Sous fond de bagarre au sein de l’Etat turc : cherche-t-on à exaspérer les Kurdes ?

Sebahat Tuncel

J’ai commis une erreur d’appréciation dans mon précédent billet. En effet, les villes kurdes sont restées calmes pour  le second anniversaire du massacre de Roboski (Uludere).Même Hakkari et Yüksekova sont simplement restées « villes mortes », c’est-à-dire que pas un commerce – boulangeries exceptées – n’a ouvert. Mais elles ne se sont pas embrasées.

Bien sûr dans ces deux villes, quelques  groupes de gençler se sont manifestés, allumant des feux dans leur quartier et entravant la circulation, recevant en échange quelques jets de gaz lacrymogènes. Un phénomène spontané, comme j’en ai déjà vu à Yüksekova (les voitures qui passent alors près du feu prennent la peine de klaxonner, c’est plus prudent de manifester son approbation) et  qui rappelle –  chants pro PKK en sus – les groupes de gamins de certaines de nos villes qui confortent leur sentiment de puissance en se baladant en bande, capuche rabattue sur le visage, le soir tombé.  Mais il n’y a  pas eu  d’affrontements  violents avec les forces de l’ordre.

Et ce n’est certainement pas du au hasard. Il est probable  que le parti kurde a tout fait pour éviter que cela ne dégénère. Ainsi à  Yüksekova il n’a pas appelé à manifester et à Hakkari, c’est la veille alors que les magasins étaient ouverts qu’avait lieu une manifestation.  La grande commémoration, c’est à Roboski même qu’elle a eu lieu.  Miran Encu, tante de Velat Encu (16 ans), une des victimes du massacre y a succombé d’une crise cardiaque.

Ceux qui suivent les événements de la région à travers les médias turcs peuvent avoir le regard un peu faussé. Mais il faut se rappeler comment l’arrivée de Selahattin Demirtas, le vice président du parti kurde,  comme député d’Hakkari avait déjà calmé le jeu. Il y a trois ans, les villes de la province étaient continuellement en ébullition, on  n’y comptait plus les journées « ville morte » et les affrontements avec les forces de l’ordre étaient presque quotidiens.  Les jeunes de Diyarbakir considéraient ceux d’Hakkari comme des héros (les médias pro kurdes aussi). Mais sur place c’était moins évident. En fait, plus personne ne savait d’où venait les ordres de fermer (transmis  aux commerçants par des gamins). Demirtas  avait  remis de l’ordre dans tout ça. Les villes de la province ont pu respirer (au propre comme au figuré ). Et c’est entre autre ce qui explique sa grande popularité à Hakkari.

 

2 morts yuksekova décembre 2013

Pourtant le moins qu’on puisse dire c’est que tout semble être fait pour exaspérer les Kurdes. D’abord 3 morts par balles des özel tim (équipes spéciales)  lors de deux manifestations à Yüksekova (province d’Hakkari, sur la frontière irakienne et à 2 pas des camps PKK de Qandil).  Deux (un homme et son neveu) le 6 décembre, le troisième quelques jours plus tard. Des affrontements ont même eu lieu dans  l’hôpital de la ville où un groupe attendait des nouvelles des deux premières victimes, affrontements si violents que l’hôpital, envahi par les gaz lacrymogènes,  a été vidé de ses patients.

Et ce n’était pas un « dégât collatéral », l’hôpital est situé  en pleine campagne à plusieurs kilomètres du centre ville (il a été construit sur les terres d’un député AKP…)

Yuksekova olay decembre 2013

Or si la province d’Hakkari est une habituée de la répression« façon Gezi » des manifs   ( disons plutôt  que le mouvement Gezi a été traité comme le sont les « manifestations illégales » kurdes) et qu’il y a donc eu de nombreux manifestants blessés et parfois tués ces dernières années dans la province, cela faisait plusieurs années  que les forces de l’ordre ne tiraient plus à balles réelles sur les manifestants à Hakkari. Mais le gouverneur de la province  a déclaré que les manifestants étaient armés et c’est passé comme une lettre à la poste…

Pourtant, alors que les confrontations avec les forces de l’ordre peuvent être violentes  à Yüksekova, quand y a-t-on vu des manifestants assez suicidaires pour y brandir des armes ?

Députés kurdes emprisonnés

Le 9 décembre,  Mustafa  Balbay, journaliste kémaliste et élu  député  CHP  qui croupissait en prison depuis plus de 4 ans dans le cadre du procès Ergenekon était remis en liberté à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle déclarant que son emprisonnement était une violation de son droit à être élu.   Mais quelque jours plus tard celle-ci était à nouveau refusée par le tribunal de Diyarbakir aux 5 élus kurdes incarcérés  dans le cadre du procès KCK, pourtant eux aussi en attente de jugement.

