Combattants kurdes peshmergas, PKK, YPG et yézidis de Qasim Shesho à travers les clips.

Yézidis miliciens Sinjar

On pourrait consacrer tout un blog aux clips à la gloire des combattants kurdes peshmerge, PKK ou YPG. La chanson a toujours fait partie des outils de propagande de prédilection des différentes fractions kurdes. Mais évidemment  depuis que leurs combattants ne se confrontent plus à une armée étatique, mais aux jihadistes de l’Etat islamique, on assiste à une prolifération de nouveaux clips. Au-delà de la propagande, ces clips en disent beaucoup sur les différentes troupes kurdes combattant l’Etat islamique.

 

Pour célébrer les peshmergas du KRG (province autonome  du Kurdistan en Irak), cette chanteuse a repris une des chansons les plus célèbres du chanteur kurde Sivan Pewer. Elle  se met en scène comme soldate (très pomponnée, visiblement elle sort de chez sa coiffeuse/maquilleuse) d’une armée conventionnelle  qui marche au pas cadencé.

 

Une image bien différente de celle de guerriers « aux pieds nus »  que le célèbre chanteur kurde de Siverek (province d’Urfa ) évoquait dans son clip  Helvano; une autre de ses chansons (très connue elle aussi), très mélancolique celle -ci . Si la chanson est beaucoup plus ancienne,  le clip  doit dater de 2007. Le chanteur se met lui  aussi en scène parmi un groupe de combattants rassemblés autour d’un feu de camp de « campagne ». Ils y évoquent le souvenir de ceux qui sont tombés.

 

 

 

Le chanteur a aussi mis son talent au service de la guerre contre Daech. Dès juin il dédiait  une nouvelle chanson aux pershmergas du KRG- où il a quasiment un statut  de chanteur officiel.

Pas sûre  que le clip qui fait un hommage (très) appuyé à Barzani  ait fait fureur chez les peshmerge UPK (le parti de Talabani),  très présents sur le front de Kirkouk. Mais cela m’étonnerait aussi que ce clip soit toujours divulgué sur les chaînes de TV pro barzanistes. En effet  il ne se contente pas d’être un hommage aux « nouveaux pershmergas », c’est aussi le rattachement de facto au Kurdistan (KRG) des régions contestées qu’il chante.

Seulement parmi ces territoires contestés, outre Kirkouk,  il y a Sinjar (Shengal en kurde). Avec la  façon dont les peshmergas (PDK)  se sont débinés en abandonnant la population yézidie qu’ils étaient sensés protéger des tueurs islamiques,  la bataille de Sinjar va plutôt  marquer une page noire de l’histoire des peshmergas et des luttes kurdes.

Les Kurdes qui se gaussaient sur les médias sociaux du colonel de l’armée irakienne ( surnommé le Lion de Maliki) lorsqu’il  s’était replié après avoir résisté une semaine à Tel Afar contre l’armée islamique, ont alors assisté à un repli autrement moins glorieux de leurs propres combattants. Même avec la meilleure volonté du monde impossible de parler de résistance.

Depuis la tragédie du 3  août,  il a écrit une autre chanson sur Sinjar. Cette fois guérillas (HPG/PKK) et YPG  participent aussi au combat contre l’Etat Islamique. Il me semble que c’est assez rare pour être relevé .Mais le clip donne l’impression que les frères kurdes de Rojava sont venus prêter main forte aux peshmergas.  Alors que ce n’est pas tout à fait ainsi que cela s’est passé.

Dès le 3 août les YPG de Rojava entraient à Sinjar que les peshmergas abandonnaient. Avec le soutien de guérillas HPG/PKK arrivés directement de Qandil, ils réussissaient quelques jours plus tard à créer un corridor qui a permis à des dizaines de milliers de Yézidis réfugiés dans la montagne de fuir. L’apport déterminant des combattants PKK à Sinjar, mais aussi à Mahkmour ou Gwer,  a fait grimper leur prestige dans tous les territoires kurdes, où les « guérillas » (combattants PKK) étaient déjà souvent populaires au sein de la population : admiration pour le « combattant kurde des montagnes » en lutte contre un Etat puissant, le plus souvent sans adhérer pour autant au  » système » (organisation de la société) PKK, il m’a semblé.

Je ne suis donc pas certaine que la nouvelle chanson de Sivan Perwer  fasse partie du répertoire des combattants de Qasim Shesho quii avait  résisté avec ses hommes contre l’Etat islamique le 3 août  à Sinjar, quand les pershmegas se repliaient. Si aujourd’hui, celui qui est devenu un  héros pour les Yezidis se bat aux côtés de ces derniers, c’est à la tête de ses propres troupes constitués de volontaires  yézidis (et Turkmen) , en partie  entraînés par les YPG  kurdes de Rojava, le Kurdistan de Syrie J’ignore s’il a conservé sa carte du parti PDK, mais le moins qu’on puisse dire est que la confiance des combattants yézidis  dans les peshmergas du KRG a été  sérieusement écornée.

 

Les images de  peshmergas devenus des militaires d’une armée conventionnelle (de plaine dans les nouveaux clips), contraste avec celles des  HPG/PKK restés des « guerriers aux pieds nus des montagnes ».  Le lever du soleil, symbole du Kurdistan, promet aussi lendemains qui chantent. Chant a capella de mise pour cette marche des guérillas que tout gamin de la province d’Hakkari connaît depuis la maternelle. Elle y fait partie du répertoire chanté dans toutes les fêtes de mariage. Ce clip date un peu, mais reste très représentatif.

Ceux qui sont coutumiers des chaînes de TV kurdes pro PKK sont coutumiers aussi de ces images de guerillas dansant le halay dans un campement de montagne. Là aussi on insiste sur la frugalité et bien sûr la mixité. Inutile de souligner ce dernier point. Ceux qui ignorent  encore que les femmes sont nombreuses dans les rangs des HPG  et des YPG ne doivent jamais ouvrir un magazine. Mais on remarque à leurs sourcils soigneusement épilés que les femmes ne sont plus contraintes de renoncer à toute coquetterie quand elles rejoignent la montagne.

Les YPG kurdes syriens  sont les derniers nés des troupes kurdes. Mais même si leur proximité avec les HPG qui les ont formés et encadrés, n’est pas un mystère, les clips en leur honneur se distinguent des leurs. Comme le monde entier le sait (sauf quelque élue UMP qui a peut-être fini par l’apprendre) ,  il s’agit là aussi  de combattants sans solde et dont l’équipement reste  sommaire (surtout à Kobane). Mais comme les pershmergas (et à la différence des HPG/PKK) ils constituent depuis l’été 2012 l' »armée »  d’un territoire autonome kurde de Syrie.

Pas étonnant  donc que les clips  les montrent  défilant dans les villes des cantons de Rojava, comme  dans ce clip déjà (un peu) ancien. Comme on le voit aussi – et contrairement à ce que beaucoup imaginent –  la bataille de Kobane est loin d’être leur première expérience de guérilla urbaine.

Mêmes remarques  pour ce clip plus récent et de meilleure qualité. Les halays dansés par les civils sont en live cette fois (je pense pendant une fête de Newroz, mais les kurdophones doivent pouvoir le déduire à  la date qui apparaît sur une affiche).

Les YPG ont conservé l’habitude de leur grands frères et soeurs HPG/ PKK  de danser des halays  pour se détendre un peu sur le front. Ils aussi ont conservé leur répertoire. Le décor lui par contre a changé. Il est urbain cette fois. Cette vidéo a été prise lors des fêtes du Sacrifice, au début du mois peut-être dans Kobane assiégée, peut-être  dans un autre canton de Rojava où on se bat aussi contre les jihadistes.

Pour ma part j’adore cette vidéo d’un concert impromptu de YPG, qui me rappelle l’ambiance des bringues tahitiennes. Elle montre bien que quelque soit les circonstances, les Kurdes sont toujours prêts à se marrer.  C’est sans doute ce qui fait aussi leur force contre Daech, qui comme tous les fanatisés se prennent énormément au sérieux.

 

 

 

Des milliers de touristes kurdes irakiens prennent le bus pour des vacances-shopping en Turquie.

Touristes kurdes irakiens, passagers de la compagnie Best Van

Ces dernières semaines  des dizaines de milliers de réfugiés surtout kurdes yézidis ( mais des Chrétiens et des Turkmènes aussi ) ont franchi, le plus souvent  clandestinement, la frontière entre l’Irak et la Turquie, le peu d’argent qui leur restait après avoir tout perdu servant alors à payer les passeurs.  Mais d’autres flux de voyageurs, beaucoup moins misérables, entrent aussi en Turquie rapporte Hürriyet.

Des milliers de  touristes kurdes (et sans doute turkmènes) irakiens la franchissent aussi  chaque jour, en toute légalité cette fois.  Et ils seraient nombreux à passer par  le poste frontière de Habur en autobus, selon  le journal qui rapporte que  900 passagers sont transportés chaque jour par les deux compagnies (turques) qui desservent la Turquie.

J’‘ai déjà testé ce moyen de locomotion pour me rendre de Diyarbakir  à Erbil. Et il n’y avait pas beaucoup de touristes parmi les passagers. Il s’agissait pour la plupart  d’ouvriers et de petits entrepreneurs kurdes (ou turcs) de Turquie.  Ces derniers auraient sans doute privilégier l’avion…s’il existait une ligne Diyarbakir/Erbil. Mais faute d’aéroport international dans la principale  métropole kurde de Turquie, une escale par Istanbul est obligatoire. En gros pour se rendre à environ  450 kms de là, ceux qui s’y rendent en avion font un détour de plus de…2000 kms. Le billet d’avion commence à devenir très onéreux.  Et dans le style voyageur/ pollueur ont doit difficilement mieux faire.

