Le 73 ème massacre de Yézidis: le rapt des femmes et le déni du chercheur français.

Yézidis réfugiés dans la montagne août 2014. 8

Peu nombreux étaient ceux qui avaient déjà entendu parler de Yézidis, quand j’écrivais un billet, le 16 juin dernier, sur ceux qui à Sinjar accueillaient les Turkmènes chiites fuyant l’avancée de l’Etat islamique à Tal Afar. Et il avait fallu l’exode à leur tour des Chrétiens qui vivaient dans les villes de Ninive quelques jours après sa terrifiante entrée  le 3 août dans Sinjar, pour que la tragédie des Yézidis mourant de soif dans la montagne où ils avaient cherché refuge, surgisse dans la conscience mondiale qui découvrait cette minorité religieuse que les fanatiques islamiques exècrent.

Je conseille à nouveau cet article d’Allan Kerval, sur le site de Religioscopie, à ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les Yézidis.

Ces tragédies humaines – ainsi (surtout?) que la dangereuse menace sur le Kurdistan irakien pro occidental et les champs de pétrole – ont décidé les États-Unis et plusieurs pays occidentaux à soutenir les Kurdes,sans plus attendre que l’Irak se dote d’un gouvernement. L’EI, qui paraissait attaquer partout à la fois, venait aussi de prendre plusieurs villes à la lisière des limites administratives du KRG. La capacité de riposte des peshmergas, parfois un peu trop présentés comme des « guerriers invisibles » montrait aussi ses limites.

A Sinjar, comme dans les villes chrétiennes, ils se sont enfuis en abandonnant les populations qui se pensaient protégées. Quelles que soient les raisons de ces replis, c’est ce qui s’est passé.

Yézidis combattants à Sinjar
Yézidis combattants à Sinjar

La bataille pour la reconquête du Sinjar se poursuit. 5000 Yézidis des YPU (Unités de Protection Yézidies) participent aux combats contre les islamistes sous le commandement de Qasim Shesho. Ce cadre yézidi du KDP est devenu un héros depuis sa résistance de la première heure avec 500 hommes contre l’EI. 2500 recrues ont été entraînés par les YPG (Kurdes de Syrie). 2000 autres, doivent arriver de Dohouk. Une trentaine de Turkmènes (shiites) auraient  rejoint ses hommes.

La ville de Sinjar est toujours entre les mains de l’EI. Il ne doit plus y résider que ses habitants sunnites, et peut-être quelques familles yézidies terrées. Difficile de savoir combien de personnes sont encore prises au piège sur des flancs de la montagne moins accessibles ou dans des villages encerclés.

Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp
Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp

Dans le chaos qui règne, il est trop tôt pour tirer un bilan. Mais les témoignages sont accablants. Dans la montagne, beaucoup ont péri à cause du manque d’eau conjugué à une chaleur écrasante, surtout des enfants en bas âge, des personnes âgées et des femmes sur le point d’accoucher. Des rapports de massacres sont récurrents, surtout d’hommes et de très jeunes garçons.

Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014
Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014

Pour ceux ont trouvé un refuge, le plus souvent très aléatoire, c’est souvent l’angoisse pour des proches dont ils sont sans nouvelles. Ezidî press rapportait le témoignage d’un père dont la petite fille de 4 ans est tombée de la camionnette qui fonçait pour échapper aux tirs de l’EI. Le conducteur ne s’en était sans doute pas aperçu. Et si c’est le cas, pouvait-il prendre le risque que tous ses passagers soient massacrés?  On rapporte qu’on étouffait parfois des bébés dans les grottes où comme les Yézidis à Sinjar, les Alévis de Dersim s’étaient réfugiés en 1938. Par crainte que leurs pleurs n’alertent les soldats turcs.

La liste des sanctuaires détruits vient de s’allonger avec celui de Sheikh Mend à Jedale. D’autres sont menacés. On parle aussi de conversions forcées. Dans le village de Kocho, 80 hommes et très jeunes garçons ont été massacrés pour l’avoir refusé, tandis que les femmes et les jeunes enfants, desquels les jeunes filles avaient été séparées, étaient enlevées. Quelques jours plus tard la propagande de l’EI diffusait une vidéo mettant en scène une conversion collective, et comme prévu des comptes Twitter et même quelques (rares) médias participaient à cette opération en la diffusant, sans daigner prendre la moindre précaution.

J’ignore si les hommes que montrent ces images sont yézidis, mais rien ne le prouve tant qu’ils n’ont pas été reconnus par des proches. Et je suis certaine que tous ne le sont pas. Un type au centre de l’assemblée montre beaucoup trop d’enthousiasme. Des centaines de Yézidis ont préféré choisir la mort. Pour peu que ces « convertis » le soit aussi, c’est que ces hommes y auraient été contraints par pire que la mort, sans doute pour sauver leurs familles, et notamment leurs filles dont ils connaissaient le destin promis après le rapt de Kocho.

Beaucoup de ceux qui ont balancé avec une telle désinvolture ces images de tortures collectives auraient certainement fait preuve de plus de respect pour ces convertis de force s’ils avaient été musulmans, chrétiens, juifs ou bouddhistes, au lieu d’appartenir à une religion minoritaire.

Certains comparent ce qui est devenu le 73 ème massacre de Yézidis, au terrible massacre de 1892,  le plus traumatisant  de tous.  Cette année là, Omar Wahbi  le pacha ottoman de Mossoul ne s’était pas contenté de massacrer ceux qui vivaient sous sa juridiction, ni d’assassiner leur Mîr (leur plus haute autorité), comme cela était déjà arrivé. Il avait réussi à contraindre celui-ci à se convertir à l’Islam. Le temple sacré de Lalesh, la Jérusalem des Yézidis avait alors été transformé en école coranique. Il le restera pendant 12 ans. Les protestations des Chrétiens et des ambassades occidentales avaient été telles, que le pacha Omar Wahbi avait du être rappeler à Istanbul. Il n’est cependant pas parvenu à faire disparaître le yézidisme de la terre et une vingtaine d’années plus tard, le chef de clan Hamo Sharo protégera des milliers de Chrétiens des massacres. En ce moment, des membres de sa famille participent aux combats contre l’EI à Jedale.

Temple yézidi Lalesh
Temple yézidi Lalesh

Au temple de Lalesh où je m’étais rendue il y a exactement dix ans,en août 2004, pour de grandes festivités, des Chrétiens de Dohouk participaient aussi aux jeux rituels yézidis, rangeant la croix qu’ils portent au cou sous leur chemise lorsqu’ils entraient dans l’enceinte du temple en enjambant la marche, qui ne doit pas être touchée. Un peu plus loin, j’avais été intriguée par une médaille en or de la Vierge que portait au cou la jeune (et très jolie) gelin (belle-fille) d’une famille que nous avions rencontrée avec Olivier, le photographe  que j’avais accompagné à Lalesh. Je m’en étais ouverte ensuite au Mîr Ghamuran  – en réalité le frère du Mîr Tahseen Said Beg qui vit en Allemagne, mais c’est ainsi qu’on me l’avait présenté. Il m’avait assurée que ce n’était pas un simple bijou en or et que la jeune femme savait très bien qui était Marie.

