Le 73 ème massacre de Yézidis: le rapt des femmes et le déni du chercheur français.

Yézidis réfugiés dans la montagne août 2014. 8

Peu nombreux étaient ceux qui avaient déjà entendu parler de Yézidis, quand j’écrivais un billet, le 16 juin dernier, sur ceux qui à Sinjar accueillaient les Turkmènes chiites fuyant l’avancée de l’Etat islamique à Tal Afar. Et il avait fallu l’exode à leur tour des Chrétiens qui vivaient dans les villes de Ninive quelques jours après sa terrifiante entrée  le 3 août dans Sinjar, pour que la tragédie des Yézidis mourant de soif dans la montagne où ils avaient cherché refuge, surgisse dans la conscience mondiale qui découvrait cette minorité religieuse que les fanatiques islamiques exècrent.

Je conseille à nouveau cet article d’Allan Kerval, sur le site de Religioscopie, à ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les Yézidis.

Ces tragédies humaines – ainsi (surtout?) que la dangereuse menace sur le Kurdistan irakien pro occidental et les champs de pétrole – ont décidé les États-Unis et plusieurs pays occidentaux à soutenir les Kurdes,sans plus attendre que l’Irak se dote d’un gouvernement. L’EI, qui paraissait attaquer partout à la fois, venait aussi de prendre plusieurs villes à la lisière des limites administratives du KRG. La capacité de riposte des peshmergas, parfois un peu trop présentés comme des « guerriers invisibles » montrait aussi ses limites.

A Sinjar, comme dans les villes chrétiennes, ils se sont enfuis en abandonnant les populations qui se pensaient protégées. Quelles que soient les raisons de ces replis, c’est ce qui s’est passé.

Yézidis combattants à Sinjar
Yézidis combattants à Sinjar

La bataille pour la reconquête du Sinjar se poursuit. 5000 Yézidis des YPU (Unités de Protection Yézidies) participent aux combats contre les islamistes sous le commandement de Qasim Shesho. Ce cadre yézidi du KDP est devenu un héros depuis sa résistance de la première heure avec 500 hommes contre l’EI. 2500 recrues ont été entraînés par les YPG (Kurdes de Syrie). 2000 autres, doivent arriver de Dohouk. Une trentaine de Turkmènes (shiites) auraient  rejoint ses hommes.

La ville de Sinjar est toujours entre les mains de l’EI. Il ne doit plus y résider que ses habitants sunnites, et peut-être quelques familles yézidies terrées. Difficile de savoir combien de personnes sont encore prises au piège sur des flancs de la montagne moins accessibles ou dans des villages encerclés.

Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp
Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp

Dans le chaos qui règne, il est trop tôt pour tirer un bilan. Mais les témoignages sont accablants. Dans la montagne, beaucoup ont péri à cause du manque d’eau conjugué à une chaleur écrasante, surtout des enfants en bas âge, des personnes âgées et des femmes sur le point d’accoucher. Des rapports de massacres sont récurrents, surtout d’hommes et de très jeunes garçons.

Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014
Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014

Pour ceux ont trouvé un refuge, le plus souvent très aléatoire, c’est souvent l’angoisse pour des proches dont ils sont sans nouvelles. Ezidî press rapportait le témoignage d’un père dont la petite fille de 4 ans est tombée de la camionnette qui fonçait pour échapper aux tirs de l’EI. Le conducteur ne s’en était sans doute pas aperçu. Et si c’est le cas, pouvait-il prendre le risque que tous ses passagers soient massacrés?  On rapporte qu’on étouffait parfois des bébés dans les grottes où comme les Yézidis à Sinjar, les Alévis de Dersim s’étaient réfugiés en 1938. Par crainte que leurs pleurs n’alertent les soldats turcs.

La liste des sanctuaires détruits vient de s’allonger avec celui de Sheikh Mend à Jedale. D’autres sont menacés. On parle aussi de conversions forcées. Dans le village de Kocho, 80 hommes et très jeunes garçons ont été massacrés pour l’avoir refusé, tandis que les femmes et les jeunes enfants, desquels les jeunes filles avaient été séparées, étaient enlevées. Quelques jours plus tard la propagande de l’EI diffusait une vidéo mettant en scène une conversion collective, et comme prévu des comptes Twitter et même quelques (rares) médias participaient à cette opération en la diffusant, sans daigner prendre la moindre précaution.

J’ignore si les hommes que montrent ces images sont yézidis, mais rien ne le prouve tant qu’ils n’ont pas été reconnus par des proches. Et je suis certaine que tous ne le sont pas. Un type au centre de l’assemblée montre beaucoup trop d’enthousiasme. Des centaines de Yézidis ont préféré choisir la mort. Pour peu que ces « convertis » le soit aussi, c’est que ces hommes y auraient été contraints par pire que la mort, sans doute pour sauver leurs familles, et notamment leurs filles dont ils connaissaient le destin promis après le rapt de Kocho.

Beaucoup de ceux qui ont balancé avec une telle désinvolture ces images de tortures collectives auraient certainement fait preuve de plus de respect pour ces convertis de force s’ils avaient été musulmans, chrétiens, juifs ou bouddhistes, au lieu d’appartenir à une religion minoritaire.

Certains comparent ce qui est devenu le 73 ème massacre de Yézidis, au terrible massacre de 1892,  le plus traumatisant  de tous.  Cette année là, Omar Wahbi  le pacha ottoman de Mossoul ne s’était pas contenté de massacrer ceux qui vivaient sous sa juridiction, ni d’assassiner leur Mîr (leur plus haute autorité), comme cela était déjà arrivé. Il avait réussi à contraindre celui-ci à se convertir à l’Islam. Le temple sacré de Lalesh, la Jérusalem des Yézidis avait alors été transformé en école coranique. Il le restera pendant 12 ans. Les protestations des Chrétiens et des ambassades occidentales avaient été telles, que le pacha Omar Wahbi avait du être rappeler à Istanbul. Il n’est cependant pas parvenu à faire disparaître le yézidisme de la terre et une vingtaine d’années plus tard, le chef de clan Hamo Sharo protégera des milliers de Chrétiens des massacres. En ce moment, des membres de sa famille participent aux combats contre l’EI à Jedale.

Temple yézidi Lalesh
Temple yézidi Lalesh

Au temple de Lalesh où je m’étais rendue il y a exactement dix ans,en août 2004, pour de grandes festivités, des Chrétiens de Dohouk participaient aussi aux jeux rituels yézidis, rangeant la croix qu’ils portent au cou sous leur chemise lorsqu’ils entraient dans l’enceinte du temple en enjambant la marche, qui ne doit pas être touchée. Un peu plus loin, j’avais été intriguée par une médaille en or de la Vierge que portait au cou la jeune (et très jolie) gelin (belle-fille) d’une famille que nous avions rencontrée avec Olivier, le photographe  que j’avais accompagné à Lalesh. Je m’en étais ouverte ensuite au Mîr Ghamuran  – en réalité le frère du Mîr Tahseen Said Beg qui vit en Allemagne, mais c’est ainsi qu’on me l’avait présenté. Il m’avait assurée que ce n’était pas un simple bijou en or et que la jeune femme savait très bien qui était Marie.

Il est vrai que Myriam dont il est question dans une sourate est aussi implorée par des femmes musulmanes qui souhaitent un enfant. Et c’est aussi à tout ce qui unit les populations à travers ces croyances partagées que les fanatiques de l’EI s’en prennent pour construire « leur monde nouveau ».

