La UNE du Spiegel : une vision exotique de la femme kurde, même combattante.

Spiegel

La UNE que le très sérieux hebdomadaire  allemand Der Spiegel vient de consacrer à  la résistance kurde à Kobane montre évidemment l’enjeu qu’a pris cette bataille contre l’Etat islamique. Cela fait pourtant  2 ans que les YPG se confrontent avec les fractions jihadistes, EI et encore davantage Al Nosra,  soutenues par la Turquie voisine, dans l’indifférence générale – sauf des Kurdes de Turquie. Mais le PYD sous l’égide duquel l’autonomie des 3 cantons kurdes a été proclamée en 2012  était  bien trop proche du PKK. Il était  suspecté pas certains d’y construire une « autonomie démocratique » alla « Corée du Nord »en Syrie, à mille lieux de l’expérience démocratique du Kurdistan d’Irak « encouragé « par la forte présence occidentale (Ex Total, Carrefour, Siemens ou Exxon Mobil, bien connus pour leur défense de la démocratie)

Certes, difficile de nier les tendances autoritaires du PYD. De là à prétendre que c’est par là qu’il marque principalement sa différence avec les autres partis/ fractions kurdes…hum.A moins que cela m’ait échappé, il ne m’a pas semblé voir beaucoup de manifestations de soutien à Kobane à Erbil ou Dohuk par exemple. On se demande bien pourquoi..

Depuis la prise de Mossoul par EI en juin dernier, les YPG ont face à eux des ennemis bien plus puissamment armés qu’eux. Mais même la mobilisation des Kurdes de Turquie, qui ont franchi par milliers sans doute la frontière entre la Turquie et le Kurdistan de Syrie (Rojava) pour rejoindre les YPG et se confronter à Daech  à l’appel d‘Öcalan en juillet dernier, n’avait pas mobilisé les médias internationaux.

Pourtant beaucoup de tués certainement parmi ces volontaires qui, après avoir souvent fait « leurs armes » dans la guérilla urbaine contre les forces de police turques (cevik kuvvet),sont des combattants plein de bravoure, mais peu formés et peu disciplinés, à la différence de leurs camarades formés par le PKK à Qandil ou dans les camps de formation de Rojava, les cantons kurdes autonomes de Syrie (eux aussi encadrés par d’anciens guérillas HPG/PKK)

 

La résistance kurde dans une lutte des « fusils contre les chars » à Kobane soutenue par une immense mobilisation kurde à travers le monde, puis le soutien US aux YPG a changé la donne. Les YPG considérés auparavant trop liés au PKK, sont devenus les plus sûrs alliés de l’Occident dans la lutte contre l’Etat Islamique. Avant de résister « jusqu’au dernier » sous les feux des caméras à Kobane, ils l’avaient prouvé en se portant au secours de leurs frères kurdes yézidis, abandonnés à la démence raciste des jihadistes par les peshmergas chargés de les protéger. A défaut d’être complètement démocratique, le mouvement kurde pro PKK montrait bien qu’il n’était pas sectaire (qu’il est laique  si on préfère) et qu’au-delà de celui de  Kurdes (sunnites) il était  bien devenu celui des minorités, sans doute plus seulement en Turquie et en Syrie.

 

Cette UNE du Spiegel, est une reconnaissance de leur résistance qui n’a donc rien d’étonnant. Plus questionnante est l’image qu’elle veut donner de cette résistance kurde à Kobane.

Ce qui frappe dans la composition de cette UNE,c’est naturellement la prédominance de l’élément féminin.La tragédie kurde est illustrée par des petites filles réfugiées, dont l’une est en  larmes. Le choix d’enfants en pleurs s’explique aisément. Ils sont sensés être des victimes plus innocentes que les adultes et plus sensibles qu’eux à la tragédie que les adultes. Ce qui est une idée fausse –  les rires d’enfants doivent continuer à retentir  dans les camps de réfugiés – mais que le lecteur est sensé partager.

On doit trouver des milliers de photos d’hommes les larmes aux yeux  tout aussi émouvantes. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse pour un homme en Orient Seulement s’est une manifestation d’émotion et de « fragilité » réservée à la gente féminine en Allemagne. Ces petites filles en larmes représente  donc l’élément féminin, fragile et particulièrement  menacé, de l’image. Une image qui ne rompt pas avec celle régulièrement véhiculée par les médias turcs, comme occidentaux, de la femme kurde pliant sous le joug masculin, vivant sous la menace continuelle  d’être victime d’un crime d’honneur ou d’un mariage forcé et que « son papa refuse d’envoyer à l’école ».