Il est vrai que Myriam dont il est question dans une sourate est aussi implorée par des femmes musulmanes qui souhaitent un enfant. Et c’est aussi à tout ce qui unit les populations à travers ces croyances partagées que les fanatiques de l’EI s’en prennent pour construire « leur monde nouveau ».

Je crois n’avoir jamais vu une aussi belle petite fille que la presque adolescente de cette famille. Ses yeux verts et son port de tête étaient extraordinaires. Elle doit être devenue une femme superbe. Ils venaient de Sinjar. Où sont-ils maintenant ? Et toutes les femmes qui m’avaient littéralement happée et conduite de maisonnette en maisonnette, pendant que le géant garde du corps du Mir qui était chargé de me servir de guide se brûlait les pieds sur les pavés brûlants (où l’on marche déchaussé) en tentant de ne pas me perdre de vue. Ce à quoi il n’était pas parvenu. Je l’ai semé. Et pour revenir, je portais des telik, chaussons en plastique, qu’une femme m’avait offerts pour m’éviter le même désagrément.

Temple yézidi Lalesh Aout 2014
Temple yézidi Lalesh Aout 2014

Les journalistes qui se rendent à  Lalesh en Août 2014 n’y ont certainement pas entendu retentir les mêmes éclats de rire dans les petites maisons qui doivent être pleines des réfugiés aujourd’hui.

Si leur estimation n’est pas définitive, plus d’un millier de femmes yézidies (et des  Turkmènes) ont été enlevées à Sinjar, selon Hoshyar Zebari, ministre des Affaires étrangères du gouvernement irakien, rapporte le Washington Post Une estimation que réfute le chercheur Romain Caillet, quelques jours après l’enlèvement des femmes de Kocho (dont il est un peu obligé d’admettre la réalité). Pour lui « il s’agirait en réalité d’une centaine d’otages, qui seront sans doute utilisées en tant que boucliers humains ou monnaie d’échange plutôt que comme des « esclaves sexuelles »

« Il va sans dire que si l’EI (..) avait réellement rétabli l’esclavage, cela aurait forcément été annoncé publiquement et justifié par une fatwa » apporte-t-il comme argument irréfutable.

Il aurait été déjà un peu plus convaincant, s‘il nous avait appris qu’une fatwa venait d’interdire publiquement la prostitution, qui n’a pas attendu d’être autorisée par une fatwa pour exister. Et s’il ne le dit pas, c’est qu’il n’y en a certainement pas eu. Elle fait rage à Bagdad avec ses 1 million de veuves selon des copains kurdes qui y ont bossé sur des chantiers. Et combien de ravissantes adolescentes (irakiennes et maintenant syriennes) ont été « mariées » dans les pays du Golfe ?

mère et enfant yézidies réfugiées
mère et enfant yézidies réfugiées

Les jeunes filles enlevées ne seraient peut-être pas promises à la prostitution. En tout cas pas toutes. Certaines ont pu communiquer avec leurs familles quand leurs téléphones portables  fonctionnaient encore – et par ceux peut-être de quelques geôliers. Et à Erbil on doit continuer à savoir plus ou moins ce qui se passe à Mossoul où plusieurs centaines de femmes auraient été détenues dans une prison selon plusieurs sources. Le mariage forcé après leur conversion serait le sort de jeunes filles. En attendant le paradis promis, fournir une épouse, souvent très jolie (beaucoup de blondes et des yeux clairs magnifiques parmi les Yézidies) et pour laquelle il est inutile de payer une dot (baslik)  cause d’endettement de beaucoup de familles, serait une assez bonne façon pour l’EI de s’assurer la fidélité de nouvelles recrues des quartiers déshérités de la ville. Être contraint de repousser l’âge de « chercher sa femme » faute d’économies suffisantes, n’est quand-même pas propre qu’aux jeunes célibataires démunis de Mossoul.

Des paysans de villages sunnites voisins ont pu profiter eux aussi de leur nouveau statut de « vrais soldats de dieu », pour se fournir en belles fiancées sans dot. Et peut-être  qu’un rapt de la fiancée  (kizkaçirma) collectif était planifié.

Des jeunes filles auraient été envoyées en Syrie selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (SOHR).  L’ONG affirme avoir recensé 27 cas de mariages forcés avérés avec des combattants de l’État islamique après conversion de la fiancée yézidie. Le « prix de la fiancée » se serait élevée à 1000 $  pour le « prix de la fiancée », beaucoup moins qu’une dot (baslik) classique, si cette information est confirmée

Mais le mariage forcé serait le sort destiné aux vierges. Du moins à une partie d’entre elles, des cas avérés de viols de jeunes filles (parfois) camouflés sous des mariages temporaires sont  rapportés qui pourraient avoir été monnaie courante. Une femme déjà mariée, aussi belle et jeune soit-elle, ne pourra  être proposée qu’à un veuf ou comme seconde épouse. Et elles sont peut-être encore davantage menacées de viol durant leur séquestration. Peut-être ont-elle aussi été enlevées  pour servir de monnaie d’échange avec leurs enfants, mais j’en doute beaucoup.

 Un article de Basnew rapporte qu’à Erbil des personnes fortunées ont tenté de racheter des femmes séquestrées dans un hôtel de Mossoul. Des notables arabes auraient fait de même. Le tarif modeste (120 $ ) pour se procurer une femme, s’il est avéré, pourrait être une somme symbolique, ou celui de « mariages temporaires »(c’est à dire de prostitution déguisée).

Ces enlèvements de femmes qu’Allan Kaval qualifie de massifs  rappellent les viols de femmes bosniaques par des soldats serbes comme instrument d’épuration ethnique. Dans ces sociétés où honneur et réputation des femmes sont des valeurs importantes, ces enlèvements ont le but de les salir .L‘ONU estime à 2500 les enlèvements à Sinjar, surtout de femmes et d’enfants.  Bien plus que la centaine admise par un chercheur qui n’a jamais du mettre les pieds à Sinjar. Des enlèvements de femmes Turkmènes, Shabaks et  Chrétiennes sont aussi rapportés

Les familles ignorent le plus souvent le sort réservé à ces femmes, qui n’est sans doute pas uniforme. Et l’État islamique ne communique pas sur le sujet- il préfère peut-être la réputation de coupeur de tête impitoyable à celle peu glorieuse de violeur et proxénète. Ce n’est pas le genre non plus à balancer des vidéos de jolies visages de fiancées. Ce n’est pas pour autant que les multiples témoignages d’enlèvements  doivent être pris à la légère.

De toute évidence le sort de ces femmes yézidies n’intéresse pas beaucoup Romain Caillet (qui n’est sans doute pas un farouche sympathisant de l’Etat islamique, je le rappelle pour ceux qui ne le connaîtrait pas). Et je soupçonne le chercheur du même « désintérêt » pour le sujet, quand il affirme dans le même article que « dans la ville de Raqqa, (les Chrétiens) qui sont restés ont accepté le statut de dhimmi-s (littéralement « protégés »), impliquant le payement d’une taxe spéciale (al-Jiziya) ». Un statut qui « n’a pas été accepté par les chrétiens de Mossoul qui ont préféré quitter la ville plutôt que de devenir les « protégés » de l’EI. » ajoute-il. En oubliant juste de préciser que si les autorités religieuses chrétiennes de Mossoul ont refusé de discuter avec l’État islamique, c’est probablement car ils n’avaient pas eu besoin qu’une célèbre vidéo de Vice-News le leur apprenne, eux, pour savoir que les Chrétiens de Raqqa avaient ensuite quitté la ville malgré ce statut de « protégés » qu’ils avaient accepté.  Et même depuis, même moi je l’ai vu cette vidéo.