Le parti proteste avec virulence , mais la rue kurde ne s’embrase pas (à part à Yüksekova où ça bardait encore salement le 23 décembre)…

Mais le jour même où  la région commémorait le massacre de Roboski, massacre pour lequel la justice  a fait preuve de bien moins de diligence dans sa quête pour en  désigner les responsables (en réalité elle a étouffé l’affaire), la Cour suprême  vient de confirmer en appel la peine de 8 ans et 9 mois de prison pour « appartenance au PKK » dont avait écopé Sebahat Tuncel, députée du BDP (parti dont elle a démissionné pour rejoindre avec  Ertuğrul Kürkçü  et Sırrı Süreyya Önder, le HDP : un mouvement qui rassemble des partis  de gauche)  . Une peine qui risque de lui faire perdre sa place de députée et de la renvoyer en prison (d’où elle était sortie lorsqu’elle avait été élue députée d’Istanbul en 2007).

Si elle devait être démise de sa fonction de députée, je ne sais pas qui profiterait de sa place à l’Assemblée : un député AKP, comme à Diyarbakir après que Hatip Dicle ait été l’objet du même procédé, ou un député de l’opposition CHP ou MHP (qui accepterait ou non de « profiter de l’aubaine »)? En tout cas les députés du BDP qui avaient été contraints de se présenter en candidats indépendants n’ont pas de « suivant sur la liste » pour les remplacer , donc le groupe BDP perdrait encore un siège.

C’est une visite à Qandil en 2004, dans un camp du PKK qui lui vaut cette condamnation…alors qu’un processus de paix est engagé avec ce même PKK et que des visites, Qandil en a eu à la pelle depuis (et que normalement tout le monde devrait quand même se réjouir que les combattants des deux camps aient cessé de s’entretuer).

Mais le processus de paix a été engagé sans que la très controversée législation anti-terroriste n’ait été amendée. L’article 380 à la très vague formulation a permis de condamner Sebahat Tuncel (et bien d’autres)  pour  « soutien à une organisation terroriste dans l’objectif de commettre des crimes ». Maintenant la  « guérilla judiciaire » qui fait rage en Turquie  peut complètement faire dérailler le  processus du paix. D’autres députés kurdes ont eux aussi été condamnés et restent sous la menace de condamnations en appel. C’est le cas notamment d’Ahmet Türk ou d’Aysel Tugluk. Le couperet peut donc continuer de tomber sur le parti kurde.

Bref, alors que la justice remet en liberté un député CHP, non seulement elle refuse de faire de même pour les députés BDP emprisonnés, mais elle prend dans le même temps une décision qui risque d’envoyer une députée du mouvement kurde de plus en prison ! Et pas n’importe laquelle, Sebahat Tuncel est un « poids lourd » du parti (même si dans le parti il n’est pas vraiment de bon ton de parler de poids lourd, elle est quand-même très populaire près de l’électorat). De plus elle est Kurde alévie. Et s’il y a bien un segment de la population exaspéré par le gouvernement Erdogan (qui a tout fait pour cela), ce sont les Alévis.

Et tout ça le jour anniversaire du massacre de 34 civils kurdes dont la plupart n’avaient pas 20 ans, bombardés par des F16 à Roboski et dont certains auraient pu être sauvés si un hélicoptère ambulance avait été envoyé sur les lieux du massacre. Ce qui n’a pas été le cas.

Là, ce n’est même plus de deux poids deux mesures dont on peut parler…

C’est même tellement gros, que ce n’est pas sûr que cela suffise a embrasé la rue kurde qui quand même se méfie. Les Kurdes ont  l’habitude d’être instrumentalisés dès que des tensions se profilent dans le pays. Et depuis qu’il siège à l’Assemblée  (ce qui est tout nouveau), le parti kurde a su faire preuve de maturité. Le fait qu’il existe maintenant un Kurdistan irakien y est sans doute aussi pour beaucoup.  Dans les  tensions qui traversent le pays, le mouvement kurde pourrait préférer suivre l’exemple de son cousin syrien et jouer sa propre carte – comme il l’a fait lors du mouvement Gezi.

Mais il va falloir qu’il fasse preuve d’un sacré doigté s’il veut éviter que la région kurde soit happée  dans les tensions , car dans la tourmente actuelle vraiment tout semble fait pour pousser les Kurdes à bout.

Le 1er janvier : ajout

J’apprends que les avocats des 5 députés  kurdes du BDP incarcérés ont à leur tour déposé un recours devant la Cour Constitutionnelle. Je suis un peu étonnée qu’ils n’y aient pas songé plus tôt, mais sans doute était-ce une stratégie des avocats d’attendre ce qu’elle déciderait pour le député CHP Balbay.

