20 mars : Les feux de Nowruz s’allument à Bakou, les fumées se répandent en Turquie

A Bakou, comme partout où il est fêté, Nowruz débutait le mardi 20 mars. A 5 heures 17 du matin exactement. Normal, c’est à cette date et à cette heure qu’avait lieu l’équinoxe cette année sur la capitale de l’Azerbaijan. (en fait le président Alijev l’a même ouvert le 19 ! Certains médias turcs vont-ils dénoncer un « Nowroz précoce »? )  Il débutait un peu plus tôt ou un peu plus tard, ce même mardi 20 mardi, dans toute  l’aire culturelle où la fête est célébrée.

Petits veinards, les habitants de ce pays très ami de la Turquie, ont 6 jours pour célébrer l’arrivée du « jour nouveau » et du nouvel an : du mardi 20 au lundi  26 mars, contre seulement 3 jours – du 20 au 23 pour les Iraniens.  Les jeunes de Yüksekova  qui y sont étudiants, ont du apprécier la différence cette année. Et selon eux c’est sympa Bakou.

Mon ami Faik, qui avait filé de Diyarbakir sur Van avec la pelleteuse de son entreprise, dès l’annonce du séisme en novembre dernier, aurait mieux fait de profiter de Nowruz/ Newroz pour répondre à l’invitation des sauveteurs azéris – « des types exceptionnels »- avec laquelle il avait fait équipe pour sauver des vies à Erçis.

Je n’ai pas encore déniché d’images du  Nowruz 2012 à Bakou. Mais en  voici  de 2011

 

Chez les Kurdes de Turquie, les festivités ayant aussi  été  interdites ce mardi 20 mars, et voilà ce que ça  a donné  ce jour là à Yüksekova.

même chose  à Van, Batman, Cizre, Mersin (où comme dans d’autres villes, le Vali avait d’abord donné son accord avant de la retirer sur ordre du nouveau ministre de l’intérieur ) ,  Urfa….. vidéo ici)

 

Un policier a été tué  et des dizaines de personnes ont été  blessées ce jour là encore, dont Ahmet Türk, à Batman. L’ancien président du BDP a eu ‘un malaise cardiaque après que les forces de polices aient lancé une bombe lacrymogène dans le bus avec lequel il arrivait  en compagnie d’autres responsables du BDP, comme Aysel Tugluk. Et l’œil au beurre noir qu’on lui voit sur cette vidéo,  aurait été  une  façon de lui souhaiter sa fête (de Newroz)par un policier,  lorsqu’il en descendait , déjà mal en point.

 

Beaucoup plus de fumées que de lumières le 20 mars  pour la même fête,  chez le grand  voisin de l’Azerbaijan. Où officiellement – et après avoir été totalement interdit –  le « Nevruz » ne doit plus  se fêter que le 21 mars, c’est à dire le jour du printemps…dans le calendrier grégorien. Un printemps qui débute presque avec l’équinoxe. Mais pas tout à fait.

Dans Hurriyet Today,  Mustafa Akyol, qui n’éprouve  aucune sympathie ni pour le PKK, ni même pour le BDP, mais qui ne craint pas le W comme si elle était une lettre magique  parle « de la stupidité d’interdire Newroz » )

 

 

 

 

 

Hakkari 3-0 pour le BDP, le parti kurde aura 35 députés à l’Assemblée

C’est la fête à Hakkari. Ils voulaient les 3, ils ont élus 3 députés BDP !

En espérant pour eux que les voix des Turcs de l’extérieur ne viennent pas changer la donne dans 2 jours, comme en 2007, oû seul Hamit Geylani avait finalement été élu.

Cette fois Esat Canan, Selahattin Demirtas et Adil Kürt sont tous les trois élus.

Et le résultat serait garanti. Ils ont été élus haut la main.Le BDP a frôlé  les 80¨% des suffrages aux législatives du 12 juin 2011. Le même score presque qu’aux élections municipales de 2009.

