Les journalistes turcs Ahmet Sik et Nedim Sener remis en liberté.

Ils étaient en prison (préventive, comme 106 autres journalistes) depuis 375 jours et leur arrestation dans le cadre du procès Ergenekon  avait provoqué un tollé, en Turquie et bien au-delà. Ils étaient ainsi  devenus un symbole des atteintes à la liberté d’expression en Turquie et des dérives du procès Ergenekon.

Aujourd’hui le tribunal a décidé de les remettre en liberté, en même temps que Şait Çakır etCoşkun Musluk (journalistes à Oda TV) . Les procès continuent  mais les actes d’accusation devraient être requalifiés.

Hillary Clinton elle-même s’était émue du nombre de journalistes emprisonnés en Turquie.

C’est une bonne nouvelle. Mais ce n’est pas pour autant que la furie des arrestations s’est calmée. Il est  un peu risqué d’écrire pour l’agence kurde Dicle (DIHA), si on aime la liberté ces derniers temps .Qui sait, peut-être que là aussi,  ça finira par se calmer. Malheureusement, ce n’est pas la tendance qui se profile…

Les photos d’un journaliste emprisonné exposées à Istanbul.

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La mobilisation pour Ahmet Sik, le journaliste emprisonné depuis un mois ne faiblit pas.

Ce soir vendredi 8 avril, avait lieu le vernissage de l’exposition Je suis témoin, à la galerie Karsi Sanat (Beyoglu). Organisée par des amis photographes du journalistes, elle présente une trentaine de clichés d’Ahmet Sik, tirés de la série Regard sur la souffrance des autres.

L’occasion pour ceux qui sont à Istanbul de découvrir son travail de photoreporter et d’estimer s’il s’agit du regard d’un type dont le but dans la vie était de comploter pour favoriser un coup d’état militaire… Objectif du réseau Ergenekon, à moins que ça ait changé au cours des dernières semaines.

Certes, à part quelques médias pro gouvernementaux – comme le journal Bugun – qui ont l’air d’être davantage dans le secret, personne ne connait les « preuves évidentes de la culpabilité » du  journaliste. Mais difficile quand même  d’imaginer qu’un des objectifs du réseau Ergenekon serait de partager la détresse des habitants des gecekondus (habitat informel) expropriés de force  ou de sensibiliser à la question des  mines qui bousillent la vie de civils dans l’Est du pays. Les Kurdes blessés ou tués par des mines n’ont pas du arracher beaucoup de larmes au général Veli Küçük….

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..même si ce qui fait la force de ces images, c’est qu’elles ne sont pas misérabilistes justement. Cette femme qui attend de pied de ferme cette marée de flics avec son gourdin n’est pas vraiment larmoyante. On se dit plutôt « chapeau !  » (et plein d’autres choses, tant cette image est riche)

 Mais je n’ai pas l’impression que son propos soit de dénoncer l’entrisme du réseau fetullahci au sein de la police.

Bien sûr, une page facebook : Dans l’objectif d’Ahmet SIK  Ben Tanığım Fotoğraf Sergisi vient de se créer.

En tout cas, une chose dont Ahmet Sik est assuré, c’est d’avoir de bons copains.

Après la galerie Karsi Sanat, différents espaces accueilleront l’exposition.

8-12 avril :    Karşı Sanat Galerisi (Gazeteci Erol Dernek Sokak No:11 Beyoğlu)

16-22 avril :    Evrensel Sanat Galerisi (Kamerhatun Mahallesi, Alhatun Sokak Tarlabaşı / Beyoğlu)
        ouverture : samedi 16 avril :  14:00 h

Une marche de solidarité avec le journaliste débutera une heure avant l’ouverture de l’expo. RV : 13:00 h Galatasaray Meydanı – Evrensel Sanat Galerisi

23-29 avril :   Kazım Koyuncu Kültür Merkezi (Caferağa Mah. Mühürdar Cad. No 95 / A Caferağa / Kadıköy)
        ouverture : samedi 23 avril  14:00

marche de solidarité : 13:00 h 
Kadıköy
Beşiktaş Vapur İskelesi – Kadıköy Postanesi-Kazım Koyuncu K.M.

