui les attendait malgré tout, n’a jamais été menacée.

Mais le Salon du livre  ne s’en serait pas remis de son expérience d’Israél comme invité d’honneur. Et bien, heureusement que c’est son trentenaire et non son centenaire qui est fêté. On imagine le nombre d’écrivains français qui y auraient été « personna non grata » pour éviter que leur présence ne fasse de vagues ! A commencer par Albert Camus ou Mauriac qui ne faisaient pas l’unanimité à leur époque. Et que dire de Zola ! (on aura peut-être remarqué que ceux qui sont devenus universels n’étaient pas franchement consensuels dans leur propre pays.)

Mais bon, la France qui préfère se chercher je ne sais quelle « identité nationale », au lieu de s’inquiéter de ses nouveaux pauvres, ou de s’ouvrir plus largement au reste du monde,  dont il serait temps qu’elle réalise qu’elle n’est pas le nombril, a décidé d’être mesquine. Pour ne pas dire bête. Le dernier billet de Marie-Michèle Martinet sur son blog Où est passée Zozo Dalmas? , conforte mon sentiment.

Si cela peut les rassurer, il n’y a pas que les Turcs qu’on traite avec cette goujaterie arrogante. Un ami artiste avait été scandalisé par la façon (la même que celle décrite dans ce billet ) dont la municipalité de sa ville avait reçu , il y a quelques années, la délégation d’une ville intérieure chinoise (dont  j’ai oublié le nom)  Il avait eu la chance de faire partie de la délégation française reçue en retour par cette ville chinoise. L’accueil avait été somptueux et la délégation française avait découvert une ville d’une vitalité – notamment artistique – qu’ils ne soupçonnaient pas. Depuis il apprend le chinois…

Cette fois,heureusement, à part Marseille bien sûr qui me fait regretter que les Phocéens n’aient pas fondé Saint Malo, la province aurait été moins frileuse que Paris avec les écrivains turcs pendant cette Saison de la Turquie. Et surtout les lecteurs sont là.

J’en profite pour recommander à ceux qui sont curieux de  cette littérature turque si foisonnante, le passionnant article Détours anatoliens de Timur Muhidine publié dans le numéro de septembre de la Revue des deux mondes. A l’époque de sa parution  Marie -Michèle  Martinet l’avait évoqué parmi d’autres conseils de lecture dans un de ses billets.

On doit bien trouver un exemplaire ou deux de ces revues sur les étagères d’Özgül kitabevi.

 

 

2 commentaires sur “La Turquie bien présente au Salon du livre, tant mieux

  1. Je pense que la diaspora arménienne compte assez de fous furieux pour envoyer des « commandos punitifs » faisant plus que « râler » dans les stands !
    Mais bon, en 2008, Israël en invité a fait aussi polémique et le Salon s’est maintenu, que je sache. D’ailleurs les débats ont parfois été intéressants intra-israéliens, notamment la polémique sur le critère de la langue retenue, l’hébreux, et non pas l’arabe (ce qui éliminait les Arabes israéliens) ni même le yiddish qui est comme même un des joyaux de la culture juive.

    On aurait pu avoir la même audace : demander à ce que soient aussi invités des auteurs de nationalité turque mais écrivant en kurde, syriaque, arménien, que sais-je… Enfin lancer la question : littérature turque ou « de Turquie » (comme la citoyenneté) ?

    Au lieu de ça rester sur ce débat anti-pro-négationnistes à tout bout de champ sent le prétexte ou le point de vue ranci.

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  2. « râler un peu » était un euphémisme… mais on n’est quand même plus à l’époque de l’ASALA non plus.
    Et quand bien même, s’écraser devant les plus agressifs, c’est la porte ouverte à toutes les dérives.

    Sinon, tout à fait d’accord. Et le terme littérature de Turquie aurait été plus exact. Une littérature dont on doit bien trouver des connaisseurs parmi les Arméniens de France, d’ailleurs.

    Mais ce qui ne serait même plus considéré comme une audace à Istanbul n’animait pas vraiment la Saison de la Turquie.

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