Et apparemment le BDP a tiré des leçons du précédent scrutin, où il présentait pour la première fois des indépendants (Bagimsiz).  Le gaspillage de voix a sûrement été moindre. Le découpage des zones attribuées aux candidats a du être mieux penser. Et les électeurs ont du davantage voter pour le candidat de leur zone électorale officieuse.

C’est la fête pour le parti kurde en général, qui aurait même  36  députés selon les Yüksekova Haber.  Les 36 ème est  Ibrahim Binici élu à Urfa qui a donc  2 députés BDP, au lieu d’un. Le BDP  est majoritaire dans 7 provinces  :  Mus, Diyarbakir, Mardin, Batman,  Sirnak, Hakkari et Van.

Diyarbakir aurait  6 députés BDP (au lieu de 4) dont Leyla Zana qui fera son retour à l’Assemblée. Şerafettin Elci pour qui mes amis allaient voter dans le quartier de Sur, est aussi élu. L’AKP n’en aurait donc que 4.

A Istanbul,  3 députés BDP sont élus, dont Sirri Süreyya Önder.

Belle revanche sur 2007.   Ahmet Türk, lui aussi élu à Mardin, ne dira pas l »‘AKP nous a brûlé ».

Un peu moins vides que le jour du meeting de Tayyip Erdogan, les rues d’Hakkari à l’annonce des résultats.

Évidemment avec près de 50% des suffrages, l’AKP de son côté doit être content de sa victoire – même s’il n’aura  pas la majorité qualifiée à l’Assemblée –  et le MHP d’avoir résisté (13% ). Il n’y a que le CHP qui doit être déçu de n’avoir pas  davantage  progressé ( 26%).

Comme c’était prévisible,  Tunceli, la province d’origine de Kemal Kiliçdaroglu, envoie 2 députés CHP à l’Assemblée.  Le chanteur Ferhat Tunç, candidat du BDP, n’y a pas été élu. Certains de ses sympathisants n’ont pas apprécié et ont montré leur amour pour la démocratie en caillassant la permanence du parti vainqueur.

Et à Hopa (province d’Artvin) , sur la Mer Noire où un militant écologiste est mort lors d’une manifestation, le CHP a fait un bond de 33 à 50 % des voix.

 

 

 

 

 

Hrant Dink, le nez cassé d’Ahmet Türk et séismes en Turquie.

Ahmet Türk

C’est souvent après une crise que les choses changent radicalement. Elle s’avère alors révélatrice de mouvements et de réalités existant dans la société, jusqu’alors plus ou moins occultées par d’autres phénomènes.

 

tremblement de terre, Turquie 1999

En Turquie, le tremblement de terre d’Izmit en Aoüt  1999 , avait marqué un tournant dans les relations avec les cousins  grecs. Tout le monde me parlait l’été qui avait suivi,de l’énorme mouvement de solidarité des voisins grecs après cette catastrophe. Cet élan avait été l’amorce d’un réchauffement des relations greco-turques.

 

Hrant Dink L’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink, en Janvier 2007,  avait provoqué un autre séisme. Si certains s’étaient empressés d’ériger son assassin en héros, une immense émotion avait traversé le pays. A Istanbul un  cortège de centaines de milliers de personnes avait accompagné ses funérailles. Sans compter tous ceux qui les avaient suivies sur leurs postes de télévision.

Depuis le mouvement se poursuit au sein de la société. Des grand-parents arméniens, plus ou moins cachés jusque là, reprennent leur véritable identité au sein de familles. Lors de mon dernier séjour de quelques jours  à Diyarbakir,, deux personnes m’ont spontanément parlé de grand père arménien. La famille d’une jeune femme avait même retrouvé au Liban, puis accueilli en Turquie, des membres de la branche arménienne. Et on trouve des exemples comme ceux là dans toute la Turquie.

2 ans et quelques mois après sa mort, un processus de normalisation des relations avec la république voisine d’Arménie , un des souhaits du journaliste assassiné était enclenché.

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Si le procès Hrant Dink piétine, les assassinats ciblés contre des Chrétiens ont cessé, depuis que certains ont été mis à l’ombre dans le cadre du procès Ergenekon. Difficile de n’y voir qu’un hasard.