03-08 Mai :    Nazım Hikmet Kültür Merkezi (Ali Suavi Sokağı (Sanatçılar Sokağı), No: 7 Kadıköy)
        ouverture : mardi  03 mai   19:00

Marche de solidarité : 16:00 h
Kadıköy Postanesi-Kazım Koyuncu K.M. – Nazım Hikmet K.M.        1 / 2 

L’université Bilgi, où Ahmet Sik enseigne, devrait elle aussi accueillir l’exposition à une date encore indéterminée en mai.

L’armée de l’imam mis en ligne sur le Web est bien le livre d’Ahmet Sik

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Les 102 000 internautes qui ont déclaré être en possession du manuscrit saisi la semaine dernière par la justice turque sur la page facebook « Moi aussi j’ai le livre d’Ahmet Türk », ne bluffent plus. Depuis quelques heures il est disponible  sur Internet. Et ce serait bien le vrai.

 Aydin Ergan, journaliste à Agos – le journal fondé par le journaliste arménien Hrant Dink –  qui avait lu le manuscrit confirme qu’il s’agit bien du même. Et sur son  compte twitter Yonca Sik, la femme du journaliste a accueilli la nouvelle par un « Vive la désobéissance civile », ce que les médias interprètent comme une confirmation de la véracité du document.

 

 L’objectif était peut-être de court-circuiter un mystérieux site « Imam’in ordusu » (l’armée de l’Imam) qui  annonçait depuis le week-end dernier qu’il publierait le manuscrit à la date du 11 avril, et qui pour sa part  a aujourd’hui disparu- il se déclare victime de hakers. Les internautes restaient réservés, ils n’étaient que 6000 à avoir rejoint sa page facebook, elle aussi disparue.

De son côté le site Zaman.fr, annonce que la justice accuserait le journaliste d’avoir écrit son livre sur ordre d’Ergenekon. La preuve tiendrait dans le nombre de pages. Tout ça n’est pas très clair (enfin à moi, ça ne l’est pas). Cela risque surtout d’être insuffisant comme explications pour convaincre  ceux qui connaissent Ahmet Sik, que le journaliste de gauche, pacifiste, ouvert aux minorités etc..ait pu obéir à des ordres émanant des copains ultranationalistes d’un Kerinçsiz ou d’un Veli Küçük !

Mais les « théories du complot » dont les Turcs de toutes tendances politiques raffolent, a l’avantage de permettre de s’affranchir du doute. C’est donc normal qu’il y en ait pour ne pas trouver ça bizarre.    

Au moins maintenant les Turcs pourront juger par eux-même du contenu de ce fameux bouquin, que la justice accuse d’ avoir été écrit dans l’objectif de favoriser un climat propice à un coup d’Etat.

En tout cas, L’armée de l’imam restera sans doute dans les annales comme étant le premier bestseller publié gratuitement en ligne. Il ne s’agirait cependant que d’une ébauche, l’auteur devrait donc publier l’oeuvre achevée quand il sera libéré. Ce qui promet 2 bestseller pour un seul livre. Pour ce qui est de la première version, elle se diffuserait à vitesse grand V via les mails et twitter.

Mais le feuilleton n’est sans doute pas terminé…

L’armée de l’Imam – les internautes turcs narguent la censure sur facebook

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En 2 jours, plus de 65000 internautes turcs ont rejoint une page facebook    pour y déclarer  » Moi aussi je possède le livre d’Ahmet Sik « (Ahmet Sik’in Kitabi Bende de Var). Pourtant L’armée de l’Imam, le livre en question, une enquête du journaliste sur l’influence du mouvement de l’imam Fethullah Gülen, n’a pas encore été publié. Mais s’il rassemble déjà autant de fans prétendant le posséder, ce n’est pas une opération de marketing de sa maison d’édition. C’est la réponse d’internautes en colère contre la justice turque, qui vient de déclarer complices d’une organisation criminelle,  tous ceux qui auraient le manuscrit en leur possession, et refuseraient de le lui remettre. 