Dans le même article d’Hürriyet Today’s  je découvre aussi qu’Engin Alan, député MHP (extrême droite) dont la cour suprême d’appel a confirmé en octobre dernier,  la sentence à 28 ans de prison dont il a écopé  dans le cadre du procès Balyoz (Ergenekon), risque de lui aussi de perdre son immunité parlementaire. Et ce serait imminent : en effet cette même cour se préparerait à demander la levée de son immunité. Et évidemment dans ce cas, ça m’étonnerait qu’il puisse y avoir 2 poids 2 mesures (cela ne marche pas dans tous les cas) . S’il perd son immunité, le tour de Sebahat Tuncel risquerait de suivre.

Le 2 janvier,2 députés du BDP Pervin Buldan et Sirri Sürreyya Önder  qui venaient de porter une lettre d’Öcalan, le leader emprisonné  du PKK à aux commandants militaires de Qandil, vont rencontrer les nouveaux ministres de l’intérieur et de la justice  (nommés dans le cadre du remaniement ministériel sous fond de scandale de corruption). La direction du KCK (branche urbaine du PKK)  n’ayant cette fois pas répondu par lettre, sa réponse à celle d’Öcalan n’a pas été rendue publique

.Efkan Ala, le nouveau ministre de l’intérieur est un proche d’Hakan Fidan, le chef des services secrets turcs (MIT) et principal artisan du processus de paix depuis les « négociations (alors secrètes) d’Oslo. Il a aussi  été le gouverneur de Diyarbakir entre 2004 et 2007 (c’est à dire pendant la semaine de violentes émeutes urbaines dont la répression avait fait plus d’une dizaine de morts, la plupart des mineurs et des centaines de blessés ).

Et la veille de la nouvelle année, ça a bardé près de Yüksekova.  3 jeunes du village de Yesilova  dans le district Semdinli (Hakkari) ont été gravement blessés lors d’une confrontation avec l’armée. Cela faisait une dizaine de jours que les habitants de ce village de contrebandiers bloquaient la route pour protester contre la construction d’une nouvelle caserne. Cette fois par contre les villes de la province ne se sont pas embrasées… Je persiste à penser que cela est significatif, même si ce calme est précaire.

 

 

Massacre de civils à Uludere (Roboski) : 2 ans et les familles attendent toujours justice.

roboski Uludere victimes

C’est dans la nuit du  28 décembre 2011 qu’une série de F16 décollaient de Diyarbakir pour aller bombarder un convoi de petits contrebandiers  kurdes qui venaient de traverser la frontière les tuant presque tous dans une série de frappes.  2 ans plus tard, seuls quelques  fanatiques peuvent encore croire qu’ils aient été tués par erreur (et seuls ceux qui veulent le croire pensent qu’ils trafiquaient pour le PKK).Mais  les familles des 34 victimes attendent toujours que justice soit rendue et aucune d’elles, même celles qui ont ensuite reçu la visite de madame Erdogan, venue se recueillir sur les tombes de leurs proches (familles « triées sur le volet » dit-on, c’est-à-dire non sympathisantes du BDP, le parti kurde) – n’a accepté de toucher à l’indemnisation que l’état turc leur a versée en guise d’excuses. Excuses qu’il n’a pas juger utile de donner.

La commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire n’a pas jugé utile non plus de trop creuser, au point que les députés BDP et CHP qui la composaient avaient préféré la déserter avant qu’elle donne ses conclusions. Quant à la justice, elle a choisi de se déclarer incompétente et elle a renvoyé le dossier à…un tribunal militaire.  Autant dire tous semblent s’être mis d’accord pour étouffer ce qui a été le plus grand massacre de civils des dernières décennies en Turquie.

Et pour ceux qui comprennent le turc, le documentaire d’Ümit Irvanç (ne pleure pas maman, je suis dans un bel endroit)

Ce refus de faire la lumière sur ce massacre, comme celui de libérer les nombreuses personnes emprisonnées dans le cadre des grandes opérations contre le KCK y est pour beaucoup dans le manque d’optimisme que les Kurdes ont manifesté pour le processus de paix , processus auquel la plupart de mes interlocuteurs  ne croient guère et la récente visite de Massoud  Barzani aux côtés de Recep Tayyip Erdogan à Diyarbakir n’y a rien changé.

Comme l’an passé, ce second anniversaire est marqué par des manifestations dans toute la région kurde. Une région où les armes des combattants se sont tues depuis le début de ce qu’on nomme « sürec », le processus de paix dont personne n’a jamais  très bien su où il allait (aujourd’hui n’en parlons pas) – heureusement en période électorale personne n’a envie de briser le cessez le feu instauré –  mais non exempte de tensions. Ces dernières semaines, trois personnes ont été tuées par les balles des Özel tim (équipes spéciales)  lors de manifestations à Yüksekova, déclarée « ville morte » (aucun commerce n’a ouvert) pendant plusieurs jours. Naturellement les gaz lacrymogènes l’ont a nouveau régulièrement submergée .   Difficile de n’y voir qu’un hasard alors que le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan est fragilisé par une série de révélations fracassantes. Et le nouveau refus par le tribunal de Diyarbakir de libérer les derniers élus kurdes emprisonnés  n’arrange pas les choses.

