Hatip Kürt (14 ans) et violences policières à Hakkari.

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Les images de cette mère tentant de défendre son fils, violemment frappé par des policiers à Hakkari lors d’une manifestation de protestation contre l’agression d’Ahmet Türk, l’ancien président du parti kurde, à Samsun, sur la Mer Noire, ont été diffusées dans tous les médias de Turquie.

 

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Souffrant d’un nez brisé (lui aussi!) et de plusieurs fractures au visage, Hatip a été hospitalisé à l’hôpital de Van. Depuis il a raconté, comme l’avait fait auparavant sa mère, que c’est alors qu’il rentrait de l’école  qu’il  a  été assailli par des policiers. Il eu si peur, qu’il ne se souvient pas exactement de ce qui s’est passé ensuite.

 

A sa sortie de l’hopital, Hatip est parti à Diyarbakir avec sa famille, rendre visite à son père, un des anciens maires d’Hakkari, emprisonné à la prison de type D et très inquiét après voir vu les iimages du tabassage de son fils à la télévision. Il fait partie de ces nombreux élus, membres du parti ou syndicalistes kurdes arrêtés par vagues successives depuis le 14 avril 2009. Hatip confie qu’il se sent mieux depuis cette visite d’une heure :  « Mon père me manque ». Il faut compter près de 12 heures de route pour se rendre d’Hakkari à Diyarbakir.

A Hakkari deux policiers ont été suspendus dans cette affaire. Et la famille a porté plainte.

Une plainte qui  s’ajoute à celle d’autres parents pour  violences policières

 

 

seyfi Turan Hakkari avril 2009 Il y a presque un an, le 23 avril 2009, jour de la fête des enfants, des policiers avaient violemment frappé avec la cross de leur fusil,  Seyfi Turan (14 ans) qui jouait dans un terrain vague. Un autre enfant était mort noyé, en tentant de fuir.seyfi Turan Hakkari avril 2009

Une caméra avait filmé la scène et les autorités s’étaient émues. Le gouverneur de la province  et des autorités militaires lui avaient même rendu visite sur son lit d’hôpital, à Van.

 

Mais davantage que de la compassion, c’est de l’issue de ces procès que dépendra la confiance des habitants d’Hakkari en une certaine justice. Le procès en assises des policiers qui s’étaient acharnés sur Seyfi Turan a débuté en mars en dernier, mais a été délocalisé à Isparta dans l’Ouest du pays, à plus de 550 km des faits. Quant à Seyfi, il n’était toujours pas complètement remis de ce tabassage l’été dernier.

Or les habitants ont quelques raisons d’être sceptiques. L’année dernière la  justice avait rejeté  la plainte déposée par la famille de Cüneyt Ertuş (14 ans), qui avait eu le bras cassé par les policiers qui l’avaient arrêté, à Yüksekova, le 22 mars 2008, lorsque l’incompréhensible décision d’interdire Newroz avait fait exploser les villes de la région. Là aussi la scène avait été filmée par une caméra de TV. Le changement de gouverneur depuis, semble avoir marqué une inflexion…

…mais la justice est autrement plus sévère avec ces gosses, qui sont des milliers à attendre et pour des centaines d’entre eux en prison, l’issue de procès dans lesquels des peines extravagantes sont exigées contre eux.

 

Est-ce que pour ces enfants kurdes le « Yalniz degiliz » – Les Kurdes ne sont pas seuls – lancé par Ahmet Türk à sa sortie de l’hopital marquera un tournant ? Lors  de la  dernière colère de la province d’Hakkari, le 13 avril, au moins deux autres enfants ont été conduits dans un sale état à l’höpital de Yüksekova. :Rivdan , 14 ans, qui a reçu un jet de gaz lacrymogène et dont les médecins craignent qu’il ne retrouve pas la vue, et Ergin , 12 ans, sur la tête  duquel aussi, les coups se sont acharnés pendant une garde à vue. Ce qui est certain c’est que ce n’est pas cette violence qui calmera la colère des gosses d’Hakkari. Et l’indifférence du reste du pays, si elle devait perdurer, ne serait sans doute pas sans conséquences pour sa cohésion.

« Les arrestations ne résoudront pas la question kurde, c’est un dialogue qu’il faut » disait une des pancartes brandies par les femmes d’Hakkari qui manifestaient le 17 avril pour soutenir Ahmet Türk et Hatip Kürt … sans que ça dégénère en olay cette fois.

L’éditorialiste Yilmaz Özdil, qui dans les colonnes d’Hurriyet, justifie l’agression dont Ahmet Türk a été l’objet à Samsun, n’a pas l’air d’en avoir conscience. C’est le problème aussi de ces éditorialistes turcs qui écrivent dans les plus grands quotidiens sans jamais se rendre en reportage sur le terrain. Mais ça ne suffit pas à expliquer des propos aussi haineux .

Décidemment ce quotidien en changeant de capitaine, n’a pas renoncé à publier des papiers de ce calibre.

 

 

 

2 commentaires sur “Hatip Kürt (14 ans) et violences policières à Hakkari.

  1. En lisant le titre de votre billet, j’ai cru un instant que Hatip Kurt avait aussi été « frappé par les autres gosses d’Hakkari ». Ce n’est qu’en lisant le billet en entier que j’ai compris le titre.

    Mon sentiment: je ne suis pas optimiste pour l’avenir de la région. Quand les forces de l’ordre s’en prennent à des enfants de 12-13-14 ans, cela sonne comme un aveu de faiblesse: le Kurdistan échappe donc à ce point au contrôle de l’Etat turc?

    @+
    Dilan
    Dilan

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  2. Bonjour Dilan

    Vous avez raison, je change ce titre maladroit.

    C’est certain qu’il y a un aveu de faiblesse des forces de l’ordre pour se comporter ainsi. Si Hatip, comme Berivan à Batman, et d’autres, avaient juste eu la malchance de passer par là, d’autres gosses les narguent et il ne doit pas être facile de mettre la main dessus.

    D’autant que ces forces anti émeutes sont très violentes en Turquie. On ne les envoyait pas contre les grandes manifs « laiques » , mais dans les conflits sociaux, elles cognent aussi sans ménagement (Tekel, Tuzla, premier mai, etc…)

    Sinon la période ne prête certes pas à optimisme, maintenant d’autres signes existent qui peuvent laisser supposer que les choses avancent peut-être. La Turquie est très irrationnelle…

    et ce que ce qui se passait il y a 15 ans dans l’ignorance presque totale du reste du pays, s’affiche maintenant sur les écrans de télévision ou font la Une des journaux.

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