 

 

A côté d’un tremblement de terre, ou de l’assassinat de Hrant Dink, le nez cassé d’Ahmet Türk par Ismail Celik le 12 avril à Samsun, pourrait paraître un peu insignifiant. Mais la vague de solidarité et de sympathie venue de tous les partis et de tous les segments de la société, pour l’ancien président du DTP, l’est beaucoup moins, alors qu’il y a moins d’un an encore, le chef du gouvernement, Recep Tayyip Erdogan refusait ostensiblement de s’adresser à  celui qui était le dirigeant du parti kurde. Depuis l’agression de Samsun, il lui a téléphoné deux fois en moins d’une semaine.

 

lynchage convoi DTP, 23 novembre 2009 Izmir On est loin aussi des réactions qui avaient suivi le lynchage d’un convoi du DTP le 23 novembre dernier à Izmir. La molle réprobation avait souvent été tempérée d’accusation de provocation à l’encontre du DTP. Certains témoins assuraient que des drapeaux du PKK avaient été brandis dans ce convoi. Je n’en ai trouvé aucune trace parmi les images de cette journée divulguées sur Internet. Or ce serait un peu étonnant que les nombreuses caméras de TV et des téléphones portables des lanceurs de pierres en costume de ville et tailleurs, les aient tous loupés.

C’était peut-être  les drapeaux – du PKK en effet – agités lors de l’accueil des  réfugiés et des combattants du PKK, rentrés en Turquie dans le cadre de l’Acilim (ouverture)  par les foules qui les acclamaient partout où ils passaient à l’Est du pays, que certains avaient cru voir à Izmir! Quoique qu’il en soit, cette molle réprobation et les visages découverts des lyncheurs, ne craignant guère de passer ensuite un sale quart d’heure dans les locaux de la police, indiquaient que caillasser des sympathisants du parti kurde, n’était pas  bien grave.   Evidemment, les pierres avaient volé ensuite à Hakkari – « Et nous alors,  quand on caillasse,  on est des terroristes ? !! « 

 

saldirgan-tutuklandi-40811.1271215935.jpg Mais pas de chance pour Ismail Celik, l’agresseur d’Ahmet TürK,  le son de cloche a changé. Tout le monde s’insurge (ou presque) contre cette agression. A Samsun c’est même  tout l’éventail politique qui signé une déclaration commune .

 

 

Il faut dire que l’interdiction du DTP par la Cour Constitutionnelle le 12 décembre dernier, si elle en avait  satisfait  beaucoup, n’avait pas fait l’unanimité en Turquie. Et l’incompréhensible décision prise par cette même Cour d’exclure Ahmet Türk, ainsi que d’autres personnalités modérées comme Ayse Tugluk ou Selim Sadak et quelques autres, de toute vie politique a été encore moins comprise. De plus beaucoup ont craint lors les tensions de l’automne que la société se polarise davantage. Tout le monde n’a pas envie de faire « un ennemi » des collègues de travail, ou d’université, des voisins ou de la belle-famille.

Parmi les siens, cette nouvelle interdiction n’a bien sûr fait qu’accroître une popularité, qui s’était  déjà amplifiée quand quelques jours avant cette décision de justice, Ahmet Türk avait dénoncé l’attaque de Tokat (ouest) dans laquelle 7 soldats avaient été tués, et qu’à la surprise de bien de ses sympathisants, persuadés d’y voir la main d’Ergenekon, le PKK venait de revendiquer.

3 mois après que la Cour Constitutionnelle ait décidé de lui interdire toute activité politique (et en lui faisant perdre son immunité parlementaire, de l’envoyer vers les tribunaux), c’est l’ensemble de la classe politique de Turquie, du Président de la République aux leaders de l’opposition en passant  par le mouvement kurde qui  s’émeut de l’agression dont Ahmet Türk a été l’objet, comme  on le fait pour toute personnalité  politique incontestée et respectée. Pour une fois que tout le monde est d’accord, ce n’est pas pour légitimer une décision de justice.