 

En contraste avec cet « éternel féminin kurde », faible et menacé, se dresse en premier plan, dominant largement ses frères combattants, une jolie combattante YPG-J. Si mignonne qu’elle trouverait sa place comme figure de la femme kurde libérée (et citadine) dans un film d’Hineer Salem. Et que n’importe quel jeune Allemand serait flatté d’accompagner dans un restaurant chic de Berlin ou à un vernissage. Ce serait certainement moins le cas si, tout aussi brave, elle avait été moins jolie ou si elle avait porté le petit foulard que l’on voit porté par les combattantes kurdes sur bien d’autres images. Un foulard qui présente l’avantage de protéger du soleil. Et surtout de souligner l’implication du peuple dans la résistance kurde à Kobane. Ce sont les femmes du peuple qui portent ce genre foulard.

 

Accessoirement il éclipse pour un temps l’image de la guérilla HPG/ PKK(jamais foulardée) dont l’engagement n’est pas oublié lors des ses funérailles, quand elle tombe dans les rangs YPG-J. Mais le PKK est « classé organisation terroriste par etc etc… » Pas les YPG. Ce qui arrange bien tout le monde.

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Même la Superwoman YPJ porte un de ces petits foulard (aux couleurs kurdes bien sûr) qui semble  rebuter le Spiegel, sans doute car il est à l’antithèse de l’idée qu’on se fait en Allemagne de la femme libérée. Ceci est bien sûr valable pour la France, comme pour l’Occident en général, dont les magazines féminins s’amourachent de ces « superwomen kurdes ». Quant au peuple, que ce soit dans les vernissages de Berlin ou d’Istanbul, sa place est au mieux dans les vidéos. (Cela étant Der Spiegel voulait peut-être aussi  un peu embêté Recep Tayyip Erdogan, qui agace pas mal en Allemagne en affichant ainsi une combattante si semblable aux guérillas/ HPG PKK ).

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Les femmes représentent 35 % des troupes YPG, et la propagande/ communication du mouvement kurde est certes la première à utiliser leur image, à l’antithèse de celle de l’ Etat Islamique obsédé à cacher le corps des siennes et à violer celui des autres. Mais cette forte présence des femmes kurdes n’est pas une nouveauté au sein de la guérilla kurde. C’est une réalité depuis 30 ans et qui s’est accompagné d’une forte implication féminine dans le domaine politique : la parité est de mise au sein des partis et autres organisations du mouvement kurde pro PKK, de Turquie comme de Syrie. Et les femmes n’y sont pas des potiches.

« J’adore Selahattin Demirtas, il parle toujours d’une voix douce. Ce n’est pas comme nos femmes (du parti) : elles sont dures (çok sert) », me disait une adolescente de Hakkari  où le très populaire président du HDP est un des députés.

Ce sont les femmes de la famille qui me recevait que j’avais accompagnées à de grandes funérailles de sehit (martyrs) à Diyarbakir – 6 tombés le même jour. Leurs maris (militants au sein du parti légal kurde) évitent de s’y montrer à cause de procès (dosye) en cours. On avait déposé les enfants à l’école avant de rejoindre l’immense cortège.

Avant de sortir, elles avaient mis le foulard que la plupart des femmes portent après le mariage dans les milieux populaires de Diyarbakir.  Leurs belles-soeurs étudiantes en droit ou commerçantes n’en portent pas. Les unes ne sont pas moins acquises à la cause que les autres et n’ont pas moins leur mot à dire sur le sujet politique.

Parmi les nombreuses élues à la tête des municipalités kurdes (où la parité est de mise) quelques femmes le portent. Le Parti (kurde) n’en fait pas une question de principe à la différence du CHP (ses rares élues n’en portent pas) et de AKP  (dont les encore plus rarissimes élues en portent).

Le partage des tâches ménagères, par contre, autre symbole de la liberté féminine en Allemagne, ne m’a pas paru évident au sein des couples d’anciens guérillas/PKK que j’ai rencontrés. Après la kalachnikov  c’est souvent « le balai » pour la hevale (camarade), sauf quand une reconversion réussie au « paradis affairiste » du Kurdistan irakien permet de s’offrir les services d’une bonne – comme la plupart des femmes bourgeoises « libérées » de Berlin ou d’Istanbul. Mais à chacune de choisir le modèle et les priorités qui lui conviennent. Et ce n’est pas car une femme est une ménagère qu’elle est une « femme soumise »pour autant. De toute façon pour l’héroïne kurde de la UNE du Spiegel, la question ne se pose même pas. On ne l’imagine pas plus se tapant le ménage, que les « héroïnes kurdes libérées » des films de Hineer Salem.

 

Mais entre super nana qui « domine/s’écarte/ s’éloigne de ses frères combattants » (pour lui préférer l’irrésistible homme occidental?), digne de s’asseoir dans un salon berlinois et la victime écrasée par le malheur d’être née kurde ( et musulmane), c’est bien la sempiternelle image exotique de la femme kurde que cette UNE du Spiegel continue à véhiculer. Bien loin des réalités kurdes.

Et si cette focalisation des médias occidentaux sur la femme combattante kurde exaspère certains commentateurs turcs, la façon dont elle est traitée agace aussi dans les milieux kurdes.

