Ahmet Türk molesté à Samsun, ça chauffe dans la montagne kurde d’ Hakkari.

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Ahmet Türk  molesté par un assaillant à Samsun et dans la province d’Hakkari, les villes s’embrasent.

Mardi 13 avril, ça a commencé comme d’habitude par des magasins fermés, des  manifestations de protestation, puis par des heurts avec les forces de police, où les gosses étaient au premier rang.. Et ça a du être particulièrement violent, le gouverneur annonce 9 blessés, dont 6 policiers et 9 arrestations. Yüksekova aussi explosait.

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Sur cette vidéo, on voit une mère d’Hakkari qui tente de s’interposer entre les forces de l’ordre et son fils de 14 ans, Hatip Kürt trainé par des policiers qui l’ont salement amoché .Sa mère les suit avec ses chaussures qu’elle a ramassées. Le gosse sera conduit à l’hôpital de Van. Depuis deux policiers ont été suspendus de leur fonction, et la famille a porté plainte.

Dans l’article du Yüksekova Haber la mère d’Hatip Kürt  explique qu’à cause des manifestations, elle était sortie chercher son fils à la sortie de l’école. On imagine  assez mal cette dame au milieu d’un groupe de jeunes encagoulés lançant des projectiles contre la police. Mais évidemment ils devaient courir moins vite  tous les deux, que ces jeunes devenus experts dans l’art de narguer les forces de l’ordre.


La colère gronde donc à nouveau, alors que cette année les festivités de Newroz se sont déroulées sans violence – chacun y ayant mis du sien pour ça.   Et  ses fidèles ont même pu célébrer l’anniversaire d’Abdullah Ocalan au début du mois, sans que personne ne les en empêche alors que le pélerinage dans le village du leader du PKK emprisonné s’était soldé par 2 morts tués par balles, l’an dernier. Mais dans la région, ce n’est jamais quand on s’y attend que ça explose.

Le maire de Diyarbakir, Osman Baydemir, a de nouveau piqué une colère noire. Les mots doux ont encore volé. De toute façon, il a déjà un procès au nom de l’article 301 sur le dos, depuis celle du 24 décembre dernier, lorsqu’il avait appris l’arrestation d’une partie des élus de sa ville – et d’ailleurs dans la région.

 

 

La veille, Ahmet Türk, l’ancien président de l’ex DTP (interdit en décembre dernier et devenu le BDP. Son président étant quant à lui banni de la vie politique par la même Cour constitutionnelle) était à Samsun, sur la Mer Noire, où il assistait au procès dit de Bulanik. Dans cette petite ville de la province de Mus, deux commerçants qui attendaient des manifestants armés d’une Kalachnikov, avaient tué 2 personnes et  blessé plusieurs  autres le 15 décembre dernier. Le procureur a requis une peine de prison à vie contre le tireur.

En sortant du tribunal, Ahmet Türk a été assailli par un fou furieux malgré un cordon policier qui aurait du le protéger, mais bien peu efficace. Il a du être hospitalisé  dans un hopital d’Ankara pour une fracture du nez.

Ce qui commence à devenir une habitude. Samedi dernier, il avait déjà été hospitalisé, des gaz lacrymogènes ayant été lancés par les forces de l’ordre contre une manifestation organisée par une plate forme civile réclamant une réforme constitutionnelle  plus poussée, et à laquelle il prenait part à Kadiköy (Istanbul).

L’agression de Samsun a fait déborder le vase. D’autant plus que l’affaire de Bulanik est sensible. Mais surtout parce que les 150  policiers mobilisés pour devant le tribunal se sont  montrés bien peu efficaces,  alors que le procès avait été délocalisée pour des raisens de sécurité et que la police  aurait du être particulièrement vigilante.