Je crois n’avoir jamais vu une aussi belle petite fille que la presque adolescente de cette famille. Ses yeux verts et son port de tête étaient extraordinaires. Elle doit être devenue une femme superbe. Ils venaient de Sinjar. Où sont-ils maintenant ? Et toutes les femmes qui m’avaient littéralement happée et conduite de maisonnette en maisonnette, pendant que le géant garde du corps du Mir qui était chargé de me servir de guide se brûlait les pieds sur les pavés brûlants (où l’on marche déchaussé) en tentant de ne pas me perdre de vue. Ce à quoi il n’était pas parvenu. Je l’ai semé. Et pour revenir, je portais des telik, chaussons en plastique, qu’une femme m’avait offerts pour m’éviter le même désagrément.

Temple yézidi Lalesh Aout 2014
Temple yézidi Lalesh Aout 2014

Les journalistes qui se rendent à  Lalesh en Août 2014 n’y ont certainement pas entendu retentir les mêmes éclats de rire dans les petites maisons qui doivent être pleines des réfugiés aujourd’hui.

Si leur estimation n’est pas définitive, plus d’un millier de femmes yézidies (et des  Turkmènes) ont été enlevées à Sinjar, selon Hoshyar Zebari, ministre des Affaires étrangères du gouvernement irakien, rapporte le Washington Post Une estimation que réfute le chercheur Romain Caillet, quelques jours après l’enlèvement des femmes de Kocho (dont il est un peu obligé d’admettre la réalité). Pour lui « il s’agirait en réalité d’une centaine d’otages, qui seront sans doute utilisées en tant que boucliers humains ou monnaie d’échange plutôt que comme des « esclaves sexuelles »

« Il va sans dire que si l’EI (..) avait réellement rétabli l’esclavage, cela aurait forcément été annoncé publiquement et justifié par une fatwa » apporte-t-il comme argument irréfutable.

Il aurait été déjà un peu plus convaincant, s‘il nous avait appris qu’une fatwa venait d’interdire publiquement la prostitution, qui n’a pas attendu d’être autorisée par une fatwa pour exister. Et s’il ne le dit pas, c’est qu’il n’y en a certainement pas eu. Elle fait rage à Bagdad avec ses 1 million de veuves selon des copains kurdes qui y ont bossé sur des chantiers. Et combien de ravissantes adolescentes (irakiennes et maintenant syriennes) ont été « mariées » dans les pays du Golfe ?

mère et enfant yézidies réfugiées
mère et enfant yézidies réfugiées

Les jeunes filles enlevées ne seraient peut-être pas promises à la prostitution. En tout cas pas toutes. Certaines ont pu communiquer avec leurs familles quand leurs téléphones portables  fonctionnaient encore – et par ceux peut-être de quelques geôliers. Et à Erbil on doit continuer à savoir plus ou moins ce qui se passe à Mossoul où plusieurs centaines de femmes auraient été détenues dans une prison selon plusieurs sources. Le mariage forcé après leur conversion serait le sort de jeunes filles. En attendant le paradis promis, fournir une épouse, souvent très jolie (beaucoup de blondes et des yeux clairs magnifiques parmi les Yézidies) et pour laquelle il est inutile de payer une dot (baslik)  cause d’endettement de beaucoup de familles, serait une assez bonne façon pour l’EI de s’assurer la fidélité de nouvelles recrues des quartiers déshérités de la ville. Être contraint de repousser l’âge de « chercher sa femme » faute d’économies suffisantes, n’est quand-même pas propre qu’aux jeunes célibataires démunis de Mossoul.

Des paysans de villages sunnites voisins ont pu profiter eux aussi de leur nouveau statut de « vrais soldats de dieu », pour se fournir en belles fiancées sans dot. Et peut-être  qu’un rapt de la fiancée  (kizkaçirma) collectif était planifié.

Des jeunes filles auraient été envoyées en Syrie selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (SOHR).  L’ONG affirme avoir recensé 27 cas de mariages forcés avérés avec des combattants de l’État islamique après conversion de la fiancée yézidie. Le « prix de la fiancée » se serait élevée à 1000 $  pour le « prix de la fiancée », beaucoup moins qu’une dot (baslik) classique, si cette information est confirmée

Mais le mariage forcé serait le sort destiné aux vierges. Du moins à une partie d’entre elles, des cas avérés de viols de jeunes filles (parfois) camouflés sous des mariages temporaires sont  rapportés qui pourraient avoir été monnaie courante. Une femme déjà mariée, aussi belle et jeune soit-elle, ne pourra  être proposée qu’à un veuf ou comme seconde épouse. Et elles sont peut-être encore davantage menacées de viol durant leur séquestration. Peut-être ont-elle aussi été enlevées  pour servir de monnaie d’échange avec leurs enfants, mais j’en doute beaucoup.

 Un article de Basnew rapporte qu’à Erbil des personnes fortunées ont tenté de racheter des femmes séquestrées dans un hôtel de Mossoul. Des notables arabes auraient fait de même. Le tarif modeste (120 $ ) pour se procurer une femme, s’il est avéré, pourrait être une somme symbolique, ou celui de « mariages temporaires »(c’est à dire de prostitution déguisée).

Ces enlèvements de femmes qu’Allan Kaval qualifie de massifs  rappellent les viols de femmes bosniaques par des soldats serbes comme instrument d’épuration ethnique. Dans ces sociétés où honneur et réputation des femmes sont des valeurs importantes, ces enlèvements ont le but de les salir .L‘ONU estime à 2500 les enlèvements à Sinjar, surtout de femmes et d’enfants.  Bien plus que la centaine admise par un chercheur qui n’a jamais du mettre les pieds à Sinjar. Des enlèvements de femmes Turkmènes, Shabaks et  Chrétiennes sont aussi rapportés

Les familles ignorent le plus souvent le sort réservé à ces femmes, qui n’est sans doute pas uniforme. Et l’État islamique ne communique pas sur le sujet- il préfère peut-être la réputation de coupeur de tête impitoyable à celle peu glorieuse de violeur et proxénète. Ce n’est pas le genre non plus à balancer des vidéos de jolies visages de fiancées. Ce n’est pas pour autant que les multiples témoignages d’enlèvements  doivent être pris à la légère.

De toute évidence le sort de ces femmes yézidies n’intéresse pas beaucoup Romain Caillet (qui n’est sans doute pas un farouche sympathisant de l’Etat islamique, je le rappelle pour ceux qui ne le connaîtrait pas). Et je soupçonne le chercheur du même « désintérêt » pour le sujet, quand il affirme dans le même article que « dans la ville de Raqqa, (les Chrétiens) qui sont restés ont accepté le statut de dhimmi-s (littéralement « protégés »), impliquant le payement d’une taxe spéciale (al-Jiziya) ». Un statut qui « n’a pas été accepté par les chrétiens de Mossoul qui ont préféré quitter la ville plutôt que de devenir les « protégés » de l’EI. » ajoute-il. En oubliant juste de préciser que si les autorités religieuses chrétiennes de Mossoul ont refusé de discuter avec l’État islamique, c’est probablement car ils n’avaient pas eu besoin qu’une célèbre vidéo de Vice-News le leur apprenne, eux, pour savoir que les Chrétiens de Raqqa avaient ensuite quitté la ville malgré ce statut de « protégés » qu’ils avaient accepté.  Et même depuis, même moi je l’ai vu cette vidéo.

