Contrebande : mourir entre les frontières Turco- irano- irakienne.

chevaux en garde à vue Baskale

Partout où il y a des frontières, la contrebande est un gagne pain, souvent dangereux.  Les  contrebandiers de Van et Hakkari ne diffèrent  pas de ceux de Uludere ( Sirnak)  où 35 d’entre eux viennent d’être tués par des F16. La plupart n’avaient pas 20 ans , le plus jeune  en avait 12. Originaires du même village, ils étaient presque tous cousins. L’horreur au village.

Je publie  donc à nouveau ce billet, mis en ligne le 4 juin 2009 …un hommage à ceux qui se jouent des frontières.

Le voici :

Le 4 mai dernier, 74 chevaux ont été placés en garde à vue  à Baskale, entre Van et Hakkari. Ils transportaient clandestinement 15 tonnes d’essence depuis l’Iran tout proche. J’ignore quelles sont les modalités d’une garde à vue de chevaux et ce que sera le destin de ces pauvres animaux s’ils sont mis en examen, mais il s’agissait d’une grosse prise.

On ne trouve pas beaucoup de stations d’essence déclarées dans le coin. Et ce sont surtout les autobus qui s’y arrêtent. Les conducteurs de véhicules automobiles et les routiers s’approvisionnent  plus souvent dans une  « station clandestine » (la cour de pas mal de maisons) bien meilleur marché. On vous y fait le plein à l’aide d’un tuyau rudimentaire. J’ai même vu  mon minibus se détourner de la route principale pour aller faire le plein directement à un camion citerne garé dans un hameau. Ce n’est pas toujours sans risques. Un autre de ces minibus n’a pas réussi à nous conduire de Tatvan jusqu’à Van. Le chauffeur s’était plaint en plaisantant de la mauvaise qualité des marques françaises – son beau véhicule  Renault était tout neuf –  avant de reconnaître en riant que les problèmes venaient plus probablement de la  « kaçak benzin » en provenance d’Iran qu’il avait mise dans le réservoir.

Il faut dire que le litre d’essence est terriblement cher en Turquie. Ailleurs, quand on a des moyens limités, soit on évite d’utiliser la belle voiture qui montre le personnage important que vous êtes, soit on se débrouille autrement. J’avais été un peu surprise et pas très rassurée à Malatya de voir un ami installer une bonbonne de gaz – de celles qu’on utilise pour les gazinières – dans le coffre de la voiture. On allait rouler au gaz (sur des routes de montagne!). Je ne suis pas sûre que ces installations soient très conformes, mais ça a l’air de marcher parfois. Nous n’avons pas explosé en route.

Évidemment dans un coin où le nombre des forces de l’ordre est plus ou moins égal à celui des habitants, ce commerce hors taxes bénéficiait d’une certaine tolérance des autorités, jusque à l’arrestation de ces chevaux en tout cas. Difficile d’imaginer qu’elles soient les seules à ne pas l’avoir remarqué (et à ne pas en  profiter elles aussi).

Il semble que ça soit devenu moins toléré ces derniers temps, ce qui risque aussi d’asphyxier complètement une région où on ne trouve pas beaucoup d’emplois déclarés et dont l’agriculture a été en partie dévastée. Depuis des années de nombreux alpages sont interdits. Sans compter tous les villages rasés pour empêcher la guérilla du PKK de s’y ravitailler. Et avec la crise, les hommes ne trouvent plus non plus à s’embaucher sur les chantiers de l’ouest du pays.

Yakub isik, tué par soldats iraniens

Ce trafic procure de confortables revenus à certains. Mais c’est aussi une activité à risques pour beaucoup de gagne-petits. Il n’y a pas que dans le superbe film du réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi « Un temps pour l’ivresse des chevaux » – je l’ai vu au moins trois fois  – que les contrebandiers risquent leur peau. Il y a quelques jours un garçon de 18 ans s’est fait descendre par des soldats iraniens qui patrouillaient sur la frontière. » Bir ölüm daha », un tué de plus, dit le titre des Yüksekova Haber.

On risque aussi la prison. A Cukurca, un officier et un sous-officier se sont aussi fait prendre la main dans le sac. Parfois on y échappe en allant s’installer de l’autre côté de la frontière avec toute sa famille, dans le village de cousins. Les mariages avec des femmes kurdes iraniennes ou irakiennes sont courants. Et vice et versa, des femmes d’Hakkari ont épousé des gars de l’autre côté. Les conjoints appartiennent généralement aux mêmes clans.

Lors d’une kîna gecesi (nuit du henné) à Hakkari, un oncle ou le grand père de la fiancée avait raconté aux amis qui m’avaient entraînée au mariage, quelques unes de ses aventures d’ancien contrebandier et ses longues marches à pied à travers la montagne, jusqu’en Irak. Comme il parlait en kurde, je n’ai malheureusement pas compris. Il ne s’agit pas de cautionner les mafias et les gros trafics internationaux en tout genre, mais j’aime bien  les gars qui se jouent des frontières et de la réglementation. Il y a un goût pour la  liberté là dedans. Ils sont nombreux ceux qui ont du  la leur à des contrebandiers, qu’ils soient des Pyrénées ou des montagnes du Hakkarî.

