La maman de Solin (5 ans) atteinte de leucémie vient d’être libérée (KCK)

Il aura fallu 16 mois, pour qu’à la suite d’une intense campagne de mobilisation, Hanim Onur, adjointe au maire de Cizre et incarcérée dans le cadre des procès du KCK, soit enfin remise en liberté et puisse retrouver ses deux enfants, Solin,  5 ans, atteinte de leucémie et son frère Mirhat , qui souffre  d’épilepsie.

Cela fait pourtant des mois que certains médias alertaient sur l’histoire de cette maman, séparée de deux enfants malades alors que la justice ne l’a toujours  pas jugée coupable.  Mais il aura fallu la mobilisation des médias sociaux pour que les autorités s’émeuvent.  Une  pétition, « Solin ölmesin »  (que Solin ne meurt pas) lancée samedi 9 février,  relayée par de nombreux appels sur Twitter,   a récolté plus de 20 000 signatures en une journée. La fillette comme beaucoup d’enfants en bas âge de détenues, partageait la peine de sa mère jusqu’à ce que sa maladie soit pronostiquée, il y a près d’un an.  Séparée de ses deux parents,  sous la garde de ses grands parents, l’état de santé de la petite fille se détériorait.

Les médias ont aussi publié les chansons déchirantes écrites en kurde par les deux enfants pour réclamer le retour de leur mère.

C’est d’abord  Fatma Şahin, la  ministre de la famille qui s’est émue et a annoncé sur son compte Twitter qu’elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver Solin. Celle-ci doit être envoyée en traitement à Ankara dans un des meilleurs hôpitaux du pays. Et aujourd’hui, c’est le tribunal de Diyarbakir qui vient enfin d’accepter la remise en liberté de la maman. Difficile en effet pour les juges de continuer à rester inflexibles après l’intervention de madame la Ministre et alors que l’histoire de Solin commençait à émouvoir le pays.

Son avocate, l’immense Canan Atabay, qui a défendu la plupart du temps pour 3 fois rien des dizaines de mineurs incarcérés, doit se réjouir.

Hanim Onur était incarcérée à la prison de type E de Mardin. C’est aussi là qu’a été  incarcérée pendant plus de 15 mois une voisine de mes amis de Kayapinar, à Diyarbakir, dans des conditions épouvantables nous racontait sa soeur l’été dernier . En effet si les détenus politiques adultes hommes sont généralement incarcérés dans des prisons de type D, où les conditions sont plutôt  correctes (4 détenus par cellule), les femmes, comme les mineurs, sont  souvent enfermées dans des centres de détention de droits communs  Résultat : à Mardin plus de 80 détenues étaient entassées dans la même immense cellule. Elle souffre d’asthme et avait beaucoup de mal à supporter ces conditions. « Elle pleurait toujours au téléphone » selon sa soeur. Après les mutineries  de juin, elle a été transférée à la prison de  Siirt : « Maintenant ça va mieux. Elles ne sont plus que 60 et la nourriture est meilleure. » Sa détention est aussi l’occasion d’apprendre à lire. Les détenues éduquées se chargent de l’alphabétisation de celles qui n’ont pas eu la chance d’avoir été scolarisées.

Même si Siirt est encore plus éloignée de Diyarbakir que Mardin, ses parents et son fils de 10 ans continuent à lui rendre visite une fois par mois, le jour où le parloir ouvert est autorisé.  « L’incarcération de sa maman l’a complètement perturbé. Depuis il ne fait plus rien à l’école ». Pourtant c’est un gosse aux yeux qui pétillent d’intelligence.

J’aime bien ce gamin et j’ai souvent  pensé à lui cet automne, pendant le mouvement de grève de la faim des détenus politiques kurdes. Comme elle a des problèmes de santé, normalement sa mère a du  être dispensée d’y participer. Mais aura-t-elle accepté cette dispense (le cas échéant) ?  A Izmir, il avait fallu que Selahattin Demirtas en personne intervienne pour que des détenus mineurs acceptent de s’alimenter après plusieurs semaines de grève de la faim.

Un ami kurde qui m’a alors appris qu’il avait suivi pendant 35 jours une grève de la faim au début des années 90 (comme tous ceux dans son cas, son estomac en garde des séquelles depuis), expliquait qu’il l’avait suivie alors que les « responsables de cellule » l’en avait dispensé. Il n’appartenait à aucune organisation – son seul crime était d’avoir donné des cours de saz et d’avoir appris des chansons en kurde dans un centre culturel kurde. On savait donc qu’il allait être libéré sous peu. « Mais impossible de manger quand tous les autres refusent de s’alimenter. C’est une question de conscience ».

Pour les gosses des détenus en grève de la faim, cette période a du être complètement traumatisante. Il est vraiment heureux que la Turquie tente d’autres solutions que « les vieilles méthodes » qui n’ont réussi qu’à donner naissance  à des générations de révoltés pour régler la question kurde.

Et normalement, grâce au nouveau paquet de réformes de la justice que le Parlement turc devrait adopter sous peu,  la grande majorité (voire l’ensemble)  des détenus dans le cadre des opérations contre KCK devraient être  libérés, puisque qu’aucune participation à des actes criminels ne leur est reproché. Des prochaines libérations en masse sont en tous les cas espérées dans la région.

 

 

 

 

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