Celui qui est passible de nombreuses années de prison pour « soutien, propagande etc..à une organisation terroriste » est même comparé pour certains côtés à Gandhi dans un article de Radikal. L’an passé dans un article traduit du même journal ,  Ismet Berkan cherchait vainement un Martin Luther King pour les Kurdes, désolé qu’Ahmet Türk l »‘homme le plus pacifiste (qu’il) connaisse » ne puisse endosser ce rôle,  à cause des liens entre le parti kurde et le mouvement armé (PKK). Certes, si le PKK était un mouvement pacifiste, la question serait plus facile à résoudre. Mais cette manie de vouloir trouver l’interlocuteur rêvé, au lieu d’en chercher dans les réalités du pays ne peut conduire qu’à l’impasse. Et connaissant le destin tragique du pasteur américain, il vaut mieux souhaiter à Ahmet Türk de ne pas  devenir le Martin Luther King kurde.  Les « martyrs « sont assez nombreux au sein du mouvement kurde. (toutes tendances confondues, bien évidemment. Certains s’imaginent qu’il est né avec le PKK ! )C’est déjà bien assez d’être Ahmet Türk.

 

Certains groupes se sont bien sûr empressés de faire de l’agresseur un de leurs héros.  Dans les médias, on peut lire des commentaires légitimant ce nouvel acte de violence. L’articlei de Yilmaz Özdil, dans Hurriyet a provoqué un tollé. Les avocats du barreau de Diyarbakir ont déposé plainte contre des  propos aussi élevés que « (le poing de Celik)  a exprimé le sentiment de beaucoup dans le pays » ou   » Comment peut-on qualifier de racisme un coup porté contre le leader d’un parti, lorsque faire feu sur des enfants (allusion au PKK qualifié de « tueurs d’enfants »dans les milieux d’extrême droite)  est un droit démocratique »!

Ayse Karabat, dans un  article publié dans Today’s Zaman, revient sur les traumatismes qui ont affecté la population en  25 ans de conflit  et sur cette légitimation de la violence. Pour Sezgin Tanrikulu en premier lieu, ce sont les leaders politiques qui doivent la dénoncer. Ils ont été les premiers à la légitimer durant toutes ces années.

Il y a du boulot sur la planche. Aujourd’hui, lundi 19 avril, c’est le ministre de l’énergie, Taner Yildiz, qui a été molesté par un autre excité, pendant les obsèques d’un soldat, à Kayseri. On a même craint un moment qu’il lui ait  brisé le nez. Non, une coupure simplement. Mais il semble qu’ il y a un syndrôme « Celik » dans l’air.

La question de la délocalisation des procès, systématiquement décidée dans l’intêrêt des accusés est aussi posée. Ce n’est pas la première fois que des proches de victimes sont malmenées lorsqu’elles se rendent  à un procès, délocalisé pour « raison de sécurité ».

Le nez cassé d’Ahmet Türk à Samsun sera peut-être un séisme symbolique qui  amorce un  tournant… Il est trop tôt pour le conclure.  Mais  cela a été l’occasion en tous les cas, pour  beaucoup de ceux qui rejettent  ces discours haineux, de l’exprimer au leader kurde. Et dans le cas présent,  le « Yalniz degiliz  » (nous ne sommes pas seuls) qu’il a prononcé ensuite, semble avoir eu un effet apaisant sur la colère qui montait chez ses sympathisants…

 

..dont à Yüksekova, « Derviche  » fait partie et parmi les  plus fervents ! Sympa leur complicité sur cette photo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ahmet Türk molesté à Samsun, ça chauffe dans la montagne kurde d’ Hakkari.

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Ahmet Türk  molesté par un assaillant à Samsun et dans la province d’Hakkari, les villes s’embrasent.

Mardi 13 avril, ça a commencé comme d’habitude par des magasins fermés, des  manifestations de protestation, puis par des heurts avec les forces de police, où les gosses étaient au premier rang.. Et ça a du être particulièrement violent, le gouverneur annonce 9 blessés, dont 6 policiers et 9 arrestations. Yüksekova aussi explosait.