Le 4 septembre : voir sur le sujet le rapport qu’Amnesty International vient de publier.

Commémoration de l’assassinat de Hrant Dink : le parc Gezi fermé à Istanbul

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Le 19 janvier cela a fait 7 ans que le journaliste arménien Hrant Dink était assassiné à Istanbul devant les bureaux de son journal AGOS, dans le très fréquenté quartier de Sisli.  Ogun Samast, le tueur était un adolescent de 17 ans, envoyé de sa ville de province, Trabzon, pour accomplir ce meurtre. Il a fini par écoper d’une peine de 22 ans de prison (qui sera divisée par deux, car il était mineur au moment des faits).

7 ans après cet assassinat et les funérailles du journaliste qui avaient été suivies par un cortège de plus de 100 000 personnes (mais dans lequel les principales personnalités politiques, du gouvernement AKP ou de l’opposition kémaliste, avaient brillé par leur absence), difficile de parler de justice rendue. Alors que ces dernières années les prisons du pays sont pleines de « comploteurs » ou de « membres d’organisations terroristes », elle n’a pas réussi à dénicher par contre la trace du moindre petit complot dans cet assassinat.

18  principaux suspects avaient été acquittés, dont Erhan Tuncel, un informateur de la police de Trabzon et un des principaux suspects dans l’affaire.   Leur acquittement a été  annulé en appel.  Leur procès recommence donc. Mais au début du mois 2 d’entre eux ont été à nouveau  remis en liberté après leur interpellation à Trabzon.

Il faut aussi rappeler qu’un an avant l’assassinat de Hrant Dink à Istanbul, un prêtre catholique, le père Santoro était assassiné à Trabzon.

Alors que des milliers de policiers ont été limogés ces dernières semaines pour avoir enquêté dans des histoires gênantes pour le gouvernement AKP (corruption,  transport d’armes à destination de la Syrie présumé, ou même arrestation de membres présumés d’Al Qaida), ou car ils étaient considérés trop « peu dociles »,  le moins qu’on puisse dire est que les membres de forces de l’ordre suspectés dans ces assassinats n’ont pas eu à se plaindre de la même rigueur.

La façon dont a  été conduit le  procès du meurtre de  Hrant Dink  prouve que le procès de ce qu’en Turquie on nomme depuis les années 90 l’état profond n’a jamais eu lieu. Et que l’indépendance de la justice n’est jamais devenue une réalité.

Les autorités d’Istanbul, sur les dents depuis le mouvement Gezi – camions de policiers anti émeutes ( Cevik Kuvvet )  et camions à eau  (les devenus célèbres TOMA) stationnent en permanence à Taksim –  ont décidé de fermer une fois de plus le parc Gezi, devenu symbole de la contestation. Cette année la date anniversaire de l’assassinat du journaliste arménien tombe un dimanche, ce qui pourrait en augmenter l’affluence. Est-ce la seule  cause d’une telle démonstration de force?

La place Taksim, le 19 janvier.

 

Binler Taksim'de Hrant Dink için toplandı

A Sisli, au journal AGOS

Cette année une foule immense est  venue commémorer l’assassinat qui a le plus bouleversé la Turquie ces dix dernières années.

Gültan Kaya, la femme du chanteur Ahmet Kaya s’est exprimé au balcon d’Agos ; « Ils ont commis  un crime d’Etat ! »

Le mois de janvier est un mois noir pour les journalistes en Turquie :

Le 9 janvier 1996  était assassiné  à  Istanbul Metin Göktepe (journaliste à Evrensel)

Et le 24  janvier 1993, à Ankara   Ugur Muncu (journaliste à Cumhurriyet).

Des policiers ont été vus à Sisli  portant un bonnet blanc comme celui du tueur (voir photos Evrensel.Net), alors que les températures sont printanières à Istanbul (17°). Au lendemain de l’assassinat du journaliste arménien,  ce bonnet blanc était devenu le couvre chef de nombreuses têtes nationalistes, qui avaient érigé  Ogun Samast en héros. Ils ne peuvent l’ignorer.

Şişli'de 'beyaz bereli' trafik polisleri!

La veille  ça chauffait à Taksim entre manifestants s’opposant à un projet de loi qui menacerait gravement la liberté sur Internet et les forces de l’ordre.

Et les citoyens de Turquie ont sans doute bien d’autres  raisons de ne pas être très  satisfaits de la façon dont fonctionne leur justice et des mesures que leur gouvernement envisage pour améliorer cela…

Une commémoration est  organisée à Malatya devant la petite  maison où Hrant Dink est né et dans la rue qui porte dorénavant son nom. A Istanbul, ce n’est pas encore le cas pour l’avenue où il a été assassiné.

 

Mais la justice fait parfois son boulot.  Ce matin à l’aube, les forces de police faisaient une descente dans le village de  Roboski, arrêtant 7 personnes, toutes des proches des villageois massacrés par des F16 de l’armée turque. Parmi ceux ci Serhat Encu, un des seuls rescapés du massacre. Des  maisons ont été fouillées et des portraits de victimes arrachées du mur . La justice  comme la commission parlementaire n’a trouvé aucun responsable dans ce massacre, en début de mois un tribunal militaire a décidé de clore l’affaire. Par contre elle paraît avoir beaucoup de choses à reprocher aux   familles des victimes, régulièrement harcelées.

Roboskî'ye baskın; 7 gözaltı var, evler darmadağın edildi

 

 

Metin et Kemal Kahraman : une élégie pour Hrant Dink (ağıt )

 

Je viens de découvrir cette chanson « Göcmeyen Kuslar » (les oiseaux ne fuient pas)  que je trouve extrêmement émouvante.  Elle est dédiée à Hrant Dink, le journaliste arménien assassiné à Sisli devant les bureaux de son journal Agos.

Comme on peut s’en douter à leur musique , les deux frères sont alévis. Ils sont nés à Dersim dans le district de Pülümür et chantent aussi en zazaki.

 

 

 

 

Des rues de Malatya honorent Hrant Dink et Ahmet Kaya

La municipalité AKP de Malatya a décidé de donner des noms identifiables aux 2400 rues de la ville. Il faut dire que la bureaucratie qui a mis tant de zèle à supprimer les noms de lieu (villages, rivières et même rues) non « ethniquement purs » a manqué cruellement d’imagination quand il s’est agi de les renommer ou d’en nommer d’autres. Ainsi il y aurait à Malatya des douzaines de  « rue de l’école » : la 1ère rue de l’école, la 2nd rue de l’école etc..etc..confiait le maire Ahmet Çakır au journal Bianet.

Comme dans les autres villes de Turquie, j’ignore si les rues où vivent mes amis à Malatya portent un nom et si c’est le cas lesquels. Au taxi on indique le nom de quartier et un repère (près de la mosquée – où personne n’entre –  par exemple).  Cela devrait donc  changer.

La ville va en profiter pour honorer ses artistes et ses écrivains. C’est ainsi que la rue où Hrant Dink est né, dans une petite maison semi-rurale  qui existe toujours dans le quartier de Çavuşoğlu,  va désormais porter son nom. A ma connaissance ce sera aussi la première rue du pays à porter le nom du journaliste arménien assassiné devant la porte de son journal Agos, il y a six ans maintenant.