Cela étant je ne préjuge pas ici de la qualité des articles de ce numéro du Spiegel, ni sur la façon dont la question kurde y est traitée, puisque je dois avouer que je ne les ai pas (encore) lus.

 

Ouf ! Le Soliman de la série culte Muhteşem Yüzyıl (le Siècle Magnifique) restera en liberté !

 

Ouf ! On est rassuré. La très populaire série Muhteşem Yüzyıl (le Siècle Magnifique)  a beau avoir été « censurée » par la Turkish Airline, au motif qu’elle donnerait une image insuffisamment glorieuse du sultan Soliman le Magnifique – en  fait sans doute  surtout car elle ne convient pas à l’image que Recep Tayyip Erdogan le chef de gouvernement s’en fait – un procureur d’Istanbul a décidé qu’il n’y avait pas « insulte contre le Sultan ».

Après celui de l’insulte  à la turcité ou à la mémoire d’Atatürk, espérons que ce nouveau délit ne sera pas instauré et que la Turquie d’Erdogan ne va pas se mettre à statufier le grand Législateur. Ce serait désolant.  En attendant d’en être tout à fait sûrs, on sait au moins  le réalisateur et les deux acteurs principaux de la série ne seront donc pas poursuivis.

Ce sont surtout les millions d’accrocs à la série qui vont être rassurés d’apprendre que « leur » Soliman  pourra continuer à être amoureux de la belle  Roxelane/ Hürrem Sultan et le Harem à être  le lieu d’intrigues en tous genres. La dernière fois que j’en ai suivi (par moments) un épisode, une des dames venaient de se faire défigurer par une rivale  je présume jalouse – Une vacherie de Roxelane/Hûrrem peut-être.  Mais je ne suis pas certaine du motif. Peut-être qu’un lecteur ou une lectrice aura  la gentillesse de nous éclairer.

Cela étant même si je suis bien incapable d’en expliquer  l’intrigue, les fragments que j’en ai vus chez des amis sont ceux d’une série de qualité. Les acteurs sont beaux, les costumes et les décors splendides et pour le scénario on peut faire  confiance à la grande Meral Oktay, disparue il y a quelques mois.  Si sur mes derniers vols avec la Turkish Airline j’avais eu la possibilité d’en visionner tranquillement quelques épisodes, c’est avec plaisir que je l’aurais fait. Quant à ceux qui ne connaissent pas encore cette série, ils peuvent s’en donner une idée en se baladant sur son site.

Ceux qui veulent avoir la peau de la série  n’ont sans doute pas encore réalisé que bien loin de nuire à l’image de Soliman, la série l’a popularisé dans plus d’une vingtaine de pays, parmi lesquels l’Iran, le Maroc, la Grèce, le Liban,  la Russie ou l’Ukraine, d’où aurait été originaire la belle esclave devenue sultane. Et sans doute beaucoup parmi cet immense public ont tout simplement découvert  qu’un sultan ottoman qui se nommait Soliman avait existé.

En tout cas, la lecture et le cinéma ne devaient pas être le plaisir favori de ces ronchons dans leur jeunesse. Sinon, ils sauraient qu’une fiction ne représente  pas la réalité,  mais qu’elle présente l’avantage de donner une « chair et un cœur » à des personnages qui avaient semblé bien austères et ennuyeux à des générations d’élèves. Les Trois Mousquetaires ont sans doute  fait bien  plus pour la postérité de Richelieu et Anne d’Autriche que tous les manuels d’histoire depuis l’invention du Lavisse. L’intimité avec ces grands personnages historiques que seule  la fiction est capable de créer, peut donner  l’envie de les connaître davantage.Qui sait le nombre de  vocations d’historiens de l’Empire Ottoman , ou de simples passionnés, cette fiction va susciter ?

Mais plutôt que de traîner la série préférée de centaines de milliers de spectateurs  devant les tribunaux, ils feraient mieux de  se décider à faire leur propre série sur le sujet, avec un austère Soliman, plus conforme à l’image qu’ils veulent en avoir. Il y auront peut-être quelques spectateurs en Turquie. Mais je ne suis loin d’être certaine que le film  Fetih 1453 (la Conquête de 1453)  qui a fait venir des millions de spectateurs dans les salles  en Turquie s’exporte aussi bien que Muhteşem Yüzyıl….

Cela étant je  soupçonne un peu leurs agissements d’avoir pour véritable motif de faire encore plus de publicité pour la série. Mais heureusement que le procureur a été raisonnable. Si la justice se mettait à censurer les dizi préférées de la population, on risquerait de voir surgir  « un printemps turc » dans le pays.

 


 

 

 

Kazim Koyuncu, Fuat Saka et autres voix rebelles de la Mer Noire : lettre d’un Karadenizli .