Le 4 septembre : voir sur le sujet le rapport qu’Amnesty International vient de publier.

C’est Urfa qui accueillait les routiers otages de l’EIIL alors que près de là les djihadistes se déchaînent (Kobanê)

Routiers TIR arrivée Urfa

Le 3 juillet a été un beau jour pour Celahattin Güvenç le nouveau maire AKP d’Urfa, Et  pas seulement car venait d’être officialisée, deux jours plus tôt, la candidature de Recep Tayyip Erdogan à la première élection présidentielle au suffrage universel de l’histoire de la République turque. Ce soir là, toutes les chaînes de télévision turques étaient braquées sur Urfa.  C’est là qu’atterrissait l’avion de la THY qui ramenait les 31 routiers retenus en otage depuis le 9 juin près de Mossoul, par des jihadistes d’ ISIS/ EIIL (ou par des tribus alliées).

Outre probablement une rançon (qui s’élèverait à 50 000 $ par camion) et peut-être d’autres arrangements, les ravisseurs ont aussi mis la main sur les 28 camions citernes et sur leur cargaison en mazout. Un joli butin, alors que les affrontements qui font rage pour le contrôle de la raffinerie de Baji qui ravitaille le Nord du pays a provoqué une grave pénurie d’essence. A Mossoul, c’est ISIS/ EIIL qui dorénavant contrôle sa distribution. Et leurs véhicules ne sont pas du genre à consommer du 4 litres/100.

Les chauffeurs routiers auraient été enlevés car leur firme (une firme de Gaziantep) n’aurait pas versé sa taxe habituelle aux rebelles jihadistes selon des témoignages de routiers. Cet enlèvement a sans doute aussi un lien avec l’enlèvement du personnel du consulat turc de Mossoul le surlendemain, même s’il s’agit peut-être de groupes de ravisseurs différents. On peut au moins s’interroger sur le fait qu’après cet « avertissement », les autorités turques n’aient pas décidé d’évacuer au moins les femmes et les 3 enfants de leur consulat. Mais la libération des routiers est peut-être de bon augure en ce qui les concerne.

camion citerne Irak

 J’espérais qu’aucun routier n’avait perdu son gagne pain dans cette éprouvante expérience Un camion citerne étant encore plus onéreux qu’un semi-remorque, je pensais qu’il n’y avait pas d’indépendants parmi eux. Je me trompais. Hanifi Aslan, un père de 6 enfants était ce qu’on peut appeler un « faux indépendant » (routiers propriétaires de leur camion, contractuels pour une grosse firme). Ce routier d’Urfa avait épargné pendant 25 ans pour devenir propriétaire du camion sur lequel les jihadistes ont mis la main. Et il s’est probablement endetté pour le faire.  J’ignore s’il est prévu de le dédommager, mais il n’en est question nulle part. Et il y en a sans doute d’autres comme lui.

H. Aslan chauffeur routier ex otage de EIIL a perdu son camion
H. Aslan chauffeur routier ex otage de EIIL a perdu son camion

Ces routiers de l’international (GR – grande route dans le langage routier) sont bien peu rémunérés (environ 1000 euros) pour le métier de dingue qu’ils font. Un boulot très dangereux en plus : 80 d’entre eux ont été tués sur les routes irakiennes depuis l’invasion américaine. Je parlerai peut-être de leurs conditions de travail dans un prochain billet – l’avantage de ne pas voyager comme un(e) privilégié(e), c’est qu’on rencontre d’autres voyageurs dont des routiers. Mais il suffit de voir les images qui ont été divulguées de leurs familles pour comprendre que l’or noir c’est pour d’autres, pas pour ceux qui risquent leur peau et usent leur santé à le transporter.

routiers TIR otages Mossoul  retrouvailles famillesRoutiers TIR otages ISIS retrouvailles familles photo Evrensel

Les infos du soir du 3 juillet montraient les images émouvantes des retrouvailles avec les familles qui les attendaient en compagnie de Monsieur le maire d’Urfa sur le tarmac de l’aéroport. Celles-ci n’étaient sans doute pas toutes là d’ailleurs. En apprenant leur libération, beaucoup avaient fait le trajet jusqu’au poste frontière de Silopi ( à 6 heures de route d’Urfa) pensant qu’ils arriveraient par là, ce qui semblait logique, d’autant que certains routiers sont originaires de la province frontalière de Sirnak (les autres sont surtout d’Urfa et de Mardin), comme la majorité des chauffeurs de TIR qui font le trajet avec l’Irak.

Mais après une première étape au camp de réfugiés pro PKK de Marmur, les ex otages ont été conduits à Erbil où un avion de la THY spécialement affrété les a conduits à Urfa après une escale à Ankara.

Les familles avaient sans doute été d’abord averties de leur libération par les routiers eux-mêmes. Certains ont communiqué régulièrement pendant leur détention avec leurs proches via leurs téléphones portables, très certainement avec l’accord tacite de leurs ravisseurs (même si le « discours officiel » affirme le contraire). C’est par les médias turcs que j’étais au courant de ces échanges téléphoniques. Les ravisseurs devaient donc l’être aussi.

Cette tolérance devait participer à une stratégie de communication, qui va de pair avec les témoignages d’ex-otages qui affirment avoir été plutôt bien traités malgré des conditions de détention très éprouvantes. Suite à des bombardements(ou peut-être à des changements de ravisseurs) leur lieu de détention a changé plusieurs fois et les températures pouvaient dépasser les 50 degrés, alors que les conditions sanitaires étaient plus que précaires (ça m’étonnerait qu’il y avaient des douches dans ces lieux de détention). Un routier a du être hospitalisé le jour de sa libération, à la suite d’une crise cardiaque.

Mais ils ont vite su que leurs vies n’étaient pas menacées, leur ravisseurs leur ayant affirmé qu’ils ne feraient aucun mal à d’autres « Musulmans », ce qu’il faut traduire par Sunnites. Heureusement qu’il n’y avait pas d’Alévis ou d’Alaouites parmi eux, quand on sait le sort que ces bons musulmans réservent aux Shiites dans la province de Ninive : plus de 200 Turkmènes shiites y auraient été massacrés en un mois. 200 000 ont fui la province.

Leurs ravisseurs ont tenté de les distraire par des lectures du Coran. Mais les cigarettes des fumeurs n’ont pas été confisquées, selon un routier témoignant pour Siverek.com Et heureusement ils auraient été dispensés du jeûne de Ramadan à cause des températures. Cela étant, après cette expérience ceux qui témoignent n’ont pas l’air d’être très enthousiastes pour repartir pour l’Irak. On les comprend.