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Sur cette vidéo, on voit une mère d’Hakkari qui tente de s’interposer entre les forces de l’ordre et son fils de 14 ans, Hatip Kürt trainé par des policiers qui l’ont salement amoché .Sa mère les suit avec ses chaussures qu’elle a ramassées. Le gosse sera conduit à l’hôpital de Van. Depuis deux policiers ont été suspendus de leur fonction, et la famille a porté plainte.

Dans l’article du Yüksekova Haber la mère d’Hatip Kürt  explique qu’à cause des manifestations, elle était sortie chercher son fils à la sortie de l’école. On imagine  assez mal cette dame au milieu d’un groupe de jeunes encagoulés lançant des projectiles contre la police. Mais évidemment ils devaient courir moins vite  tous les deux, que ces jeunes devenus experts dans l’art de narguer les forces de l’ordre.


La colère gronde donc à nouveau, alors que cette année les festivités de Newroz se sont déroulées sans violence – chacun y ayant mis du sien pour ça.   Et  ses fidèles ont même pu célébrer l’anniversaire d’Abdullah Ocalan au début du mois, sans que personne ne les en empêche alors que le pélerinage dans le village du leader du PKK emprisonné s’était soldé par 2 morts tués par balles, l’an dernier. Mais dans la région, ce n’est jamais quand on s’y attend que ça explose.

Le maire de Diyarbakir, Osman Baydemir, a de nouveau piqué une colère noire. Les mots doux ont encore volé. De toute façon, il a déjà un procès au nom de l’article 301 sur le dos, depuis celle du 24 décembre dernier, lorsqu’il avait appris l’arrestation d’une partie des élus de sa ville – et d’ailleurs dans la région.

 

 

La veille, Ahmet Türk, l’ancien président de l’ex DTP (interdit en décembre dernier et devenu le BDP. Son président étant quant à lui banni de la vie politique par la même Cour constitutionnelle) était à Samsun, sur la Mer Noire, où il assistait au procès dit de Bulanik. Dans cette petite ville de la province de Mus, deux commerçants qui attendaient des manifestants armés d’une Kalachnikov, avaient tué 2 personnes et  blessé plusieurs  autres le 15 décembre dernier. Le procureur a requis une peine de prison à vie contre le tireur.

En sortant du tribunal, Ahmet Türk a été assailli par un fou furieux malgré un cordon policier qui aurait du le protéger, mais bien peu efficace. Il a du être hospitalisé  dans un hopital d’Ankara pour une fracture du nez.

Ce qui commence à devenir une habitude. Samedi dernier, il avait déjà été hospitalisé, des gaz lacrymogènes ayant été lancés par les forces de l’ordre contre une manifestation organisée par une plate forme civile réclamant une réforme constitutionnelle  plus poussée, et à laquelle il prenait part à Kadiköy (Istanbul).

L’agression de Samsun a fait déborder le vase. D’autant plus que l’affaire de Bulanik est sensible. Mais surtout parce que les 150  policiers mobilisés pour devant le tribunal se sont  montrés bien peu efficaces,  alors que le procès avait été délocalisée pour des raisens de sécurité et que la police  aurait du être particulièrement vigilante.

 

saldirgan-tutuklandi-40811.1271215931.jpg Ismail Çelik (27 ans) l’agresseur a été arrêté.le lendemain – à Hakkari ça aurait moins traîné, mais mieux vaut un peu tard que jamais. Il affirme avoir agi sans complicité, évidemment. Mais avec le lancement de la réforme constitutionnelle – ainsi que tout le reste – la période est sensible et ça peut être tentant de vouloir provoquer les Kurdes pour semer la pagaille.

Selon Aysel Tugluk, elle aussi ex députée du DTP,  bannie de la vie publique,  l’accueil fait aux membres et ex membres du parti kurde par les habitants de Samsun était très amical. Bref, tout ça ne plait pas forcément à tout le monde. Ca n’avait pas plu entre autre à une bande d’excités venus hurler « PKK defol ! » – dehors le PKK –  à la sortie du tribunal. 

Beşir Atalay, le ministre de l’intérieur, qui a rendu visite à Ahmet Türk à l’hopital,  ne  fait pas entièrement confiance à la version de l’irascible agresseur non plus. Il annonce qu’une enquête est ouverte. Deux responsables de la police ont été suspendus de leur fonction.

