Aglama, Fazil Say – ne pleure pas

 

C’est sa fête sur le site d » Erkan’s field diary. Il faut dire qu’il y a de quoi. La dernière de Fazil Bey est qu’il a honte pour son peuple, qui ne lui en demandait sûrement pas tant. Et de quoi a-t-il honte ce virtuose ? Du goût des Turcs pour la musique arabesk !

Bon, personne n’est obligé d’aimer la musique arabesk. Mais qu’il ait honte que d’autres l’aiment !!!… Il se prend pour leur père aux amoureux de l’arabesk ? Ce mépris ou cette condescendance du bourgeois pour des goûts trop populaires et pas assez raffinés à son goût, est insupportable. Quoique le ton condescendant serait plutôt l’apanage du bourgeois français, teinté en général  d’une ironie qui se veut légèrement décalée toute aussi imbuvable, quand il est branché.  Les engouements du peuple n’étant alors tolérés voire partagés que s’ils sont revisités par un artiste contemporain.

Chez Fazil bey, c’est l’arrogance bourgeoise  affichée sans le moindre complexe.

Il ne faut pas pleurer comme ça, Fazil bey. Mais quand on est malheureux, rien de tel qu’une chanson pour faire pleurer son âme un bon coup. Ensuite ça va mieux. Comme sur Yol TV, je lui dédis Aglama, qui devrait le consoler un peu.

 

J’adore son côté mauvais garçon d’Urfa à Ibo. Comme il a commencé par un Agit kurde (sublime), il demande faussement naif en reprenant un accent kurde d’Urfa  « – Maintenant je chante en turc.  C’est mal ? (honteux )- NON !!! (les fans ne trouvent pas ça honteux)  – parce que si c’est mal , il faut le dire » – Evidemment Aglama, c’est en coeur avec le public. On est star ou on ne l’est pas. Ca se cultive; mais ne s’invente pas.

Je rassure au cas où, Ibo ne fait pas de propagande pour une organisation illégale sur le montage vidéo. C’est seulement parce qu’ il a gagné un prix qu’il fait le signe de la victoire sur une des photos. A l’époque on le faisait, comme partout ailleurs dans le monde. D’ailleurs il faut reconnaitre qu’il a plutôt une bonne tête bien pacifique sur la photo où il fait le signe de la victoire (dit aussi iki pour les petits).

La musique arabesk j’aime surtout dans les gazinos. La dernière fois que j’y suis allée c’était avec un Urfali justement. Rencontré au cours d’un voyage. Faute de correspondance nous étions  bloqués pour la nuit dans une petite ville  et nous avions pris le même hôtel avec lui et son cousin. Un ingénieur qui bossait sur une base de Tikrit en Irak à la reconstruction de l’aéroport et s’était précipité sur une bière et les journaux turcs en arrivant à la frontière. L’alcool était interdit sur la base US. La veille encore plusieurs roquettes l’avaient frappée. Et autant éviter tout ce qui pourrait être interprêté comme une provocation dans le fief de Saddam Hussein. Et quand on veut éviter  aussi le risque que toute tension explose sur ces bases où tout le monde était confiné pendant des mois, la consommation d’alcool n’est sans doute pas très recommandée non plus.

Il m’avait proposé d’aller dîner. Je pensais qu’on irait dans une lokanta. Et j’avais envie de continuer à papoter avec un Urfali qui venait d’extrader son cousin de Tikrit  (il était alllé chercher l’ingénieur) – ce n’est pas Fazil Say qui serait capable de faire  ça! En plus j’avais faim. Donc OK pour aller dîner. Le cousin est resté à l’hôtel lire ses journaux, mais un autre convive nous a accompagné.

C’était marqué « canli musik » au bas de l’escalier – j’aurais pu me douter du genre de restaurant. Mais je ne m’y attendais pas du tout. Je pensais juste qu’il y aurait des musiciens. J’ai compris dès qu’on est entré dans la salle. Lumières tamisées rouges, bougies sur les tables un peu crasseuses, orgue au fond de la salle, chanteuse en tenue orientale. En fait j’aime bien ce genre d’endroit, mais ça sentait un peu le plan drague. Ca devait être le seul endroit de la ville où on peut dîner avec alcool. Et c’est sans doute pour ça qu’ils l’avaient choisi.  J’ai donc pris un air de Hanim Efendi un peu scandalisée « mais c’est un pavyon ici  ? !! « .  On a appelé  les serveurs à la rescousse pour me rassurer, « non non, c’est un gazino tout à fait respectable ».

Là où c’est devenu drôle c’est quand la chanteuse est venue chanter à notre table. Son string rouge était bien apparent sous sa jupe orientale blanche. L’effet était voulu, mais ça ne faisait pas tellement gazino respectable.  Ils se sont empressés de lui donner un paquet de billets pour qu’elle dégage. Elle avait à peine commencé sa chanson. Mais elle n’a pas compris (ou elle a fait semblant de pas comprendre) qu’il y avait une hanim efendi à la table.. Et elle s’est assise à côté de moi pour boire un verre avec nous – et augmenter sa recette. Elle m’a dit qu’elle était turque, mais son « Türkiye seviyormusunuz?  » avait un léger accent que je n’ai pas trouvé très turc.

Il ne faudrait pas que Fazil Say apprenne qu’il existe des lieux comme ça en Turquie, il risquerait d’en tomber malade, le pauvre.

 

Et pour ceux qui ne veulent pas bouder leur plaisir, quelques images et sonorités très arabesk (et très années 80 ) de Ferdi Tayfur avec ses kader, uzak, gurbet etc….Huzurum Kalmadi . Et franchement, est-on  complètement normal quand on a honte de ça ?

 

 


 

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