8 mars : journée de la femme kurde sous fond de processus de paix.

 

Le 8 mars, journée de la femme, est un des temps forts des mobilisations kurdes en Turquie, une sorte de répétition entre femmes  avant les grandes fêtes de  Newroz (autour du 20 mars). Cette année avec le processus de paix en cours, Newroz revêtira une solennité  toute particulière.  Les 3 députés BDP  qui lui ont rendu visite la semaine dernière dans son île prison d’Imrali ont rapporté qu’Abdullah Öcalan devrait dévoiler sa feuille de route  à cette occasion. Les réponses aux  courriers qu’il a fait envoyer toujours par les députés BDP au parti kurde, à  Qandil et au PKK Europe devraient lui être parvenues.

Le PKK pourrait annoncer un cessez le feu à cette occasion, mais ce n’est pas encore  certain. Il faut dire que la rencontre à Imrali entre Öcalan et la délégation du BDP a été saluée par d’intenses bombardements sur leurs camps de Qandil (4 PKK tués). Pendant plusieurs jours les décollages incessants des F16 faisaient un boucan terrible sur Diyarbakir. Il était donc assez prévisible que le commandement du PKK exige certaines conditions. La mine qui a blessé 4 soldats dans un district de Diyarbakir était sans doute une réponse à ces bombardements.

Mais il serait très étonnant que les autorités cherchent à nouveau un prétexte pour interdire les festivités , comme l’avait fait l’année dernière le très détesté des Kurdes – y compris électeurs de l’AKP – ministre de l’intérieur Idriss Naim Sahin, écarté depuis  l’annonce du processus de paix (c’était plus prudent pour espérer que le processus aboutisse vraiment à la paix ). Résultat de cette interdiction : un mort et de nombreux blessés pour Newroz 2012.

En attendant le Newroz 2013 , Abdullah Demirtas, le vice-président du parti a  annoncé que la journée du 8 mars serait un test dans le processus de paix. Bon, ça ne commence pas terrible, les affiches  « De Rosa (Luxembourg) à Sakine Cansiz » qui s’affichaient  partout  sur les murs de Diyarbakir viennent d’être interdites par un tribunal de la ville pour cause de propagande pour le PKK  révèle Bianet. J’ignore encore si elles ont été arrachées à la suite de cette interdiction.

Processus de paix (et sans doute rapports de force) aidant, cette année  la fête des femmes ne se réduit pas à une journée pour les femmes du mouvement kurde. Elle  a en fait déjà commencé depuis le week-end dernier dans la plupart des villes de la région où meetings et manifestations se sont succédés. La semaine dernière à Diyarbakir les familles sympathisantes du BDP (c’est-à-dire la majorité des familles) recevaient invitation et programme de la semaine.  Cela a du être la même chose partout.

Comme le montre l’affiche (interdite donc), l’accent sera mis cette année sur les 3 militantes kurdes assassinées à Paris, ce qui ne devrait surprendre personne. Une grande manifestation est prévue à Dersim d’où Sakine Cansiz est originaire et où elle a été enterrée. Les cérémonies  organisées pour leurs  funérailles avaient été autorisées,  et  le gouverneur qui donne ou refuse les autorisation ne demande  pas l’avis des tribunaux…Le fait qu’un tribunal ait interdit les affiches ne signifie pas que les manifestations le seront.

Plus surprenant,  une des revendications du 8 mars est…la libération d’Öcalan. Pour ma part  je ne vois pas trop le rapport avec la cause féminine, mais il semble qu’il y ait  que moi que cela surprenne. En tous cas maintenant que le leader du PKK est devenu un interlocuteur pour ainsi dire officiel, il va être difficile de continuer à  déclarer illégales les revendications en sa faveur.

Heureusement, les femmes kurdes emprisonnées ne sont pas complètement oubliées. La législation  anti-terroriste, qui n’est pas sexiste, en a envoyé des milliers  en prison. Le père d’une détenue m’a montrée les photos de sa fille incarcérées posant avec ses co-détenues.  La plupart étaient très jeunes, des lycéennes et des étudiantes qui ne paraissaient pas avoir plus de vingt ans.  Un tribunal sans doute peu favorable au processus de paix, vient de condamner l’une d’elle, une lycéenne de Sinop à une peine de plus de 60 ans de prison, provoquant la fureur d’Osman Baydemir, le maire du grand Diyarbakir :  «  c’est ça la fraternité dont vous parlez ! »

La doyenne des détenues de la cellule , une femme portant le costume traditionnelle des femmes de Sirnak, a 72 ans. Et cela m’étonnerait que sa détention calme son militantisme : 3 de ses enfants ont été tués dans les rangs du PKK, 3 autres seraient eux aussi en prison. Le ballet des arrestations semble se calmer ses derniers temps, mais il faudra sans doute plusieurs paquets de réformes avant que  les libérations soient massives.

Quant à l’opposition aux violences en tous genres contre les femmes elle  a un peu  droit au chapitre. Mais il  ne semble pas que cela soit la  revendication principale de cette semaine du 8 mars  de la femme kurde sous fond de processus de paix.

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