Une dédicace d’Erol Toy, auteur (alors) censuré.

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La condamnation qui vient de frapper Irfan Aktan, un ami journaliste kurde, a fait ressurgir des souvenirs d’une époque où la censure était bien plus sévère en Turquie. Cela étant  quand on vit dans un pays où droits sont assez clairement définis et les interdits stricts, la Turquie peut parfois sembler déroutante.

Au tournant des années 80 et 90, j’avais rencontré l’écrivain turc Erol Toy à l’occasion d’un dîner chez des amis.  A l’époque, comme beaucoup d’autres, il subissait les foudres de la censure et ses oeuvres étaient interdites. Les concerts du chanteur engagé Ahmet Kaya  rassemblaient des foules malgré ses déboires avec la justice. Et malgré sa palme d’Or, Yol était toujours interdit en Turquie. Le public turc regardait alors les films de Yilmaz Güney sur vidéo-cassettes. Pas dans les salles de cinéma Mais ce n’était pas bien difficile de se procurer ces vidéos…

Comme l’oeuvre d’Erol Toy n’est pas traduite en français, je n’ai pu lire  aucun de la trentaine de livres qu’il a publiés. Mais c’est un écrivain, que Koral, le père de Pinar aimait beaucoup. Certaine que cela lui ferait plaisir, j’ai souhaité lui offrir quelques romans dédicacés de l’auteur. Et je n’ai eu aucun mal à me les procurer. Il a suffit que je me rende  dans une librairie de gauche située près du quartier de Sultanahmet, où j’avais l’habitude d’acheter les cassettes de musique que je rapportais à des amis turcs exilés en France. Aujourd’hui, elle n’existe plus et je serais incapable de dire précisement où elle se situait, tant le quartier a changé : on n’y trouve plus que des restaurants et des hôtels pour  touristes et je ne m’y arrête plus. Je me souviens juste qu’elle était à proximité de la rédaction de certains journaux, comme Milliyet, qui ce sont aussi délocalisés lorsqu’ils se sont modernisés.

Bien qu’Erol Toy fût un auteur censuré, on y trouvait tous ses romans. La librairie , comme son éditeur, prenait le risque en les proposant de voir son stock saisi au cours d’une descente de police. En attendant, les lecteurs pouvaient les acheter. C’était peut-être moins facile dans une petite ville de province, mais Istanbul a toujours su conserver son caractère libéral. On trouvait aussi tous les auteurs de gauche  dans les échoppes des bouquinistes sur les quais d’Ortaköy, qui depuis a perdu son petit air de quartier latin pour devenir un lieu de sorties branchées.

J’ai donc pu offrir à Koral quelques romans qu’Erol Toy a gentiment accepté de lui dédicacer. Pinar, qui n’avaient que 12 ou 13 ans mais adoraient les écrivains, a aussi eu les siennes, ce qui a été l’occasion pour elle d’entamer une correspondance avec l’auteur – qui s’ajoutait aux échanges épistolaires qu’elle avait avec quelques autres écrivains.

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