Le  28 décembre risque donc d’être une journée encore chaude dans la région – notamment dans des villes comme Diyarbakir, Yüksekova (où les magasins resteront fermés ce jour là) , Cizre et bien sûr Sirnak.

 

manset uludere Roboski Zaman

Cette période plus que délicate pour le gouvernement AKP sera-t-elle davantage propice à plus de lumière sur cette terrible affaire   ? En tout cas  nombreux sont ceux qui n’imaginent pas qu’une telle opération ait été possible sans l’accord du chef de gouvernement. Et l’influent journal Zaman – l’organe de presse du mouvement fetullahci (la Cemaat) en guerre ouverte contre le gouvernement  est le premier à faire la UNE sur ces familles qui attendent depuis deux ans que justice soit faite.

Mais à vrai dire, impossible de prédire ce qui sortira de la confusion ambiante.

Actuellement c’est à Taksim (où Sirri Surreyya Önder et Ertugrul Kürkçü avaient appelé à la mobilisation), à Izmir,   à Ankara ( des milliers de personnes rejoignent le bâtiment de l’AKP ) et dans toute la Turquie où on manifeste contre la corruption  que ça chauffe. Mais si le mouvement Gezi repart – comme il fallait s’y attendre –  cela m’étonnerait que cette fois les TOMA de Diyarbakir soient envoyés à Istanbul et Ankara.

 

Les Yüksekova Haber : un site d’information kurde en plein essor.

Les lecteurs réguliers de ce blog connaissent forcément le site des  Yüksekova Haber.   J’y puise régulièrement des informations que je transmets ensuite en français sur ce blog et je fais partie de la centaine de milliers de  visiteurs quotidiens, qui comme moi s’y baladent  ( 1 à 2 millions de clics  par jour).  Ce qu’ils ignorent peut-être c’est que les Yüksekova Haber ont aussi une version imprimée, il est vrai éditée en un nombre limité d’exemplaires (environ 500). En effet  pour ses lecteurs, les Yüksekova Haber c’est d’abord un site, que ceux qui s’intéressent de près à la province kurde d’Hakkari et à la question kurde en général fréquentent souvent plusieurs fois par jour.

C’est sur le site des Yüksekova Haber par exemple que j’ai visionné  début août   la vidéo    transmise par une agence kurde de Syrie proche du PYD  (ANHA) montrant des images d’un massacre de villageois kurdes à Tal Abyad , près d’Alep par le groupe Al Nusra, une branche locale d’Al Qaida, massacres passés inaperçus de la communauté internationale, mais qui ont produit une très  forte émotion  chez les Kurdes.  Plus  de 300 000 visiteurs ont visionné cette vidéo sur le site , qui ont laissé plus de 80 commentaires (yorum),  le dernier remontant à quelques heures… Et une fréquentation régulière du site suffit à faire saisir à quel point les Kurdes de Turquie ont le regard tourné vers cette partie du Kurdistan qu’on n’appelle plus que Rojava , où depuis un mois les combats font  rage entre les groupes islamistes radicaux et le PYD (la branche locale du PKK).

Ici une image de réfugiés de la région de Rojava qui fuient au  Kurdistan irakien en franchissant le pont flottant jeté sur le Tigre à Semalka . Depuis la toute récente  réouverture  de la frontière  (Kurdo-irakienne/syrienne), fermée depuis mai dernier par les autorités du Kurdistan irakien, ils seraient près de 30 000  à avoir trouvé refuge chez leur  voisin kurde.

 

C’est aussi par  le site des Yüksekova Haber que, comme des centaines de milliers d’internautes, j’avais appris  que les bombes lâché par les F16  que j’avais entendus décoller à Diyarbakir avaient massacré 34 civils kurdes à Uludere (Roboski).  Alors que les grands médias nationaux avaient attendu d’avoir le feu vert du gouvernement pour diffuser l’information, c’est-à-dire plus de 15 heures , les Yüksekova Haber l’avaient fait la nuit même des faits, dès qu’ils avaient été révélés  par l’agence de presse kurde Dicle. Ils ont été les premiers à en informer le public. Pas étonnant  donc que le site se soit constitué un lectorat fidèle !