Il est probable qu’en période de vacances scolaires, le pourcentage de touristes kurdes parmi les passagers transportés par ces firmes d’autobus augmente. Mais cela m’étonnerait qu’ils remplissent leurs bus.

Le prix du billet (90 $ pour un aller Erbil – Istanbul ) est attractif, surtout pour ceux qui voyagent en couple ou en famille. Mais ils seraient  loin d’être des touristes fauchés. Ils  disposeraient la plupart du temps  d’au moins 10 000 $ pour un  séjour moyen d’une dizaine de jours selon l’article.  Un joli budget petites vacances  de nouveaux riches.  Mais si je ne doute pas que beaucoup d’entre eux dépensent des sommes pareilles pendant leurs petits séjours,, cela m’étonnerait quand -même  qu’ils constituent  la majorité des touristes du Kurdistan irakien en Turquie.

Cela étant même  à 180 $ l’aller retour, ces voyages sont devenus hors de portée de tous ceux qui ne vivent que de leur salaire de fonctionnaire – apparemment, il y aurait quelques petits abus. Dernièrement le journaliste Kamal Chomani révélait sur son compte Twitter que 4500 fausses retraitées des…peshmergas (un « corps » très  peu féminisé pourtant)  venaient d’être radiées des listes des pensionnées.Pour certaines de ces « fausses ex héroïnes » du Kurdistan , la pension devait surtout servir d’argent de poche pour le voyage à Istanbul.

Pour les vrais fonctionnaires, par contre c’est la crise. Cela fait des mois que par mesure de rétorsion Bagdad  ne verse plus leurs salaires. Ils se retrouvent donc sans revenus alors que les prix ont flambé depuis mi- juin avec l’interruption du trafic routier avec Bagdad et l’arrivée en masse de réfugiés. Ceux qui peuvent s’offrir des petites vacances shopping à Istanbul, sont ceux ne la sentent pas passer.

Évidemment avec 10 000 $ en poche pour la semaine, on doit pouvoir s’offrir de chouettes hôtels et de bons restaurants à Istanbul. Mais c’est surtout aux emplettes que cette somme rondelette est destinée. Et comme les touristes tahitiens qui prenaient d’assaut les lignes aériennes Papeete Los Angeles  pour aller faire leur shopping « à Los », au retour ils doivent avoir un sacré paquet de kilos de bagages. On comprend donc que pour ces touristes-shopping, l’autobus qui accepte beaucoup plus de bagages présente des avantages.

Et tous les touristes du Kurdistan irakiens ne  se rendent pas à Istanbul. A Urfa, ils ont remplacé les pèlerins iraniens qui faisaient étape à Balikli göl lorsqu’ ils se rendaient au mausolée de Zeynep en Syrie. Pour la plus grande joie des commerçants et hôteliers de la ville : les pèlerins iraniens appartenaient surtout aux classes modestes et ne dépensaient donc presque rien. Ils sont aussi  nombreux à se rendre sur les plages de la région de Mersin. Pour ces destinations touristiques, le bus n’est pas seulement beaucoup moins cher que l’avion, il est aussi plus pratique…quand on ne s’y rend pas avec sa voiture.

Le journaliste qui a rédigé l’article avait du pour sa part se rendre en avion d’Istanbul  à Erbil, s’il y est allé.  Il parle de 25 heures pour effectuer ce trajet en autobus !  C’est sans doute ce qui lui a été dit à l’agence, mais il aurait du vérifier. En effet, c’est la durée qu’il m’avait fallu pour me rendre d’Erbil …à Diyarbakir.  Et les pauvres passagers qui continuaient jusqu’à Istanbul (des ouvriers turcs ) avaient encore plus de 20 heures de trajet devant eux. Certains étaient en route depuis Bagdad. Autant dire qu’ils n’allaient pas souvent se reposer près de leur famille, le temps que durait leur chantier.

Certes, le passage au poste frontière de Habur avait  « exceptionnellement »duré 15 heures. Mais  selon les passagers qui étaient coutumiers de ce trajet, une telle attente n’était pas si exceptionnelle que cela. Ils avaient même vu pire. Et par les temps qui courent, je crains même qu’elle ne soit même la norme. Au moins, ils ont pu peut-être gagner en 8 ou 9 mois, en bossant sous des chaleurs torrides, la somme que certains touristes voyageant sur les mêmes lignes dépensent en quelques jours.

A mon avis, il doit falloir compter plutôt autour de 40 heures de trajet pour un trajet Istanbul – Erbil en autobus à 90 $. Mais j’avoue que je n’ai nulle envie de le tester, du moins pas le trajet direct. En flânant en chemin et en prenant une semaine pour m’y rendre, là je veux bien. Et j’attends surtout qu’un poste frontière soit enfin ouvert entre Hakkari et Suleymaniye. Cela fait longtemps qu’il est en question, cela va peut-être finir par arriver.

A un poste de contrôle sur la route entre Van et Hakkari, un  « komandan » turc, sans doute mal luné, m’a un jour accusée d’être passée kaçak (clandestinement) du Kurdistan irakien en Turquie, tout ça car il n’arrivait pas à retrouver le  dernier tampon d’entrée sur le territoire turc parmi les dizaines que comportent mon passeport. Mais ce n’est pas le genre de petit jeu auquel je me risquerais. Et du coup, le détour obligatoire pour se rendre de Dohouk à Hakkari prend du temps .

Et pour les camions, cela doit commencer à faire cher la tonne de frêt transporté.  3 camions d’aide pour les réfugiés yézidis sont partis hier de Yüksekova.  Entre trajet et formalités douanières, ils vont certainement mettre plusieurs jours à arriver à destination.

Après 6 jours de shopping non stop dans les centres commerciaux d’Istanbul, ce doit être assez reposant, ces 40 heures de bus. Cela étant, ces touristes dont le budget de la semaine de vacances dépassent 10 000 euros c’est surtout sur les lignes régulières Erbil/ Suleymaniye – Istanbul qu’on doit les croiser. Quitte à ce qu’ils reprennent l’avion le mois suivant pour aller chercher la petite robe qui ne logeait pas dans la valise.

 

 

Le 73 ème massacre de Yézidis: le rapt des femmes et le déni du chercheur français.

Yézidis réfugiés dans la montagne août 2014. 8

Peu nombreux étaient ceux qui avaient déjà entendu parler de Yézidis, quand j’écrivais un billet, le 16 juin dernier, sur ceux qui à Sinjar accueillaient les Turkmènes chiites fuyant l’avancée de l’Etat islamique à Tal Afar. Et il avait fallu l’exode à leur tour des Chrétiens qui vivaient dans les villes de Ninive quelques jours après sa terrifiante entrée  le 3 août dans Sinjar, pour que la tragédie des Yézidis mourant de soif dans la montagne où ils avaient cherché refuge, surgisse dans la conscience mondiale qui découvrait cette minorité religieuse que les fanatiques islamiques exècrent.

Je conseille à nouveau cet article d’Allan Kerval, sur le site de Religioscopie, à ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les Yézidis.

Ces tragédies humaines – ainsi (surtout?) que la dangereuse menace sur le Kurdistan irakien pro occidental et les champs de pétrole – ont décidé les États-Unis et plusieurs pays occidentaux à soutenir les Kurdes,sans plus attendre que l’Irak se dote d’un gouvernement. L’EI, qui paraissait attaquer partout à la fois, venait aussi de prendre plusieurs villes à la lisière des limites administratives du KRG. La capacité de riposte des peshmergas, parfois un peu trop présentés comme des « guerriers invisibles » montrait aussi ses limites.

A Sinjar, comme dans les villes chrétiennes, ils se sont enfuis en abandonnant les populations qui se pensaient protégées. Quelles que soient les raisons de ces replis, c’est ce qui s’est passé.

Yézidis combattants à Sinjar
Yézidis combattants à Sinjar

La bataille pour la reconquête du Sinjar se poursuit. 5000 Yézidis des YPU (Unités de Protection Yézidies) participent aux combats contre les islamistes sous le commandement de Qasim Shesho. Ce cadre yézidi du KDP est devenu un héros depuis sa résistance de la première heure avec 500 hommes contre l’EI. 2500 recrues ont été entraînés par les YPG (Kurdes de Syrie). 2000 autres, doivent arriver de Dohouk. Une trentaine de Turkmènes (shiites) auraient  rejoint ses hommes.

La ville de Sinjar est toujours entre les mains de l’EI. Il ne doit plus y résider que ses habitants sunnites, et peut-être quelques familles yézidies terrées. Difficile de savoir combien de personnes sont encore prises au piège sur des flancs de la montagne moins accessibles ou dans des villages encerclés.

Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp
Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp

Dans le chaos qui règne, il est trop tôt pour tirer un bilan. Mais les témoignages sont accablants. Dans la montagne, beaucoup ont péri à cause du manque d’eau conjugué à une chaleur écrasante, surtout des enfants en bas âge, des personnes âgées et des femmes sur le point d’accoucher. Des rapports de massacres sont récurrents, surtout d’hommes et de très jeunes garçons.

Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014
Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014

Pour ceux ont trouvé un refuge, le plus souvent très aléatoire, c’est souvent l’angoisse pour des proches dont ils sont sans nouvelles. Ezidî press rapportait le témoignage d’un père dont la petite fille de 4 ans est tombée de la camionnette qui fonçait pour échapper aux tirs de l’EI. Le conducteur ne s’en était sans doute pas aperçu. Et si c’est le cas, pouvait-il prendre le risque que tous ses passagers soient massacrés?  On rapporte qu’on étouffait parfois des bébés dans les grottes où comme les Yézidis à Sinjar, les Alévis de Dersim s’étaient réfugiés en 1938. Par crainte que leurs pleurs n’alertent les soldats turcs.

La liste des sanctuaires détruits vient de s’allonger avec celui de Sheikh Mend à Jedale. D’autres sont menacés. On parle aussi de conversions forcées. Dans le village de Kocho, 80 hommes et très jeunes garçons ont été massacrés pour l’avoir refusé, tandis que les femmes et les jeunes enfants, desquels les jeunes filles avaient été séparées, étaient enlevées. Quelques jours plus tard la propagande de l’EI diffusait une vidéo mettant en scène une conversion collective, et comme prévu des comptes Twitter et même quelques (rares) médias participaient à cette opération en la diffusant, sans daigner prendre la moindre précaution.

J’ignore si les hommes que montrent ces images sont yézidis, mais rien ne le prouve tant qu’ils n’ont pas été reconnus par des proches. Et je suis certaine que tous ne le sont pas. Un type au centre de l’assemblée montre beaucoup trop d’enthousiasme. Des centaines de Yézidis ont préféré choisir la mort. Pour peu que ces « convertis » le soit aussi, c’est que ces hommes y auraient été contraints par pire que la mort, sans doute pour sauver leurs familles, et notamment leurs filles dont ils connaissaient le destin promis après le rapt de Kocho.

Beaucoup de ceux qui ont balancé avec une telle désinvolture ces images de tortures collectives auraient certainement fait preuve de plus de respect pour ces convertis de force s’ils avaient été musulmans, chrétiens, juifs ou bouddhistes, au lieu d’appartenir à une religion minoritaire.

Certains comparent ce qui est devenu le 73 ème massacre de Yézidis, au terrible massacre de 1892,  le plus traumatisant  de tous.  Cette année là, Omar Wahbi  le pacha ottoman de Mossoul ne s’était pas contenté de massacrer ceux qui vivaient sous sa juridiction, ni d’assassiner leur Mîr (leur plus haute autorité), comme cela était déjà arrivé. Il avait réussi à contraindre celui-ci à se convertir à l’Islam. Le temple sacré de Lalesh, la Jérusalem des Yézidis avait alors été transformé en école coranique. Il le restera pendant 12 ans. Les protestations des Chrétiens et des ambassades occidentales avaient été telles, que le pacha Omar Wahbi avait du être rappeler à Istanbul. Il n’est cependant pas parvenu à faire disparaître le yézidisme de la terre et une vingtaine d’années plus tard, le chef de clan Hamo Sharo protégera des milliers de Chrétiens des massacres. En ce moment, des membres de sa famille participent aux combats contre l’EI à Jedale.

Temple yézidi Lalesh
Temple yézidi Lalesh

Au temple de Lalesh où je m’étais rendue il y a exactement dix ans,en août 2004, pour de grandes festivités, des Chrétiens de Dohouk participaient aussi aux jeux rituels yézidis, rangeant la croix qu’ils portent au cou sous leur chemise lorsqu’ils entraient dans l’enceinte du temple en enjambant la marche, qui ne doit pas être touchée. Un peu plus loin, j’avais été intriguée par une médaille en or de la Vierge que portait au cou la jeune (et très jolie) gelin (belle-fille) d’une famille que nous avions rencontrée avec Olivier, le photographe  que j’avais accompagné à Lalesh. Je m’en étais ouverte ensuite au Mîr Ghamuran  – en réalité le frère du Mîr Tahseen Said Beg qui vit en Allemagne, mais c’est ainsi qu’on me l’avait présenté. Il m’avait assurée que ce n’était pas un simple bijou en or et que la jeune femme savait très bien qui était Marie.

Il est vrai que Myriam dont il est question dans une sourate est aussi implorée par des femmes musulmanes qui souhaitent un enfant. Et c’est aussi à tout ce qui unit les populations à travers ces croyances partagées que les fanatiques de l’EI s’en prennent pour construire « leur monde nouveau ».

Je crois n’avoir jamais vu une aussi belle petite fille que la presque adolescente de cette famille. Ses yeux verts et son port de tête étaient extraordinaires. Elle doit être devenue une femme superbe. Ils venaient de Sinjar. Où sont-ils maintenant ? Et toutes les femmes qui m’avaient littéralement happée et conduite de maisonnette en maisonnette, pendant que le géant garde du corps du Mir qui était chargé de me servir de guide se brûlait les pieds sur les pavés brûlants (où l’on marche déchaussé) en tentant de ne pas me perdre de vue. Ce à quoi il n’était pas parvenu. Je l’ai semé. Et pour revenir, je portais des telik, chaussons en plastique, qu’une femme m’avait offerts pour m’éviter le même désagrément.

Temple yézidi Lalesh Aout 2014
Temple yézidi Lalesh Aout 2014

Les journalistes qui se rendent à  Lalesh en Août 2014 n’y ont certainement pas entendu retentir les mêmes éclats de rire dans les petites maisons qui doivent être pleines des réfugiés aujourd’hui.

Si leur estimation n’est pas définitive, plus d’un millier de femmes yézidies (et des  Turkmènes) ont été enlevées à Sinjar, selon Hoshyar Zebari, ministre des Affaires étrangères du gouvernement irakien, rapporte le Washington Post Une estimation que réfute le chercheur Romain Caillet, quelques jours après l’enlèvement des femmes de Kocho (dont il est un peu obligé d’admettre la réalité). Pour lui « il s’agirait en réalité d’une centaine d’otages, qui seront sans doute utilisées en tant que boucliers humains ou monnaie d’échange plutôt que comme des « esclaves sexuelles »

« Il va sans dire que si l’EI (..) avait réellement rétabli l’esclavage, cela aurait forcément été annoncé publiquement et justifié par une fatwa » apporte-t-il comme argument irréfutable.

Il aurait été déjà un peu plus convaincant, s‘il nous avait appris qu’une fatwa venait d’interdire publiquement la prostitution, qui n’a pas attendu d’être autorisée par une fatwa pour exister. Et s’il ne le dit pas, c’est qu’il n’y en a certainement pas eu. Elle fait rage à Bagdad avec ses 1 million de veuves selon des copains kurdes qui y ont bossé sur des chantiers. Et combien de ravissantes adolescentes (irakiennes et maintenant syriennes) ont été « mariées » dans les pays du Golfe ?

mère et enfant yézidies réfugiées
mère et enfant yézidies réfugiées

Les jeunes filles enlevées ne seraient peut-être pas promises à la prostitution. En tout cas pas toutes. Certaines ont pu communiquer avec leurs familles quand leurs téléphones portables  fonctionnaient encore – et par ceux peut-être de quelques geôliers. Et à Erbil on doit continuer à savoir plus ou moins ce qui se passe à Mossoul où plusieurs centaines de femmes auraient été détenues dans une prison selon plusieurs sources. Le mariage forcé après leur conversion serait le sort de jeunes filles. En attendant le paradis promis, fournir une épouse, souvent très jolie (beaucoup de blondes et des yeux clairs magnifiques parmi les Yézidies) et pour laquelle il est inutile de payer une dot (baslik)  cause d’endettement de beaucoup de familles, serait une assez bonne façon pour l’EI de s’assurer la fidélité de nouvelles recrues des quartiers déshérités de la ville. Être contraint de repousser l’âge de « chercher sa femme » faute d’économies suffisantes, n’est quand-même pas propre qu’aux jeunes célibataires démunis de Mossoul.

Des paysans de villages sunnites voisins ont pu profiter eux aussi de leur nouveau statut de « vrais soldats de dieu », pour se fournir en belles fiancées sans dot. Et peut-être  qu’un rapt de la fiancée  (kizkaçirma) collectif était planifié.

Des jeunes filles auraient été envoyées en Syrie selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (SOHR).  L’ONG affirme avoir recensé 27 cas de mariages forcés avérés avec des combattants de l’État islamique après conversion de la fiancée yézidie. Le « prix de la fiancée » se serait élevée à 1000 $  pour le « prix de la fiancée », beaucoup moins qu’une dot (baslik) classique, si cette information est confirmée

Mais le mariage forcé serait le sort destiné aux vierges. Du moins à une partie d’entre elles, des cas avérés de viols de jeunes filles (parfois) camouflés sous des mariages temporaires sont  rapportés qui pourraient avoir été monnaie courante. Une femme déjà mariée, aussi belle et jeune soit-elle, ne pourra  être proposée qu’à un veuf ou comme seconde épouse. Et elles sont peut-être encore davantage menacées de viol durant leur séquestration. Peut-être ont-elle aussi été enlevées  pour servir de monnaie d’échange avec leurs enfants, mais j’en doute beaucoup.

 Un article de Basnew rapporte qu’à Erbil des personnes fortunées ont tenté de racheter des femmes séquestrées dans un hôtel de Mossoul. Des notables arabes auraient fait de même. Le tarif modeste (120 $ ) pour se procurer une femme, s’il est avéré, pourrait être une somme symbolique, ou celui de « mariages temporaires »(c’est à dire de prostitution déguisée).

