Tarlabasi, Sulukule, Kumkapi, Arnavutköy, Beykoz et l’âme d’Istanbul….

Voici un autre  commentaire de Meh, cette fois sur  le billet Tarlabasi un quartier populaire très convoité au cœur d’Istanbul qui  valait la peine lui aussi d’être publié et que j’ai choisi d’illustrer avec d’autres  vidéos de Fatih Pinar  (et une photo de Beykoz, faute de vidéos…).

Amnesty international vient de publier un rapport sur les expulsions  qui  se poursuivent à Tarlabasi. Et  je renvoie une nouvelle fois au site d’un photographe amoureux du quartier ; Tarlabasi Istanbul.

 

« Vous avez dit sans le dire vraiment la réalité telle qu’elle est, c’est une question d’agenda de politique urbaine, avec ses étapes : Partout où l’électorat du vieux centre n’est pas assez couleur AKP, souvent peuplé de communautés fortes dont il est de notoriété publique qu’elle n’adhèrent pas au conservatisme, à l’ultra-libéralisme et au nationalisme de AKP – comme les Roms, les travestis (souvent prostitués) ou les Kurdes – ,alors vous pouvez être sûrs que ce sont ces quartiers qui sont les premiers violemment « pris en main » par les autorités municipales, avec la bénédiction d’une large frange de l’opinion, pour diverses raisons. C’était le cas de Sulukule, maintenant c’est Tarlabaşı, on force ici la main à la gentrification sinon en marche forcée partout à İstanbul – il ne faut pas oublier.

Cela se fait avec AKP, une autre clique politique aurait fait pareil. Mais cela se fait ailleurs plus en douce sans attirer trop l’attention des quelques rêveurs attirés par l’originalité de Tarlabaşı – celle d’une certaine concentration des « damnés de la terre » dans un des quartier les plus beaux du centre. Beyoğlu et tous les autres quartiers devenus plus chics sur les rives du Bosphore (Arnavutköy, Kanlıca, Beykoz, etc.) connaissent cette transformation depuis un moment déjà sans émouvoir ni les amoureux étrangers de l’İstanbul populaire ni la jeunesse istanbuliote, même créative ou moins créative, globalisée assurément, et parfois forcément « boboïsée », tout occupée à RESPIRER dans cette période très contradictoire pour la Turquie et à profiter de la vie malgré tout – finie la période arabesk dans toute sa splendeur !

 

Je connais mieux Fatih et le sud d’Eminönü, et là pour l’instant on y est plus tranquille, comme vous pouvez vous l’imaginer (Pour ceux qui ne connaissent pas Istanbul, Fatih est des quartiers parmi les plus conservateurs de la ville). Quoique le sud d’Eminönü (Sultanahmet, Küçükayasofya, Kumkapı, Kadırga, etc.) est lui aussi par endroits pas mal peuplé de Roms et de Kurdes, en plus de tous les autres habitants de ces quartiers sans identité affichée ou fantasmée, et tout près des quartiers ultra touristiques. Et là ça bouge aussi.

Et puis il faut dire que Tarlabaşı est vraiment trop près de Beyoğlu, une proie facile. Comme vous je pleure un certain İstanbul, comme d’autres ont pleuré un certain Paris dans les années 70 et 80, et désormais aussi ailleurs on pleure un  Barcelone révolu ou un certain Berlin …En quelque sorte le putsch de  1980 de la frange dure des militaires  turcs (qui ne cesse de m’obséder en tant que clé de compréhension de ce que nous vivons aujourd’hui) était en phase avec son époque, celle de Thatcher, de Reagan – et de tous ceux qui leur ont emboité le pas (PS et RPR en France, ANAP, DYP et AKP en Turquie) et qui ont créé le monde dans lequel nous vivons maintenant. Et où nous avons de bonnes raisons de nous indigner, n’est-ce pas 😉 »

2 commentaires sur “Tarlabasi, Sulukule, Kumkapi, Arnavutköy, Beykoz et l’âme d’Istanbul….

  1. J’ai toujours un pincement de coeur quand je vois le train « banliyö » et sa gare de Kumkapı. Imaginez ces quartiers bientôt coincés entre le vieux centre touristique de Sultanahmet, les nouveaux quartiers gentrifisés par la clique AKP et l’immense nouvelle gare de Yenikapı et son tunel Marmaray…

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  2. Bonjour
    Je vais bientôt à Istanbul pour une dizaine de jours et j’aimerais rencontrer des asso représentant la culture rom de Sulukule par exemple..Je ne trouve pas leur contact..
    Je suis instit à BX et je m’occupe d’élèves non francophones (la majorité est Rom turcophone). C’est par une bourse Comenius que ce séjour est possible.
    Merci de me répondre.
    Cordialement
    Viviane

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