Jeudi dernier, le procureur Zekeriya Öz, a fait saisir tous les manuscrits dont la justice, qui en possèdait déjà un exemplaire, avait connaissance. Des policiers ont fait une descente à la rédaction du quotidien de gauche Radikal, à la maison d’édition Ithaki et au bureau de l’avocat du journaliste. Les ordinateurs ont été fouillés, les fichiers contenant le manuscrit copiés puis détruits. La femme du journaliste et tous ceux qui possèderaient une copie du manuscrit sont sommés de le remettre à la justice, sous peine d’être inculpés de complicité avec le réseau Ergenekon, un réseau accusé de comploter pour renverser le gouvernement.

La police va avoir du boulot si elle doit aller fouiller les ordinateurs de tous les internautes qui s’accusent spontanément. Et la justice découvre que la censure, qui faisait partie des habitudes jusque dans les années 90, n’est plus considérée comme « acceptable aujourd’hui. D’autant que la saisie d’un manuscrit qui n’était même pas sous presse, est quand-même une première.  

Quant à l’auteur, cela fait maintenant trois semaines qu’il est en prison, sans qu’on sache davantage ce qui a justifié son incarcération. Et ce n’est pas cette saisie sur l’ordinateur d’un de ses amis journaliste auquel il avait demandé de relire le manuscrit, de son avocat et d’un éventuel éditeur, qui suffit à convaincre qu’il participait à un complot avec une bande de criminels. Difficile par contre pour le procureur de continuer à affirmer que l’inculpation des journalistes n’a rien à voir avec leur métier.

On se demande bien ce que peut contenir ce manuscrit, dont la publication risquerait de favoriser un coup d’Etat et dont la possession suffit à faire de son possesseur un complice du réseau Ergenekon. Mais il  est probable que ce bouquin finira pas être publié. Et du coup, qu’il s’agisse d’une investigation sérieuse ou d’un ramassis de sottises, sa promotion est faite. Le procureur Zekeriya Öz s’en est chargé.

Mais que va faire la justice face à ces internautes séditieux ? Va-t-elle fermer l’accès à Facebook après celui de Blogspot, pour les faire taire ? Cela risquerait d’être mal perçu dans un pays dingue de facebook. Même si les internautes y sont tous devenus champions dans l’art de détourner la censure sur Internet, ils commencent à en avoir ras le bol.

Si elle avait mis autant d’énergie ces dernières années à tenter de démêler l’affaire Dink, des Chrétiens de Malatya et de Trabzon, ou l’affaire Semdinli, qu’elle met à traquer un simple manuscrit, « susceptible d’apporter un support moral et de redonner de la motivation aux membres d’Ergenekon », le procès d’Ergenekon et de l’état profond, qui avait soulevé tant d’espoirs en Turquie, aurait sans doute bien avancé. Et dans ces affaires, c’est d’assassinats qu’il s’agit.

Il n’y a que la bonne conduite du procès Ergenekon qui puisse démoraliser les membres de ce réseau. Mais le tour qu’il prend  ne doit pas tellement y contribuer.

Ajout du 31 mars (3 jours plus tard).

Plus de 100 000 internautes ont désormais rejoint la page facebook « Moi aussi j’ai le livre d’Ahmet Sik ».

Mardi, le procureur Zekeriya Öz, était promu au Conseil supérieur de la magistrautre (HSYK), à la surprise de l’intéressé qui n’avait demandé aucune mutation.  Un nouveau procureur devrait être chargé de l’affaire Ergenekon. La veille, le président Abdullah Gül déplorait le tour que prenait cette affaire, vraiment pas géniale de plus pour l’image de la Turquie, relevant lui aussi, qu’elle faisait une  excellente promotion du livre par contre. Nous sommes bien d’accord, monsieur le Président.

 

Ayla, journaliste turque, manifeste à Istanbul après l’arrestation d’Ahmet SIK (et des autres)

 

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Le procureur d’Istanbul, Zekerya Öz, vient d’ordonner la mise en détention  des deux journalistes d’investigation Nedim Sener et Ahmet Sik, désormais inculpés pour participation  à une organisation terroriste dans le cadre du procès Ergenekon. Cette nuit, ils  ont été déférés à la prison de Metris.

