Diyarbakir : les enfants de Baglar objets de la sollicitude kurde, musulmane et même japonaise.

petites filles de Baglar (photo anne guezengar)

Tous ceux qui connaissent Diyarbakir sont frappés par la densité du réseau associatif, qui contribue à y organiser les relations sociales et marque jusqu’à l’urbanisme.

Baglar est l’arrondissement le plus peuplé de Diyarbakir. C’est sans doute celui qui compte le plus de familles déshéritées. Pour la plupart des immigrés récents chassés de leurs villages dans les années 90 par la sale guerre, ou par la dernière vague d’exode rural ,comme beaucoup d’autres habitants de la ville. Ils ont grossi un sous prolétariat urbain, marqué par le sous emploi des hommes et l’analphabétisme des mères de famille les plus âgées. Une caractéristique devenue bien moins massive chez les jeunes femmes et encore moins pour les jeunes filles. C’est à Baglar que se déroulent les grandes manifestations interdites par les autorités qui souvent dégénèrent en affrontements avec les forces de l’ordre. Comme la traditionnelle manifestation du 15 février, jour anniversaire de l’arrestation dOcalan, le fondateur du PKK.

 

Le réseau associatif pro kurde et proche de la mairie de Diyarbakir, n’est pas le seul à être très actif dans la ville de Diyarbakir, ni dans cet arrondissement. Le réseau musulman est aussi bien présent. Bien sûr, comme (bientôt ?) partout dans le monde, les Fetullah sont là. Une grande école primaire fethullaci, özel Nil ilkögretim, est implantée près de de chez mes amis de Kayapinar, à proximité de Baglar. Sa vocation n’est pas d’accueillir les enfants déshérités du quartier. C’est plutôt une école d’excellence, mais elle doit bien en accueillir aussi. Comme toutes les écoles privées en Turquie, l’enseignement y est onéreux, mais comme pour les autres écoles privées, il doit bien exister un système de bourses pour les élèves méritants pour lesquels la solidarité de la très riche communauté Fethullaci doit être mise à contribution. Et son implantation dans un quartier populaire n’est certainement pas anodin. Mais difficile d’en dire davantage, faute d’avoir rencontré ceux qui la dirigent ou des familles d’enfants qui y sont scolarisés.

Nil egitim kolej , Diyarbakir

 

 

Par contre j’avais rencontré le directeur et les enseignants d’une dershane musulmane, qui elle, s’adresse aux gosses de familles déshéritées du quartier de Baglar, auxquels elle prodigue du soutien, voire des cours de rattrape scolaire pour ceux qui sont plus ou moins déscolarisés. A l’heure où nous nous y étions rendus, les enfants n’étaient pas encore arrivés. Mais les enseignants, des étudiants, y étaient très sympas et semblaient très motivés. Le fait qu’eux-même venaient de familles modestes vivant dans ce quartier et qu’ils avaient intégré l’université grâce au soutien de cette dershane, n’y était pas pour rien dans cette motivation. J’aurais bien aimé mettre une photo, mais je ne sais plus où j’ai mis celles que j’avais prises ce jour là.

 

Les associations caritatives du réseau Vert (musulman) s’étaient montrées particulièrement généreuses avant les élections municipales. De nombreuses familles déshéritées de Baglar, comme d’autres arrondissements de la ville  avaient reçu caisses de poulet et vêtements neufs , notamment pour la fête de fin de ramadam (Kurban Bayram). Je suis loin d’être persuadée que les bénéficiaires aient montré leur reconnaissance en votant en masse pour le parti au pouvoir. D’autant que des familles qui n’avaient bénéficié QUE de caisses de viande, pouvaient se montrer envieuses de la voisine qui avait eu la chance, elle, d’avoir l’unique pièce lui servant de logement meublée de pied en cap grâce à la vitalité du capitalisme vert : électro ménager (frigo, machine à laver), télévision géante, jusqu’au tapis couvrant le sol. Sans oublier le gros appareil de chauffage électrique pour remplacer le vieux poêle à charbon. Heureusement qu’à Diyarbakir le règlement des factures d’électricité est parfois aléatoire, sinon la famille aurait eu quelque mal à passer l’hiver au chaud. Mais à chacun sa tâche pour l’hiver. Les uns (plus précisément le chef du gouvernement, comme c’est écrit sur les sacs) fournissent les sacs de charbon, les autres l’électricité. Est-ce les mairies qui gèrent l’électricité de la ville ? Forcément ces prodigalités dont certains ont bénéficié plus que d’autres ont crée quelques envieux. Des caisses de poulet, c’est déjà ça. Mais ça ne répare pas la machine à laver en panne le jour où elles arrivent. Une machine toute neuve aurait été mieux.

En tout cas cela n’a pas suffit à faire tomber Diyarbakir dans le giron de l’AKP. Tous les arrondissements de Diyarbakir ont élu des municipalités DTP (pro kurde). Mais il est probable que les jours prochains, la solidarité musulmane continuera à s’appliquer quand-même, peut-être de façon moins intense (et sans machine à laver !) Ramadan n’ayant rien à voir avec un bulletin de vote.