 Routiers TIR otages repas Urfa

Ce n’est certainement pas pour raccourcir le temps de trajet des routiers originaires d’Urfa que le retour en avion a été privilégié : pour ceux originaires de Mardin et surtout de Silopi , cela l’a rallongé. Ils ont du reprendre la route, heureusement après s’être restaurés d’un copieux repas d’iftar (rupture de jeûne) pour arriver chez eux peu avant le lever du jour.

Celahattin Güvenç maire AKP d'Urfa accueille les routiers ex otages
Celahattin Güvenç maire AKP d’Urfa accueille les routiers ex otages de l’EIIL

Ce choix répondait peut-être aussi à d’autres impératifs, mais il est probable que l’accueil des ex otages sur le territoire turc par une mairie AKP a été privilégié. Or la mairie de Silopi ( et de la province de Sirnak) est BDP (pro kurde). De plus sur un tarmac il est plus aisé de contrôler le comité d’accueil : les caméras ont pu ainsi s’attarder sur un tayyipci de l’assistance qui manifestait bruyamment son enthousiasme et sa reconnaissance pour Recep Tayyip Erdogan et qui aurait peut-être été plus difficile à dénicher à Silopi où le BDP l’a emporté avec 80 % des suffrages. Et puis avec le maire marasli d’Urfa les médias ont pu continuer à parler de « routiers turcs », alors qu’ils doivent tous être Kurdes ou Arabes.

Urfa frontière Suruç ISIS EIIL
Urfa frontière syriene (Kobanê) ;en 2 jours plus de 3000 tirs de mortiers. Début juillet 2014

Espérons pour les routiers d’Urfa libérés qu’ils ne résident pas sur une zone frontalière avec la Syrie, notamment dans le district de Suruç, s’ils veulent prendre un peu de distance avec l’ambiance de Mossoul. L’image donne une idée du climat sur cette frontière.

De l’autre côté l’ l’EIIL/ ISIS se déchaîne depuis le 2 juillet contre le canton kurde syrien de Kobanê (Rojava). Et depuis qu’elle a mis la main sur l’armement de l’armée irakienne à Mossoul, l’organisation islamiste est bien mieux armée. Le danger est tel que les différentes factions kurdes rivales (YPG et KNC) combattraient cette fois ensemble. Des dizaines de combattants kurdes des YPG (dont au moins un jeune originaire d’Urfa/Suruç et une jeune femme de Erzurum/ Karayazi) ont été tués en une semaine. L’EIIL aussi aurait subi de lourdes pertes. Des villageois ont été massacrés. Des villages se sont vidés de leurs habitants qui ont fui pour le chef lieu (120 000 habitants) ou vers la Turquie . Enfin ceux qui n’ont pas pris les armes. 9 de ces gros bourgs sont maintenant occupés par l’EIIL/ISIS

Siverek eau électricité coupé photo Siverekgençlik
Villageois de Siverek en quête d’eau.

Espérons aussi pour eux qu’ils ne font pas partie des administrés de la province (à Siverek par exemple) comme ceux d’autres provinces (comme à Silopi) qui ont eu la bonne surprise de découvrir que TEDAS, la compagnie d’électricité (privatisée depuis un an) responsable de nombreuses coupures dans toute la région la nuit électorale du 30 mars, venait de leur couper l’eau et l’électricité pour Ramadan. Ce qui là encore pourrait leur rappeler leurs conditions de détention : à Urfa aussi les chaleurs sont caniculaires en juillet.

On est assez loin de la belle image de la Turquie idéalisée par les reklam de Ramadan, que j’avais présentée dans un billet, il y a quelque  temps déjà.

Celahattin Güvenç maire AKP Urfa accueil TIR otages Mosul
Le maire AKP d’Urfa en compagnie de familles des routiers libérés (3 juillet 2014)

Pour monsieur le maire d’Urfa la nuit du 3 juillet et l’accueil des routiers a été une trêve bienfaisante. Mais cela  gronde dans sa province (les commerçants d’Urfa privés d’électricités sont ravis). Heureusement la chaîne de TV pro gouvernementale qui divulguait les belles images de retrouvailles s’était bien gardé de profiter de l’occasion pour donner la parole à ses administrés mécontents ou inquiets.

Avoir ces braves combattants jihadistes comme voisins, ce doit être de moins en moins rassurant. Et ISIS/EIIL contrôle déjà la frontière à Akçakale (province d’Urfa) et à Karkamis dans la province voisine de Gaziantep. Les postes frontières sont fermées, mais les déplacements clandestins  ne seraient pas  interrompus selon des journalistes présents sur place. La frontière reste de fait ouverte aussi pour les YPG : des blessés sont soignés à l’hôpital de Suruç. Mais si  Kobanê tombe,  c’est presque toute la frontière syrienne avec la province d’Urfa qui sera entre les mains de l’EIIL .

« Tu es un policier ou un ours ? »: grosse colère à Sanliurfa.com

Ceylanpinarda_Muhabirimize_Polis_Dayagi-URFA Photo Sanliurfa com

Les titres provocateurs, ce n’est pas trop le genre des Sanliurfa.com. Ce quotidien en ligne régional est d’habitude bien plus modéré. Sa couverture de la campagne électorale à Urfa était assez équilibrée, peut-être plutôt AKP, mais sans ostentation. Les polémiques c’était plutôt dans les yorum (commentaires) qu’elles se déchaînaient, ceux-ci pouvant être pires que ceux d’un article du Figaro.fr traitant de la Turquie, mais moins « pensée unique ». Le site est consulté par tous.

Mais dimanche changement de ton avec ce titre détonnant « Polis misin, maganda mi ? », qu’on peut traduire par « Tu es un policier ou un ours ? ». Qualifier un policier d’ours, cela ne semblera sans doute pas bien violent à un lecteur parisien, qui y verra un flic renfrogné, mais sans doute brave homme au fond, comme les gentils nounours de nos petits, ou les familles ours de nos livres d’enfance.

Mais à Urfa (et c’est vrai ailleurs en Turquie), il n’est pas recommandé de traiter son voisin d’ours (et encore moins de maganda) C’est que les « nounours » n’y ont pas trop cours, par contre  les ours on connaît, même s’ils ne doivent pas être légion dans la province d’Urfa. On peut en croiser c’est sûr dans les montagnes de Bitlis. Et c’est une rencontre qu’il vaut mieux éviter.

Un ours est un animal sauvage, qui vous saute à la gorge sans crier gare et sans savoir pourquoi, par bestialité. Traiter une personne de « maganda », c’est donc la qualifier d’imbécile mal dégrossi et brutal .

Si les Sanliurfa.com usent d’un terme aussi peu courtois que « maganda » envers un policier, c’est que la rédaction n’a pas apprécié le traitement infligé par ce flic – un policier en civil et ses petits copains – à un de leur journaliste Adnan Celik. Leur confrère était allé couvrir les événement à Ceylanpinar, un district de la province où ça chauffe depuis le soir du 30 mars. L’état d’urgence y a même été instauré : toute manifestation y est strictement interdite. C’est lors d’un contrôle d’identité, la nuit,dans une rue de la bourgade qu’il a fait cette vilaine rencontre. Et ses blessures ressemblent bien à des griffures.