Or c’est  l’arrestation de ces 2 journalistes, connus  au contraire pour leurs enquêtes dérangeantes sur le réseau Ergenekon, pour lesquelles ils ont pris des risques, qui a provoqué la vague d’indignation parmi les journalistes de Turquie. Ils ont été  des milliers à manifester leur colère et leur inquiétude à Istanbul et à Ankara,  le vendredi 4 mars. 

La Turquie, où 61 journalistes sont emprisonnés et des milliers d’entre eux objets de poursuites, est régulièrement montrée du doigt pour ses atteintes à la liberté de la presse. Le procès Ergenekon, du nom d’ un réseau suspecté de comploter pour renverser le gouvernement AKP, est de plus accusé d’être instrumentalisé pour museler la presse d’opposition. Et de nombreux journalistes kurdes sont traînés devant les tribunaux, accusés de soutenir le PKK.

  » Hormis un cercle proche du pouvoir AKP, tout le monde en Turquie est passible d’être accusé d’appartenir à une organisation terroriste », s’insurge Sezgin Tanrikulu, l’ancien président du barreau de Diyarbakir et membre du CHP, rapporte le Daily’s Hürriyet.

Sentiment partagé par les journalistes de l’ opposition, dans toute sa diversité. Même  quelques éditorialistes, réputés  pourtant proches de l’AKP, ou de la communauté gülen, comme Mustafa Akyol,  s’inquiètent sérieusement du tour que prend ce procès. Mais beaucoup de journalistes de ce courant choisissent de faire confiance à la justice, rapporte Erkan sur son site.

 Ayla, une journaliste turque, consoeur et amie d’Ahmet Sik, explique dans un billet mis en ligne sur le site journalistinturkey, pourquoi comme beaucoup d’autres, elle a manifesté le vendredi 4 mars. Voici la traduction de son billet, La Turquie confond terrorisme et journalisme.  

 

« Jeudi matin je préparais le café en baillant, comme d’habitude. Et comme d’habitude la chaine de TV d’infos ATV était allumée. Le présentateur annonçait que la police était en train d’effectuer des perquisitions dans 11 maisons, à Istanbul et à Ankara. Des informations devenues habituelles depuis que les opérations contre le réseau Ergenekon et le premier procès ont commencé, en 2007. Si bien que je continuais mes préparatifs du matin.

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C’est alors que j’ai entendu un nom familier, Ahmet Sik. Ahmet ? Comment était-ce possible ! ? Ahmet est un ami et un collègue, dont le profil n’a vraiment rien à voir avec celui des suspects du réseau Ergenekon. Ce n’est ni un kémaliste radical, ni un ultra-nationaliste. Impossible d’imaginer qu’Ahmet Sik puisse aider des conspirateurs complotant à un coup d’Etat militaire, ou qu’il puisse secrètement les soutenir.

 

Je le connais comme étant  une personne libérale, pacifiste, anti-militariste. Sa vision du monde et ses travaux l’ont même contraint à des sacrifices. Il n’a absolument rien à voir avec Ergenekon, à moins d’avoir une double vie, digne d’un film hollywoodien.

Ahmet travaillait pour le journal Nokta, qui a du fermer après qu’il ait publié des extraits du journal intime de l’amiral Özdek Ornek. Ces textes révélaient les tentatives de coups d’Etat, bien avant que le procès Ergenekon soit entamé. En quelque sorte, c’est à cause d’Ergenekon qu’Ahmet a perdu son job.

Il a ensuite travaillé en free-lance, enseigné le journalisme et écrit des livres. Il était en train d’écrire un livre sur l’infiltration de la police par la communauté (cemaat) islamique de Fetullah Gülen. Je ne sais rien de plus de ce projet.

Nous avons voyagé ensemble dans le sud-est kurde ainsi qu’ au Kurdistan irakien, pour des reportages sur les Kurdes. Je n’ai jamais perçu la moindre trace de nationalisme chez lui. Pendant notre séjour au Kurdistan irakien, il écoutait continuellement des chansons de Yasar Kurt sur son i-pod. Yasar Kurt est un chanteur turc anti militariste.