 

Quelque soit leur orientation, les associations de Diyarbakir ont souvent noué des liens ou des partenariats avec l’étranger. Avec les diasporas, kurdes ou musulmanes bien sûr, ou avec des institutions européennes. Mais c’est avec une association japonaise, très rigoureuse en ce qui concerne la gestion m’y a-ton dit , avec laquelle la Maison du Soutien à l’Education, de la mairie de Baglar (Baglar Belediyesi, Egitim Destek Evi) qui prodigue soutien scolaire et aussi des activités d’éveil aux gosses de Baglar, a établi un partenariat. Grâce à l’aide japonaise, le centre a les moyens : salles de cours spacieuses et lumineuses, ordinateurs, jeux pour les enfants, salle de spectacle et bibliothèque où plusieurs étudiantes potassaient l’ÖSS au calme. La liste des étudiants du centre, ayant été reçus au concours de l’université est affichée dans le hall. Beaucoup de jeunes de Baglar avaient du profiter des cours dispensés par le centre, car la liste des jeunes admis dans une université est longue. Et on m’a dit qu’un certain de nombre de collégiens la fréquentant avaient pu intégrer de bons lycées publiques – dans lesquels on est admis en fonction des résultats scolaires obtenus au collège..

 

Trop tôt pour y rencontrer les collégiens, mais les petits étaient là. « Mes enfants sont toujours très sages » m’a dit une animatrice. C’est vrai qu’elle doit avoir un don : ils étaient  très très calmes les petits qui jouaient sagement dans la salle.

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Sympas aussi ceux de la salle à côté, ambiance un peu plus garçons, mais quand-même, ils étaient sages.

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Je ne les ai pas rencontrés à  Diyarbakir, mais la très laïque association Cadgas , proche du CHP, le parti kémaliste, est sûrement présente. A mon retour des îles j’avais parrainé une écolière de Diyarbakir, Hatice (comme ma petite footballeuse préférée !). Le choix de l’association c’était tout simplement fait parce que j’avais trouvé au Consulat français d’Istanbul, les coordonnées d’Emmanuelle, une femme française très sympa qui vivait à Istanbul et qui récoltait des bourses pour les enfants de Cagdas. Elle m’avait aussi fait connaître l’association Umut Socuklari (les Enfants de l’Espoir) qui se consacrait aux enfants des rues. Je ne sais pas si elle existe toujours.

Comme je n’ai pas trop l’habitude de fréquenter le petit monde des expatriés, je m’étais demandé pourquoi les maris attendaient dans leur voiture, un jour où Emmanuelle avait organisé une exposition vente d’aquarelles destinée à récolter des fonds pour les enfants de Cagdas, dans son bel appartement d’Ulus . Jusqu’à ce que je finisse par réaliser que les maris étaient les chauffeurs de certaines femmes de l’assemblée. Comme il y en avait plusieurs, les chauffeurs ne devaient pas trop s’ennuyer à attendre comme ça.

 

Ces enfants suivent des cours de théâtre. Evidemment, leurs mamans n’ont pas de voiture avec  chauffeur… C’est une leçon de chant.

Cours de chant à Diyarbakir (photo anne guezengar)

Il y avait  encore quelques fausses notes, mais ils y mettaient du coeur.

enfants de Baglar, Diyarbakir (photo anne guezengar)

 

Séance photo à la sortie…Les cours se déroulent dans des locaux de la municipalité de Baglar. Et dès qu’il y a photo, c’est parti pour le signe de la victoire.

cours de théâtre à Diyarbakir

 

Trop petit pour lire les paroles de la chanson, il s’était approché de moi alors que les grands chantaient. Il avait vu mon appareil photo et demandé d’une petite voix grave : « Abla benim foto çekecek misin? « – (grande soeur) tu me prendras en photo? – « Cekecegim canim ». J’espère que sa photo lui est parvenue.

petit garçon de Baglar (photo anne guezengar)

 

Ce manège était trop joli. Ils ont eu le droit à plusieurs tours par solidarité avec les tourneurs de manèges mécaniques de Diyarbakir.  Et à 25 kurus (10 centimes d’euros) le tour de manège, ça aurait été dommage de les en priver et de se priver soi-même de tout cet enthousiasme.

manège à Baglar (photo anne guezengar)

Il semblerait qu’on peut voir autre chose que des émeutes et des foules en colère, de temps à autre à Baglar – Diyarbakir…

 

 

2 commentaires sur “Diyarbakir : les enfants de Baglar objets de la sollicitude kurde, musulmane et même japonaise.

  1. Un petit manège comme ça, il y en a 1 dans un quartier kurde d’istanbul. Par contre, c’est 1 lire le tour…

    Par contre Bacglar, je ne vois pas très bien où c’est. J’ai visité plein de quartier mais je ne connaissais pas forcément les noms.

    Quand aux femmes expatriées (hors celles arrivées en Turquie par mariage avec un turc), je ne les fréquente pas trop non plus. Il y a un fort décalage de niveau de vie loisirs… on ne fréquente pas du tout les mêmes endroits

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  2. La vie 4 fois plus chère à Istanbul qu’à Diyarbakir, c’est presque ça ..

    Les couples mixtes, c’est partout comme ça, même s’il n’y a pas de différence de standing. Mais le conjoint apprend plus vite la (ou les) langues du pays, y fait un plongeon plus radical et chacun prend un peu de recul avec sa propre communauté en général. Quand on part en couple on conserve davantage ses habitudes et on est moins contraint d’apprendre la langue. Souvent les amis turcs des franco français d’Istanbul sont francophones ou anglophones..

    C’est la même chose pour les Turcs qui vivent en France.
    Et ce n’est pas une raison pour refuser à un brillant journaliste turc qui obtient un super contrat en France…qu’il y fasse aussi venir sa famille (encore une brillante idée de notre charmant gouvernement paranoïaque! !

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