Une autre rue devrait porter le nom d’Ahmet Kaya, le grand chanteur kurde qui malgré son immense popularité avait du s’exiler en France en 1999 à la suite d’une odieuse campagne de presse lancée contre lui, car il venait d’annoncer que dans son prochain album il allait chanter en kurde.  Il est mort peu après à Paris, où il repose comme le cinéaste Yilmaz Güney, comme lui au cimetière du Père Lachaise.

La chanteuse alévie Belkis Akkale aura aussi sa rue.

Ainsi que l’inoubliable  Kemal Sunal !

Pas d’organisation terroriste dernière l’assassinat de l’évêque d’Iskenderum Luigi Pavodese

Hier, 22 janvier, s’est clos le procès de l’assassin de l’évêque catholique Luigi Pavodese, mort poignardé par son chauffeur Altun. Le meurtrier qui a été condamné à une peine de 15 ans de prison est actuellement traité pour troubles psychiatriques.

« C’est une affaire personnelle, il n’y a aucun mobile politique dernière cet assassinat » déclarait juste après le meurtre Mehmet Celalettin le gouverneur d’Hatay (Antioche)…alors que l’enquête n’était pas terminée.

En tout cas ce meurtre s’ajoutait à une longue série :

L’assassinat du père Santoro par un adolescent de 16 ans  à Trabzon (après l’affaire des caricatures de Mahomet) en 2006. L’adolescent a été condamné à 17 ans de prison. Il n’a pas été accusé d’appartenir à une organisation terroriste.

En 2007 :  Le journaliste arménien Hrant Dink (voir mon précédent billet), était abattu encore pas un adolescent condamné à 22 ans de prison. « Nous n’avons pas pu trouver d’organisation terroriste derrière ce crime déclaraient  les juges.

Le prêtre catholique Adriano Francini était poignardé et gravement blessé par un garçon de 19 ans à Izmir

3 Chrétiens évangélistes étaient torturés à mort à Malatya, toujours par de très jeunes gens.  Dans cette affaire par contre un haut gradé, le général Hürsit Tolon  déjà accusé dans l’affaire Ergenekon, vient d’être mis en examen  Après l’indignation qui a soulevé jusqu’au sommet l’Etat en Turquie, la façon dont le procès de l’assassinat de Hrant Dink (qui comme je l’indiquais devrait être re jugé) s’est achevé, les choses semblent commencer à bouger.

Mais la liste noire des vieilles dames arméniennes poignardées vient encore de s’allonger avec l’agression à Istanbul de Sultan Aykar (83 ans) qui a perdu un oeil dans l’agression  révèle Hürriyet Today . Heureusement des voisins ont entendu ses cris et sont intervenus mettant l’agresseur masqué en fuite et évitant le pire rapporte sa fille.

Difficile de croire que les victimes ne sont pas ciblées car elles sont arméniennes ou liées à cette communauté, comme un professeur d’informatique d’une école arménienne assassiné récemment.Trouvera-t-on encore derrière ces crimes des adolescents ülkücü  (ultra nationalistes) à demi paumés   ou des déséquilibrés, sans organisation terroriste dernière eux  ?

 

 

 

 

Hrant Dink, 6 ans après son assassinat : un nouveau procès ?

C’est un 19 janvier, il y a six ans, que le journaliste arménien Hrant Dink était assassiné devant la porte de son journal AGOS, dans le quartier de Sisli à Istanbul.  Sa famille et ses amis  demandent toujours justice après un procès à l’issu duquel seuls deux accusés ont été condamnés : Ögun Samast, le tueur, un adolescent de Trabzon et Yasin Hayal qui purge une peine de prison à vie.  Les autres accusés ont été relaxés, dont Erhan Tüncel, un informateur de la police arrêté en même temps que Yasin Hayal, quelques jours après le meurtre.

Les juges n’ont trouvé  la trace d’aucune organisation derrière cet assassinat, alors qu’il est de notoriété publique que les services de renseignement de la  gendarmerie et de la police de Trabzon ainsi  que ceux de la police d’Istanbul n’ignoraient pas que cet assassinat se préparait. Dink lui-même  se savait menacé. Un agent des services secrets ( MIT)  le lui avait laissé entendre lors d’un entretien au siège du gouverneur d’Istanbul , comme il le révélait dans son dernier article, publié post mortem par le journal Radikal.  Son assassinat avait été  préparé par sa condamnation pour « insulte à turcité » (article 301, amendé depuis) suivie d’ une effarante campagne de presse contre lui.

Le procès de son assassinat a seulement prouvé que celui  de l’état profond n’a toujours pas débuté en Turquie. Au contraire, puisque des fonctionnaires et policiers impliqués dans cette affaire ont été promus depuis. Dernièrement c’est Mehmet Nihat Ömeroglu un des juges de la Cour de Cassation ayant approuvé la décision du tribunal condamnant  Hrant Dink pour insulte à la turcité, qui  a été  élu premier ombudsman (inspecteur public)  par le Parlement. Il est vrai que le candidat de l’AKP  se défend d’avoir été  une des rares personnes en Turquie à ne pas avoir compris alors qu’il condamnait Hrant Dink. Il n’aurait pas fait le lien avec l’accusé « Firat », le prénom  turc de ce dernier. Il faut croire que la perspicacité n’est pas la première qualité exigée d’un ombudsman.

En 2010 la Turquie était condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour graves manquements dans cette affaire.

Signes inquiétants aussi :  ces dernières semaines à Istanbul plusieurs vieilles dames arméniennes (elles ont plus de 80 ans) ont été gravement  agressées et deux d’entre elles ont été tuées. Et  un professeur d’informatique turc qui  enseignait dans une école arménienne a été assassiné. A Kocaeli, près d’Izmit, la police vient de déjouer une tentative d’assassinat contre un pasteur protestant. Des agressions  trop systématiques pour être simplement dues au hasard. En tout cas l’indulgence de la justice dont ont bénéficié les assassins de Hrant Dink n’a pu qu’encourager ces crimes racistes.

Cette année encore  des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à l’endroit et à l’heure  même de l’assassinat (15heures). Raquel, la femme de Hrant était à la fenêtre de Agos d’où le dernier discours de Hrant était diffusé. Et cette année Noam Chomski était près d’elle et  parmi ceux qui annonçaient « buradayiz Ahparig » (nous sommes là, notre frère – en arménien). La manifestation s’est ensuite dirigée vers Taksim…où forces anti émeute et gaz lacrymogènes les attendaient.

Un espoir cependant :   l’affaire pourrait à nouveau être jugée. Le 10 janvier dernier un  procureur de la Cour suprême a demandé  l’annulation du jugement. Probable qu’il sera cassé. Reste à voir comment l’affaire sera ensuite jugée par le tribunal.

Orhan Kemal Cengiz révèle dans Today’s Zaman que le MIT (les services secrets turcs) auraient remis récemment  à la commission parlementaire d’enquête sur les coups d’état, un rapport mettant en cause des forces dites « oranges » et « vertes » au sein d’ unités spéciale de l’armée dites OPS.  Ces unités étaient justement actives à Trabzon, Malatya et Hatay. Or, c’est à Trabzon que le prêtre catholique Santoro a été assassiné et d’où sont partis les meurtriers de Hrant Dink. Peu après à Malatya, ville où il est né,  des missionnaires protestants (affaire de la maison d’édition Zirve) étaient  assassinés après avoir été sauvagement torturés et l’évêque lui aussi catholique  Padovese était assassiné à Hatay.