Chose inhabituelle, l’agresseur a présenté ses excuses., au peuple turc (sans vouloir faire un jeu de mots entre Türk halkin et Ahmet Türk, vraisemblablement). Il y a peut-être été un peu poussé. Il faut dire que la condamnation de cette agression est unanime. Du  président de la République, Adbullah Gül et du chef du gouvernement Recep Tayyip Erdogan qui a téléphoné à Ahmet Türk des USA pour prendre de ses nouvelles, aux leaders de l’opposition. Deniz Baykal a exprimé son afflliction, ce qui  peut surprendre, d’autant que lui même avait été plutöt mal reçu par les sympathisants du parti kurde à Van. Et plus surprenant encore, Devlet Bahceli, le leader du MHP, parti d’extrême droite, a réprouvé cette agression et même le responsable du BBP, le parti de la Grande Turquie (ultra nationaliste) de la province de Samsun.

Est-ce que malgré lui, Ismail Çelik aurait relancé l’acilim (ouverture démocratique), bien en panne ces derniers temps ? Mais mouvement politique kurde et société civile attendent  aussi  que les promesses ne restent pas lettre morte et que toute la lumière soit faite sur cette agression.   

On voit  aussi que depuis que la Cour constitutionnelle a décidé de l’exclure de la vie politique, Ahmet Türk a pris davantage de poids dans le coeur des sympathisants du parti pro kurde, et probablement au-delà. Au sein du mouvement, Ahmet Türk, Ayse Tugluk et Osman Baydemir semblent être devenus le trio incontournable. Deviendrait-t-il la personnalité kurde de l’acilim ? En tout cas,  avec cette agression le slogan « Chaque Kurde est Ahmet Türk » est né. Et comme tout le monde ou presque  en Turquie a l’air de s’inquiéter  de sa santé, comme pour quelqu’un qu’on aime bien, il  y a peut-être un terrain d’entente possible.

« Yalniz degiliz! »  Nous (les Kurdes) ne sommes pas seuls » a-t-il déclaré pour calmer les esprits, à sa sortie de l’hôpital, évoquant les très nombreuses  marques de sympathie reçues de tous les segments de la société et des 4 coins de la Turquie.

Quant aux « enfants d’Apo », ces gosses qui réagissent au quart de tour dès qu’ils entendent qu’on aurait touché à un cheveu de leur leader, et n’oublient aucun de ses anniversaires (de naissance, de son arrestation etc..), ils montrent qu’ils peuvent  se reconnaitre et protéger et d’autres « pères ».

Leurs parents, pour leur part, ne rêvent pas, en général, de les retrouver en  garde à vue, à  l’hôpital, (3 gosses au moins grièvement blessés ce jour là), en  prison ou dans la  montagne avec les héros de la guerilla.  Comme la mère de Hatip Kürt  qui, par prudence, était sortie attendre son fils à la sortie de l’école….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Erdogan accepte de rencontrer Ahmet Türk (de Yüksekova)

Première entrevue Recep Tayip Erdogan- Ahmet Türk

Dans la famille qui m’accueillait, c’est Semra qui l’a annoncé à son père. Evidemment, quand les info ont annoncé la nouvelle lundi soir, elle a fait parler dans les foyers de Berfican, le village de l’ancien député Esat Canan, dans la sous-préfecture de Yüksekova où je passais la soirée. Recep Tayip Erdogan, le premier ministre turc acceptait enfin de rencontrer Ahmet Türk, le président du DTP, le parti kurde. Il se refusait jusqu’à lui serrer la main depuis que ce parti avait envoyé une vingtaine de députés au Parlement aux élections de Juillet 2007. Motif, le DTP refuse de dire que le PKK est une organisation terroriste… comme les millions d’électeurs qui ont permis au parti de remporter de nombreuses municipalités dans la région kurde et qui refusent de qualifier « ceux de la montagne » de terroristes.