Ces enlèvements de femmes qu’Allan Kaval qualifie de massifs  rappellent les viols de femmes bosniaques par des soldats serbes comme instrument d’épuration ethnique. Dans ces sociétés où honneur et réputation des femmes sont des valeurs importantes, ces enlèvements ont le but de les salir .L‘ONU estime à 2500 les enlèvements à Sinjar, surtout de femmes et d’enfants.  Bien plus que la centaine admise par un chercheur qui n’a jamais du mettre les pieds à Sinjar. Des enlèvements de femmes Turkmènes, Shabaks et  Chrétiennes sont aussi rapportés

Les familles ignorent le plus souvent le sort réservé à ces femmes, qui n’est sans doute pas uniforme. Et l’État islamique ne communique pas sur le sujet- il préfère peut-être la réputation de coupeur de tête impitoyable à celle peu glorieuse de violeur et proxénète. Ce n’est pas le genre non plus à balancer des vidéos de jolies visages de fiancées. Ce n’est pas pour autant que les multiples témoignages d’enlèvements  doivent être pris à la légère.

De toute évidence le sort de ces femmes yézidies n’intéresse pas beaucoup Romain Caillet (qui n’est sans doute pas un farouche sympathisant de l’Etat islamique, je le rappelle pour ceux qui ne le connaîtrait pas). Et je soupçonne le chercheur du même « désintérêt » pour le sujet, quand il affirme dans le même article que « dans la ville de Raqqa, (les Chrétiens) qui sont restés ont accepté le statut de dhimmi-s (littéralement « protégés »), impliquant le payement d’une taxe spéciale (al-Jiziya) ». Un statut qui « n’a pas été accepté par les chrétiens de Mossoul qui ont préféré quitter la ville plutôt que de devenir les « protégés » de l’EI. » ajoute-il. En oubliant juste de préciser que si les autorités religieuses chrétiennes de Mossoul ont refusé de discuter avec l’État islamique, c’est probablement car ils n’avaient pas eu besoin qu’une célèbre vidéo de Vice-News le leur apprenne, eux, pour savoir que les Chrétiens de Raqqa avaient ensuite quitté la ville malgré ce statut de « protégés » qu’ils avaient accepté.  Et même depuis, même moi je l’ai vu cette vidéo.

Le 4 septembre : voir sur le sujet le rapport qu’Amnesty International vient de publier.

Mahsum Korkmaz, Atatürk et les « terroristes » PKK qui combattent l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

Mahsun Korkmaz premier commandant PKK

Mahsum Korkmaz est depuis longtemps un héros pour des millions de Kurdes. Pas seulement pour  les sympathisants apocus (pro PKK). J’ai même rencontré des responsables  du PDK (le parti de Barzani), peu suspects de grande sympathie pour le PKK, qui ne cachaient pas leur admiration pour ses guérillas. Évidemment, le premier commandant du PKK, tué en 1986, à 30 ans,  lors d’ un clash avec l’armée turque dans les Monts Gabar est vénéré par ses sympathisants. Il est le modèle à suivre pour tous ceux qui rejoignent « la montagne ».

Et ce sont des milliers de volontaires qui viennent de rejoindre les YPG ou HPG / PKK pour aller prêter main forte à leurs  frères kurdes de Syrie et d’Irak et bloquer les avancées de l’État islamique dont plus personne n’ignore la folie destructrice. Un mouvement qui s’est amplifié depuis l’appel d’Öcalan, en juin dernier.  Des dizaines de milliers d’autres sont prêts à en faire autant.

Je prédisais dans un précédent billet que les jihadistes ne tiendraient pas longtemps Makhmour, au Kurdistan irakien. En effet, une opération  conjointe des peshmergas et du PKK assisté de volontaires du camp de réfugiés (pro PKK), soutenue par l’aviation américaine les en a chassés. Après la rapide reprise du poste frontière de Rabia par les  YPG ( PKK syriens),  c’était le premier gros revers subi par  l’armée de fanatiques islamiques  depuis qu’elle avait lancé sa grande offensive contre le Kurdistan irakien, début Août.

En menaçant Makhmour, l’État islamique commençait à dangereusement  se rapprocher d’Erbil, de  sa population et de ses innombrables réfugiés. Il commençait aussi à sérieusement menacer les intérêts de pays occidentaux et de la Turquie,   qui se comptent en milliards en $. Même si Erbil était certainement mieux protégé que  Sinjar , la menace que  cette avancée de l’État islamique  jusqu’à Makhmour représentait (ainsi que la tragédie des Yézidis dans la montagne de  Sinjar )  a même décidé les États-Unis à intervenir dans le conflit et des pays européens comme la France à envoyer d’urgence  des armes sophistiquées aux Kurdes du  KRG.

Espérons que les richissimes compagnies pétrolières qui ont signé de très avantageux contrats avec le KRG, mettront la main à la poche quand il faudra régler l’addition (ce ne doit  pas être donné  un tel armement). En attendant, il faut aussi espérer que Total ou Exxon Mobil ont fait des dons dignes de leurs bénéfices annuels au HCR et aux  organisations humanitaires débordés par l’afflux de réfugiés.

Massoud Barzani rend visite aux combattants HPG/ PKK, Makhmour août 2014
Massoud Barzani rend visite aux combattants HPG/ PKK, Makhmour août 2014

Cette victoire et cette collaboration entre forces kurdes  a été  si importante que Massoud Barzani a rendu une visite tout à fait publique aux commandants  PKK venus à la rescousse des peshmergas qui là aussi  y étaient en difficulté.

 

Inauguration d'une statue de Mahsum Korkmaz, Lice, 15août 2014
Inauguration d’une statue de Mahsum Korkmaz, Lice, 15août 2014

Avec celui d’Öcalan, que ses sympathisants peuvent maintenant brandir à visage découvert  en Turquie, le portrait du premier commandant de la guérilla, Mahsum Korkmaz,  est affiché dans tous les meetings,  commémorations (comme les grandes funérailles de sehit) ou  fêtes de Newroz.

Et alors que le PKK et les autorités turques sont engagés dans un processus de paix qui pour le moment consiste surtout en un cessez le feu pour la première fois bilatéral  entre PKK et armée turque,  le Parti ( kurde) , qui recueille  92% des voix à Lice,  a  franchi un nouveau pas.  Pour  célébrer  le 30 ème  anniversaire du déclenchement, de la dernière insurrection kurde le 15 août 1984, il  a érigé une statue de Mahsum Korkmaz.  Pas sur la place principale de la petite ville.  C’est dans le cimetière où reposent leurs sehit (combattants tombés au combat) qu’elle a été dressée. Un lieu où une statue présente peu de risque  de heurter quelque sensibilité moins sympathisante ( pour peu déjà qu’un promeneur égaré sache qui est Mahsum Korkmaz) . Et les forces de l’ordre omniprésentes depuis des décennies dans cette province ne doivent pas souvent aller s’y recueillir.

Certes le Parti n’y est pas allé de main morte. La statue  paraît imposante. Mais pas plus que celle d’Atatürk qui se dresse à Lice (à côté de l’école primaire Atatürk!)  comme dans toutes les villes et bourgs  de Turquie, au Kurdistan encore plus qu’ailleurs. Seulement, très souvent les Kurdes détestent le fondateur de la Turquie moderne, qu’ils soient sympathisants  BDP ou  AKP.  C »est encore plus vrai dans le district de Lice, où lors d’une réunion secrète à laquelle Mahsum Korkmaz participait, le PKK  avait été fondé en 1977. C’était aussi de Lice qu’était  partie la première insurrection kurde conduite par Cheikh Said en 1925.

Cheikh Said avait été pendu pour l’exemple à Diyarbakir, en même temps que 46 chefs qui avaient rejoint la révolte. Et la main de bronze de la répression s’était abattue sur les provinces rebelles.  Dans les années 90, Lice a de nouveau  payé cher d’avoir été le berceau d’une nouvelle insurrection armée. Le district a été littéralement vidé de sa population. En 1993, comme Sirnak quelques mois plus tôt,  la ville de Lice était bombardée,  au moins 16 civils avaient  été tués, des centaines de commerces et d’habitations détruits et des milliers de personnes contraintes à l’exode . Pas plus les habitants qui y sont restés que ceux (beaucoup plus nombreux) qui en  ont été chassés, ne sont  devenus kémalistes, même  modérés, par la suite.

Le député CHP Sezgin Tanrikulu, qui est originaire de Lice, ne doit pas être un inconditionnel du fondateur de son parti.

En février dernier le procès du général Bahtiyar Aydın, responsable du bombardement de Lice était délocalisé à Izmir d’ où il a été interrompu. Une façon  discrète de lui fiche la paix. Presque au même moment, en mai dernier, le général de gendarmerie Musa Citil  accusé du meurtre de 13 villageois à Derik (Mardin) entre 1992 et 1993, était acquitté par un tribunal de…Corum (dans l’ouest de la « Turquie nouvelle » dont la justice ne se distingue pas vraiment de l’ancienne ).