Pourquoi le MIT a-t-il tant tardé à faire ces révélations, cela pose question souligne  l’auteur de l’article, qui espère cependant pouvoir  interpréter celles ci comme   un signe que les choses pourraient changer….

Ajout : Sur Today’s Zaman, un entretien de  Fetiye Cetin, l’avocate de la famille Dink. A lire ICI

 

Le patriarche grec orthodoxe reçu par le Parlement de Turquie : une visite historique.

Lundi 20 février, Bartholomé, le patriarche œcuménique  grec orthodoxe, était reçu par la commission chargée de la réforme de  la Constitution à la grande Assemblée turque. Il était accompagné de Kuryakos Ergün, qui dirige le Monastère syriaque de Mor Gabriel et d’autres représentants de la minorité araméenne. C’est la première fois de l’histoire de la République turque  que des représentants des églises chrétiennes  de Turquie étaient invités à s’exprimer devant une commission  de l’Assemblée turque.Autant dire qu’il s’agit d’un événement historique.

C’est dans le cadre des travaux sur la réforme de la Constitution, qu’ils étaient  invités à exprimer les doléances des minorités chrétiennes, qui espèrent ne plus être des citoyens de seconde classe avec la prochaine Constitution. Une rencontre que le patriarche grec a déclaré chargée  d’espoir pour l’avenir, rapporte le journal Hurriyet.

Les représentants chrétiens ont exprimé le souhait qu’à l’avenir les citoyens chrétiens de Turquie bénéficient des mêmes droits que les Musulmans et que plus rien ne leur interdira d’accéder aux hauts postes de l’administration, qui pour le moment sont fermés aux non musulmans par un barrage de verre : il n’y a aucun juge ni aucun procureur chrétien en Turquie….et un seul député chrétien (Erol Dora, BDP), ce qui n’est pas tout à fait un hasard.

Ils ont aussi demandé que leurs églises et leurs établissements scolaires bénéficient des mêmes soutiens  que les établissements des fondations  musulmanes.. En effet, à la différence des établissements musulmans sunnites,  les établissements des fondations  chrétiennes ne bénéficient d’aucun soutien financier. Et plus grave encore, les multiples tracasseries auxquels les moines du grand monastère Mor Gabriel sont confrontés, montre que leurs propriétés sont toujours menacées.

L’été dernier, une équipe municipale a « malencontreusement » détruit la chapelle du cimetière arménien de Malatya. La municipalité AKP – qui a du faire se taper sur les doigts – avait exprimé ses excuses et  a décidé de la reconstruire. N’empêche qu’il est  difficile d’imaginer qu’une équipe municipale commette le même type de bévue dans un cimetière musulman.

Un des problèmes le plus criant est celui de la formation du clergé. En effet,  le séminaire grec  orthodoxe de l’ïle d’ Heybeliada (Halki)  est fermé depuis 1971. Une fermeture dramatique pour l’église. Et une situation qui devrait émouvoir les Turcs sunnites  vivant à l’étranger et qui à juste titre se réjouissent, quand là où ils vivent, ils sont autorisés à construire une mosquée. Or comme le rappelle Kuryakos Ergun « ça fait 6000 ans que nous sommes là. Nous ne sommes pas des visiteurs  dans ce pays ».

Et c’est ici que « nous sommes nés, que nous payons nos impôts, que nous faisons notre service militaire  et que nous votons » souligne le patriarche Bartholomé. Des impôts qui comme ceux des Alévis d’ailleurs, servent aussi à rétribuer les imams sunnites officiels.

Des représentants de la minorité arménienne et de la minorité juive doivent aussi être entendus par la commission.

Ceux qui lisent le turc, pourront en apprendre davantage sur cette entrevue par  un article plus détaillé du journal Radikal.

 

 

 

Le brave théologien laïc et l’assassinat des missionnaires de Malatya.

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En Turquie, il est rare que les choses soient simples. Et certains éditorialistes s’y inquiètent du contexte dans lequel le procureur Zekeriya Öz vient d’être dessaisi du dossier Ergenekon. En effet le procureur qui venait d’envoyer les journalistes Ahmet Sik et Nedim Sener en prison, provoquant un tollé bien au-delà de la Turquie, venait aussi  d’impliquer le réseau Ergenekon dans l’ assassinat  des missionnaires de la maison d’édition Zirve à Malatya. Cela fait longtemps que les familles des victimes attendaient ça.

Plusieurs personnalités viennent d’avoir leur domicile perquisitionné. Parmi elle, le professeur de théologie Zekeriya Beyaz, qui a clamé que lui aussi  était justement en train d’écrire un bouquin sur le mouvement  de l’imam Fethullah Gülen. Info que certains médias turcs, mais aussi français,(là aussi) se sont empressés de reprendre, faisant de ce brave professeur un simple théologien laïc, opposant un peu virulent au gouvernement AKP et une victime (de plus) de ces fameux fetuhllaci. Bref, un copain d’Ahmet Sik, puisque comme ce dernier, il s’intéressait de près aux réseaux fethullah.

Ils oublient juste de préciser qu’à moins que le journaliste de gauche ait une double vie qu’absolument rien ne révélait à ses proches, il est très peu probable que Beyaz hoca compte Ahmet Sik parmi ses intimes. Pas le genre à participer aux funérailles de Hrant Dink ou à sensibiliser sur les victimes civiles kurdes des mines dans l’est du pays, le bon professeur.

Parmi ceux qu’il ne dédaignait pas fréquenter, il se pourrait  plutôt qu’il y ait  quelques membres du JITEM par contre. Prononcez le nom JITEM à des Kurdes d’Hakkari, ils auront plein d’histoires sordides à vous raconter sur ces services spéciaux parallèles, fondés, dans le cadre de la contre guérilla contre le PKK, par le commandant de gendarmerie Veli Küçük, un des principaux accusés du procès Ergenekon. Son arrestation en 2007 n’avait surpris personne en Turquie. Depuis l’accident de Susurluk en 1996, il y est de notoriété publique que le JITEM fait partie de l’Etat profond.

Si depuis le choc de l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink et la foule qui suivait ses funérailles à Istanbul, ces discours se sont calmés (et le brave théologien aussi par la même occasion), des médias peu regardant sur l’éthique journalistique s’en donnaient à cœur joie pour distiller la haine contre les Chrétiens avant la série d’assassinats qui les a visés en2006-2007.  Ögun Samast, l’assassin de Hrant Dink rappelle aux juges qu’il lisait dans les journaux que Hrant Dink était un traître. De quoi conditionner un gamin de 17 ans auquel on demande de tirer sur un Arménien pour nettoyer la patrie. (Possible que ses avocats aient choisi d’adopter cette défense devant un tribunal pour enfants certes, mais peut-être moins complaisant que le précédent juge qui vient d’être dessaisi de l’affaire).