Mais ce qui  fait aussi son attrait et surtout sa particularité,  c’est sa couverture des événements locaux (reportages écrits souvent accompagnés de vidéos). Je ne connais pas d’ autre média régional d’une telle qualité  en Turquie, que ce soit dans la région kurde ou ailleurs.  S’il en existe, je ne les ai pas encore dénichés. Un tour d’horizon des différents sites d’information  d’une métropole de l’importance d’Izmir, par exemple,  est presque attristant. Il ne faut pas s’étonner si on a souvent l’impression que la Turquie se limite à Istanbul…

Ainsi,  j’ai découvert  début juillet que mon ami Fahri  – un « vieux copain » d’ Hakkari, avait entrepris l’escalade du mont Sümbül ( 3467 mètres), ce qui n’est pas seulement une information d’ordre personnel, même si cela m’avait fait plaisir pour lui.  Cela signifie aussi que cet été – comme c’était prévisible avec le cessez le feu entre le PKK et l’armée turque (même si ce n’est pas dit de façon explicite en ce qui concerne cette dernière) – la situation est (relativement) calme dans la province. Il y a 2 ou 3 ans j’avais croisé deux alpinistes tchèques qui avaient fait le déplacement jusqu’à Hakkari  pour y découvrir que l’escalade qu’ils prévoyaient était interdite par les autorités. Et cela m’étonnerait beaucoup qu’elle ait été possible l’été dernier. Un été particulièrement brûlant dans la province.

Le site des Yüksekova Haber existe depuis 13 ans maintenant, profitant alors du courant de démocratisation induit par l’ouverture des négociations d’intégration avec  l’Union européenne.  Il a été le premier site Internet crée dans  la province d’Hakkari . Autant dire que ses fondateurs avaient su anticiper l’engouement pour ce média, qui caractérise la province comme le reste de la Turquie (où tous les moins de 35 ans ou presque ont un compte Facebook !). Outre les rédacteurs bénévoles – qui continuent à leur fournir des  articles, et de plus en plus régulièrement en kurde  –  ils n’étaient que deux journalistes alors : les deux frères  Erkan Capraz et son frère Necip, propriétaire du journal.

C’est en novembre 2005 avec le scandale de la librairie Umut, à Semdinli, que les Yüksekova Haber ont commencé à se faire connaître à  l’échelle nationale.  En effet, en apprenant ce qui se passait à Semdinli, (et profitant de la voiture d’Esat Canan alors député CHP de la province), Erkan Capraz s’était rendu sur les lieux et ce sont les images qu’il avait filmées qui le jour même étaient diffusées par les grandes chaînes de TV, dévoilant à l’opinion publique que des gendarmes (donc l’armée)  s’étaient amusés  à poser des bombes ( 2 morts) dans une librairie,  dans le but  d’attribuer l’attentat au PKK.

Mais ce sont surtout ces trois dernières années que le site a connu l’essor qui lui a permis de recruter une équipe de journalistes. Il faut dire que ces dernières années la région d’Hakkari est devenue le cœur de la révolte kurde et que l’actualité y est souvent brûlante. Maintenant, c’est un média qui emploie une dizaine de journalistes, dont des correspondants locaux à Hakkari, le chef-lieu de la province et à Semdinli. Et une vingtaine de bénévoles collaborent aussi régulièrement au journal. Les locaux de la rédaction est  un passage obligé pour tous les envoyés spéciaux qui se rendent dans la turbulente province et c’est devenu un site de référence pour tous ceux qui traitent  de la question kurde.

L’étoffement de l’équipe, permet maintenant aux Yüksekova Haber  d’envoyer ses propres envoyés spéciaux sur d’autres terrains et de ne plus se contenter alors uniquement de publier les dépêches des agences de presse kurdes.

 

Comme on s’y attend et comme  je l’avais déjà écrit dans un précédent billet, Erkan Capraz, le rédacteur en chef, a quelques démêlés lui aussi avec la justice turque, qui lui a attenté pas moins de cinq procès. Mais au moins, et comme c’est le cas d’autres médias « indépendants » ( alternatifs, serait plus juste – c’est naturellement un média orienté pro kurde ! A Yüksekova, cela ne peut d’ailleurs pas être autrement), comme la chaîne de TV IMC ou les journaux Bir Gün   et naturellement Bianet, on ne licencie pas à tour de bras,  comme c’est de plus en plus la mode dans les « grands médias », qui se débarrassent  de ceux  dont le ton n’est pas assez conciliant avec le gouvernement AKP. Au contraire de jeunes journalistes y apprennent leur métier !

Les lecteurs du site savent aussi que grâce à sa galerie de vidéos, c’est aussi le site des jeunes mariés d’Hakkari.  Et les mariages de la province sont les plus beaux du pays, du moins c’est mon avis. Celui d’Erkan Capraz l’été dernier était donc très beau aussi.

Et Paris pour destination d’un voyage de noces, c’était pas mal non plus…

 

 

 

 

 

Seker Bayrami ( fin de Ramadan) un peu tendu à Yüksekova.

Le 6 Août,  Ramadan touchait à sa fin. Malgré la nuit tombée annonçant la fin du jeûne  et la fraîcheur relative qui règne cette année dans la région, les çay bahçesi  (jardins à thé) des parcs de Diyarbakir, restaient à moitié vides. Où était passée la foule qui d’ordinaire s’y presse en période de Ramadan, une fois le repas d’iftar avalé ?

