Les Kurdes, l’agent secret et le ballet des arrestations.

Au rythme avec lequel  les arrestations se succèdent dans les milieux proches du mouvement kurde, les prisons du pays doivent être pleines à craquer. Et rien n’indique que la tendance pourrait se ralentir. Rien que la journée du lundi 13 février, ce sont 140 personnes qui ont été arrêtées dans le cadre de l’affaire du KCK aux  4 coins du pays : à Ankara, Beyoglu (Istanbul), Izmir, Van, Diyarbakir, Hakkari, Batman etc… Des cadres du parti kurde font partie de cette nouvelle rafle bien sûr, mais aussi, comme d’habitude, beaucoup de syndicalistes, notamment du KESK,  des journalistes, des étudiants, et même des mineurs ayant participé à des manifestations.  Les quartiers de mineurs politiques détenus en attente de leur jugement sont à nouveau pleins. Ce qui ne semble plus émouvoir grand monde.

La liste des personnes arrêtées le 12 février à ce lien.

 

Peut-être un avertissement, avant le 15 février, date anniversaire de l’arrestation d’Ocalan, qui avait été enlevé  avec l’aide du Mossad israélien, au Kenya où il s’était réfugié. Une date anniversaire devenue depuis une journée de mobilisation de ses sympathisants et particulièrement chaude cette année ( notamment à Diyarbakir où un char de la police a renversé une femme de 70 ans).  Il faut dire que cela fait maintenant 6 mois, que le fondateur du PKK   est « au secret » et que personne, ni ses proches ni ses avocats ne l’a plus approché.

 

Et quelques jours plus tôt, le 8 février, leurs amis commémoraient les 100 jours de détention des intellectuels turcs, l’écrivain éditeur Ragip Zarakoglu et l’universitaire Büsra Ersanli, sans que personne ne sache, et évidemment pas leurs avocats, les motifs de leur inculpation. On sait seulement qu’ils ont été arrêtés dans le cadre d’une opération contre le  KCK. Si ça continue, Ragip Zarakoglu qui a décidé de profiter de cette détention pour apprendre le kurde, le maîtrisera parfaitement quand il sortira…peut-être pour le prix Nobel. Son nom vient d’être retenu pour le très prestigieux Nobel de la Paix.

Avec leur arrestation, des éditorialistes comme Oral Calislar tiraient la sonnette d’alarme, s’inquiétant que toute personne ayant des liens avec la région kurde pouvait être accusée de lien avec ce fameux KCK (la branche non armée du PKK – si j’ai bien compris). C’est tellement vrai que même les agents du MIT ne sont pas à l’abri. La semaine dernière, un procureur a cité Hakan Fidan, le chef du service des renseignements turcs –  nommé à ce poste par Recep Tayyip Erdogan et qui aurait toute sa confiance –  à comparaître. Il a refusé de se rendre à la convocation, mais l’affaire n’est pas terminée.

A l’origine de la citation à comparaître, des négociations poursuivies à Oslo entre le MIT et le PKK révélées en octobre dans les médias, négociations que le PKK a de son côté reconnues et qui se seraient poursuivies jusqu’aux élections de juin –  Quant à ces dernières, on connait le résultat  :  la justice refusant de laisser 5 élus BDP  sortir de prison où ils sont détenus en préventive,  et l’élection d’Hatip Dicle invalidée à Diyarbakir, son siège refilé à une députée AKP que dans sa circonscription on qualifie  de «  voleuse ». Elle ne doit pas s’y montrer souvent. Les 30 élus BDP rescapés avaient fini par prêté serment à la Grande Assemblée, mais le boycott avait duré un certain nombre de semaines – Est-ce que tout ceci était le résultat ou la cause de l’interruption de ces fameuses négociations ? J’avoue ne pas être dans les petits secrets des uns ou des autres. Possible d’ailleurs que ces « blocages » n’aient pas de lien direct  de cause à effet avec celles-ci.

N’empêche qu’accuser le MIT de liens avec le PKK pour avoir négocié avec lui (sans le crier sur les toits, ce qui est quand même le propre d’un service secret) fait un peu pagaille. Est-ce que leurs agents infiltrés au sein de l’organisation risquent aussi de se retrouver en taule pour « intelligence avec l’ennemi » ? Ça doit être la joie dans leurs rangs.

Une pagaille qui serait le résultat d’une confrontation de plus en plus frontale, entre les institutions de police et de justice – au sein desquelles  le mouvement Fetullah Gülen est puissant – et le MIT, selon l’éditorialiste Mustafa Akyol, qui y voit une confrontation entre  « colombes » et  « faucons » d’une part, et entre gouvernement AKP et mouvement Gülen de l’autre.

C’est probablement plus complexe, mais en ce qui concerne la question kurde, c’est clair qu’actuellement ce sont  les « faucons » qui mènent la danse.  Un climat  qui ne va sûrement pas  contribuer à faire baisser le prestige de la guérilla du PKK près de la jeunesse d’Hakkari, de Sirnak, ou de Diyarbakir.

 

 

Mais heureusement, la justice turque sait aussi se montrer magnanime. La plainte déposée pour propos incitant à  la haine,  par plusieurs barreaux de villes kurdes contre l’animatrice de TV, la tendre  Müge Anli qui s’offusquait sur la chaîne ATV que les sinistrés de la province kurde de Van, ravagée par un séisme,  osent attendre une aide de leur Etat, alors que selon elle, leurs enfants passent leur temps à jeter des pierres contre la police, a été déclarée non recevable par un tribunal d’Istanbul. Et son message avait bien été entendu par certain(e)s de ses fans. Parmi les cartons d’aide envoyés aux sinistrés, certains étaient remplis de pierres.

CQFD :  Pour éviter tout problème, il est plus recommandé  de débiter des propos infects contre une population kurde sinistrée  dans une émission débilitante que de militer au sein d’un syndicat ou  d’une organisation des Droits de l’Homme.

 

 

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