Zekeriya Beyaz n’était pas le dernier à participer à cette hystérie. Voilà ce que le brave théologien laïc disait des Turcs convertis à la religion chrétienne sur une chaîne de TV en 2005, rapporte le journaliste Orhan Kemal Cengiz qui suit de très près le procès de Malatya :

« La République de Turquie est l’objet d’une attaque. Dans chaque province, dans chaque district, 3, 5, 10 églises se sont créées. Et dans ces églises, il n’y a pas un, deux, trois ou dix Turcs comme ceux-ci, mais de nombreux Turcs qui se révèlent être des prêtres. Ces gens sont en train de miner la République de Turquie de l’intérieur… Ce sont les ennemis des Turcs. Pour eux les Musulmans et les Turcs sont des valets de Satan. (…) Ces gens ont leurs racines à l’extérieur de la Turquie. Il y a une cinquième opération lancée contre la Turquie. Il y a une opération psychologique. Il y a une opération destinée à nous soumettre, à nous détruire de l’intérieur. Il sont en train de détruire notre identité nationale. Ils continuent à spolier notre peuple. Ils considèrent notre peuple comme des valets de Satan, des infidèles, des mécréants. Mais les véritables mécréants, les véritables infidèles, les véritables valets de Satan, ce sont ceux qui narguent les Turcs, et en tout premier lieu  ces renégats convertis au christianisme ».

On peut lire aussi un bel échantillon de cette prose paranoiaque sur une page facebook des « fanatiques de Zekeriya Beyaz hoca », qui ne compte heureusement que…18 membres !

Il m’a plutôt l’air d’un pur produit de la synthèse turco-sunnite, l’idéologie des loups gris – et celle prônée par le coup d’état militaire de 1980 – ce brave Beyaz. Et si depuis 2007, il a cessé de brandir la menace de l’invasion chrétienne dans les médias, ça pourrait bien  être  parce que le procès Ergenekon l’aurait rendu prudent. J’ai un peu de mal à croire que c’est en découvrant Voltaire ou les écrits de Hrant Dink, qu’un type qui tenait des propos aussi haineux ce serait soudainement converti à l’esprit des Lumières et à la tolérance.

Ce profil ne suffit certes pas à lui seul à  en faire un coupable du triple assassinat d’avril 2007 à Malatya , mais rend le  Blanc professeur moins sympathique que celui  de  pauvre victime d’un puissant mouvement religieux, quand-même. Et il  explique sans doute davantage qu’il soit dans le collimateur de la justice.  Mais les raccourcis simplistes sont tellement tentants aussi…

J’ignore si ses « recherches » sur le mouvement Gülen intéressaient beaucoup les enquêteurs. Mais si c’est du même tonneau que sa prose sur le complot des missionnaires chrétiens, ça doit être un ramassis de sottises délirantes.

Parmi les autres personnalités dont le domicile a été perquisitionné, il y a aussi un certain professeur Cöhce, qui officie à l’université Inönü de Malatya et contre lequel un groupe d’étudiants kurdes a porté plainte en début d’année. Il avait un peu trop tendance à montrer qu’il ne goûtait guère la présence d’étudiants originaires d’Hakkari ou de Sirnak dans les amphis, et leur conseillait plutôt de rejoindre « la montagne », à ces Kurdes qui selon lui ne sont qu’une branche du peuple turc. Il n’aime pas les Alévis et les Arméniens non plus, dit l’article.

D’adorables professeurs de théologie comme on voit. Ils ont été laissés en liberté.

 

 

Nedim Sener : Ergenekon, Fethullah Gülen, Hanefi Avci, prémonitions et quelques explications .

 

Sur cette vidéo, mise en ligne sur Youtube en septembre dernier, l’extrait d’un entretien entre Nedim Sener – journaliste d’investigation turc dont l’arrestation dans le cadre du procès Ergenekon a provoqué l’émoi en Turquie – et Cüneyt Özdemir, un de ses confrère de CNN Türk. Dans cet extrait ils évoquent le mouvement de Fethullah Gülen, peut-être à l’occasion de l’arrestation d’Hanefi Avci. Leurs propos montrent bien en tous les cas le climat délétère qui règne en Turquie autour de ces questions. Et ils résonnent aujourd’hui de façon prémonitoire.

En apprenant l’arrestation de Nedim Sener et d’Ahmet Sik, Cüneyt Özdemir aurait déclaré : « Cela fait vingt ans que je suis journaliste, et hier pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie de cesser ce métier. J’y songe encore ». Pourtant il venait juste de réaliser une interview du fils de kadhafi qui l’a rendu célèbre bien au-delà de la Turquie.

Pour ceux qui ne comprennent pas le turc, traduction.(merci mille fois à un lecteur de ce blog pour son aide ).

« Nedim Sener : Je voudrais t’avertir que pour toi aussi il y a danger. Ce n’est pas parce que tu as interviewé Fetullah Gülen que tu dois te sentir protégé (sourire)

 

Cüneyt Özdemir : De toute façon je ne fais confiance à aucune interview.

 

NS : Je plaisantais.

 

C Ö : Cette plaisanterie peut-être mal interprétée. En tant que journaliste je peux très bien rencontrer Fethullah Gülen, ou n’importe qui d’autre. C’est mon métier et je dis ça sans rire. Comme tu le sais, actuellement le métier de journaliste est particulièrement difficile. On a besoin de journalistes indépendants (en Turquie). Mais selon les questions que tu poses, on te balance brutalement dans un camp ou un autre. On te catalogue ergenekoncu, fethullahci, hanefici …

On a connu ce genre de situation au moment de l’affaire Susurluk (1996) ou (du coup d’état post moderne) du 28 février (1997).

 

NS : J’avais dit à un célèbre journaliste que je souhaitais rester neutre. Ni pour eux, ni contre. Il m’a répondu que je n’avais pas le choix. Soit tu les aimes, soit tu es contre eux. Eux le prendront comme ça. Cela m’a effrayé.

 

CÖ : Eux c’est eux. Nous, nous essayerons de ne  pas faire de discrimination. J’espère que nous y parviendrons « .

 

Voici un petit bréviaire à l’attention de ceux qui ont un peu du mal à suivre :

 

Ergenkoncu : Ceux qui appartiennent, au réseau dit Ergenekon (et ses variantes, dit aussi état profond), ou qui le soutiennent. Les membres de ce réseau sont accusés d’avoir comploté pour créer les conditions favorables à un coup d’état militaire contre le gouvernement AKP. Le procès des présumés comploteurs a débuté en 2007 après la découverte d’une cache d’armes. Mais c’est le magazine d’investigation Nokta, où Ahmet Sik était rédacteur, qui avait révélé son existence plusieurs années auparavant..non sans risques puisque le journal avait du fermer (dans la surprenante quasi indifférence de la plupart de ses confrères).

 

Nedim Sener quant à lui, a révélé le rôle du réseau Ergenekon dans l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink, dans les ouvrages qu’il a consacré à cette affaire. 2 policiers qu’il avait mis en cause, dont Ramazan Akyürek, le chef de la police de Trabzon, avaient porté plainte contre lui. Mais il a finalement été acquitté et ce sont ces policiers qui viennent d’être inculpés, ainsi qu’une trentaine d’autres. Le coup de poing sur la table de la CEDH, qui a condamné la Turquie pour ses manquements dans le procès Hrant Dink, n’y serait pas pour rien. La famille de Hrant Dink lui a manifesté son soutien.

 

Quant à l’état profond (derin devlet), c’est à la suite de l’accident de Susurluk, qui avait révélé les liens entre mafia, contre guérilla et gouvernement de Tansu Ciller, que les médias ont donné ce nom aux réseaux au-dessus des lois, nichés au sein de l’Etat.

