Ramadan à Diyarbakir

L’été dernier Söngül était la seule de sa famille avec sa mère à jeûner pendant Ramadan. Au moins le temps de mon séjour. Ensuite je ne sais pas si ces deux petites sœurs qui avaient bien l’intention d’en faire autant, mais  repoussaient régulièrement l’échéance au lendemain, avaient fini par suivre son exemple. Leur frère aîné lui ne jeûnait pas et leur père qui aurait bien aimé le faire, a un travail pénible à l’extérieur et se remettait d’une assez grave opération. Jeûner avec la chaleur qu’il faisait, aurait été dangereux pour sa santé.

Cet été là, comme le précédent, elle travaillait comme serveuse dans le çaybahçe (café )associatif du quartier. Heureusement, en période de ramadan, il n’ouvrait que le soir et alors il était bondé jusque tard dans la nuit. J’y ai pas mal traîné aussi.

J’y avais retrouvé Kendal, qui lui aussi profitait de l’été pour se faire un peu d’argent de poche. Je n’avais pas été surprise de le revoir là – loin de son quartier pourtant – Songül m’avait prévenue qu’il faisait partie de ses collègues de travail. Par contre il l’avait été quand elle l’avait appelé par son prénom le jour où ils avaient fait connaissance. Elle l’avait reconnu grâce aux photos que j’avais prises le jours de sa remise en liberté et que je leur avais montrées.

Autant dire que c’était un endroit dont j’appréciais l’ambiance…

A peine rentrée de son travail,  Songül  enfilait  sa tenue de prière sur son jean’s et se plongeait dans ses prières,  après avoir fait ses ablutions. Elle prenait ensuite le solide  petit déjeuner de ramadan et allait dormir jusqu’au début d’après midi. J’avais été impressionnée de la voir lire ses prières en arabe. Elle m’a dit qu’elle avait appris cette langue. Si elle sait la déchiffrer, je ne suis pas certaine qu’elle la comprenne, mais qu’importe. Je ne suis pas persuadée que les prières sont faites pour être comprises, cela étant j’avoue ne pas être spécialiste en la matière.

L’été dernier c’était en début de ramadan, mi août que j’avais séjourné chez eux. Les avions de chasse qui décollent de Diyarbakir pour bombarder Kandil faisaient déjà un boucan d’enfer quand ils rentraient à l’heure d’Iftar, certains en faisant du rase motte au-dessus de la ville. Ces jours ci ce doit être encore pire. Les deux premiers jours de mon séjour, le ciel était calme – contrairement à l’habitude à Diyarbakir. Comme le PKK après un printemps très violent, venait de proclamer un cessez le feu, j’avais émis l’hypothèse que ce calme inhabituel était peut-être le signe qu’une  recherche de solution au conflit s’annonçait.

Je l’espérais pour les appelés qui étaient arrivés par le même vol que moi  à Diyarbakir et avec lesquels j’avais grillé une cigarette et échangés quelques mots en sortant de l’aéroport. Pour fumer en plein jour pendant Ramadan, j’ai supposé qu’ils étaient Alévis, ou de gauche. Évidemment je ne leur ai pas demandé. En tout cas ils ne jouaient pas aux héros et ils n’avaient pas l’air de trouver particulièrement exaltant le fait d’avoir été envoyés à Diyarbakir.  Je l’espérais tout autant pour les jolies étudiantes au visage sage dont j’ai vu les photos chez des amis d’amis. L’ainée a rejoint la montagne dans les années 90, à la suite d’une garde à vue (Si aujourd’hui ça reste souvent une expérience violente, on sait ce que c’était à l’époque ), ses sœurs l’ont rejoint peu après.

On ne partageait pas trop mon optimisme à Diyarbakir. Et on avait raison.

Cet été, il faut croire aux miracles pour l’être encore.

Ces minibus ne transportent pas des voyageurs, mais des commandos vers la frontière irakienne. Et la nuit dernière, une manifestation a très salement dégénéré à Cizre. 7 policiers ont été blessés par des tirs. Le conflit est de plus en plus au cœur des villes. Et ne s’agit plus seulement d’ados lançant des pierres -ou des coktails molotovs- sur les forces de l’ordre.

3 commentaires sur “Ramadan à Diyarbakir

  1. On connait les exemples de l’Espagne, de la France, de l’Irlande du Nord, de l’Afrique du Sud, de l’OLP, etc. Mais dites moi Anne SVP, que vous inspire le fait qu’en Turquie ce soit le seul endroit au monde où les autorités n’ont jamais, au grand jamais pris voix avec un mouvement « rebelle »/ »terroriste » de grande ampleur tel que le PKK et surtout après une si longue et terrible période de feu, de larmes et de sang ? « Ils » ont pourtant leur chef (aussi idolâtré qu’Atatürk de l’autre côté) en captivité depuis longtemps maintenant. Je connais « l’idéologie turque » et les turpitudes de l’État qui la porte et j’ai mon avis sur la question, mais qu’a t’elle de si particulier selon vous pour être si implacable, si obtuse, si inhumaine et si …autodestructrice ?

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    1. Je ne sais pas Meh. Mais la volonté d’humiliation me parait assez une constante. Je passe sur les années 80 et ses prisons terrifiantes. Mais la mise en scène de l’arrestation d’Ocalan répondait je pense à cet objectif (avec pour résultat tous ces gamins de 12 ans qui protègent le « père »en investissant la rue certains jours « anniversaires »).
      La grande rafle des élus du DTP/BDP le 24 décembre 2009 en ait aussi un exemple. Une humiliation donner en pâture à une opinion publique attisée par certains médias et certains politiques.
      Bien sur, comme Ahmet Altan je pense que personne ne peut sortir vainqueur de ces violences, ni le PKK, ni les forces de l’ordre. Et je suis persuadée que beaucoup partagent cet avis en Turquie. Est-ce suffisant ? Je n’en sais rien.

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  2. Et si toute la France s’y mettait ? … à faire le ramadan comme tous les musulmans ?
    Et si on s’abstenait de toute futilité depuis le lever du soleil jusqu’au coucher ?
    Si on s’arrêtait tout au long de la journée de fumer, de boire et de manger ?
    Si on oubliait quelques temps le jambon-beurre, le sexe et le café ?
    Si on mettait fin à nos rancœurs et on faisait comme si de rien n’était ?
    Si on se rapprochait les uns des autres, sans aucune arrière-pensée ?
    Et si on ouvrait un livre pour y lire les plus beaux vers de l’univers ?
    Si on ne retenait que l’essentiel, en levant à chaque instant, les yeux au ciel…
    Si on priait, non pour que notre prière soit exaucée mais pour que notre désir d’absolu soit exercé ?
    Et si… et si… et si… on ne veut admettre, ni Dieu, ni maître ?
    A quoi bon se priver de soi ? Rétorqueront tous les vers à soie ?
    Vers de terre, toujours privés de lumière
    Pour eux, c’est l’occasion où jamais de s’adresser à la beauté les yeux dans les cieux, pour lui dire :Grand Dieu….Ne me quitte pas.

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/01/ram-dam/

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