Soit on restait briquer la maison, où les premiers misafirs accomplissaient déjà leurs visites. C’était ainsi chez mes amis de Kayapinar. Les parents offraient le thé sur le balcon à leurs visiteurs, tandis que les filles de la famille nettoyaient la cuisine de fond en comble. Ailleurs on commençait déjà la préparation des börek.

Soit on faisait les courses de Seker Bayrami. «  Actuellement on travaille jusqu’à minuit » , m’avait confié quelques jours plus tôt un tailleur. «  Et pour les fêtes, on restera ouvert jusqu’au matin ». Les clients affluent qui veulent faire retoucher un des vêtements achetés pour l’occasion. A  Seker Bayram, comme pour Noël  en France, on offre des cadeaux, essentiellement des vêtements. Autrefois, c’était le jour où on achetait la paire de chaussures de l’année, dans les familles pas trop pauvres.

L’été dernier, j’étais à Yüksekova pour les fêtes. Ce n’était  pas très raisonnable comme destination pour les fêter. En effet, alors que la Turquie découvrait médusée (enfin le quidam, car cela n’avait certainement pas étonné ceux qui suivent d’un peu près la question kurde, ni tous ceux qui se rendent pour affaires au Kurdistan irakien), les drapeaux du PYD – le petit frère du PKK –  qui flottaient  sur Rojava, le Kurdistan syrien, à sa frontière  et des foules en liesse  brandissant le portrait d’Öcalan,  le PKK avait attaqué fort dans la région d’Hakkari.  Mais Rojina une des filles de Süleyman m’avait déjà passé un savon au téléphone « Anna abla, niye Noëlde gelmedin ? !!  » car je n’étais pas revenue pour  Noël (les enfants avaient aimé l’arbre de Noël dans le jardin enneigé). J’avais donc promis de venir fêter bayram avec eux.

Et puis si j’avais attendu que le calme règne dans la région avant d’y revenir, je n’y aurais plus mis les pieds depuis 2004. J’ai quand-même évité cette fois d’arriver un 15 août. Je n’ai donc pas subi la panique qui s’est emparée de la foule qui faisait des emplettes ou participait à la fête en rouge – vert – jaune  organisée pour commémorer le début de l’insurrection armée du PKK, lorsqu’une ses bombasi avait explosé cette nuit là. C’est une bombe qui comme son nom l’indique se contente de faire du bruit, mais évidemment quand elle explose, personne ne sait qu’il ne s’agit « que » d’une ses bombasi .

J’étais donc arrivée le 16 août. Et il n’était évidemment pas question de se balader un peu dans la région où des zones entières étaient  interdites. Les villageois qui y vivent pouvaient les quitter, mais alors ils ne pouvaient plus retourner dans leur village. J’ai même refusé la mort dans l’âme une invitation des footballeuses d’Hakkari à passer quelques jours avec elles.

On disait qu’à diverses reprises le PKK avait installé des checkpoint en pleine ville. Je n’ai pas été témoin de tels faits. Mais si ces checkpoint de « leurs guérillas » ne semblaient pas inquiéter  la population, tout le monde se demandait comment cela allait tourner. L’ambiance était telle, que Süleyman ne m’a pas laissée une seule fois sortir seule. Même pour aller faire une course à 100 mètres de là, un des enfants m’accompagnait systématiquement. Et j’accélérais le pas à chaque fois que je passais devant le poste de police, gardés par des policiers sur armés. Pas envie de me retrouver éventuelle victime collatérale.

Il nous a même réprimandées, quand la veille de la fête, on est allé faire des emplettes, avec sa femme et les filles de la maison, après le dernier repas d’iftar  : « Pourquoi vous ne les faites pas dans la journée ?  On ne sait pas ce qui peut se passer. Une bombe peut exploser à tout moment ! ».

Seulement, comme dans le reste du pays, les femmes avaient passé la journée entre grand ménage et fourneaux. Donc les courses, c’était pour la nuit.

Et nous n’étions pas les seules. Ce soir là  la rue principale  était la proie d’un embouteillage monstre. C’était la première fois que je voyais ça. Et comme partout ailleurs en Turquie, commerces, salons de coiffure, cafés et restaurants sont restés ouverts et envahis par la foule jusqu’au petit matin.

Les cireurs de chaussures n’ont pas chômé non plus.

Heureusement, ce ne sont pas des odeurs de poudre, mais des odeurs de grillades qui se répandaient dans le merkez cette nuit là.

…envahi par les petits commerçants de rue

Les filles avaient commencé par une halte chez la coiffeuse.

Le choix  de bijoux, c’était ensuite.

Évidemment, on n’est pas à Bodrum. Hewlêr, c’est le nom kurde d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Cela étant, on n’est pas si dépaysé que cela non plus.

Les  cabines d’essayages, l’endroit idéal  pour discuter un brin  avec clientes et vendeuses, un peu surprises quand même de rencontrer une « fransiz » dans le magasin. Et qui se prêtent volontiers à une séance de pose.