Il y a des années, il avait organisé une expo photos sur les civils blessés par des mines dans l’est de la Turquie.

Mais c’est ainsi, Ahmet a été arrêté en même temps que 6 autres personnes ce jour là. Il est suspecté d’appartenir au réseau Ergenekon, qui planifiait de créer les conditions propices pour un coup d’Etat en Turquie, et promouvait la haine entre les gens ».

 

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(arrestation de Nedim Sener, journaliste à Milliyet, consacré « héros pour la liberté d’expression par l’Institut international de la presse (IPI) pour son livre  Le procès Hrant Dink et  les mensonges des services secrets. Il a depuis publié Vendredi rouge – Qui a brisé le stylo de Hrant Dink ? et Fethullah Gülen et la communauté Gülen dans les documents d’Ergenekon )

 

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 (même sa voiture est perquisitionnée. Les ordinateurs, livres, photographies  des journalistes sont confisqués)

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(Les voisins de Nedim Sener accrochent des drapeaux turcs à leurs fenêtres pour protester contre son arrestation. Sa femme, qui souffre d’une maladie cardiaque a du être hospitalisée).

 

« L’ arrestation d’Ahmet a réveillé beaucoup d’entre nous, qui jusqu’ici nous contentions de râler et de grogner contre les procédures Ergenekon, sans jamais vraiment prendre position. La plupart d’entre nous n’approuvions pourtant pas  ces perquisitions au petit matin et ces arrestations devant les caméras de télévision, ni ces détentions super longues (le journaliste Mustafa Balbay est incarcéré depuis maintenant 36 mois. Mais je n’ai pas eu beaucoup de sympathie pour lui, parce que c’est un kémaliste pur et dur. Le serpent qui ne me touche pas, peut vivre pendant mille ans, dit un proverbe turc ). »

 

 

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(arrestation de l’écrivain ulusalci (gauche très nationaliste, très hostile à l’AKP) Yalçin  Küçük. Il a été mis en détention, ainsi que 4 journalistes du site OdaTV.com  – Autres images de ces arrestations sur la galerie photo d’Hürriyet, et un article de la version anglaise du même journal donnant des détails sur le profil des différents inculpés).

 

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« Aujourd’hui, vendredi, plusieurs milliers de journalistes se sont rassemblés pour protester contre ces arrestations. Pour la première fois, beaucoup d’entre nous ont rejoint une manifestation anti Ergenekon. Ce n’est pas ce que nous espérions de ces procès qui promettaient de révéler les plans des comploteurs et de les punir pour en finir une bonne fois pour toutes avec les coups d’Etat militaires en Turquie.

Nous formions un cortège étrange, sur l’avenue Isktiklal. Devant il y avait les libéraux, les manifestants de gauche ou d’extrême gauche, suivis de nationalistes portant des drapeaux et chantant des slogans pro militaristes. Je me sentais un peu embarrassée.

Nous marchions pour la même cause, mais avec des slogans et des interprétations différentes. J’espère que le gouvernement a reçu le message, même si j’en doute. Les journalistes qui sont sensés être le quatrième pouvoir, sont l’acteur le plus faible dans la société turque.

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Je me demande quel rôle a le journaliste dans le projet que Monsieur Erdogan nomme  » ileri demokrasi « , démocratie avancée« .

Ayla Aybayrak. Journaliste Istanbul.

article original (en anglais) sur le blog journalistinturkey.com

Et un article de Bianet, journal en ligne auquel Ahmet Sik collabore.

 

…. Ayla et les autres devraient se rassurer, le procureur Zekerya Öz vient d’annoncer que les arrestations d’Ahmet Sik et de Nedim Sener n’avaient rien à voir avec leur métier de journaliste, mais qu’elles se fondaient sur des preuves évidentes. Juste dommage  qu’il lui soit impossible de révéler lesquelles, à cause de la confidencialité de l’enquête. On peut craindre que  la confiance en une justice impartiale dans la conduite du procès Ergenekon  soit sérieusement ébranlée, chez les journalistes en colère.