L’été dernier Meh laissait un long commentaire, très dense comme d’habitude, sur un billet que j’avais consacré, il y a quelque temps déjà,  au chanteur laze Kazım Koyuncu et qu’il aurait été dommage de laisser dans la discrétion des commentaires d’un billet déjà ancien, même s’il reste régulièrement visité

Pour (re) découvrir Kazım Koyuncu, mais aussi d’autres chanteurs de la Mer Noire comme Fuat Saka, Volkan Konak ou Bayar Şahin, voici donc  cette  » lettre d’un Karadenizli  » :

« Je découvre ce billet sur Kazım Koyuncu et je vous en remercie. Peut-être arrivera -t- il aux oreilles de francophones qui ne le connaissent pas et qui découvriront ainsi tout un univers musical extrêmement émouvant. Vous vous doutez bien, avec la relation particulière qui est la mienne avec la région de Karadeniz (Mer Noire) d’une part et avec la musique en général de l’autre que je suis vraiment touché.
Je tiens à préciser que la chanson  du film de Fatih Akın est elle aussi interprétée en compagnie Şevval Sam, fille de l’artiste Leman Sam et comme sa mère une très bonne chanteuse.  Ces deux chansons sont à l’évidence extrêmement belles, avec leur douce nostalgie …et le couteau jamais très loin pour se couper les veines. Mais on échappe à l’effet « damar » grâce à la réelle grâce de ce duo de voix parfaites. Cette chanson a fait l’effet d’une bombe dans toute la Turquie quand elle a été interprétée par Şevval et Kazım dans une scène de musique de rue dans la célèbre et très bonne série  Gülbeyaz (Rose blanche) qui passait à la TV il y environ 10 ans. L’histoire se déroulait en Karadeniz justement. Et  voici la chanson dans la série qui a fait connaître la beauté de la voix et le talent de Kazım Koyuncu dans tout le pays :

Et ici une version où il la chante seul (plus belle, plus triste…) :

Permettez-moi aussi de rajouter en complément de votre billet que, certes, Kazım Koyuncu était issu d’une famille laze (tout comme le PM R.T. Erdoğan et le chanteur Fuat Saka) et qu’il a créé le premier groupe de musique moderne chantant en laze, mais le phénomène Koyuncu est bien plus énorme que ça. Tout comme l’excellent Fuat Saka, son prédécesseur en quelque sorte,

Kazım Koyuncu a chanté dans plusieurs langues parlées dans la région : en laze et en turc, mais aussi dans le dialecte arménien parlé encore dans la région (arméniens musulmans sunnites présents surtout dans les districts de Hemşin, Çamlihemşin, Hopa et Borçka) ainsi qu’en géorgien, la langue de l’autre côté de la frontière (Şevval Sam en plus du turc a chanté aussi en langue zaza, alors qu’elle n’est pas zaza ). Cette richesse linguistique et musicale que le chanteur a utilisé pour son art était un statement en soi : Kazım Koyuncu n’avait pas seulement une très belle voix, mais cette voix très douce et ses arrangements musicaux à la fois traditionnels et modernes faisaient passer un message de fraternité de façon très paisible dans un monde de brute. Et dans un pays qui est tout de même une des coins historiquement les plus métissées du monde, dans un pays aussi où, justement, on le sait, les cultures minoritaires sont un sujet des plus controversés, Kazım a contribué à faire connaître et accepter la diversité linguistique de cette partie orientale de la région Karadeniz (Mer Noire).

Ce n’était pas évident de prime abord, sachant que les Lazes ont en Turquie le rôle que les Belges ont en France ou les Écossais en Grande-Bretagne, où on se moque traditionnellement de leur accent, de leurs long nez ou de leur lenteur. Imaginez de plus que le laze ou le hemşince/hemichi sont des langues peu parlées et c’est à peine si elles ont une tradition écrite.

Sa popularité et son charisme ont fait de Kazım Koyuncu un vrai « fils rebelle de la Karadeniz (Mer Noire) » comme on l’a surnommé. On sent d’ailleurs en lui le souffle romantique révolutionnaire de Nazım Hikmet. Il a en fait non seulement su marier le rock avec les mélodies populaires laze comme vous l’écrivez mais avec les mélodies populaires de toute la région de la Mer Noire (turcophone, laze ou autres, c’est la même !). Il a été écouté dans toute le pays et est entré dans les cœurs de ses habitants dans les dernières années de sa vie où il avait entamé une carrière solo à partir de sa vie istanbuliote.

Je vous assure qu’il a une influence énorme dans la culture musicale des jeunes générations urbaines. Personnellement il m’arrive souvent de laisser couler une larme en l’écoutant… Décédé beaucoup trop tôt à l’âge de 33 ans, il est pour ma part LE phénomène musical turc parmi les plus grands, les plus créatifs et les plus fédérateurs depuis la grande Sezen Aksu et son énergie créatrice dans toutes les directions possibles et inimaginables, comme il y avait eu auparavant les phénomènes Zeki Müren, Orhan Gencebay ou Ahmet Kaya. Il y a sur Internet des centaines de vidéos de lui à écouter.