Je suis un peu surprise que l’identité des journalistes locaux (et même des autres) soit un mystère pour des policiers de la province et qu’ils aient besoin de vérifier l’identité d’un journaliste d’un des journaux locaux.

Dans ce district frontalier avec la Syrie et surtout avec Serekaniye, un district kurde autonome, où jusqu’au 30 mars la municipalité était BDP, l’AKP l’a emporté, avec quelques dizaines de voix d’écart et dans des conditions très contestées par le parti kurde, qui demande l’annulation du scrutin. Les sympathisants BDP sont en colère et les journalistes ne sont pas les bienvenus, même ceux des Sanliurfa.com semble-t-il donc. C’est dire l’ambiance qu’il règne à Urfa depuis que le gouverneur Celahattin Güvenç est devenu le maire de la grande municipalité, s’il devient risquer d’y rendre compte aux lecteurs des Sanliurfa.com, de ce qu’il se passe dans leur province.

Le même jour c’est l’éditorialiste Emre Uslu, qui en prenait pour son grade sur le site. Lui qui affirmait, comme je le rapportais dans le précédent billet, qu’il existait un accord secret entre l’AKP et le PKK qui devait abandonner Urfa à Baydemir, n’a pas manifesté beaucoup de gêne quand on a vu le résultat de cet accord (le gouverneur Celahattin Güvenç, candidat AKP, élu avec 60 % des suffrages). Difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé à Urfa le soir des élections, mais une chose est certaine, Erdogan n’avait pas du tout l’intention d’en faire cadeau au parti kurde.

Le blocage « complet » de Twitter fait exploser les Tweets en Turquie. Mais…

Twitter blocage Turquie

Recep Tayyip Erdogan s’en fiche pas mal  de ce que pense la communauté internationale a-t-il déclaré mercredi dernier dans un meeting à Bursa, quelques heures avant de faire bloquer l’accès à Twitter dans son pays. Heureusement, car quand un chef de gouvernement fait brutalement bloquer complètement un média social comme Twitter, le monde entier l’apprend presque instantanément.

 Et son image  en prend à nouveau un sacré coup, même près de ceux qui n’ont aucune idée de ce qui se passe en Turquie et n’ont jamais entendu parler des scandales de corruption et de la diffusion du contenu découtes téléphoniques très compromettantes qui se succèdent à un rythme effréné sur des comptes Facebook ou Twitter, ébranlant le système Erdogan.  Ni de Berkin Elvan et des paroles proférées la semaine dernière dans un autre meeting par le chef du gouvernement faisant huer les parents du garçon de 14 ans, qui venait de succomber après avoir été blessé par une cartouche de gaz lacrymogène qui l’avait visée en pleine tête alors qu’il allait acheter du pain, l’été dernier pendant les émeutes de Gezi et dont les funérailles ont fait descendre plus de 2 millions de personnes dans les rues.

 Est-ce que cette même communauté internationale découvre en même temps « la force de la République de Turquie » ? C’est moins sûr. En tout cas elle réagit vivement. Une telle mesure va jusqu’à menacer de bloquer les négociations avec l’UE !

 Et Turquie même, ce sont les millions d’utilisateurs de Twitter qui ont très rapidement compris les faiblesses qui se cachent derrière  l’accès de colère de leur chef de gouvernement. En effet, malgré le blocage complet, le réseau social est loin d’être « éradiqué » en Turquie. Bien au contraire, le 21 mars 2014, alors que son accès venait d’être bloqué par le BTK (un organisme dépendant du ministère des Transports et des communications), plus de 9,2 millions de  Tweets ont  émis sur le territoire , un bond  de 140 % par rapport à la veille   !

Twitter Turquie le 21 mars 2014

 Et en Turquie on adore Twitter. Le pays le champion d’Europe pour le pourcentage d’internautes possédant un compte Twitter (39%, soit 12 millions de comptes), devant l’Espagne (30%) et loin devant la France où seulement 9 % des usagers d’Internet ont un compte Twitter.

Twitter Turquie leader en EuropeEt sur quoi échange t on aussi intensément en 140 caractères depuis deux jours en Turquie ? Sur le blocage  de Twitter et les façons de le contourner bien sûr.

 Le premier à avoir montré l’exemple est le président Abdullah Gül (4,4 millions de followers quand-même), qui à 2h 30 du matin, soit moins de 3 heures après le blocage, envoyait un Tweet. Ce premier Tweet depuis le jour où il acceptait de signer la très liberticide législation de censure d’Internet (sous condition de quelques amendements) , le 18 février dernier, est sans appel : « Le blocage complet d’un média social est inadmissible ». Alors que le 18 février il avait perdu plus de 700 000 followers furieux qu’il n’ait pas opposé de véto à la nouvelle législation Internet, 300 000 viennent de rejoindre son compte Twitter.

La semaine dernière, le président de la République s’était déjà très nettement distingué du chef du gouvernement, en envoyant ses condoléances aux parents du petit Berkin. Bülent Arinç, dont le dernier Tweet remonte au mardi 20 mars à 23h 25, (quelques minutes avant ou après le blocage), en avait autant. Il y a certainement la volonté de « rassurer » la communauté internationale dans cette initiative, et sans doute aussi les électeurs de l’AKP ( qui ne sont pas tous des Tayyipci forcenés raffolant de son côté « homme à poigne ») que les excès du premier ministre inquiètent et qui pourraient être tentés de donner leur vote à un candidat non AKP, aux municipales du 30 mars prochain. Mais il faudra attendre la période post-électorale pour savoir si ces prises de position annoncent un schisme au sein du parti gouvernemental.  Il  semble déjà  qu’ il y a un malaise au sommet de l’État.

abdullah-gul à Erdogan Stop

Et le président, qui est un fan des nouvelles technologies (ce qui ne doit pas être le cas de Recep Tayyip Erdogan dont il est devenu notoire qu’il n’écoute plus personne, sauf peut-être sa fille Sümeyye), doit bien savoir qu’une telle mesure est très difficilement effective. Le seul moyen qu’avait trouvé l’Égypte en pleine révolution pour bloquer ces « maudits médias sociaux » avait été de couper  tout le réseau  Internet, et elle ne l’avait fait qu’une journée, tant une telle mesure est invivable pour un État, même beaucoup moins connecté que la Turquie.

Sans aller lui-même jusqu’à donner les trucs pour détourner le blocage, le président va jusqu’à en retweeter un qui l’indique clairement « VPN ou DSN ? » . Message que tous les internautes de Turquie, devenus experts en l’art de la détourner, comprennent . Et pour ceux qui n’ont pas encore acquis l’expertise d’un geek, les moyens d’y parvenir se diffusent partout, dans les médias,  sur des sites Internet  et sur Twitter bien sûr, mais aussi sur les murs des villes, ou les terrasse des cafés.

Twitter Turquie blocage contournement massif

Pour les embêter un peu, le BTK a du coup bloqué l’accès public DSN de Google. Mais les usagers s’adaptent immédiatement et diffusent l’information. «  Google DNS vient d’être bloqué. A la place il faut utiliser Open DNS 208.67.222.222 208.67.220.220 » conseillait par exemple un Tweet ce matin. Le très pro gouvernemental journal Sabah continue lui aussi de tweeter comme si de rien n’était… Le compte « Gagner Izmir » du candidat AKP Yildirim Binali, l’ancien ministre des transports et des communications ou celui du candidat AKP à Urfa (l’« homme » de Tayyip Erdogan à Urfa) étaient même actifs aujourd’hui, comme certainement des millions de comptes Twitter en Turquie.