 

Destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 19 août 2014
Destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 19 août 2014

La justice a été bien plus vigilante  pour juger l’effigie d’un commandant PKK, mort depuis près de 30 ans. C’est vrai que le symbole est fort. Et peut-être craignait-elle que l’exemple de Lice fasse des émules et que la statue finisse par sortir des cimetières pour aller faire de l’ombre à celle du « père des Turcs » . Un risque  peu probable :  le seul à  être de taille à concurrencer le fondateur de la nation sur la place du village kurde,  c’est Öcalan, celui qu’Ahmet Altan avait surnommé « Atakurde »- ce qui lui avait valu un procès et de perdre pour un temps son emploi de  journaliste. Et en cette période où devraient  débuter des négociations difficiles, ça m’étonnerait que le prisonnier d’Imrali autorise ce genre de démonstration de dévotion.  Mais 3 jours  après son inauguration,  un tribunal ordonnait  la destruction de la statue « terrorist »

destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 18 août 2014
destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 18 août 2014

L’armée (dont on comprend qu’elle ne partage pas la vénération pour le premier commandant PKK à avoir tiré sur ses soldats)  a diligenté une opération sur le champ, alors que des militants déterminés à l’en empêcher l’attendaient – il était 6 heures du matin !  Résultat 1 tué de plus à Lice, où ça commence à faire pas mal de civils tués en un an,  et plusieurs blessés.

 

Statue d'Ataturk, centre d'Hakkari, 19 août 2014
Statue d’Ataturk, centre d’Hakkari, 19 août 2014

Des villes  kurdes se sont embrasées où, sacrilège suprême, des manifestants se sont vengés sur la statue d’Atatürk. Rien de bien nouveau en fait. A Hakkari elle a déjà stoïquement résisté à de nombreux assauts de pierres et de cocktails molotov, sans parler des gaz lacrymogènes et des jets de flotte qui ne l’ont pas épargnée. Mais cette fois des médias l’ont remarqué, d’autant qu’à  Lice , quelques uns des  bustes d ‘Atatürk qui trône dans toutes les écoles ont été à leur tour fichus à terre.

Si des voix scandalisées s’élèvent, pas de quoi cependant provoquer une vague de poussée nationaliste  à l’Ouest du pays. En 2006, il avait suffi qu’un petit kurde d’Hakkari mette  le feu à un drapeau turc devant des caméras de TV à Mersin (sans doute que l’idée lui avait été soufflée), pour que les fenêtres des villes de l’ouest du pays se couvrent de drapeaux turcs. Une mobilisation générale pour  la patrie en danger qui n’avait sans doute pas été complètement spontanée.

Apparemment, personne n’est trop désireux cette fois de provoquer des tensions qui pourraient mal tourner, au sein de la population  Ce n’est pas trop le moment. Et puis qui en profiterait, maintenant que les élections sont passées ?

Avec la fin des combats entre soldats et PKK, les Turcs sont peut-être un peu plus enclins aussi  à admettre qu’au sein d’un même pays, plusieurs récits historiques antagonistes peuvent s’entrechoquer.  Cela fait plus d’un an maintenant qu’Öcalan, la figure du Mal absolu depuis plusieurs décennies, est devenu l’interlocuteur de l’État turc, et l’opinion (du moins une partie d’entre elle) apprécie surtout de pouvoir croire enfin que la paix est durable .

Quant à Atatürk, malgré son omniprésence dans les manuels scolaires qui  perdure (en attendant peut-être d’y être remplacé par un autre Grand Homme, comme pour les noms d’aéroports) ,  il est  en train de perdre son statut d’idole, sans doute pour trouver  la place dévolue à tout grand personnage historique, à l’instar d’un Napoléon ou d’un de Gaulle que tout le monde n’est pas sommé de vénérer. On a le droit de les exécrer et même d’être injuste avec eux,  si on veut.

Surtout depuis la prise de Mossoul le 10 juin  par l’État islamique et la prise en otage des membres du personnel du Consulat turc, de leurs familles et des membres des forces spéciales chargées de les protéger, auxquels il avait été courageusement prié de rester sur place (je ne sais pas pour quoi  faire), il y a sans doute  pas mal de gens en Turquie qui considèrent que le danger aujourd’hui  s’appelle plutôt « Califat ».

Avec 49 otages entre les mains de dangereux  fanatiques qui utilisent leurs exactions les plus monstrueuses comme une arme de guerre, les centaines de kilomètres de frontière partagée avec le « Califat nouveau » et les cellules dormantes qui doivent se trouver sur leur propre territoire (sans doute pour la plupart connues et surveillées, mais cela n’empêche jamais le danger) et dont certaines n’ont pas hésité  dernièrement  à lancer un appel public au  jihad en plein  Istanbul  – on comprend assez que les autorités aient préféré ne pas voir leurs forces spéciales, présentes depuis des années pourtant de  l’autre côté de la frontière, s’afficher aux côtés des peshmergas de leur « ami » Massoud Barzani.

Elles ne sont même pas intervenues pour porter secours aux « frères » Turkmènes dont la défense était une cause nationale en 2003 en Turquie, quand on les prétendait menacés par les Kurdes. Les malheureux Turkmènes de Ninive,  honnis par les fanatiques de l’État islamique car ils sont chiites, ont du fuir leurs villes et villages pour éviter d’être massacrés, et certains malheureusement l’ont été. Et la Turquie est restée jusqu’ici indifférente au sort des 15 000  Turkmènes d’Amerli, assiégés depuis 2 mois par des partisans de l’ EI.    Son seul soutien est une aide humanitaire massive aux réfugiés turkmènes et yézidis auxquels elle construit aussi des camps au Kurdistan irakien, espérant éviter qu’un flot de réfugiés ne viennent s’ajouter aux 1.5 million de réfugiés syriens sur son territoire. Enfin, construirait, certains médias d’opposition mettent même en cause la véracité de  camps financés par la Turquie (mais je me méfie aussi des médias d’opposition)

La Turquie aurait peut-être préféré envoyer ses commandos et ses F16 dans son ancienne province de Mossoul. Mais les seules troupes venues  de Turquie pour combattre les barbus du « calife », ce sont les YPG et HPG/  PKK  qui le combattent sur deux fronts : en Irak et en Syrie .

Et à Rojava (Kurdistan syrien) , c’est sans le soutien d’aucune aviation,  qu’ils sen chargent avec les YPG  qu’ils ont formé. Au sein des forces kurdes,  ces troupes  « terroristes » rappellent un peu ce qu’est la Légion Étrangère à l’armée française, pour la qualité de ses combattants, ou pour leur recrutement international (sauf qu’en l’occurrence il est plutôt transnational). A ceci près qu’ils ne touchent aucune solde (Exxon Mobil et Total pourraient peut-être avoir aussi un geste pour leurs familles). Ce n’est pas le cas de ceux qui se prennent pour des « soldats d’Allah », qui doivent aussi bénéficier de multiples avantages avec tous les biens abandonnés de force par les populations qui ont fui.

La Turquie n’a pas envoyé  ses troupes d’élite défendre la zone tampon du  Kurdistan irakien (et ses  intérêts financiers). dans cette bataille pour le Kurdistan irakien,Par contre  le PKK est devenu un allié sur lequel on peut compter. Outre les Yézidis de Sinjar , le monde entier l’a remarqué. C’est quand-même ce qui devrait être relevé pour ce trentième anniversaire de l’insurrection.

Sodats saluant leur victoire sur la statue de Mahsum Korkmaz, Lice 19 août 2014
du Sodats saluant leur victoire sur la statue de Mahsum Korkmaz, Lice 19 août 2014

Pendant que les « terorist« du PKK se battent contre l’Etat islamique et  protègent les (gros) intérêts de la Turquie au Kurdistan irakien avec les autres combattants kurdes,  à  Lice  l’armée turque s’affaire à  déboulonner une statue. Un civil de 24 ans, Mehdi Taşkın  est tué,  qui sans doute rêvait (et peut-être  envisageait) de franchir la frontière à son tour pour aller combattre l’État Islamique.  L’opinion publique turque, quant à elle, ne semble pas prendre cette dangereuse opération militaire  pour une action particulièrement héroïque : les  drapeaux turcs n’ont pas surgi aux fenêtres pour célébrer  la nation sauvée.

 

Pour aller plus loin  :  un  article de Fehmin Tastekin, qui relève que les 3 jours qui se sont écoulés entre l’inauguration de la statue et sa destruction aurait pu être utilisés par les autorités (gouverneur) pour tenter de trouver un compromis avec Lice.

.. Dommage de ne pas avoir tenté de sauver des vies (un soldat a aussi succombé des suites de blessures), même si les 2 parties sont plus habituées aux rapports de force et que cela n’aurait pas été gagné d’avance…  au lieu de se contenter de crier à la provocation de tous les côtés.

 

 

 

 

 

 

Peshmergas – et autres combattants kurdes YPG et PKK contre l’Etat islamique

 

Yézidis réfugiées dans la montagne de Sinjar
Yézidis réfugiées dans la montagne de Sinjar

Après Sinjar ce week-end,  ce sont  les villes chrétiennes de l’Est de Mossoul,  Qaraqosh, Bartella,  Bashiqa (où vivent de nombreux yézidis ) ou Tal Kayf  qui viennent  de tomber entre les mains des fanatiques de l’Etat islamique. Là encore les peshmergas ont du se replier.  Et c’est un nouvel exode massif de Chrétiens et Yézidis. La situation est alarmante.