 

saldirgan-tutuklandi-40811.1271215931.jpg Ismail Çelik (27 ans) l’agresseur a été arrêté.le lendemain – à Hakkari ça aurait moins traîné, mais mieux vaut un peu tard que jamais. Il affirme avoir agi sans complicité, évidemment. Mais avec le lancement de la réforme constitutionnelle – ainsi que tout le reste – la période est sensible et ça peut être tentant de vouloir provoquer les Kurdes pour semer la pagaille.

Selon Aysel Tugluk, elle aussi ex députée du DTP,  bannie de la vie publique,  l’accueil fait aux membres et ex membres du parti kurde par les habitants de Samsun était très amical. Bref, tout ça ne plait pas forcément à tout le monde. Ca n’avait pas plu entre autre à une bande d’excités venus hurler « PKK defol ! » – dehors le PKK –  à la sortie du tribunal. 

Beşir Atalay, le ministre de l’intérieur, qui a rendu visite à Ahmet Türk à l’hopital,  ne  fait pas entièrement confiance à la version de l’irascible agresseur non plus. Il annonce qu’une enquête est ouverte. Deux responsables de la police ont été suspendus de leur fonction.

Chose inhabituelle, l’agresseur a présenté ses excuses., au peuple turc (sans vouloir faire un jeu de mots entre Türk halkin et Ahmet Türk, vraisemblablement). Il y a peut-être été un peu poussé. Il faut dire que la condamnation de cette agression est unanime. Du  président de la République, Adbullah Gül et du chef du gouvernement Recep Tayyip Erdogan qui a téléphoné à Ahmet Türk des USA pour prendre de ses nouvelles, aux leaders de l’opposition. Deniz Baykal a exprimé son afflliction, ce qui  peut surprendre, d’autant que lui même avait été plutöt mal reçu par les sympathisants du parti kurde à Van. Et plus surprenant encore, Devlet Bahceli, le leader du MHP, parti d’extrême droite, a réprouvé cette agression et même le responsable du BBP, le parti de la Grande Turquie (ultra nationaliste) de la province de Samsun.

Est-ce que malgré lui, Ismail Çelik aurait relancé l’acilim (ouverture démocratique), bien en panne ces derniers temps ? Mais mouvement politique kurde et société civile attendent  aussi  que les promesses ne restent pas lettre morte et que toute la lumière soit faite sur cette agression.   

On voit  aussi que depuis que la Cour constitutionnelle a décidé de l’exclure de la vie politique, Ahmet Türk a pris davantage de poids dans le coeur des sympathisants du parti pro kurde, et probablement au-delà. Au sein du mouvement, Ahmet Türk, Ayse Tugluk et Osman Baydemir semblent être devenus le trio incontournable. Deviendrait-t-il la personnalité kurde de l’acilim ? En tout cas,  avec cette agression le slogan « Chaque Kurde est Ahmet Türk » est né. Et comme tout le monde ou presque  en Turquie a l’air de s’inquiéter  de sa santé, comme pour quelqu’un qu’on aime bien, il  y a peut-être un terrain d’entente possible.

« Yalniz degiliz! »  Nous (les Kurdes) ne sommes pas seuls » a-t-il déclaré pour calmer les esprits, à sa sortie de l’hôpital, évoquant les très nombreuses  marques de sympathie reçues de tous les segments de la société et des 4 coins de la Turquie.

Quant aux « enfants d’Apo », ces gosses qui réagissent au quart de tour dès qu’ils entendent qu’on aurait touché à un cheveu de leur leader, et n’oublient aucun de ses anniversaires (de naissance, de son arrestation etc..), ils montrent qu’ils peuvent  se reconnaitre et protéger et d’autres « pères ».

Leurs parents, pour leur part, ne rêvent pas, en général, de les retrouver en  garde à vue, à  l’hôpital, (3 gosses au moins grièvement blessés ce jour là), en  prison ou dans la  montagne avec les héros de la guerilla.  Comme la mère de Hatip Kürt  qui, par prudence, était sortie attendre son fils à la sortie de l’école….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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