 

Si ces deux journalistes sont aujourd’hui en prison, c’est parce que le procureur Zekeriya Öz les accuse d’être eux-même  membres de ce fameux réseau Ergenekon ! Un réseau soupçonné de meurtres et de complot terroriste quand-même. Le procureur affirme avoir des indices irréfutables, mais pour le moment, tout le monde ignore lesquels, à commencer par les inculpés et leurs avocats.

 

Fethullahci : membre de la cemaat (communauté) de l’imam Fethullah Gülen (hoca efendi pour ses disciples), penseur musulman turc qui ambitionne de réconcilier Islam et modernité. C’est un énorme mouvement rassemblant plusieurs millions de personnes, associations, hommes d’affaires, intellectuels,  qui se sentent proches de ses idées. Ils possèdent un empire  médiatique (journaux, dont le quotidien de qualité Zaman, et chaînes de télévision) et sont à la tête d’ un réseau d’établissements scolaires (les collèges Isik) qui a essaimé dans le monde entier. Les fethullah sont souvent accusés d’infiltrer l’Etat, notamment le secteur de l’éducation et la police.

Je présume qu’on peut appartenir à la cemaat de Gülen tout en étant membre d’une confrérie traditionnelle – tarikat. D’ailleurs il me semble que Said Nursi, « inspirateur » de Gülen était naksibendi.

Fethullah Gülen vit aux Etats Unis. Il a entretenu des relations avec de nombreux hommes politiques turcs (pas seulement AKP).

A ceux que ce mouvement intéresse, je recommande l’entretien de Bayram Balci, mis en ligne sur l’excellent site religioscopie.

 

Ahmet Sik était en train d’écrire un livre qu’il aurait songé à intituler « l’armée de l’imam », selon Bianet. Nedim Sener avait publié « Fethullah Gülen et la communauté Gülen dans les documents Ergenekon ».

 

Hanefici : Ceux qui adhèrent complètement aux thèses d’Hanefi Avci, un ancien chef de la police d’Eskisehir, qui s’est illustré dans la lutte contre l’extrême gauche. Il fait partie de ceux qui accusent les Fethullah d’avoir noyauté la police. Le livre qu’il a écrit à ce sujet est immédiatement devenu un best-seller en Turquie. Il y révèle qu’ils y seraient à l’origine des révélations des complots Ergenekon et ses avatars. Mais il les accuse d’en avoir monté certains de toutes pièces, à l’aide notamment d’écoutes téléphoniques douteuses.

Il a été arrêté en septembre dernier. Lui, c’est  d’être membre d’une organisation d’extrême gauche, terroriste évidemment, dont il a été accusé. Une accusation qui paraît fantaisiste même à certains intellectuels, comme Hasan Cemal, qui mettent pourtant en doute le sérieux de certaines des  thèses défendues dans le best-seller d’Avci.

 

Selon les comptes rendus des premiers interrogatoires parus dans la presse, Ahmet Sik et Nedim Sener étaient sur écoutes téléphoniques (ce dont ils se doutaient). De quoi conforter la légendaire paranoïa en Turquie (ceux qui connaissent le pays sauront ce que je veux dire) ! Les premiers interrogatoires du procureur ÖZ se fonderaient sur des documents saisis à ODA TV et sur ces fameuses écoutes. Selon lui Nedim Sener aurait collaboré au livre d’Hanefi Avci. Ouvrage que celui-ci affirme n’avoir découvert qu’au moment de sa publication, en même temps que tout le monde. (enfin presque tout le monde sans doute, vu le climat de suspicion qui règne). Mais de toute façon, on ne voit  pas bien où serait le problème. Hanefi Avci est accusé d’être membre d’une organisation terroriste d’extrême gauche. Son bouquin n’a pas été interdit. Et n’a a priori  rien à voir avec cette inculpation, qui a juste suivi de peu sa publication… 

Plus amusant, le procureur aurait demandé à  Sener pourquoi il avait confié à un membre du CHP – toujours par téléphone – avoir  nettoyé son ordinateur, s’il n’avait rien d’illégal à se reprocher. Etonnante question posée à un journaliste, dont (théoriquement) c’est à la fois un droit et un devoir de protéger ses sources.

Izmet Berkan, l’ancien rédacteur en chef du journal Radikal, a révélé depuis dans Hürriyet, que Nedim Sener lui aurait un jour dit vouloir jeter son ordinateur dans la mer. Ce à quoi il lui aurait répondu que ça ne suffisait pas. Il devait d’abord écraser son disque dur, puis le couper en petits morceaux avant de jeter le tout à la mer.(il aurait sans doute mieux fait aussi d’utiliser des pigeons voyageurs pour communiquer…)

 

Bref, des interrogatoires qui posent question, titre le Daily Hurriyet. Ainsi un exemplaire de l’ouvrage qu’Ahmet Sik était en train d’écrire aurait été trouvé sur un ordinateur saisi à ODA TV. « Peut-être pourriez vous m’expliquer ce qu’il y faisait », aurait répondu le journaliste au procureur qui l’interrogeait. Surprenant en effet qu’un journaliste confirmé comme Ahmet Sik, habitué aux investigations ultra sensibles, ait pu confier un manuscrit en cours d’écriture à des confrères que dans sa sphère  on considère comme des « fachos de gauche » (ulusalci et démocrates de gauche n’appartiennent pas au même « monde »), dans le collimateur de la justice qui plus est. Et de toute façon, ce n’est pas ce qui suffirait à en faire un dangereux comploteur, quand- même.

En tout les cas , Nedim Sener avait toutes les raisons d’être « effrayé » comme il le confiait sur un ton léger, lors de cet entretien prémonitoire sur CNN, notamment par le climat détestable dénoncé par Cüneyt Özdemir. Climat que l’arrestation des deux journalistes, dans le cadre du procès Ergenekon, ne contribue évidemment pas  à apaiser.  

 

NB :  Deniz Baykal et une certaine histoire de vidéo compromettante  reviennent  aussi sur le tapis dans les interrogatoires de ces jours ci Mais ça suffit peut-être  comme ça, les embrouilles de ce vilain polar alla turca, aux faux air de Tchécolosvaquie des années 70,

 

Ayla, journaliste turque, manifeste à Istanbul après l’arrestation d’Ahmet SIK (et des autres)

 

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Le procureur d’Istanbul, Zekerya Öz, vient d’ordonner la mise en détention  des deux journalistes d’investigation Nedim Sener et Ahmet Sik, désormais inculpés pour participation  à une organisation terroriste dans le cadre du procès Ergenekon. Cette nuit, ils  ont été déférés à la prison de Metris.

Or c’est  l’arrestation de ces 2 journalistes, connus  au contraire pour leurs enquêtes dérangeantes sur le réseau Ergenekon, pour lesquelles ils ont pris des risques, qui a provoqué la vague d’indignation parmi les journalistes de Turquie. Ils ont été  des milliers à manifester leur colère et leur inquiétude à Istanbul et à Ankara,  le vendredi 4 mars. 

La Turquie, où 61 journalistes sont emprisonnés et des milliers d’entre eux objets de poursuites, est régulièrement montrée du doigt pour ses atteintes à la liberté de la presse. Le procès Ergenekon, du nom d’ un réseau suspecté de comploter pour renverser le gouvernement AKP, est de plus accusé d’être instrumentalisé pour museler la presse d’opposition. Et de nombreux journalistes kurdes sont traînés devant les tribunaux, accusés de soutenir le PKK.