Pour finir, un autre chanteur de la région très connu, Volkan Konak, qui a popularisé ce thème de la vague de cancers dans la région de la côte nord-est de la Mer Noire due à Tchernobil. Ici en l’hommage à son père :

 

Et ici en hommage à Kazım Koyuncu, son ami de même génération :

http://www.dailymotion.com/video/x4225s_volkan-konak-gardas-by-aluxton_music

N’oublions pas Bayar Şahin, frère d’âme de Saka, Koyuncu ou Konak. Bayar Şahin, qui a lui aussi su travailler avec les éléments turc, laze, géorgien, megrelce/megrelien, , hemşin/hemichi et abkhaze :

 

 

 

 

Apporte des loukoums et des roses rouges et blanches.

A Diyarbakir, il est plus prudent ces derniers temps d’éviter de communiquer par téléphone portable. La  nièce d’amis, étudiante à l’université Dicle, l’a appris dernièrement à ses dépends. Elle considérait  le sien comme un simple  moyen de communication devenu banal, jusqu’à ce qu’un message envoyé à un copain lui ait fait comprendre que c’était un peu plus compliqué.  Ce message  disait : « Apporte des loukoums ».

Le message hautement  subversif l’a conduite en garde à vue.

Les loukoums étant une sucrerie extrêmement exotique dans une ville comme Diyarbakir, ce désir de loukoum a paru suspect. Les loukoums n’étaient pas des loukoums, très certainement.  Elle a donc été sommée d’expliquer de quoi ils étaient le code, à défaut de leur signification poétique.

J’ignore  comment elle a réussi à prouver  que les loukoums – qui devaient déjà être mangés quand elle s’est retrouvée au poste –  étaient de bien réels  loukoums, mais après quelques jours de garde à vue (quand-même), elle a été relâchée.

Heureusement qu’elle n’avait pas demandé à son copain d’apporter un poisson cru au lait de coco, pour l’anniversaire de la copine commune. Elle aurait sans doute eu plus de mal à sortir de ce guêpier.

Un jeune d’Hakkari avait subi la même mésaventure pour avoir envoyé un message demandant à son père d’apporter de l’eau d’une fontaine dont j’ai oublié le nom. Ceux qui connaissent la Turquie savent que  les eaux de source buzgibi (fraîche comme la glace) y sont très prisées et que chaque région recèle ses  sources  très réputées chez les autochtones, qui n’hésitent pas à faire un détour de plusieurs kilomètres pour aller s’y approvisionner. Mais en ces temps d’émeutes urbaines récurrentes dans la province,  l’eau claire de la fontaine ne pouvait pas être de l’eau claire de la fontaine. Elle  a donc  été  suspectée être sombre et destinée à la fabrication de coktails molotovs.

 

 

Nul n’est à l’abri d’erreur d’interprétation. Un jour où je me trouvais dans la boutique de Suleyman à Yüksekova, un client  a demandé un bouquet de roses rouges et blanches. Le rouge et le blanc étant les couleurs du drapeau turc, j’ai d’abord pensé que le bouquet de fleurs artificielles que Süleyman avait réussi à transformer en petite œuvre d’art, était destiné à une festivité officielle. Mais lorsque le client a ajouté une carte sur laquelle il avait écrit « Seni seviyorum » (je t’aime) au chef d’œuvre de Süleyman, c’est devenu clair qu’il avait une autre vocation.

A Yüksekova où plus de 9 électeurs sur 10 votent  pour le BDP – le parti pro kurde –  et où  le rouge- vert – jaune, celles du drapeau kurde, sont les couleurs à la mode dans les Kina gecesi, (nuit du henné) seul un étranger à la ville  pouvait avoir l’idée, un peu surprenante tout de même,  d’offrir un bouquet nationaliste turc à sa bien aimée – pensais-je. Comme ce monsieur n’avait pas l’allure d’un officier (les uzman –soldats payés –  qui  fréquentent beaucoup la boutique, à cause de ses oiseaux ou pour acheter les graines de millets pour ceux qu’ils possèdent déjà, n’achètent jamais de bouquet ), j’en ai conclu qu’il devait s’agir  d’un policier amoureux.

Une fois l’ amoureux parti offrir le bouquet à l’élue de son cœur , j’ai demandé à Süleyman :

–        C’est un policier ?

Il a été un peu surpris par ma question.

–        Non, c’est un Yüksekovali. Pourquoi ?

–        Parce qu’il offre un bouquet rouge et blanc à sa copine.

Süleyman m’a remis « les pieds sur terre » en me répondant que  dans le langage des roses,  le rouge signifie « je t’aime » comme chacun le sait,  et le blanc « je veux t’épouser » . Le bouquet était une demande en mariage. Ce qui est quand même plus romantique que « je t’aime aussi fort que la patrie ».