Des nouvelles contradictoires arrivent de la ville de Makhmur à 80 kms au sud d’Erbil et à  laquelle l’État islamique s’est attaquée. Difficile de savoir qui contrôle la ville. Le PKK  a envoyé des renforts et aurait évacué les civils du camp de réfugiés kurdes de Turquie ( pro PKK ), où tous ceux capables de se battre ont pris les armes. Des combats  se poursuivent entre forces Kurdes( PKK/YPG / peshmergas) et EI. Vidéo ICI

Les Turc/Kurdes fanatisés pro EI qui haïssent viscéralement les « infidèles » du PKK aurait tort s’ils se réjouissaient trop vite. Leurs petits amis ne vont sans doute pas faire de vieux os à Mahkmur.

Deniz Firat journaliste Kurde tuée à Makhmour le 8 août 2014
Deniz Firat journaliste Kurde tuée à Makhmour le 8 août 2014

Triste nouvelle. Deniz Firat,  journaliste -guérilla  qui couvrait les PKK a été tuée par un tir de mortier à Mahkmur. C’est à ma connaissance la seule  journaliste tuée depuis le 10 juin en Irak. Il est vrai que tous ne prennent pas de tels risques, ce que l’on comprend, l’enlèvement de journalistes ayant été une des principales sources de financement de l’État islamique. C’était une militante qui avait grandi dans le camp de réfugiés où elle tournait. Une cérémonie de  funérailles se déroulera à Qandil, le 9 août. Le 11 elle sera enterrée  à Van.

Des F16 de l’armée turque  ont survolée la zone dans la journée du 7 août. Certaines sources affirment qu’ils y auraient bombardé des positions de l’EI, ce que nient les autorités turques.  La Turquie, où des Yézidis de Sinjar viennent de trouver refuge chez des parents de Batman notamment, vient de déclarer que les réfugiés de Makhmur étaient autorisés à  rentrer en Turquie s’ils le souhaitaient.

On ne sait pas bien non plus qui contrôle le grand barrage de Mossoul.  Contrôler ce barrage, c’est non seulement posséder la maîtrise  de l’eau (vitale en Mésopotamie) et d’une bonne partie de  l’électricité. C’est aussi avoir la possibilité d’ennoyer une partie du nord du pays jusqu’à Bagdad. C’est  dire qu’il faut éviter qu’une telle arme ne tombe entre les mains des fanatiques de l’EI.

Kalak aux portes  du Kurdistan irakien officiel  et à une trentaine de kilomètres d’Erbil  est menacé. Pour éviter qu’ils ne soient une source de renseignements pour l’EI, et surtout pour empêcher ceux -ci de divulguer leur propagande destinée à affoler les populations, Facebook et Twitter ont été coupés à Erbil et Dohouk.  Mais comme toujours la censure reste relative et les Kurdistanî (habitants du Kurdistan)  deviennent  des as du proxy.

Des renforts venus de Suleymaniye (PUK) sur la frontière iranienne (que l’EI n’est pas prêt de menacer)  sont arrivés  à Erbil. Une marche à la gloire des peshmergas accompagne les images de cette vidéo.

Plusieurs compagnies étrangères auraient commencé à évacuer leur personnel du Kurdistan irakien par mesure de précaution. Et à Harbur le passage de la frontière est désormais interdit aux citoyens turcs. Je présume que cet interdit ne s’applique pas aux routiers qui vont ravitailler le Kurdistan, ni au personnel humanitaire. Espérons que le passage est aussi interdit aux candidats au jihad qui franchissaient sans trop de difficultés  la frontière turco  syrienne.

Les USA viennent d’autoriser des frappes aériennes ciblées. Elles ont commencé et l’aviation US soutient désormais les troupes kurdes au sol.  A défaut d’avoir participé aux frappes, la Turquie leur a donc ouvert son espace aérien.  La  France vient aussi de s’engager à soutenir  les Kurdes. On ne sait pas encore quelle forme va prendre cette assistance. Il est  peu probable des troupes françaises soient envoyées  là bas, sauf dans le cadre d’une force internationale qui  n’est pas à l’ordre du jour. Mais les Kurdes vont certainement recevoir l’armement qu’ils réclamaient (et qui commençait déjà à arriver). Les faits ont assez  montré qu’il leur faisait défaut.

Fuad Hussein, le chef de cabinet de Barzani vient de remercier les USA, l’État irakien (cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé ! ), la France, la Turquie ainsi que l’Iran (main dans la main avec les USA, ça aussi c’est nouveau)  pour leur assistance. Mais il a aussi confirmé que le barrage de Mossoul était bien tombé entre les mains de l’EIIL, une nouvelle défaite de taille pour les peshmergas.

Il a aussi déclaré que depuis l’offensive de l’État islamique  début juin 150 peshmergas ont été tués et plus de 500 blessés. Il ne le précise pas, mais 7  YPG au moins ont aussi  perdu la vie en 5 jours  au Kurdistan irakien, dont 1  originaire de Diyarbakir, en Turquie. Et à Rojava les affrontements continuent.

Ce sont ces combattants kurdes qui vont devoir se charger de faire dégager l’EI qui menace leurs territoires en Irak et en Syrie.  Peut-être/ sans doute  avec des tribus arabes qui viennent de déclarer leur opposition à l’État Islamique, mais exigent le départ de Maliki, ce qui n’est pas fait .  Tant qu’elles ne se soulèveront pas difficile de croire que Mossoul puisse être libérée. Et tant que le l’État islamique  y stationnera, le(s) Kurdistan seront menacés en Irak et en Syrie,  qu’ils soient indépendant ou autonomes.

Peshmergas : de la guerilla des années 70 à l'armée moderne
Peshmergas : de la guerilla des années 70 à l’armée moderne

Dans les années 80 encore, les peshmergas étaient des rebelles oubliés de l’Occident. C’est en Turquie que j’avais découvert  les massacres de l’Anfal (entre 180 000 et 200 000 victimes) le gazage de Halabja et que Saddam Hussein était un monstre. Et pas dans les milieux pro kurdes, mais chez des amis lazes du gecekondu de Pazariçi à Istanbul. En 1988 en France, c’était l’Iran le mauvais islamiste. L’Irak était l’allié de l’Occident.  Les médias français ne s’étaient pas précipités à Halabja.

Massoud Barzani peshmerga
Massoud Barzani peshmerga

Une grande part du prestige de Massoud Barzani, le président du KRG,  tient au fait  il ait été peshmerga dans la montagne kurde, dans les troupes de son père, Mollah  Mustapha Barzani, un des leaders incontestés du mouvement kurde et le fondateur du PDK.

Jalal Taabani commandant (PDK) insurrection de 1961
Jalal Taabani commandant (PDK) insurrection de 1961

Jalal Talabani , Mam Jalal, le fondateur du PUK (yetiki) le parti rival et futur président de l’Irak, a lui aussi combattu dans la montagne.

Abdullah Öcalan avec ses guerillas PKK (date et lieu inconnus)
Abdullah Öcalan avec ses guerillas PKK (date et lieu inconnus)

Et Abdullah Öcalan, le fondateur du PKK qui négocie actuellement avec la Turquie de la prison d’Imrali, a vécu des années au milieu  de ses guérillas. Comme les autres leaders kurdes , il en tire une bonne part de sa légitimité.

Ce n’est qu’en 1991, quand des centaines de milliers de personnes, craignant la vengeance de Saddam Hussein après sa déroute au Koweit,  afflueront à la frontière turque où l’armée turque était massée que les Kurdes entreront dans le paysage médiatique occidental. Avec une image de peuple martyr. Saddam Hussein n’était plus l’allié de l’Occident. On n’aura aucune image par contre de ceux qui trouvaient alors refuge en Iran.

En 2014 les peshmergas constituent une armée de métier  (même si 2 armées, une PDK et une PUK serait sans doute plus juste)  équipée et formée par les Américains. Et depuis la prise  de Mossoul  les caméras du monde entier sont braquées sur eux.

Miss Kurdistan en soutien  aux peshmergas
Miss Kurdistan en soutien aux peshmergas

On est loin des rebelles oubliés dans les montagnes. Fini aussi les combattants du peuple martyr. Aujourd’hui ce sont eux que le monde considèrent comme  le « dernier rempart » contre les fanatiques de l’État islamique et les protecteurs de ceux qu’il menace.  La nouvelle Miss Kurdistan avait revêtu l’uniforme de ces nouveaux chevaliers pour leur rendre visite.  On a aussi vu des images de femmes journalistes posant sur leurs chars.

 

 

Peshmerga donnant à boire à un prisonnier de EI.
Peshmerga donnant à boire à un prisonnier de EI.

Les peshmergas ne se comportent peut-être pas toujours  avec autant d’humanité  vis à vis de  leurs prisonniers que celui qui donne à boire à ce prisonnier. Je me souviens d’un reportage (j’ai oublié de quel média) post invasion américaine, dans laquelle un commandant américain se plaignait que les prisonniers baathistes  « interrogés » par les Kurdes sortaient en si mauvais état de ces interrogatoires qu’on ne pouvait plus rien en tirer.Ils avaient sans doute un peu tendance alors  à rendre leur pareil aux baathistes.

Surtout cette image qui est très populaire sur les médias sociaux kurdes est à l’antithèse des têtes coupées et des exécutions en masse de prisonniers que divulguent ceux de État Islamique.  Là encore c’est  l’image du soldat chevalier que veulent défendre et promouvoir leurs partisans.

peshmerga et prisonnier islamiste EI
peshmerga et prisonnier islamiste EI

Un autre peshmerga offrant à boire à un prisonnier. Je ne sais pas où non plus.

Dommage par contre que les images des ennemis tués paraissent autant appréciées dans les deux camps qui les divulguent sur leurs réseaux Twitter ou Facebook.