Adorables les vendeuses, pourtant elles étaient épuisées. Au boulot depuis le  matin jusqu’à l’aube suivante, sans même de pause dîner « C’est Yüksekova, pas l’Europe ici ».

Pas de cadeaux de Noël, mais les cadeaux de seker bayrami.

Le lendemain, les enfants partent en tournée de maison en maison, où leur sont offerts des bonbons disposés à cet effet dans de grandes coupes. Objectif : être celle ou celui qui en récoltera le plus dans son petit sac.

Newroz 2013 : la foule à Siverek, la neige (et la foule aussi) à Hakkari.


Cette fois les Urfa Haber n’ont pas escamoté son W à Newroz (comme la plupart des médias turcs (pas tous) continuent  de le faire, toujours aussi coincés malgré le processus de paix).  Et les images sont impressionnantes :  il y avait foule à Siverek pour fêter Newroz 2013.

La petite ville est certes  la patrie de Mehmet Uzun, de Yilmaz Güney (par son père) et de quelques autres célébrités kurdes. Mais ce doit être la première fois, que la fête en rouge vert jaune y attire une telle affluence.

Ahmet Türk, le député de Mardin avait fait le déplacement pour prêcher la bonne nouvelle.

Apo aussi était présent…enfin, son effigie

 

A Hakkari, qui l’a fêté un peu  tôt, il  neigeait pour Newroz. Cela n’a pas découragé la foule. Et comme d’habitude – processus de paix ou non – il y avait de l’ambiance !

A Yüksekova, 2 jours plus tard, le printemps s’annonçait par contre dans la province à en juger la tenue des filles….Mais il ne faut sans doute pas s’y fier. Il ne devait pas faire bien chaud. Mais au moins il ne neigeait pas.

Et comme on le voit sur la vidéo,  Öcalan était à l’honneur.

Il n’y a plus qu’à attendre sa feuille de route, jeudi 21 à Diyarbakir « Le peuple kurde et le peuple turc seront tous les deux gagnants » a annoncé Gülten Kisanak à Siirt, qui apparemment a toujours de la voix. Je ne sais pas comment elle fait, elle n’arrête pas les discours de meeting depuis le début du mois !

Il faut bien cela il faut dire pour que les Kurdes sympathisants du BDP  commencent à y croire à ce processus de paix . Je les ai trouvés  assez réservés,  Rien à voir avec l’enthousiasme du début de l’Acilim en août 2009. C’est vrai qu’il avait vite été douché. On comprend donc que cette fois, ils attendent de voir. Mais ça ne veut ne pas dire que cette fois ne sera pas la bonne.

En attendant :  Newroz piroz be ! (avec une pensée pour ceux qui le fêteront dans la cellule de leur prison, dans lesquelles il y devrait y avoir quelques halay et beaucoup d’espoir  quand-même)

Et j’ajoute une vidéo de Newroz à Van, qui a ouvert le bal le 17 mars, avec Ciwan Haco sur le podium.

 

 

 

 

 

 

 

 

Navire de la paix à Yüksekova

L’annonce d’un processus de paix (dit d’Imrali)  et de discussions avec Öcalan, leur leader emprisonné a du faire plaisir dans la province d’Hakkari.Et comme  Selahattin Demirtas soutient le processus, il est aussi probable que l’espoir doit être au rendez -vous, même s’il doit rester teinté de méfiance.  Le vice-président du parti kurde, qui est aussi député d’Hakkari, y est très apprécié « Il parle avec une voix toute douce » me disait une adolescente, qui appréciait cette douceur.

En tout cas cela a donné de l’énergie à Murat Titan, Cuma , Ercan et Arif Akdoğan, les 4 garçons qui ont construit ce navire de la paix à Yüksekova. Un navire de neige dont la taille atteint  100 mètres 2 selon les Yüksekova Haber . Ils ont mis 4 jours à le construire.

 

 

Noces sanglantes à Semdinli.

Cet été après ramadan, quand la saison des mariages a repris dans la province d’Hakkari, l’ambiance n’y était plus tout à fait la même. Les tensions étaient telles, que les kina gecesi (nuit du henné), qui lancent les festivités qui durent généralement deux jours en Turquie, avaient été supprimées. Trop risquées, car à la différence de la fête de mariage proprement dit, où on se ne rend que sur invitation (et pour apporter sa contribution au couple) la kina gecesi est ouverte à  tous. Des inconnus peuvent s’y introduire. Trop dangereux.

D’ailleurs on ne savait vraiment jamais ce qui pouvait arriver. Tout le monde continuait à faire comme d’habitude ses courses jusqu’à une heure tardive les nuits précédant les fêtes de Seker Bayram à Yüksekova , mais en se disant qu’une bombe pouvait exploser à tout moment. Pour ma part je pressais le pas à chaque fois que je passais devant le barrage de police; qui bloque la rue où se trouve le poste de police.