Le compte de l’agence de presse pro gouvernementale Anadolu Ajansi  ou ceux des ministres avaient cessé de gazouiller, comme celui d’Egemen Bagis, l’ancien conseiller aux affaires européennes, écarté depuis qu’il a été éclaboussé dans les affaires de corruption lors des mises en examen du 17 décembre . Le jour des funérailles du petit  Berkin Elvan , il avait qualifié ceux qui suivaient le cortège de « nécrophages » dans un Tweet qui avait causé un tel émoi qu’il l’avait effacé. Au moins ce blocage lui évitera de nouveaux dérapages.

Twitter blocage  Erdogan caricature

Tout cela est tellement pitoyable qu’on se demande presque si de telles décisions ne sont pas un coup de l’« Etat parallèle » infiltré au sein du BTK et dont l’objectif principal serait de décrédibiliser le premier ministre. En tout cas ce dernier coup de sang de l’homme fort de la République de Turquie révèle surtout le désarroi  du chef de gouvernement  aux abois.

Au moins pour la première fois en Turquie,  sur Google les recherches « Twitter » (courbe bleue) ont dépassé celles de « Porno » (courbe rouge) , ce qui devrait lui mettre du baume au cœur.

Twitter Turquie

Mais même si les internautes parviennent à détourner cette censure,  cet assaut contre les médias sociaux n’est pas sans créer d’inquiétudes. Dans cette atmosphère, il est à craindre que de plus en plus d’internautes aient le réflexe  de s’autocensurer, déclare Erkan Saka (Bilgi Université) sur son blog, qui remarque déjà que les usagers des comptes Twitter choisissent de plus de plus de rester anonymes.

Dans cette période électorale très tendue, lnternet, et notamment Twitter qui permet de diffuser très rapidement des informations, est considéré comme indispensable pour éviter les fraudes que beaucoup redoutent, alerte l’association de l’informatique alternatif sur ce même blog.  Les élections sont généralement réglos en Turquie, mais toutes les mesures  prises ces dernières semaines pour protéger les proches du chef de gouvernement contre les procès qui les menacent, de même que  les photo montages divulguées par la presse pro gouvernementale et  présentées comme les foules sensées assister aux meetings du premier ministre, ne peuvent que conforter cette crainte.

Sur cette image du meeting d’Erdogan à Izmir, par exemple, le Cordon a au moins triplé de volume.

photomontage meeting d'Erdogan Izmir

… Et ce soir, l’accès par Open DSN était bloqué à son tour. Ne reste plus que celui par VPN.

 

 

Censure drastique d’Internet et protection des familles et « enfants de » en Turquie

Censure Internet turquie 6 février

Dans la soirée du 5 février, la Turquie a franchi un pas de plus dans la restriction du droit de ses citoyens à être informés, créant l’émotion tant en Turquie qu’à l’extérieur du pays. Comme les médias l’ont abondamment relayés, le parlement durcissait drastiquement sa législation sur le contrôle d’Internet et donnait au gouvernement un pouvoir de censure semblable à celui de pays aussi démocratiques que l’Iran, la Chine ou l’Arabie Saoudite.

Internet n’a jamais été un espace de totale liberté en Turquie. A l’époque où je débutais mon blog, j’ajoutais systématiquement le lien vers la vidéo à destination des lecteurs de Turquie, si mon billet comportait une vidéo de la plateforme You Tube. L’accès de celle-ci leur a été interdit pendant plusieurs années. Un obscur tribunal avait pris cette décision à la suite de plaintes concernant quelques vidéos insultantes pour Atatürk. Plus tard Viméo et Blogger avaient subi le même sort. Mais les internautes de Turquie étaient tous devenus des experts dans l’art de contourner la censure en utilisant des proxys.

censure Internet turquie

Mais si l’amendement à la loi déjà existante est ratifié par le président Gül, il ne leur sera plus possible de la contourner aussi facilement . En effet, le système de censure devrait être beaucoup plus efficace et bloquera directement les URL ou l’adresse IP. L’internaute ne saura même plus que la page recherchée existe, car elle aura disparu des moteurs de recherche (actuellement il tombe sur un  avis d’interdiction)

Surtout les sites et les pages censurés ne le seront plus à la suite d’une décision de justice (pourtant déjà experte dans l’art de manier le ciseau), il s’agira d’une décision administrative, qui pourra être prise dans les 4 heures. Le TIB, une agence au sein du ministère des Transports et Télécommunications se transformera  un grand inquisiteur. Son directeur ne sera responsable que devant le premier ministre…et c’est un membre du MIT, les services secrets turcs,qui vient d’en prendre la direction.

Pour faire court, n’importe quel site pourra être censuré sur simple volonté du gouvernement. Il ne s’agira pas seulement de bloquer des sites pédopornographique, comme la loi le permettait  déjà au  TIB.

Les internautes quant à eux seront placés sur étroite surveillance : les serveurs d’accès devront conserver pendant 2 ans toutes les données les concernant, traces de navigation et e-mails. Données qu’ils seront contraints de fournir au TIB sur simple demande. Bienvenue dans l’univers de Big Brother.

Au pays des 33 millions de comptes Facebook et où Twitter fait aussi un tabac, de telles mesures font l’effet d’un brutal retour dans les années de censure militaire.

 

Il faut dire qu’avec le contrôle sur les médias de masse exercé par l’AKP, Internet est devenue une des principales sources d’information, voire la principale, pour beaucoup  en Turquie. C’est aussi sur des sites Internet comme T 24 que se sont réfugiés de nombreux journalistes limogés des journaux qui les employaient : « Nous ne regardons jamais les journaux TV, nous avons nos sites Internet », me disait cet été dans une petite ville d’Anatolie, un couple avec lequel j’évoquais l‘attentat très meurtrier de Reyhanli, un attentat qui aurait tué 51 « de nos frères sunnites » avait déploré Recep Tayyip Erdogan, qui ne semblait pas s’étonner qu’une voiture piégée sache faire le tri entre Sunnites et Alaouites dans une petite ville où la population est à moitié alaouite.

Seuls les médias proches du pouvoir avaient alors été autorisés à se rendre sur les lieux.. Raison de plus pour qu’une large part de l’opinion mette en doute la version officielle attribuant cet attentat à un obscur groupuscule d’extrême gauche dont les membres sont principalement alaouites. D’autant que le groupe de hackers RedHack n’avait pas tardé à diffuser des révélations dérangeantes pour les autorités, reprises dans de nombreux médias, notamment en anglais, comme Bianet.