  » Hormis un cercle proche du pouvoir AKP, tout le monde en Turquie est passible d’être accusé d’appartenir à une organisation terroriste », s’insurge Sezgin Tanrikulu, l’ancien président du barreau de Diyarbakir et membre du CHP, rapporte le Daily’s Hürriyet.

Sentiment partagé par les journalistes de l’ opposition, dans toute sa diversité. Même  quelques éditorialistes, réputés  pourtant proches de l’AKP, ou de la communauté gülen, comme Mustafa Akyol,  s’inquiètent sérieusement du tour que prend ce procès. Mais beaucoup de journalistes de ce courant choisissent de faire confiance à la justice, rapporte Erkan sur son site.

 Ayla, une journaliste turque, consoeur et amie d’Ahmet Sik, explique dans un billet mis en ligne sur le site journalistinturkey, pourquoi comme beaucoup d’autres, elle a manifesté le vendredi 4 mars. Voici la traduction de son billet, La Turquie confond terrorisme et journalisme.  

 

« Jeudi matin je préparais le café en baillant, comme d’habitude. Et comme d’habitude la chaine de TV d’infos ATV était allumée. Le présentateur annonçait que la police était en train d’effectuer des perquisitions dans 11 maisons, à Istanbul et à Ankara. Des informations devenues habituelles depuis que les opérations contre le réseau Ergenekon et le premier procès ont commencé, en 2007. Si bien que je continuais mes préparatifs du matin.

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C’est alors que j’ai entendu un nom familier, Ahmet Sik. Ahmet ? Comment était-ce possible ! ? Ahmet est un ami et un collègue, dont le profil n’a vraiment rien à voir avec celui des suspects du réseau Ergenekon. Ce n’est ni un kémaliste radical, ni un ultra-nationaliste. Impossible d’imaginer qu’Ahmet Sik puisse aider des conspirateurs complotant à un coup d’Etat militaire, ou qu’il puisse secrètement les soutenir.

 

Je le connais comme étant  une personne libérale, pacifiste, anti-militariste. Sa vision du monde et ses travaux l’ont même contraint à des sacrifices. Il n’a absolument rien à voir avec Ergenekon, à moins d’avoir une double vie, digne d’un film hollywoodien.

Ahmet travaillait pour le journal Nokta, qui a du fermer après qu’il ait publié des extraits du journal intime de l’amiral Özdek Ornek. Ces textes révélaient les tentatives de coups d’Etat, bien avant que le procès Ergenekon soit entamé. En quelque sorte, c’est à cause d’Ergenekon qu’Ahmet a perdu son job.

Il a ensuite travaillé en free-lance, enseigné le journalisme et écrit des livres. Il était en train d’écrire un livre sur l’infiltration de la police par la communauté (cemaat) islamique de Fetullah Gülen. Je ne sais rien de plus de ce projet.

Nous avons voyagé ensemble dans le sud-est kurde ainsi qu’ au Kurdistan irakien, pour des reportages sur les Kurdes. Je n’ai jamais perçu la moindre trace de nationalisme chez lui. Pendant notre séjour au Kurdistan irakien, il écoutait continuellement des chansons de Yasar Kurt sur son i-pod. Yasar Kurt est un chanteur turc anti militariste.

Il y a des années, il avait organisé une expo photos sur les civils blessés par des mines dans l’est de la Turquie.

Mais c’est ainsi, Ahmet a été arrêté en même temps que 6 autres personnes ce jour là. Il est suspecté d’appartenir au réseau Ergenekon, qui planifiait de créer les conditions propices pour un coup d’Etat en Turquie, et promouvait la haine entre les gens ».

 

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(arrestation de Nedim Sener, journaliste à Milliyet, consacré « héros pour la liberté d’expression par l’Institut international de la presse (IPI) pour son livre  Le procès Hrant Dink et  les mensonges des services secrets. Il a depuis publié Vendredi rouge – Qui a brisé le stylo de Hrant Dink ? et Fethullah Gülen et la communauté Gülen dans les documents d’Ergenekon )

 

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 (même sa voiture est perquisitionnée. Les ordinateurs, livres, photographies  des journalistes sont confisqués)

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(Les voisins de Nedim Sener accrochent des drapeaux turcs à leurs fenêtres pour protester contre son arrestation. Sa femme, qui souffre d’une maladie cardiaque a du être hospitalisée).

 

« L’ arrestation d’Ahmet a réveillé beaucoup d’entre nous, qui jusqu’ici nous contentions de râler et de grogner contre les procédures Ergenekon, sans jamais vraiment prendre position. La plupart d’entre nous n’approuvions pourtant pas  ces perquisitions au petit matin et ces arrestations devant les caméras de télévision, ni ces détentions super longues (le journaliste Mustafa Balbay est incarcéré depuis maintenant 36 mois. Mais je n’ai pas eu beaucoup de sympathie pour lui, parce que c’est un kémaliste pur et dur. Le serpent qui ne me touche pas, peut vivre pendant mille ans, dit un proverbe turc ). »

 

 

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(arrestation de l’écrivain ulusalci (gauche très nationaliste, très hostile à l’AKP) Yalçin  Küçük. Il a été mis en détention, ainsi que 4 journalistes du site OdaTV.com  – Autres images de ces arrestations sur la galerie photo d’Hürriyet, et un article de la version anglaise du même journal donnant des détails sur le profil des différents inculpés).

 

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« Aujourd’hui, vendredi, plusieurs milliers de journalistes se sont rassemblés pour protester contre ces arrestations. Pour la première fois, beaucoup d’entre nous ont rejoint une manifestation anti Ergenekon. Ce n’est pas ce que nous espérions de ces procès qui promettaient de révéler les plans des comploteurs et de les punir pour en finir une bonne fois pour toutes avec les coups d’Etat militaires en Turquie.

Nous formions un cortège étrange, sur l’avenue Isktiklal. Devant il y avait les libéraux, les manifestants de gauche ou d’extrême gauche, suivis de nationalistes portant des drapeaux et chantant des slogans pro militaristes. Je me sentais un peu embarrassée.

Nous marchions pour la même cause, mais avec des slogans et des interprétations différentes. J’espère que le gouvernement a reçu le message, même si j’en doute. Les journalistes qui sont sensés être le quatrième pouvoir, sont l’acteur le plus faible dans la société turque.

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Je me demande quel rôle a le journaliste dans le projet que Monsieur Erdogan nomme  » ileri demokrasi « , démocratie avancée« .

Ayla Aybayrak. Journaliste Istanbul.

article original (en anglais) sur le blog journalistinturkey.com

Et un article de Bianet, journal en ligne auquel Ahmet Sik collabore.

 

…. Ayla et les autres devraient se rassurer, le procureur Zekerya Öz vient d’annoncer que les arrestations d’Ahmet Sik et de Nedim Sener n’avaient rien à voir avec leur métier de journaliste, mais qu’elles se fondaient sur des preuves évidentes. Juste dommage  qu’il lui soit impossible de révéler lesquelles, à cause de la confidencialité de l’enquête. On peut craindre que  la confiance en une justice impartiale dans la conduite du procès Ergenekon  soit sérieusement ébranlée, chez les journalistes en colère.