Et dimanche dernier, pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, une fête de mariage a été endeuillée. Une voiture piégée a explosé en plein centre  ville, au passage  un véhicule blindé de la police. Il y a eu  26 blessés dont 2 graves, la plupart des civils (2 policiers ont été blessés)  et un mort, un enfant de 11 ans Faris Demircan, qui rentrait d’un mariage et  dont les funérailles ont été célébrées aujourd’hui, tandis que les commerces restaient fermés en signe de deuil et de protestation.

  Le 12 septembre 2011, il y a donc un peu plus d’un an, un dimanche aussi, le PKK avait attaqué en pleine ville   3 cibles en même temps : le commissariat de police, la  gendarmerie et un poste de contrôle de police.  On se doute bien que la date anniversaire du coup d’état militaire de 1980 n’avait pas été choisie au hasard pour une attaque d’une telle ampleur.

Seulement c’était la date aussi qu’avaient choisie (ou avait été contraintes de choisir, tant les dates de mariage font l’objet de stratégie) plusieurs familles pour des fêtes de mariages. Il y avait 3 mariages  dans la ville ce jour là . L’un d’eux s’était retrouvé au centre de tirs croisés entre les PKK et les forces de l’ordre, comme on le voit sur la vidéo filmée dans la salle de mariage. Il y aura 3 morts dans les combats , 3 victimes collatérales, dont un gosse de 14 ans, tués avec un de ses parents : la voiture qui les ramenait à leur village avait été la cible d’une roquette. Ils avaient peut-être été pris pour des combattants en fuite (d’un des 2 camps)

« Quels que  soient les responsables de la violence, nous la  condamnons » a déclaré Esat Canan, le député BDP élu par la population de Semdinli. Faisant écho à ce que doivent penser ses administrés, il se garde bien pour le moment de désigner les responsables en question; mais rappelle les événements du  9 novembre 2005 à Semdinli. Et il interroge sur la fameuse caméra qui a filmé l’explosion. Pourquoi une caméra de surveillance à cet endroit? Il demande que les responsabilités de cet attentat  soient clairement établies.

Des propos qui condamnent tous les recours à la violence mais qu’on  peut sans doute traduire par « her sey olabilir« .(tout est possible).

Je quittais justement Yüksekova où j’étais venue passer  les fêtes de seker bayram, le mardi 9 novembre 2005 au matin.  Et c’est à Van que j’ai découvert sur les chaînes de TV ce qu’on appellera tout de suite le scandale de Semdinli. L’attentat contre la librairie Umut (deux morts) et ses responsables, des gendarmes, pris la main dans le sac par la population de la ville. Une population qui était aux abois.  Il y avait déjà  eu  une série d’attaques étranges les semaines précédentes . Et quand j’avais demandé à des amis qui était responsable de l’attaque à la roquette  qui avait laissé sa trace sur une des vitres du café où nous buvions un thé, la réponse avait été ‘her sey olabilir« … »mais on pense à des provocations ».

« Her sey olabilir« , c’est une expression qu’on entend souvent dans la province d’Hakkari.

Il y a deux ans, des enfants m’avaient montré la trace laissée dans le sol  par l’explosion d’une mine posée par le PKK, qui avait blessé de nombreux soldats, une dizaine de jours plus tôt dans leur quartier. Des vitres de maisons voisines avaient été soufflées par l’explosion. Pas de victimes collatérales cette fois. Mais ça fait un moment que la violence est à nouveau dans les villes et pas seulement dans les montagnes. Et qu’elle fait de nombreuses victimes civiles.

Seulement  évidemment, alors que tout le monde craint  depuis des semaines  que la violence actuelle ne soit encore attisée par des provocations, ces victimes civiles  tombent « au bon moment ». Les médias commencent à s’émouvoir des centaines de prisonniers kurdes dont la vie est maintenant en danger par la grève de la faim qu’ils suivent depuis plus de 50 jours pour certains. Dorénavant le gouvernement ne peut plus rester indifférent.  Et à  Hakkari on doit encore souvent se dire « her sey olabilir » :  des PKK dépassés par l’ampleur du mouvement civil extrême des grévistes de la faim  ou des provocateurs. Les nombreux yorum (commentaires) déposés sur l’article des Yüksekova Haber relatant les événements  témoignent de ces interrogations.

Ajout du 9 novembre :  une semaine après les faits le PKK a reconnu la responsabilité de l’attentat, promettant que les responsables seront jugés ( sous-entendu par ses propres tribunaux ), ce qui ne devrait sans doute pas suffire à calmer les colères. Un des 2 blessés graves est mort de la suite des ses blessures ce même jour : Ibrahim Demir. Il avait 17 ans et était originaire du village d’Altinsu (Sapatan), comme les trois civils tués le 12 septembre 2011