Ce n’était pourtant pas mon habitude d’associer ainsi celle d’un drapeau aux couleurs d’un bouquet. Mais durant certaines périodes, on voyait  tellement de drapeaux en Turquie, turcs ou kurdes, que j’avais fini  par avoir l’esprit légèrement  déformé. Heureusement, grâce aux roses de Suleyman, cette obsession  m’a passé avant que cela ne s’aggrave.

Il faut  maintenant espérer pour les amoureux de Diyarbakir ou d’ Hakkari  que dans l’ambiance ambiante  « seni seviyorum » ne va pas à son tour être suspecté  d’être un langage codé. Les garde à vue risqueraient d’exploser.

Turquie : des slogans anti français se propagent sur Twitter.

Nous étions prévenus. Si le sénat français validait la décision de l’Assemblée nationale de pénaliser la négation du génocide arménien (le rwandais et les autres, on s’en fout, ce qui est plus pratique), ça chaufferait. Une cinquantaine de  sénateurs ont décidé de voter la loi – comme les députés, la plupart ont quand-même préféré déserter le navire ce jour là – et  ça chauffe donc avec la Turquie, même si Tayyip Erdogan est resté mesuré dans sa réprobation, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Et des slogans anti français se baladent sur les réseaux sociaux..

Sur son excellent site Erkan’s field diary , Erkan propose un échantillon de cette charmante imagerie anti française récolté sur Twitter. . En voici quelques morceaux choisis.

« Ici même les chiens sont admis…Mais pas les Français. »(cela m’étonnerait un peu que ce coiffeur soit raciste uniquement envers les Français….)

Tout le monde aura compris cette image, surtout les entreprises françaises. Sauf peut-être l’expression « Fransiz kalmak » qui pourrait se traduire par « être à l’ouest »…. Une petite revanche populaire datant de l’époque pas si lointaine où le français était la langue chouchou de l’élite en Turquie.

Son président Nicolas Sarkozy personnifie la France…Bon, il faut dire qu’il a tout fait pour ne pas être populaire en Turquie. Il est donc devenu l’image même du « méchant » dans le pays. Là il se fait qualifier de fasciste (le mot suivant, je passe) : « c’est ton père qui a fait un  génocide ».

Les génocides  sont en vogue pour les autres. Encore le génocide algérien, que les Français auraient commis .

« Sarko regarde le travail de ton grand-père ». Il doit encore s’agir d’un génocide, mais j’avoue que je ne saisis pas bien lequel.

D’autres images du même niveau intellectuel  et les liens vers les comptes Twitter sur le site d’Erkan.

Cela étant, ça m’étonnerait un peu que cette loi  soit la préoccupation principale de la population en Turquie. Même si certains esprits sont sûrement très échauffés.  Et cela me surprendrait encore plus que le bakal du quartier refuse de servir ses  clients habituels français..

J’en profite pour suggérer à nos élus la suppression des cours d’Histoire dans les écoles de la République. A quoi ça sert d’encombrer les cervelles de notre jeunesse en tentant de leur faire saisir la complexité de processus historiques ?  Ce serait plus rapide et moins compliqué de leur faire retenir quelques articles de loi, non?

En plus ça ferait faire des économies à l’Etat.

 

 

 

L’animatrice Müge Anli « interdite de séjour » à Van, mais pas sur la chaîne ATV

Müge Anli, animatrice du programme « Kayip » (sorte de perdus de vue) n’est pas la seule pétasse à avoir fait étalage de son racisme crasse sur les chaînes de TV turques, le lendemain du séisme de Van.   La  présentatrice d’un journal TV de la chaîne Haber Türk a eu cette charmante formule par exemple : « Même pour Van, on est attristé ». Ils ont apprécié le « même » là bas…

Mais malgré les vagues « regrets » qu’elle a ensuite publiquement exprimés,  sans doute à la demande de la chaîne, c’est sur  la (fausse) blonde donneuse de leçon que se  focalise la colère des habitants de la région. Et pas seulement celle de ceux qui ont des petits frères « lanceurs de pierres », ou des grands frères,  grandes sœurs ou cousins dans la montagne. Tous ceux qui m’en ont parlé étaient furieux.

La vidéo de l’émission dans laquelle la bien mal nommée « Müge » (Muguet) s’offusque que ceux « qui tuent des soldats et dont les enfants jettent des pierres sur la police osent attendre que l’État turc leur vienne en aide », est sur toutes les pages facebook des jeunes (pro BDP) de Diyarbakir. Mais une famille rencontrée à l’otogar d’Erçis, où j’attendais un bus pour retourner sur Tatvan était tout autant ulcérée.  Des électeurs AKP . Enfin, c’est ce que j’ai déduit à « notre gouvernement fait du bon travail » décrété par un des garçons.

