En route pour Ankara avec les ouvriers Tekel de Diyarbakir

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imagesca8441jm.1269540397.jpg En Turquie, TEKEL est une institution. Qui n’a pas fumé à une époque, ces fameuses Maltepe ou ces Samsun, ces cigarettes bon marché, ou des iki bin (2000), un peu plus luxueuses ? Comme nos Gauloises et autres Gitanes nationales, elles ont été détronées par la mode des cigarettes américaines. Dans ce grand vent de la globalisation, le monopole d’Etat des alcools et tabacs turc a été privatisé. Comme pour d’autres entreprises d’état (les ciments par exemple), des dizaines de milliers d’employés ont perdu leur emploi.

Derniers des Tekel à avoir été licenciés, en janvier dernier,  les 12 000 employés des manufactures de tabac sont montés à Ankara pour protester contre leurs conditions de reclassement. Et ils y sont restés, installant depuis décembre dernier un camp de tentes en plein coeur de la capitale, soutenus par un mouvement de solidarité  sans précédent de la population.

Le 2 mars le camp était démonté. Mais le mouvement se poursuit. Le 1 avril les Tekel reviennent manifester à Ankara. La manifestation à Sakarya/kizilay a été interdite. Et ce matin les bus venus d’Istanbul et de Diyarbakir étaient bloqués à l’entrée de la capitale, comme le montre la galerie photos du journal Vatan. Mais à 10 heures du matin plusieurs centaines de grévistes étaient rassemblés devant le siège de la confédération Turk-is  sans doute déjà pas mal remontés.  Une journée donc qui risque d’être chaude..

J’en profite pour poursuivre en images un reportage mis en ligne sur le site de Turquie Européenne.

 

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Le chauffeur de taxi qui me conduisait devant le lycée d’où le bus des Tekel partait, a tenu à  s’assurer que le lieu du rendez-vous était exact. Il a appelé un de ces cousins, lui aussi Tekel. 1200 personnes ont perdu leur emploi le 30 janvier dernier à Diyarbakir. La ville se sent solidaire de ses Tekel.

Evidemment l’adresse était bonne. Siddik m’avait contactée  2 heures plus tôt. pour confirmer l’heure du départ.

Quelques jours plus tôt j’étais loin de me douter que je partirais ainsi avec les Tekel. Mais  le hasard a voulu que nous croisions un groupe de syndicalistes de Tek-Gıda İş alors que nous nous rendions à l’association Mazlum-Der, avec Arif, lui-même ancien Tekel. En quelques minutes c’était décidé et les numéros de télephone étaient échangés.

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Départ de Diyarbakir à 19 heures. Arrivée le lendemain matin à Ankara, pour le WE des 19 et 20 février, où des sympathisants doivent venir de toute la Turquie.

 

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L’espace du bus est partagé. Derrière les hommes. Devant les femmes. Ma place est celle laissée vide derrière la dame de droite. Juste à la frontière.

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Devant, les femmes. De ce côté ci, elles portent un foulard. De l’autre, celles qui n’en portent pas. Dans les faits, cette ségrégation n’existe pas. Elles sont copines. D’ailleurs mes voisines et moi avons  aussi  nos places dans cette rangée.

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… celles qui sont descendues boire une tasse de thé en grillant une cigarette, sont celles du rang des « non voilées ». Les autres dorment. Il n’y a que les fumeuses pour avoir envie d’un verre de thé en terrasse à 4 heures du matin. Dans le bus c’est donc entre fumeuses et non fumeuses que la disposition s’est  organisée. Celles qui se lèvent et celles qui restent dormir.

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Je fais le voyage en compagnie d’Irmak et de sa mère. J’ai rarement  rencontré de petite fille aussi mignonne. A aucun moment, je ne l’ai vue ne fusse que pleurnicher un peu. Pourtant elle a passé de longues heures dans le camp après la nuit en autobus. Et il y avait foule sous la tente. Mais elle dispensait son sourire craquant à tout le monde, passant de bras en bras – évidemment tous l’adorent.

Elle allait rejoindre son père qui n’avait pas quitté Ankara depuis le début du mouvement, à la mi décembre. Il lui manquait. C’est avec lui qu’elle parle au téléphone. C’est lui aussi qui lui a appris les slogans, qu’elle reprend en levant le poing comme une grande. C’est un jeu qui l’amuse. Elle sait surtout qu’il lui assure un succès assuré.  Le lendemain soir elle sera  en vedette aux infos de Show TV. Il faut dire qu’elle est télévisuelle.  Et  vraiment sympa, parce que la journaliste qui lui faisait répéter son petit jeu favori, était plutôt sèche.

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Les meilleurs moments dans les voyages, ce sont les haltes. Ce sont aussi les moments où je commence à faire connaissance avec quelques Tekel. La plupart ne savent pas qui je suis. Huseyin, un cousin d’Arif me dira plus tard en riant qu’il m’avait prise pour  une militante du TKP, le parti communiste turc, très nationaliste. Tout le monde connait Arif et c’est une bonne référence. Il est apprécié : « çok dürüst bir adam » (une personne très droite). De ceux qui apprécient moins cette qualité, il est respecté.

 

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Nous parlons de leur mouvement, de l’échéance du 2 mars qui approche, de l’hiver dans le campement, des enfants qui n’aiment pas ces séparations…

« C’est ici qu’il faut se restaurer,ensuite ce n’est pas bon ». Ces deux derniers mois ils sont devenus des habitués de ce trajet. Les hommes ont fait deux ou trois brefs séjours dans leur foyer, les femmes y restent un peu plus longtemps.

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Au petit matin sur les bords du lac salé.

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Il ne reste plus que deux heures de route. Certains, comme moi, en profitent pour dormir encore un peu. La nuit suivante sera courte. Et les Tekel  sont crevés, malgré l’énergie qui les anime. Là, les températures sont déjà agréables. C’est presque le printemps. Eux, c’est par dans la neige et le froid qu’ils ont tenu ces deux derniers mois.

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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