Yes we ban RTE

Depuis la révolte de Gezi au printemps dernier, Recep Tayyip Erdogan ne cachait pas qu’il avait les réseaux sociaux dans le collimateur. Mais ce sont les révélations de corruption qui ne cessent de se multiplier depuis le 17 décembre dernier, atteignant sa propre famille, qui ont précipité les choses. Le groupe AKP à l’origine de ces amendements a beau comprendre une proportion de femmes bien supérieur à leur représentation au sein de l’AKP (11 sur 27 députés) personne n’est dupe sur leur volonté de protéger «  vie privée », « familles » et « enfants ».

video censuree turquie

En tout cas les premiers sites censurés après le vote de la loi, semblent montrer quelles familles et quels enfants il s’agit de protéger : des vidéos divulguant une conversation téléphonique entre Sümeyye, une des filles d’Erdogan et le magnat du bâtiment Latif Topbas, contre lequel ont été lancées des investigation dans des affaires de corruption présumée, viennent en effet d’être censurées, révèle Erkan Saka sur son blog. J’ignore si toutes l’ont été : on en compte par dizaines.

On notera au passage, que les téléphones portables ont l’air aussi d’être l’objet d’une active surveillance…(pas seulement ceux  des milieux kurdes )

Sumeyye fille et conseillère de Recep Tayyip Erdogan

J’en profite pour informer Christine Okrent qui affirmait aujourd’hui dans l’émission « Affaires Etrangères », la Turquie la fin du miracle, (très intéressante au demeurant) sur France Culture, que seuls « les fils » des membres de l’AKP (notamment Bilal Erdogan) étaient visés par les affaires de corruption, que les femmes des familles « machos »sont rarement des potiches. Ce rôle est plutôt dévolu aux belles-filles. Sümeyye est à Tayyip Erdogan ce que Claude Chirac était à son père. Quant à Emine Erdogan, systématiquement présente aux côtés de son mari, elle serait aussi une femme d’affaires avisée.

Urla villa photo Radikal

Et selon les médias turcs, elles auraient toutes les deux été les heureuses bénéficiaires de très luxueuses villas dans la petite station balnéaires d’Urla, dans la presqu’île de Cesme près d’Izmir, en échange d’une levée du classement du site en zone protégée interdite à la construction. Des universitaires auraient été « récompensés » pour avoir cautionné ce déclassement. Quant au Vali (gouverneur) d’Izmir qui s’y serait alors opposé,  sa récompense aurait été une affectation à Diyarbakir. Dans la conversation de la vidéo, Sümeyye Erdogan exprime son souhait d’aménagements pour les villas.  L’opposition CHP a porté l’affaire devant le Parlement.

Mais à quoi cela sert-il de bloquer les investigations en cours en mutant des milliers de policiers et les procureurs trop curieux si les pièces des dossiers sont présentées à la vue de tous, se propagent et sont commentés sur Internet à vitesse grand V via les comptes Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux ?

Aux dernières nouvelles, les 8 villas incriminées devraient être détruites. Peut-être que les mosaïques romaines menacées par un projet de centre commercial du groupe BIM  (à qui appartient le terrain), dans la banlieue d’Izmir vont aussi être sauvées. C’est monsieur Topbas qui est en bandeau sur la photo…encore…

Atif Topbas mosaiques BIM  photo Zaman

Mais on peut quand même se demander si tous ces braves « enfants de » et leurs richissimes amis auraient pu faire tout ce qu’ils voulaient pendant si longtemps si certains s’étaient « réveillés » plus tôt. Il y a une époque, pas bien lointaine, où on prenait plutôt la défense de la « famille », quand d’autres pointaient du doigt leur immense enrichissement personnel, dans des médias aujourd’hui très critiques. Même si la rumeur, affirmant que dans les belles villas de la famille Erdogan à Usküdar les robinets étaient en or massif, était certainement fantaisiste, Samanyolu-haber aurait  pu déjà remarquer par exemple que ces très luxueuses constructions pouvaient être le signe qu’enrichissement familial et pouvoir étaient liés. Ce que tout le monde avait  déjà remarqué  en Turquie, mais bien peu de médias.

Les leaders de l’opposition et les opposants à la drastique censure Internet en appellent au  président Gül. Va-t-il apposer un véto à cette loi si controversée ? Il doit être bien embêté : en effet, s’il loupe rarement une occasion d’exprimer sa différence avec les méthodes et les propos musclés de son ancien ami Tayyip, il ne s’est jamais opposé jusque là frontalement à lui, de crainte peut-être de faire exploser le parti qu’ils avaient fondé avec Bülent Arinç. Mais même l’UE vient de mettre en garde les autorités turques. Il va donc sans doute, comme dans d’autres cas, faire traîner sa décision jusqu’aux limites légales. Mais il devra bien trancher ce choix cornélien.

Et en attendant, les internautes de Turquie ont décidé de manifester une nouvelle fois leur colère. Ce soir les TOMA vont donc aussi être de sortie dans les grandes villes du pays.

Taksim 8 février

En effet, ils sont bien de sortie.

Taksim 8 février. Erkan Saka

On peut suivre la manifestation à Istanbul sur le compte Twitter d’Erkan Saka, à qui j’ai emprunté cette image, ou sur son compte Facebook Internetime dokunma

Autres images de la manifestation du 9 février  ICI

  Et sur celui  de Toma  voici la petite histoire qui accompagne cette image :

-« ALO FATIH (allusion à  Fatih Saraç, propriétaire de la chaîne Haber Türk, dont le téléphone aussi était écouté)

–  Monsieur…

En bande passante (journal TV) on écrit : » A Taksim, le peuple est pris d’affection pour les Toma »

– Vos  désirs sont des ordres, monsieur « 

Commémoration de l’assassinat de Hrant Dink : le parc Gezi fermé à Istanbul

Permalien de l'image intégrée

Le 19 janvier cela a fait 7 ans que le journaliste arménien Hrant Dink était assassiné à Istanbul devant les bureaux de son journal AGOS, dans le très fréquenté quartier de Sisli.  Ogun Samast, le tueur était un adolescent de 17 ans, envoyé de sa ville de province, Trabzon, pour accomplir ce meurtre. Il a fini par écoper d’une peine de 22 ans de prison (qui sera divisée par deux, car il était mineur au moment des faits).

7 ans après cet assassinat et les funérailles du journaliste qui avaient été suivies par un cortège de plus de 100 000 personnes (mais dans lequel les principales personnalités politiques, du gouvernement AKP ou de l’opposition kémaliste, avaient brillé par leur absence), difficile de parler de justice rendue. Alors que ces dernières années les prisons du pays sont pleines de « comploteurs » ou de « membres d’organisations terroristes », elle n’a pas réussi à dénicher par contre la trace du moindre petit complot dans cet assassinat.

18  principaux suspects avaient été acquittés, dont Erhan Tuncel, un informateur de la police de Trabzon et un des principaux suspects dans l’affaire.   Leur acquittement a été  annulé en appel.  Leur procès recommence donc. Mais au début du mois 2 d’entre eux ont été à nouveau  remis en liberté après leur interpellation à Trabzon.

Il faut aussi rappeler qu’un an avant l’assassinat de Hrant Dink à Istanbul, un prêtre catholique, le père Santoro était assassiné à Trabzon.

Alors que des milliers de policiers ont été limogés ces dernières semaines pour avoir enquêté dans des histoires gênantes pour le gouvernement AKP (corruption,  transport d’armes à destination de la Syrie présumé, ou même arrestation de membres présumés d’Al Qaida), ou car ils étaient considérés trop « peu dociles »,  le moins qu’on puisse dire est que les membres de forces de l’ordre suspectés dans ces assassinats n’ont pas eu à se plaindre de la même rigueur.