Pesmerga femme colonel
femme colonel dans les peshmerga, août 2014

PKK et  YPG sont célèbres pour leurs bataillons féminins. Les femmes soldats n’étaient pas une  tradition chez les rebelles  pesmerge (quelques rares exceptions seulement) par contre. Moins nombreuses que les guerilla,  les femmes  sont cependant présentes dans leur armée moderne.  On m’a parlé au moins d’une ancienne guérilla du PKK devenue commandant dans les peshmergas. Il y en a probablement d’autres.

 

YPG et peshmergas  combattants ensemble à Rabia.
YPG et peshmergas combattant ensemble à Rabia.

Mais les peshmergas  ne sont plus seuls à combattre au Kurdistan irakien. Comme je l’écrivais dans un précédent billet les  YPG  sont venus à  la rescousse et ont traversé la frontière  depuis Rojava/ Syrie, quand ce week-end  l’EI a lancé ses offensives.

C’est la vidéo d’un reportage de  Rohani TV, (Rojava, Kurdistan de Syrie) pro PYD.  La musique d’ambiance rappelle les reportages de certaines chaînes turques. On y voit aussi  aussi des YPG et des peshmergas (il s’agirait de PUK)  sur le front de Sinjar. Sans l’entrée des YPG à Sinjar le 3 août quand la plupart des  peshmergas s’en sont repliés, il y aurait certainement eu encore  plus de victimes yézidies.

 

Eux, ce sont des guérillas du PKK qui paradent dans la ville de Sinjar, selon la source (peut-être dans un des villages du district) . Pour la première fois depuis les premières révoltes kurdes, tous les Kurdes combattent ensemble un ennemi commun. Toujours pas de  coopération au sommet, officiellement.  Mais sur le terrain elle est indispensable, sinon les différentes forces kurdes risqueraient de  s’entretuer. Et les combattants ne doivent pas avoir de réticences à coopérer.

 

 

Une vidéo trouvée sur le compte You Tube d’un Yézidi de Sinjar. Le chanteur est probablement un routier kurde de Turquie.  Je l’ai choisie pour la mélancolie de sa chanson, la route et le camion.

Les civils  continuent  à mourir d’épuisement  dans le jebel de Sinjar.  Mais  des forces kurdes (et des journalistes kurdes) y ont pénétré.  Plusieurs dizaines de réfugiés sont arrivés le 7 août  à Dohouk, complètement épuisés après avoir passé 5 jours dans la montagne. Surtout,  les forces kurdes -( ce seraient les  YPG venues de Rojava,   guerillas PKK  seraient aussi dans la montagne et peshmergas dans la plaine) sont parvenues à ouvrir un corridor de sécurité ce qui vient  de permettre  à des milliers de personnes assiégées depuis 6 jours de fuir et  de trouver refuge à Rojava / Kurdistan syrien, d’où une partie a rejoint Zakho (Kurdistan irakien/ frontière turque) ou Dohouk après un long détour.

 

Je vous en supplie frères, faites taire vos différences pour sauver les Yézidis ! Le cri d’une députée yézidie en larmes à Bagdad.

Ce n’est pas seulement les parlementaires irakiens, mais le monde entier qui doit entendre cet appel déchirant d’une députée  yézidie en larmes, lancée du fond de la salle  au parlement de Bagdad et que le président de l’assemblée  n’a pas réussi à interrompre. C’est dans un silence religieux qu’il a été écouté par les députés présents  – et peut-être reçu, mais on aimerait bien entendre la suite de l’intervention de celui qui prend ensuite la parole et  qui ne commençait pas très bien . Ce n’est pas la peine de comprendre  l’arabe, ni même d’être capable de déchiffrer les sous-titres en anglais pour entendre son message.

Les  JT du monde entier devraient diffuser ces 2 mn 30 d’ images. Peut-être qu’elles parviendraient à rompre le silence étourdissant de la communauté internationale. La voix de cette femme  a autrement plus de poids que des chiffres presque muets ou que des images de massacres dont l’opinion  finit par s’habituer.

 » Ce sont  tous les Irakiens que l’on tue. Les Shiites, Sunnites, Chrétiens, Turkmènes, Shabaks et maintenant les Yézidis ! A Sinjar, nous sommes massacrés sous la bannière d’il n’ y a un seul dieu qu’Allah. Ils ont déjà exécuté des centaines d’ hommes et de garçons. Enlèvent les femmes pour en faire leurs concubines. Au moment où je parle,  cela fait 48 heures que des milliers de  yézidis  sont réfugiés dans la montagne, sans eau et sans nourriture. 70 enfants sont déjà morts de soif. 50 personnes âgées aussi . Je vous en supplie mes frères, au nom de l’humanité, faites taire vos différences. Sauvez nous ! . »

Mourir de soif ! Est-ce que l’on peut imaginer  la torture que cela doit être.

 

L’Etat islamique est entré à Sinjar, sa population yézidie en danger fuit dans la montagne.

Yézidis fuyant l'avancée EIIL Sinjar 3 août 2014

Depuis la prise de Mossoul par l’Etat Islamique  à la mi juin, les affrontements n’avaient jamais cessé dans la province de Ninive entre peshmergas et EI. Mais depuis quelques jours s’était devenu plus sérieux. Des dizaines de peshmergas ont été tués et il y a eu de nombreux blessés à Rabia  sur le seul poste frontière avec la Syrie qu’ils contrôlent.  Et malheureusement le pire vient d’arriver, les fous furieux islamiques viennent d’entrer dans la ville yézidie de  Sinjar (sur la frontière syrienne) , probablement avec le soutien de villageois sunnites de villages voisins . Ils contrôlent complètement la ville et de nombreux villages.

Il y aurait de nombreux tués parmi des villageois qui ont pris les armes pour se défendre. Et des dizaines de civils auraient été exécutés. Des enlèvement de  femmes et de jeunes filles sont rapportés.  Selon Rudaw, 11 villages shabaks, une autre minorité religieuse, auraient été détruits. Pour le moment on ignore ce que sont devenus près de 150 villageois.

 

Tombeau de S. Zeynep - chiite- détruit par EIIL 3 août 2014
Tombeau de S. Zeynep – chiite- détruit par EIIL 3 août 2014

Pour fêter leur prise, comme à leur habitude, les vandales de l’EIIL ont  commencé par des destructions de lieux sacrés.  Deux mausolées  sacrés shiites  ont volé en éclats en une matinée. Les lieux sacrés yézidis sont aussi menacés par cette  furie destructrice.

La population fuit en masse devant l’ avancée de l’EIIL  Des dizaines de milliers de personnes  se réfugient  dans la montagne, comme cela avait été le cas à de nombreuses reprises dans leur histoire.  Ceux qui le peuvent ont pris la route pour Dohouk.

Yézidis réfugiés dans la montagne image Ezidis presse

Il y a quoi s’affoler, tant cette  population est menacée.  Ces malades  exècrent les Yézidis  encore bien davantage que les Chrétiens. En 2007, ils avaient déjà été victimes du pire attentat jamais commis sur le sol irakien : 4 camions suicides avaient tué plusieurs centaines de personnes et fait d’innombrables blessés.  Et si plusieurs milliers de Chrétiens vivaient encore à Mossoul jusqu’à ce qu’EI décident de les chasser, les Yézidis avaient sans doute tous quitté la ville depuis longtemps, tant la présence des islamistes la leur avait rendu invivable.

Pour eux, comme pour les chiites, il n’y a pas d’alternative : c’est la conversion forcée ou la mort. La montagne yézidie de  Sinjar, comme je l’écrivais dans un précédent billet, avait  été le premier refuge des dizaines de milliers de Turkèmes chiites de Tal Afar à la mi juin, comme elle l’avait été un siècle plus tôt pour des Chrétiens échappant aux massacres.  La plupart ont du être transférés vers les camps de réfugiés de Kirkouk ou de Kerbala  Mais pour ceux qui devaient encore rester, comme pour ceux qui y vivaient déjà, le cauchemar recommence. En pire.

Cette carte en kurde divulguée par le mouvement « Sinjar is not alone »  permet de situer  la ville (Singal)  : Qamislo est au Kurdistan syrien (Rojava), Nisêbin (Nuseybin) au Kurdistan de Turquie,  Tel Afar a déjà été vidée de sa population turkmène chiite.

Sinjar is not alone.
Sinjar is not alone.

Apparemment EI a décidé de mettre le paquet pour prendre le contrôle total de toute la province de Ninive et notamment de la zone frontalière occidentale  avec la Syrie. Et ils sont très renforcés depuis qu’ils ont mis la main  sur l’armement ultra sophistiqué abandonné par l’armée irakienne – d’une façon quand-même étrange (ou du moins très questionnante). Ils auraient aussi recruté des « troupes » fraîches parmi les jeunes désœuvrés des quartiers populaires de Mossoul, qui à défaut d’être des combattants de qualité doivent faire de la  bonne chair à canon.

La situation est si dramatique, qu’à Rabia, les YPG/ PKK  ont  même franchi la frontière pour  prêter main forte aux peshmergas (PDK et PUK)  selon de nombreuses sources kurdes,.  Si pour  le moment le site Rudaw (pro barzaniste) ne relaie pas cette information, Basnews rapporte qu’effectivement peshmergas et YPG combattent bien ensemble, à Rabia et à  Zummar.

