L’armée de l’Imam – les internautes turcs narguent la censure sur facebook

facebook-ahmet-sik.1301272117.jpg

En 2 jours, plus de 65000 internautes turcs ont rejoint une page facebook    pour y déclarer  » Moi aussi je possède le livre d’Ahmet Sik « (Ahmet Sik’in Kitabi Bende de Var). Pourtant L’armée de l’Imam, le livre en question, une enquête du journaliste sur l’influence du mouvement de l’imam Fethullah Gülen, n’a pas encore été publié. Mais s’il rassemble déjà autant de fans prétendant le posséder, ce n’est pas une opération de marketing de sa maison d’édition. C’est la réponse d’internautes en colère contre la justice turque, qui vient de déclarer complices d’une organisation criminelle,  tous ceux qui auraient le manuscrit en leur possession, et refuseraient de le lui remettre. 

Jeudi dernier, le procureur Zekeriya Öz, a fait saisir tous les manuscrits dont la justice, qui en possèdait déjà un exemplaire, avait connaissance. Des policiers ont fait une descente à la rédaction du quotidien de gauche Radikal, à la maison d’édition Ithaki et au bureau de l’avocat du journaliste. Les ordinateurs ont été fouillés, les fichiers contenant le manuscrit copiés puis détruits. La femme du journaliste et tous ceux qui possèderaient une copie du manuscrit sont sommés de le remettre à la justice, sous peine d’être inculpés de complicité avec le réseau Ergenekon, un réseau accusé de comploter pour renverser le gouvernement.

La police va avoir du boulot si elle doit aller fouiller les ordinateurs de tous les internautes qui s’accusent spontanément. Et la justice découvre que la censure, qui faisait partie des habitudes jusque dans les années 90, n’est plus considérée comme « acceptable aujourd’hui. D’autant que la saisie d’un manuscrit qui n’était même pas sous presse, est quand-même une première.  

Quant à l’auteur, cela fait maintenant trois semaines qu’il est en prison, sans qu’on sache davantage ce qui a justifié son incarcération. Et ce n’est pas cette saisie sur l’ordinateur d’un de ses amis journaliste auquel il avait demandé de relire le manuscrit, de son avocat et d’un éventuel éditeur, qui suffit à convaincre qu’il participait à un complot avec une bande de criminels. Difficile par contre pour le procureur de continuer à affirmer que l’inculpation des journalistes n’a rien à voir avec leur métier.

On se demande bien ce que peut contenir ce manuscrit, dont la publication risquerait de favoriser un coup d’Etat et dont la possession suffit à faire de son possesseur un complice du réseau Ergenekon. Mais il  est probable que ce bouquin finira pas être publié. Et du coup, qu’il s’agisse d’une investigation sérieuse ou d’un ramassis de sottises, sa promotion est faite. Le procureur Zekeriya Öz s’en est chargé.

Mais que va faire la justice face à ces internautes séditieux ? Va-t-elle fermer l’accès à Facebook après celui de Blogspot, pour les faire taire ? Cela risquerait d’être mal perçu dans un pays dingue de facebook. Même si les internautes y sont tous devenus champions dans l’art de détourner la censure sur Internet, ils commencent à en avoir ras le bol.

Si elle avait mis autant d’énergie ces dernières années à tenter de démêler l’affaire Dink, des Chrétiens de Malatya et de Trabzon, ou l’affaire Semdinli, qu’elle met à traquer un simple manuscrit, « susceptible d’apporter un support moral et de redonner de la motivation aux membres d’Ergenekon », le procès d’Ergenekon et de l’état profond, qui avait soulevé tant d’espoirs en Turquie, aurait sans doute bien avancé. Et dans ces affaires, c’est d’assassinats qu’il s’agit.

Il n’y a que la bonne conduite du procès Ergenekon qui puisse démoraliser les membres de ce réseau. Mais le tour qu’il prend  ne doit pas tellement y contribuer.

Ajout du 31 mars (3 jours plus tard).

Plus de 100 000 internautes ont désormais rejoint la page facebook « Moi aussi j’ai le livre d’Ahmet Sik ».

Mardi, le procureur Zekeriya Öz, était promu au Conseil supérieur de la magistrautre (HSYK), à la surprise de l’intéressé qui n’avait demandé aucune mutation.  Un nouveau procureur devrait être chargé de l’affaire Ergenekon. La veille, le président Abdullah Gül déplorait le tour que prenait cette affaire, vraiment pas géniale de plus pour l’image de la Turquie, relevant lui aussi, qu’elle faisait une  excellente promotion du livre par contre. Nous sommes bien d’accord, monsieur le Président.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s