La façon dont a  été conduit le  procès du meurtre de  Hrant Dink  prouve que le procès de ce qu’en Turquie on nomme depuis les années 90 l’état profond n’a jamais eu lieu. Et que l’indépendance de la justice n’est jamais devenue une réalité.

Les autorités d’Istanbul, sur les dents depuis le mouvement Gezi – camions de policiers anti émeutes ( Cevik Kuvvet )  et camions à eau  (les devenus célèbres TOMA) stationnent en permanence à Taksim –  ont décidé de fermer une fois de plus le parc Gezi, devenu symbole de la contestation. Cette année la date anniversaire de l’assassinat du journaliste arménien tombe un dimanche, ce qui pourrait en augmenter l’affluence. Est-ce la seule  cause d’une telle démonstration de force?

La place Taksim, le 19 janvier.

 

Binler Taksim'de Hrant Dink için toplandı

A Sisli, au journal AGOS

Cette année une foule immense est  venue commémorer l’assassinat qui a le plus bouleversé la Turquie ces dix dernières années.

Gültan Kaya, la femme du chanteur Ahmet Kaya s’est exprimé au balcon d’Agos ; « Ils ont commis  un crime d’Etat ! »

Le mois de janvier est un mois noir pour les journalistes en Turquie :

Le 9 janvier 1996  était assassiné  à  Istanbul Metin Göktepe (journaliste à Evrensel)

Et le 24  janvier 1993, à Ankara   Ugur Muncu (journaliste à Cumhurriyet).

Des policiers ont été vus à Sisli  portant un bonnet blanc comme celui du tueur (voir photos Evrensel.Net), alors que les températures sont printanières à Istanbul (17°). Au lendemain de l’assassinat du journaliste arménien,  ce bonnet blanc était devenu le couvre chef de nombreuses têtes nationalistes, qui avaient érigé  Ogun Samast en héros. Ils ne peuvent l’ignorer.

Şişli'de 'beyaz bereli' trafik polisleri!

La veille  ça chauffait à Taksim entre manifestants s’opposant à un projet de loi qui menacerait gravement la liberté sur Internet et les forces de l’ordre.

Et les citoyens de Turquie ont sans doute bien d’autres  raisons de ne pas être très  satisfaits de la façon dont fonctionne leur justice et des mesures que leur gouvernement envisage pour améliorer cela…

Une commémoration est  organisée à Malatya devant la petite  maison où Hrant Dink est né et dans la rue qui porte dorénavant son nom. A Istanbul, ce n’est pas encore le cas pour l’avenue où il a été assassiné.

 

Mais la justice fait parfois son boulot.  Ce matin à l’aube, les forces de police faisaient une descente dans le village de  Roboski, arrêtant 7 personnes, toutes des proches des villageois massacrés par des F16 de l’armée turque. Parmi ceux ci Serhat Encu, un des seuls rescapés du massacre. Des  maisons ont été fouillées et des portraits de victimes arrachées du mur . La justice  comme la commission parlementaire n’a trouvé aucun responsable dans ce massacre, en début de mois un tribunal militaire a décidé de clore l’affaire. Par contre elle paraît avoir beaucoup de choses à reprocher aux   familles des victimes, régulièrement harcelées.

Roboskî'ye baskın; 7 gözaltı var, evler darmadağın edildi

 

 

Facebook censure le parti kurde (BDP) à cause du mot Kurdistan

 

On savait Facebook plus prompt à censurer l’image d’un coude, confondu par les puritains censeurs avec un bout de sein qui dépassait d’une baignoire ou une oeuvre d’art  trop déshabillée,  qu’une vidéo d’une décapitation.  Mais beaucoup devait ignorer comme moi que le réseau social était aussi allergique au mot « Kurdistan ».

Enfin, c’est surtout au Parti kurde (BDP) qu’il a l’air d’en vouloir ces derniers temps. Au point qu’une délégation du parti accompagnée d’avocats et d’experts Internet  a même rencontré à Londres Richard Allan, le grand manitou de Facebook Europe en septembre dernier. Le compte Facebook du parti (genelmerkez) venait d’être fermé pour cause de… contenu pornographique !

Certes je ne fais pas partie de 180 000 d' »amis » qui suivaient ce compte (et pour cause je ne suis « ami » avec personne) mais franchement imaginer du « contenu pornographique » sur une page du BDP ??? Mais qu’est-ce qui avait bien pu leur faire penser  à un bout de sein ?

On aurait pu penser qu’après cette entrevue, les choses allaient s’arranger. Et effectivement, ensuite Facebook n’a plus trouvé de « contenu pornographique » sur le compte du BDP . Ouf.

….Mais ils ont déniché  un mot qui heurte profondément les sensibilités. Imaginez : Kurdistan ! On trouvait le mot Kurdistan sur la page facebook du parti kurde ! Du coup le compte de la branche BDP d’Istanbul était fermé le 24 octobre dernier. Et quelques jours plus tard, c’était le compte officiel du parti  qui était à nouveau clôturé.

Et bien, il risque d’en disparaître des comptes Facebook si le mot Kurdistan est devenu contraire à leur déontologie.

Facebook aurait-il été submergé de plaintes, raison qui suffit à clôturer un compte comme l’expliquait cet été Erkan Saka (université Bilgi) à Bianet, après  la fermeture de comptes comme ceux des  Yüksekova Haber et d’ Ötekilerin Postası  ?  Ou est-ce comme le dénonce Selahattin Demirtas, le président du BDP, le fruit  d’une excellente  coopération avec le gouvernement AKP dont le réseau social souhaiterait s’attirer les bonnes grâces car il a l’objectif d’ouvrir un bureau en Turquie, où le nombre de comptes Facebook est impressionnant (et les perspectives de nouveaux profits en publicité le sont aussi). Ou les deux à la fois, peut-être…

Lors de l’entrevue qu’il avait eu la délégation BDP, le responsable Facebook Europe avait reconnu que Facebook censurait activement les pages des politiciens Kurdes (Altan Tan ou Sirri Süreyya Önder en ont fait l’expérience ). Alors qu’un processus de paix est engagé avec le PKK – même s’il n’est pas très bien engagé – on croit rêver.

Apparemment, rien n’a changé depuis l’entrevue à Londres de Septembre dernier. Mais en attendant  que les mouvements dans le collimateur créent un  réseau social indépendant (et qui devienne populaire) , le BDP a ouvert un nouveau compte…sans le mot Kurdistan dans son image de profil ! Ailleurs, je ne sais pas. Et de toute façon, il n’a été ouvert que le 29 octobre.   Seulement les mêmes risquent bien de se plaindre à nouveau. Si ça marche si bien, pourquoi se priver ?

Mais si ça continue comme ça, Facebook ne va pas tarder à devenir  un réseau social où les « amis » n’échangeront plus que des recettes de cuisine et des photos des enfants en vacances – de préférence au ski, on voit de ces choses sur les plages.  A moins qu’ils ne choisissent de faire la promotion des autorités en place…

Quant au BDP, il a aussi un compte Twitter qui fonctionne correctement.