 

Peshmergas et PKK/ PYD à Rabia (Kurdistan irakien)
Peshmergas et PKK/ PYD à Rabia (Kurdistan irakien)

Les peshmergas sont des soldats  bien entraînés et courageux, mais pour beaucoup c’est le baptème du feu.  Les PKK ont l’habitude de combattre contre une armée aussi bien équipée que l’armée turque. Et pas besoin d’être apocu pour reconnaître qu’ils savent se battre. Des peshmergas, qui  avaient pourtant combattu contre eux lors des guerres fratricides dans les années 90,  m’avaient parlé de leurs anciens adversaires avec estime. D’ailleurs, après un séjour en prison bien plus bref que celui qu’endure un combattant pris les armes à la main en Turquie, beaucoup d’entre eux s’étaient engagés comme peshmergas et à ce titre certains ont déjà participé à la libération de Mossoul  qui était déjà tombée entre les mains des islamistes.

Il y a quelques jours, Massoud Barzani avait déclaré aux troupes qu’il inspectait sur la frontière que les peshmergas devaient se tenir prêts à aller soutenir Rojava, le Kurdistan syrien contrôlé par le PYD (proche du PKK).  L’armée loyaliste syrienne a déserté les postes qu’elle y tenait encore et  seuls les Kurdes, qui ont fait taire leurs divisions entre pro pro PKK et barzanistes,  et les milices chrétiennes s’affrontent dorénavant contre les jihadistes. Les YPG auraient pris le contrôle de la ville multi ethnique d’Hassakah, mais les combats continuent à faire rage dans le canton oriental de Cezire – violents combats à Qamilshi notamment –  comme à Kobanê. En un mois près de 700 combattants EIIl auraient été tués.

Les médias kurdes annonçaient aussi que la frontière entre le Kurdistan irakien et Rojava allait être réouverte à partir de lundi. Tout cela annonçait un net réchauffement des relations entre factions rivales ( qui à mon avis reflète aussi le souhait de la majorité de  leurs sympathisants respectifs).  Et il y avait  déjà coordination entre peshmergas et YPG pour  le contrôle du poste frontière de Rabia.  Mais pour aller jusqu’à se résoudre à ce que des combattants YPG  viennent combattre en territoire KRG,  la situation devait être dramatique. Elle devait déjà être grave pour que  peshmergas du PDK (Barzani) et du PUK (Talabani) qui restent rivaux,  combattent ensemble.

Des peshmergas blessés ont été évacués sur la ville kurde syrienne de Derik, où la population s’est précipitée en pleine nuit pour faire don de son sang.  Selon les images de la foule qui se presse à la porte des hôpitaux, ils devaient être nombreux. Hier, l’hôpital de Dohouk au Kurdistan irakien recevait aussi de nombreux blessés, combattants et aussi civils.

Comment Sinjar  où des troupes de peshmergas stationnaient depuis le 10 juin a-t-elle pu tomber si vite entre les mains de l’EI  ? Probable  qu’une partie de celles-ci avaient été renvoyées en renfort à Rabia et sur le petit champ pétrolier de Zumar où les confrontations font rage depuis 2 jours. Les peshmergas sont très occupés  aussi à défendre le grand barrage de Mossoul. Si EI mettait la main dessus ce serait extrêmement dangereux.

Mais on savait très bien les Yézidis  menacés. Sans doute n’ont-ils pas anticipé que les islamistes attaqueraient sur plusieurs fronts. Il est même possible que Zumar  n’était qu’une diversion et Sinjar le véritable objectif. Certaines sources évoquent un manque de munitions et surtout d’armes lourdes.  Ce qui paraît certain, c’est que des troupes présentes se sont  repliées laissant la population à elle-même, ce qui  a du l’ effarer autant que l’épouvanter.

 

YPG en route pour Sinjar

Certaines sources affirment que des YPG/ PKK rejoignent  Sinjar. Ce qui est très probable.  Déjà le mois dernier Karayilan avait annoncé que ses combattants HPG/PKK se tenaient  prêts à venir défendre la région.  En tout cas le compte Twitter de Redûr Xelîl , le commandant des YPG  qui est loin d’être un bavard, annonce qu’une collaboration est mise en place entre commandement  peshmerga et YPG .  Si cette collaboration se confirme, cela peut se comparer, toute proportion gardée, à  l’alliance entre résistance gaulliste et communiste pendant la seconde guerre mondiale. Je me permets cette comparaison uniquement pour faire comprendre l’importance de l’enjeu aux lecteurs non familiers avec les rivalités intra kurdes.

Peshmergas en route vers Sinjar

Des peshmergas sont aussi en route vers Sinjar rapportent les médias kurdes. Une contre-offensive est lancée .

Ces destructeurs de l’EIIL seront parvenus à unifier les factions kurdes, au moins pour un temps. Mais après avoir déjà  commis tant de massacres et de destructions, il ne faut pas qu’ils parviennent à détruire le Sinjar. Et les dizaines de milliers de civils réfugiés dans la montagne sont complètement démunis. Sans ravitaillement et surtout sans eau, alors que les températures y sont démentielles  en cette saison. Si l’Etat islamique n’est pas rapidement chassé, c’est une catastrophe humanitaire qui s’annonce. Pour éviter ce désastre une union sacrée entre les différentes factions kurdes paraît  indispensable.

Voici  une vidéo de la population en fuite émanant d’une source YPG. Des images comme on en a tant vues le mois dernier.  Comme toutes les images, elle demande à être confirmée  (par des lecteurs qui connaissent bien les dialectes locaux)  sur le lieu où elle a été prise.  Mais il y est bien question de Sinjar (Sengal).  Elle confirmerait aussi que les YPG sont bien présents à Sinjar ( comme l’indiquerait aussi cette vidéo)

A la mi-journée l’ONU annonçait le chiffre de 200 000 personnes fuyant leurs foyers la journée du 3 août  a en Irak, en immense majorité du Sinjar.

C’est aussi une alerte pour les alliés occidentaux des Kurdes . Il  faut cesser d’attendre que leurs combattants fassent des miracles. Ils ont face à eux des ennemis puissamment armés. Mais selon Rudaw, de l’armement viendrait d’arriver à Erbil.

 

Fête réligieuse yézidie à Lalesh kurdistan irakien. Image Ezidi press
Fête réligieuse yézidie à Lalesh kurdistan irakien. Image Ezidi press

J’avais assisté aux grandes festivités yézidies d’août en 2004  au temple de Lalesh. Mon plus extraordinaire souvenir de tous mes séjours au Kurdistan irakien.  La population y avait afflué de  toute la région. Plus tard j’ai rencontré des dignitaires de Sinjar chez le Mir Khamuran qui me recevait à chaque fois que je passais à Dohuk. Il m’avait dit en me présentant ses hôtes que les Yézidis de Sinjar  étaient gravement  menacés, déjà à l’époque. C’était  avant le massacre d’août 2007.  Là je les espérais protégés par les peshmergas, et j’en suis malade d’apprendre que les tueurs de l’EIIL sont chez eux. Comme en août 2007, ce n’est sans doute pas par hasard qu’ils ont choisi cette date pour s’en prendre aux Yézidis : elles allaient  bientôt commencer. 

Et la crainte monte que le temple de Lalesh à Dohuk soit l’objectif de cette offensive.

On peut suivre la situation sur ce site Yézidi (en allemand, mais il y a des pages en anglais et en kurmanci )

 

Le 4 août : Plusieurs enfants  et des personnes âgées auraient succombé  dans la montagne de Sinjar, où plus de 10 000 personnes auraient trouvé refuge,  rapportent  les médias kurdes. Les rumeurs d’enlèvements de jeunes femmes par  l’EIIL semblent se confirmer. Et on serait sans nouvelles de milliers de villageois dont les villages sont tombés aux mains de l’EI.

Avec tous ceux qui fuient aussi la ville de Zumar, ce sont 300 000 personnes qui auraient fui les avancées d’EIIL et les combats ce WE. Des routes auraient été ouvertes vers la Syrie (et donc le fossé creusé par le KRG comblé ces endroits). Des réfugiés sont accueillis à Rojava (Kurdistan) syriens où vivent aussi de nombreux Yézidis.

Depuis cette nuit (3 au 4 août) , forces d’élite peshmergas et YPG ont lancé une contre offensive et s’affrontent avec EI. Des civils armés d’armes légères continuent aussi à se battre.  Le PKK envoie aussi plusieurs centaines guerillas (HPG) selon des sources fiables. Ils seraient partis de Qandil. ll y a  donc bien union sacrée des Kurdes  contre EI pour sauver le Sinjar. (même si elle ne reste que  discrètement évoquée dans les médias kurdes proches du PDK )

La milice assyrienne de Rojava (et proche du PYD) Suroyo serait aussi au  Sinjar.L’aviation irakienne y bombarde des positions de EI.

Mais aucun combattant n’a encore atteint le Jebel de Sinjar où plus  10 000 Yézidis (bien davantage selon certaines estimations)  ont trouvé refuge. Du ravitaillement a été largué par voie aérienne. Mais ce mode de ravitaillement est  très aléatoire. Et par ces chaleurs ces populations  cernées par EI  ne tiendront pas longtemps sans eau !

Une image impressionnante de leur fuite vers de la montagne de Sinjar   se divulgue sur Twitter

Yézidis se réfugiant dans la montagne de Sinjar. 3 août 2014
Yézidis se réfugiant dans la montagne de Sinjar. 3 août 2014

 A suivre ICI