Les jeunes détenus mineurs de l’intifada kurde vont sortir de prison.

intifada kurde

Enfin ! Dans la nuit du 22 juillet dernier le Parlement turc  a fini par  amender la législation anti territoriste . Plus d’un an que les familles des enfants de l’intifada kurde jugés et pour des centaines d’entre eux incarcérés, l’attendaient. Dorénavant, les mineurs jugés pour avoir pris part à une manifestation interdite ne seront plus trainés devant de hautes cours criminelles (Agir Cezasi) comme des adultes, mais par des tribunaux pour enfants.

Ca devrait donc en être fini avec les peines faramineuses que ces tribunaux infligeaient à des milliers de gamins  dont le crime est d’avoir lancé des pierres ( et pour quelques uns des coktails molotovs) sur les vénicules des forces de l’ordre.  Peines qui  s’élèvaient à 8, 13, 22, voire 44 ans de prison – c’est ce que le procureur réclame  pour Kendal, dont j’ai fait la connaissance le jour de sa remise en liberté après un an passé en préventive. Le genre d’adolescent dont toute famille normale rêverait que ses propres enfants aient parmi leurs amis. Mais que jusqu’ici la justice turque traitait comme un dangereux terroriste.

 

La législation anti terroriste ne s’appliquera plus aux mineurs, qui ne pourront plus être accusés  de « soutenir une organisation illégale sans en être membre », pour le simple fait d’avoir pris part à une manifestation non autorisée. Et qui était passible d’un an et demi de prison. Ils ne seront plus jugés que pour leur acte, en cas  d’utilisation d’une arme ou de tout objet destiné à tuer ou blesser. Là, il se peut que l’interprétation diffère en fonction du juge. Une pierre lancée contre un véhicule blindé est-elle destinée à blesser? Un coktail molotov (ils volent pas mal contre ces mêmes véhicules) à tuer? Mais pour ces actes, la peine encourue a été réduite. De même la propagande « pour une organisation illégale » (c’est à dire le PKK) continuera à être passible d’une peine de prison, là aussi réduite. J’ignore encore si les possibilités d’interprétation du mot »propagande » ont été restreintes. Jusqu’ici, un simple signe de la victoire pouvait valoir un an et demi de prison supplémentaire !

 

kendal

Ces nouvelles dispositions s’appliquent aux milliers de mineurs déjà jugés ou dont les procès sont en cours (c’est à dire tous sans doute, leurs avocats ayant du tous faire appel).. Et près de 200 mineurs incarcérés devraient être remis en liberté en attente de leur jugement. Il était temps. Plusieurs révoltes ont éclaté dans les cellules des mineurs politiques. Ayant pour effet d’empirer le sort de ces jeunes prisonniers bien sûr.

Pour avoir vécu avec sa famille la remise en liberté de Kendal, je n’ai aucune peine à imaginer le soulagement de milliers de parents, de leurs avocats  et des amis  qui les soutiennent. Et la joie des familles dont un enfant devrait prochainement sortir de prison. Les maisons vont être briquées et les réfrigérateurs remplis pour recevoir tous les invités qui viendront partager  ces retrouvailles.

A juste titre, à mon avis, Today’s Zaman, présente cette mesure comme participant de l’ ouverture démocratique, bloquée depuis l’automne dernier.  Le ministre de la justice Sadullah Ergin, a rappelé qu’une partie de la législation anti-terroriste est un héritage de la période du coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980. L’article oublie cependant de préciser que les dispositions responsables des peines incroyables dont étaient jusqu’ici passibles ces mineurs datent de la précédente législature AKP, comme la jurisprudence qui peut trainer devant une haute cour criminelle pour « soutien à une organisation terroriste, » quiconque  participe à une manifestation pro PKK. Une disposition qui va continuer à s’appliquer pour les majeurs (avec une peine encourue  réduite de 1 an et demi à 6 mois de prison)

Et surtout que c’est en 2006, que le Parlement à majorité AKP avait voté l’amendement permettant de juger devant des tribunaux pour adultes, les mineurs prenant part à ces manifestations.  Ce que les familles de ces gosses n’ont évidemment pas oublié par contre. Et une famille kurde ça fait souvent beaucoup de monde, et pas mal d’électeurs, surtout si on compte les oncles, tantes et cousins de ces gosses….

