Les TEKEL ont leurs artistes sous les tentes – Mehmet de Diyarbakir

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Les Tekel ont aussi leurs artistes. Sous la tente de Diyarbakir, Mehmet a raconté avec humour, la vie des grévistes dans le campement d’Ankara. Ses dessins étaient exposés sous la tente. Je n’ai pas pu le rencontrer, parce qu’il était rentré à Diyarbakir,  près de sa mère malade, le week-end des 19 et 20 février. S’il n’a pu revenir au camp, quand celui-ci a été démonté, il faut espérer que quelqu’un se sera chargé de conserver son oeuvre.

Traduction des bulles :

– « Papa, comment vas-tu? Tu rentres quand? Tu me manques.

-Je vais bien, ma fille. Je loge au Palace de la tente. Je suis près du radiateur, il fait chaud. Nous mangeons des plats chauds au restaurant. Il fait beau. Je passe des vacances ici. Je rentre bientôt. Prends bien soin de toi.

– Ma fille, je suis désolé. Je t’ai menti. (lancé des mensonges)

– Ca suffit . Cesse d’en lancer. Tu vas déchirer la tente ! « .

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 Au-dessus de la porte de prison les mots « Mazlum iken » (quand on est opprimé)sont inscrits. Sous la prison, Shahmaran, la Reine des Serpents, est devenue un roi qui donne  une conférence de presse. Aussi cruel que la légendaire reine kurde dévoreuse de jeunes gens ? Il y avait beaucoup de dessins. Je n’ai pas lu ce qu’il y a dans cette bulle et je ne sais pas qui est ce roi  travesti en Shamaran. (si certains reconnaissent ce personnage à lunettes..)

 

Il  avait  aussi une série géniale sur la Saint Valentin des Tekel. Malheureusement, je ne l’ai pas photographiée.

 

Tekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Le dessin en haut à droite je l’ai surnommé « l’Acilim des Tekel ». Les Tekel de toute la Turquie convergeant vers Ankara était le dessin préféré des ouvrières qui m’ont parlé de Mehmet.

 

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D’autres  connaisseurs l’apprécient.

Soutien auxTekel de Diyarbakir. Ankara 19 février 2010 (photo anne guezengar)

Le grand panneau représentant les murailles de Diyarbakir qui ornait la tente était aussi signé Mehmet.

Je n’ai pas eu le courage de recopier le poème qu’Osman, un Tekel de Batman avait écrit et affiché à l’entrée de sa tente. Il faut dire qu’il était trois heures du matin quand il me l’a montré et que la nuit précédente j’avais dormi 2 heures assise sur une chaise. Je me souviens seulement que l’AKP en prenait plein la figure. Il y avait une grande amertume dans ces vers. Je n’ai pas osé lui demander si lui aussi avait été un électeur de l’AKP jusque là.

On m’a dit que son désespoir était tel qu’il s’était aspergé d’essence lors d’une manifestation. C’est sans doute vrai. Par contre j’ai trouvé nettement moins convaincant un drôle de personnage,venu rendre une visite à la tente des Diyarbakir, cette nuit là. L’ambiance y était plus intime que la nuit précédente. Nous bavardions attablés devant nos tasses de thé, lorsqu’un type a surgi, affichant sur son ventre une pancarte sur laquelle il prévenait qu’il se suiciderait, si son syndicat de fonctionnaires continuait à ne pas soutenir les Tekel.

Les gars l’ont raisonné. Mais j’avoue que ça me semblait un numéro. Je n’avais probablement pas tort. C’est pendant cette scène qu’Osman  m’a proposé de lire son poème. Ca lui a fait tellement plaisir que j’accepte de me lever pour le faire, qu’il  a  offert  de me laisser  sa tente, vide cette nuit là. Son insistance était telle qu’il m’a été impossible de refuser. Le lit de couvertures qu’il m’a préparé était royal. Surtout après 2 nuits passées assise. Quelques gouttes de pluie me tombaient sur la figure au petit matin.  Rien de bien méchant, mais l’hiver a du être terrible sous les tentes.

J’avais à peine quitté la tente que des gars s’y installaient pour dormir. Il y a toujours des gens qui dorment dans un coin dans le campement.

Avec la promiscuité qui régnait, il n’y avait aucun risque qu’un intrus mal intentionné se glisse sous la tente. Ou il aurait vite déguerpi ! Mais Osman est resté jusqu’au matin assis sur une chaise devant l’entrée. Et voilà que j’avais un garde du corps poète, originaire  d’une ville au nom à l’évocation aussi poétique que Batman dans le camp. Mais ça m’a embêtée qu’il n’ait pas dormi à cause de moi. Et évidemment, pas question de lui offrir le petit déjeuner. C’est lui qui a payé (pas moyen d’obtenir la complicité des serveurs urfali!). Comme j’avais un peu prévu le truc, je n’avais pris qu’un thé…

Le jour de mon départ il m’a téléphoné. J’étais à l’aéroport d’Istanbul. Il venait de rentrer à Batman et voulait que je vienne faire connaissance de sa famille. Je ferai un détour quand je repasserai à Diyarbakir.

Quant à moi, j’ai appris avant de partir – et à ma grande surprise – que je passais pour une héroine auprès de certains. Le bruit commençait à courir que j’avais fait de la garde à vue pour avoir pris la défense d’enfants kurdes. J’ai cassé la légende. Il aurait fallu en faire vraiment beaucoup pour en arriver là. Et pasionaria, ce n’est pas trop mon truc. Lancer des cailloux sur la police non plus. Comme quoi il faut toujours se méfier un peu des infos qu’on vous donne…

 

Ce sera mon dernier billet sur ces journées avec les Tekel.  Enfin, sur ces journées de février.

Et  quelques informations supplémentaires dans cet article mis en ligne sur le site de TE.

 

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