Comme il fallait s’y attendre, le CHP (le parti kémaliste) et le MHP (extrême droite) râlent. « En quoi le DTP a-t-il changé? ». Décidément, le CHP – qui s’affirme de gauche – ne change pas non plus. Ces deux partis n’ont quasiment plus aucune représentativité dans la région, on se demande pourquoi.

Le lendemain ceux qui me disaient au revoir quand je quittais le village étaient plutôt optimistes. On pensait enfin qu’une vraie volonté de régler la question kurde commençait à se manifester. Jusqu’ici, on avait le sentiment que la Turquie voulait régler la question sans les Kurdes. Ou seulement avec « ceux qui sont sages ».

Or dans la région d’Hakkari, rares sont ceux qui n’ont pas au moins un(e) cousin(e) qui ait rejoint la montagne. Les familles des « sehits » (martyrs) sont légion, un frère, une soeur, un cousin montant remplacer celui qui vient de tomber. Et on n’y compte plus les villages détruits dans les années 90.  Si l’AKP y avait fait un score inespéré aux élections législatives, en remportant in extrêmis deux des trois sièges de députés, aux municipales du printemps dernier, ça a été un raz de marée DTP. Avec des scores dépassant les 80%, même les villages de korucu – les gardiens de village, armés et payés par l’Etat contre le PKK – y ont voté DTP !

Hier soir, la veille de l’entrevue, j’évoquais cette rencontre avec un (farouche) sympathisant du DTP. Comme j’admirais l’habilité politique de Tayip Erdogan et sa capacité à prendre ainsi tout le monde « par suprise », il reconnaissait qu’Erdogan était certainement avec Ozal, qui n’était pourtant pas sa tasse de thé non plus, le meilleur Premier Ministre de ces dernières décennies en Turquie. Il n’apprécie ni le côté religieux, ni le nationalisme qui anime le Premier Ministre turc. Mais selon lui, c’est bien parce qu’Erdogan, sans avoir les oeillères de certains de ses prédécesseurs, est aussi un nationaliste, qu’il a la capacité d’apporter une solution à la question kurde : « Un politicien de gauche ou plus franchement démocrate serait immédiatement accusé de vouloir diviser le pays« .

Le Yuksekova Haber fait sa Une d’un micro trottoir de réactions à l’entrevue entre le PM et Ahmet Türk. Ceux qui lisent le turc constateront qu’elle fait plutôt plaisir aux habitants interrogés. Pour les autres je traduis (comme je peux) les paroles du premier interlocuteur, Usuf Özer :  » Nous aussi, nous sommes des êtres humains. Nous avons le droit d’user de notre liberté. Cette rencontre est assurément une très bonne chose. C’est très bien que nos leaders se rencontrent et se comprennent. »

Que ce monsieur ait senti le besoin de rappeler que les Kurdes sont des « êtres humains » en dit long sur l’état d’esprit de certain(e)s en Turquie, pas loin de penser que les Kurdes, surtout sympathisants du DTP, sont de dangereux sauvages. pas tout à fait humains.

Cela étant, on ne peut pas encore parler d’enthousiasme dans la région. La plupart de ceux que j’ai rencontrés, attendent de voir. Chacun sait que ce sera difficile. Le PKK a prolongé le cessez le feu jusqu’en septembre, mais les opérations de l’armée continuent. Au moment où j’écris ces lignes, on entend le bruit d’hélicoptères de combat. Il y a quelques jours, des avions de chasse ont survolé la ville de Yüksekova  à une altitude si basse, que le dernier étage du batiment où je me trouvais en tremblait. Des militants du DTP ou des sympathisants présumés du PKK viennent d’être arrêtés. Un gosse de 17 ans à Yüksekova, la semaine dernière. Et 2 militants du DTP viennent d’être tués dans des circonstances mystérieuses à Beytüşebab (province de Sirnak)

Beaucoup pensent aussi que si cette fois on n’arrive pas à entamer un vrai début de solution pour la région, ce sera pire après cette occasion manquée. Mais pour le moment ses (nombreux)  sympathisants attendent surtout la feuille de route qu’Abdullah Ocalan doit présenter de son ïle prison d’Imrali le 15 août prochain. Et d’ici là beaucoup de choses peuvent encore se passer.