Balade à Yuksekova par jour d’émeutes kurdes : partie 1 – hautes températures.

 

graffiti à Yüksekova (photo anne guezengar)

Depuis les journées noires des fêtes de fin de ramadan et la colère qui avait explosé après l’attentat de Geçitli, en septembre les émeutes avaient cessé dans la province d’Hakkari sur la frontière entre la Turquie, l’Iran et l’Irak. Le cessez le feu décrété par le PKK jusqu’aux prochaines élections semblait avoir aussi annoncé une trêve de ce côté là.

 

Mais ces derniers jours c’est reparti de plus belle. Il faut dire que les circonstances sont réunies. D’abord Ruken Yetişmiş, madame le maire vient d’être arrêtée. Un tribunal d’Istanbul l’a condamnée à dix mois de prison pour cause de propagande pour le PKK qu’elle aurait faite lors d’un festival de musique…en 2004. Et le 5 décembre dernier elle a été envoyée à la prison de Bitlis, à plusieurs centaines de kilomètres de ses administrés. Elle y a rejoint les autres détenues politiques d’Hakkari. Au moins ses proches à elle pourront lui rendre des visites régulières : elle est originaire de cette province.

 

Évidemment ceux qui l’ont élue (à 93% des suffrages quand même !) ne trouvent pas du tout répréhensible de faire de la propagande pour le PKK… Au contraire. Les gençler – jeunesse – ont ressorti leurs frondes. Pierres et cocktails molotovs ont volé sur les véhicules blindés de la police.

 

A peine la municipalité décapitée de sa mairesse, voilà que lors d’un contrôle de police sur une route, le passager d’une voiture Sedat Karadağ, (33 ans) militant du mouvement de la jeunesse du BDP (le parti légal pro kurde) est gravement blessé. La version officielle est qu’il se serait tiré lui même dessus. Les 4 autres occupants de la voiture sont placés en garde à vue. Une histoire confuse. La ville explose de nouveau.

 

L’été dernier j’hésitais un peu à me rendre dans la province d’Hakkari comme à mon habitude. Mais il a suffit d’un appel de mon ami Suleyman le fleuriste pour me décider. Il faut dire qu’il avait vite laissé le téléphone à ses petites filles : « Anne abla sen gelecekmisin ?  » (grande soeur tu vas venir ?). Impossible de résister, d’autant que le PKK venait d’instaurer un cessez le feu pour la période de Ramadan et que les tensions s’ apaisaient.

 

A mon arrivée, Yüksekova était calme, elle paraissait un peu assoupie même en ce début de Ramadan. C’est le soir que la ville s’animait, ce qui changeait de ses habitudes – contrairement à Hakkari qui vit tard la nuit, les rues de Yüksekova se vident avec la fin du jour. Mais les tensions d’une année marquée par une centaine de journées d’émeutes y étaient palpables. Les vitres des écoles étaient brisés. Les murs s’étaient couverts de slogans signés des Gençler (jeunesse pro pkk) (GÖM) à la gloire d’Apo ou annonçant « le temps venu pour l’autonomie démocratique », comme sur le graffiti de la photo. Et les adolescents qui flânaient dans les rues m’ont semblé avoir adopté une démarche plus frimeuse. Comme si en devenant les héros de toute une génération (la province d’Hakkari est devenue LA province héroïque dans le cœur des jeunes de Diyarbakir), ils avaient renoncé en partie à l’allure altière propre aux habitants de ces montagnes, pour singer celle commune à pas mal d’ados des métropoles occidentales…

 

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Sur la route de Semdinli, à proximité de leur maison, les enfants m’ont montré le trou laissé par une mine qui une dizaine de jours auparavant avait blessé une dizaine de soldats. Selon eux, 3 jours d’affrontements avec les forces de l’ordre avaient suivi dans leur quartier. Cela fait une dizaine d’années que je viens régulièrement voir mes amis dans la province. Je n’y avais jamais senti une telle tension. Beaucoup de ceux que j’y ai revus s’inquiétaient, se demandant vers quoi se précipitait leur ville.

 

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Les émeutes d’une année semblaient s’être emparées des esprits..Un gosse du quartier m’ a montré ses coloriages. Il venait de consciencieusement colorier la grosse lune de la page de son livre . en rouge – jaune – vert. Les couleurs du drapeau kurde. Il avait 4 ou 5 ans ! D’autres gosses pas plus âgés que lui entonnaient des refrains révolutionnaires « dobra dobra partiye ! « . J’ai vu un de ces bouts de chou hurler en solo la marche des guérillas, repris en cœur par ses petites cousines… La taille du devrimci (révolutionnaire) faisait rire les passants. A Yüksekova ce sont les clips de Roj TV qui faisaient office de comptines l’été dernier.

A suivre


 

 

 

 

 

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