Et bien sûr rien n’obligeaient des juges à envoyer des milliers de gosses en prison préventive, en attendant que leur cas ne soit jugé, si ce n’est leur interprétation de la dangerosité représentée par le gamin ou (plus rarement) la gamine qui leur était présenté. Cela étant dit, tous ces juges ne sont pas des sympathisants AKP, évidemment. Mais « juste plus dur que le mur » me disait un de ces gosses (15 ans) en parlant de celui qui l’avait expédié pour un an en prison. Puis condamné à 13 ans de prison. Son avocate avait fait appel, bien sûr.

Il ne faut cependant pas manquer de courage politique pour reconnaître ainsi qu’on s’est trompé et  faire marche arrière pour réparer une erreur, qui risque cependant de laisser des traces.

Cette réforme de la législation anti-terroriste concerne aussi les majeurs – pour lesquels la réduction des peines encourues pour avoir participé à une manifestation non autorisée s’appliquera aussi. Rüken Türk, la petite fille d’Ahmet Türk, l’ancien président du parti kurde (interdit de toute activité politique depuis la dissolution de son parti en décembre dernier) a ainsi été condamnée à dix ans de prison ferme pour avoir simplement participé à une manifestation organisée après qu’un de ses camarades d’université ait été tué par balles, au cours d’une cérémonie en l’honneur d’Ocalan. Les tribunaux (et les prisons) regorgent de cas plus ou moins similaires.

A l’automne dernier, dans un contexte très tendu et avec l’attentat de Tokat, revendiqué par le PKK, qui avait causé la mort de plusieurs soldats,  cette  réforme de la législation anti terroriste avait été retirée de l’ordre du jour de la Grande Assemblée. Cette fois, et malgré un contexte encore plus tendu, la réforme a pu être votée. Il faut dire que le sort réservé à ces enfants de l’Intifada kurde a depuis souvent fait la UNE des médias.

 

très jeune fille kurde emprisonnée (Mersin, Turquie) Celui de Berivan, 15 ans a ému bien au-delà de la Turquie. Cette petite ouvrière  du textile avait été condamnée à 8 ans de prison et incarcérée à la prison de Diyarbakir, sur la foi d’une déposition qu’elle avait signé en garde à vue alors qu’elle sait à peine lire – ce sont ces copines de cellule qui avaient rédigé les lettres émouvantes adressées à sa mère que la presse turque a largement divulguées. A son procès elle avait même demandé ce que le mot « propagande », dont elle était accusée, voulait dire !

lettre de Berivan

Elle y avait été défendue par un avocat commis d’office. Sa famille est trop pauvre pour en payer un et ignorait alors l’existence d’associations qui pouvaient l’aider à en trouver un(e) qui accepterait de la défendre pour une rétribution toute symbolique. Comme Canan Atalay, une avocate de Diyarbakir qui ne fait sûrement pas fortune en défendant des dizaines de ces enfants (mais qui a fait des émules parmi certains d’eux qui rêvent de suivre son exemple).

Sur ce dessin, Berivan a écrit « Je voudrais tant être libre ».

 

Une partie de l’opinion en Turquie a aussi compris que ce n’est pas en traitant ainsi ces enfants kurdes que le PKK finirait par déposer les armes. Non seulement la plupart de ces gosses déclaraient ensuite qu’ils choisiraient de rejoindre la montagne plutôt que de retourner en prison. Mais certains de leurs camarades de classe l’ont déjà fait !

Pas toute l’opinion pourtant, puisqu’une partie du Parlement a voté contre. Le MHP (extrême droite dont une partie des électeurs est proche du mouvement Loup Gris) bien sûr. Il réclame aussi l’instauration de l’Etat d’Urgence dans la zone kurde du pays –  une mesure qui heureusement n’est pas à l’ordre du jour ! Ainsi que le rétablissement de la peine de mort afin d’excécuter Ocalan, le fondateur du PKK.. de quoi sans doute mettre la moitié du pays – en tout cas ses principales villes –  à feu et à sang, outre le fait qu’elle l’éloignerait définivement de l’UE.

Une partie des députés CHP (kémalistes) a voté aussi contre. Le principal parti  d’opposition se définit comme de centre gauche, mais est plutôt un parti jacobin avec un courant plus autoritaire et un autre plus démocrate.

Comme le remarque Jean Marcou sur son blog Ovipot , ces mesures ne suffiront sûrement pas à pacifier la région kurde. Elles permettront au moins de rétablir un peu de sentiment de justice qui manque tant à la génération d’enfants kurdes nés dans les années 90, pendant la période d’Etat d’Urgence.(OHAL)

Ils en ont bien besoin. Et aucun enfant kurde n’ignore que Berivan est un prénom kurde. Tout comme Kendal.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s