Quitter Erçis, dimanche dernier pour rejoindre Tatvan, à 150 km  avait été une sacrée galère. Il soufflait un vent glacial. Pas question de s’en protéger  dans l’otogar : elle n’est pas par terre, mais le bâtiment est penche dangereusement. Quand j’y suis arrivée, le premier bus pour Tatvan partait deux heures plus tard. 2 heures donc à attendre, dans une tenue prévue pour une température de 20°, un bus qui a fini par arriver… mais quasiment complet. Seuls, une partie des passagers qui attendaient complètement frigorifiés  ont pu y monter. Je n’en faisais pas partie.

Heureusement, sur la route où on nous avait envoyé attendre ce bus, il y avait une boulangerie encore en état de fonctionner. Les boulangers nous ont offert de nous réchauffer près du four (quel bonheur!) . C’est au chaud que j’ai pu attendre jusqu’à ce que  des professeurs qui retournaient à Tatvan arrêtent un camion qui a accepté de nous prendre à son bord : eux deux, une petite lycéenne voilée, pensionnaire à Agri, et moi. J’étais arrivée à Ercis avec des sympathisants BDP. Je quittais la ville en compagnie de sympathisants AKP. Et à nouveau en camion.

J »avais partagé ces heures d’attentes glaciales et des thés,  que nous buvions  pour faire semblant de nous réchauffer, avec cette famille, elle aussi sympathisante AKP. . (enfin je présume). J’ignore s’ils étaient Kurdes ou Turcs – assez nombreux dans la région. Peut-être les deux. Ils étaient originaires d’Ercis (et d’Adilcevas – où ils tentaient de se rendre –  pour l’autre parent) et étaient venus d’Istanbul où ils résident, pour les funérailles d’un de leur cousins, un des nombreux professeurs de la ville  victimes  du séisme. Un jeune homme qui n’était pas encore titulaire.

C’est eux qui ont évoqué Müge Anli. Et au moins sur ce point là, ils partageaient la même colère  avec les sympathisants BDP. Le même discours aussi « Elle a vraiment intérêt à éviter  la région de Van à l’avenir » ! C’était sans doute une hyperbole, mais tous, quelque soit leurs sympathies politiques prédisaient,  qu’il y en aurait « pour lui régler son compte » ! (cela étant, le risque pour elle est minime :  c’est une région où elle n’aurait sans doute jamais l’idée de se rendre ! Trop loin de Bodrum, Van)

Je doute fort pourtant que les membres de cette famille éprouvaient une grande sympathie pour « les enfants qui lancent des pierres sur la police », ou pour ceux qui « tuent les soldats ». N’empêche qu’ils estimaient qu’elle avait insulté leurs morts et tous les sinistrés.

Les émeutes dans la villes AKP d’Erçis où vit aussi une forte minorité turque, se font plutôt rares. Jamais entendu parler. J’ignore si les voitures de police s’y font souvent caillasser, mais le chauffeur du camion dans lequel j’avais grimpé à Diyarbakir, nous a raconté que son immatriculation 21 (Diyarbakir), lui avait valu d’y avoir son pare-brise caillassé – avant le séisme bien sûr. Évidemment ce n’était pas par des sympathisants du PKK.(mais par de  bien  « braves » lanceurs de pierres, ceux là, comme toutes les « müge hanim » les aiment).

Mais pour la cervelle d’une Müge Hanim, Kurdes   =   terroristes, bons à périr ensevelis sous leurs maisons. C’est bien ainsi que tous l’ont entendu.

Les propos de l’animatrice  ont scandalisé absolument tous ceux qui de près ou de loin ont été touchés par la catastrophe de Van. Pour la chaîne ATV par contre, ils ne constituent qu’un léger dérapage. Malgré les centaines de morts et les dizaines de milliers de sinistrés insultés par ces propos, la chaîne n’a pas jugé utile de se séparer de son animatrice vedette.

Par contre tous les gamins qui lancent des pierres, tous ceux qui rejoignent la montagne, mais aussi tous ceux qui ne le font pas, savent très bien que si  une animatrice kurde avait proféré des propos du même niveau de racisme en parlant d’une ville à majorité turque,  elle n’aurait sûrement pas fait long feu sur le plateau !   Et  qui ne le sait pas en Turquie ?

Quant à ces gosses qui lancent des pierres sur les voitures blindées de la police, ils sont symptomatiques d’une génération en colère : celle qui a grandi pendant la sale guerre des années 90. Cette colère ne disparaîtra pas par enchantement, et évidemment, la tolérance de la chaîne ATV pour les propos racistes de son animatrice ne fait que l’alimenter.

 

 

 

 

 

 

A Urfa c’est l’amour vache entre Recep Tayyip Erdogan et le clan kurde Izol.

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La campagne électorale de Recep Tayyip Erdogan dans la région kurde n’est décidemment pas de tout repos. Et surtout elle lui réserve quelques surprises, comme l’a montré la journée du 21 mai. Alors que les médias annonçaient des violences assurées à Hakkari, la ville s’est contentée de se montrer glaciale. Par contre, c’est lors de son passage à  Urfa, une province à  la population kurde arabe et turque et bien plus  pro AKP, que ça a chauffé.

Pourtant tout avait bien commencé pour Recep Tayyip Erdogan. Contrairement à Hakkari, quelques heures plus tôt, une foule de sympathisants se pressait à son meeting.

Et quand ça a dégénéré, il était déjà parti. Heureusement pour lui, parce que ça  chauffé sec :  il y a eu 7 blessés parmi les policiers, 15 parmi les protestataires et  62 interpellations. La permanence électorale d’un candidat a été dévastée. Mais contrairement aux idées reçues, tout ça n’est pas le fait du BDP (le parti kurde) dont certains éditorialistes turcs annonçaient depuis des mois qu’il chercherait par tous les moyens à faire monter les tensions à l’approche des élections… A croire qu’ils le lisaient  dans le marc de café.

A Urfa, comme à Hakkari, les sympathisants du parti pro kurde sont restés sages.  La colère est venue du clan  de Zülfikar Izol.  Pourtant lui et ses sympathisants  « aiment le chef du gouvernement », c’est en tout cas ce qu’affirme Zülfikar Izol dans un article des Urfa Haber. Mais quand il parle d’aimer, on a plutôt l’impression que  c’est d’amour vache qu’il s’agit.

Zulfikar  Izol et Ahmet Ersin Bucak.

Un amour blessé surtout, puisque Zülfikar Izol, qui appartient à un clan de Siverek où il n’y a pas que les Bucak qui comptent, était député  sous l’étiquette AKP dans la précédente assemblée et qu’il évoque « 25 ans d’amitié pour Tayyip Erdogan ». Or par manque de reconnaissance et pour d’autres raisons qui me restent mystérieuses, l’AKP a décidé de ne pas retenir sa candidature sur sa liste. Déçu mais déterminé, Zülfikar Izol se présente tout de même en candidat vrai indépendant (c’est par l’adjectif « vrai »  qu’on distingue dans la région les candidats complètement indépendants, des indépendant soutenus par le BDP, le parti pro kurde ). Et malgré leur vieille amitié, il a démissionné du parti de son ami Tayyip Erdogan.

Leur amour à lui et aux siens pour le chef de gouvernement reste malgré tout si fort, qu’il souhaitait ardemment saluer Erdogan lors du passage de celui ci dans la ville. Mais le premier ministre n’a même pas daigné s’arrêter  lui faire un petit bonjour à sa permanence, en quittant l’hôtel Hilton (Depuis le 14 mai, il y a  un hôtel Hilton à Urfa – le coton se porte bien apparemment  –  auquel le passage du PM turc a fait un petit coup de publicité ) pour se rendre à l’aéroport.

Résultat, ce grand amour blessé s’est transformé en rage lors du passage du convoi de l’indifférent. Des chaises et des pierres ont volé. Quelques pancartes aussi apparemment. La police a tenté de rétablir l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes et ça a été la bagarre générale.

Depuis que le chanteur vedette Ibrahim Tatlises a renoncé à y présenter sa candidature, il ne reste plus que 10 candidats se présentant en indépendants à Urfa. Ce qui doit quand même rester un record dans le pays. Parmi eux 2 candidats sont soutenus par le BDP.  Ahmet Emin Bucak, quant à lui,  est le  fils du frère de Sedat Bucak, et (lui ou un de ses proches) se présentait sous l’étiquette MHP – extrême droite –  lors des dernières élections. Il a été bien inspiré de laisser tomber ce parti d’ailleurs,  avec toutes les vidéos nauséabondes, dignes d’être classées série X, qui ne cessent de sortir d’on ne sait où, dont ses membres sont la cible.  Reste donc 7 candidats indépendants, susceptibles de piquer des voix à  l’AKP. La bagarre est donc rude.

Et pour le 12 juin ça promet à Urfa où lors des journées électorales il est de tradition que ce ne soient pas seulement les pierres et les chaises qui volent, mais quelques balles, qui régulièrement font quelques victimes.

A Hakkari, l’AKP a pris moins de risques en se montrant moins novateur. Au moins deux  candidats de sa  liste appartiennent à de grandes asiret : les Zeydan et les Özbek. Les députés AKP élus en 2007  appartenaient déjà à ces deux clans .  Cela étant dit à Hakkari comme à Siverek, le vote asiret reste certes une réalité, mais qu’il est prudent de ne pas trop exagérer. A Yüksekova un très charmant  monsieur appartenant au clan  Pinyanişi, celui de Zeydan m’avait répondu « meçbur » (bien obligé) quand je lui avais demandé s’il avait voté pour Zeydan, ce qui n’avait pas l’air de l’enthousiasmer plus que ça. Mais je ne suis pas sûre du tout que ses enfants – ou sa voisine – m’auraient tous fait la même réponse.

Rectificatif : Aux élections de 2007, Sedat Bucak se présentait encore comme candidat, et sous la liste DP (Parti Démocrate). Il n’y avait aucun Bucak parmi les candidats du MHP (candidats et résultats de 2007 ici)