La contrebande est une tradition dans cette région de hautes montagnes où 3 frontières  se chevauchent. Avant que la guerre des années 90 ne la ravage et réduise le cheptel, on la faisait  franchir en douce à des troupeaux de moutons qu’on allait vendre sur les grands marchés que la frontière, créée dans les années 1920, lors de la naissance de la République de Turquie, avait placés côté irakien. Ces trafics de moutons étaient la principale ressource de la région. Pendant les années de guerre, des troupeaux entiers pouvaient disparaître au cours d’une nuit. Un coup, c’était le PKK qui fauchait celui d’un clan ennemi ; un coup, c’était les autres qui fauchaient celui d’un village ou d’un agha (chef de clan) pro PKK. Mais la destination était la même. Les moutons se retrouvaient en Irak.

un temps pour l'ivresse des chevaux

46 Juifs de Baskale (Van) accueillis chez eux après 50 ans d’exil.

Cet homme qui embrasse le sol de l’aéroport de Van, à sa descente de l’avion, revenait pour la première fois depuis 50 ans, là où il est né.  Comme les 46 Juifs Baskale du groupe qui revenaient dans cette petite ville entre Van et Hakkari, ce jour là. Et c’est une histoire qui change des dépêches qui nous parviennent  de la frontière turco iranienne où il arrive que ça barde parfois, mais où les gens ne passent pas leur temps à faire la guerre.

Les familles de ces Juifs Baskale étaient venues  d’Egypte et  s’étaient installées  à Baskale avant  la première guerre mondiale, selon les Yüksekova haber . Une centaine de familles juives vivaient dans ce district et l’avaient quitté il y a cinquante ans, pour Istanbul, Israël  ou  l’Europe (certains du groupe  venaient d’Allemagne). Je ne sais pas encore dans quelles conditions exactement,  Ni si ce sont dans les mêmes conditions que sont aussi partis  les Arméniens (comme on appelle tous les Chrétiens dans le coin, mais je pense qu’il devait aussi y avoir des Syriaques) qui vivaient aussi là.

Dans son discours Derviş Polat le président du BDP local, le parti pro kurde, dit regretter la diversité ethnique et religieuse d »une l’époque où « Juifs, Arméniens, Turcs, Kurdes vivaient à Baskale ».  Peut-être qu’ils avaient été incités à partir, Les années 60 n’étaient pas des années joyeuses pour les minorités religieuses en Anatolie.Ou peut-être que derniers arrivés, ils ont été les premiers à prendre le chemin des migrations de travail. En 1960 le trajet de Baskale à Istanbul prenait plusieurs jours.

En Mai dernier,  le BDP qui a gagné la mairie aux dernières élections municipales,  organisait  leurs  retrouvailles avec l’endroit où ils sont nés.Et ce n’était pas un petit événement. Ils étaient des centaines à  accueillir leurs anciens compatriotes  à l’aéroport de Van.

… et plus de 300 voitures faisaient un cortège au bus qui  conduisait le groupe à Baskale. Bien sûr en tête parade le véhicule officiel du BDP.

Ils y retrouvaient leurs anciens voisins, avec lesquels ils renouent et parlent kurde ou turc, selon les rencontres .    » 50 ans plus tard, je suis toujours du même village » dit l’un d’eux. Être du même village, c’est la base de l’identité et des solidarités  dans toute l’Anatolie.

Des voisins  qu’ils n’avaient pas toujours perdus de vue. L’homme qui embrasse le sol en arrivant à l’aéroport de Van explique plus tard qu’il a quitté le village à l’âge de 10 ans, mais qu’il a toujours continué à voir certains de ses camarades de classe. Il est probable que cette bande de vieux copains juifs et musulmans sont à l’origine de ces retrouvailles collectives.

İskender Ertuş, le chef du clan(Aşiret) des Gohreşan  et  aussi chef korucus (gardiens de village) les a aussi reçus. Pour simplifier, les sympathisants du BDP soutiennent généralement le  PKK contre lequel les korucus sont armés et reçoivent une petite solde (et leur clan quelques autres avantages,qui peuvent ne pas être négligeables –  surtout près de la frontière iranienne. Et celle avec l’Irak n’est pas loin non plus). Mais ceux qui connaissent la région, ou simplement un peu la Turquie,  ne s’étonneront pas que des fractions ennemies fassent la paix dans un moment pareil. Même si période électorale aidant, c’était sans doute  plus tendu à d’autres moments. En règle générale – mais il faut se méfier des généralités- les villages korucu votent pour l’Etat, c’est à dire AKP ces derniers temps.

Après un accueil à la mairie où une vidéo du passé juif de la petite ville leur avait été préparée, les  Juifs Baskale sont allés se  recueillir  dans le  cimetière juif de la petite ville.

Le groupe s’est  ensuite rendu au village de Güroluk (Elenya) où lors de la visite au turbe  (tombe)  de  Şêx İsmail Kutbeddin, tout le monde a fait une prière, Juifs et Musulmans. .

Il n’y a que ceux qui ne connaissent pas l’Orient qui s’en étonneront peut-être. Il n’est pas rare  que des Musulmans (surtout des Musulmanes d’ailleurs) allument aussi des cierges aux Saints des églises chrétiennes. Et j’ ai vu des Chrétiens  faire des jeux rituels au temple yézidi de Lalesh, où moi aussi j’ai noué un foulard en faisant un voeu. Le Mir Khamuran m’avait ensuite appris qu’à chaque couleur correspondait un ange, mais seuls les initiés savent auquel (si j’ai bien compris). Quant aux Chrétiens c’est à la croix en or  qu’ils portaient et qu’ils avaient glissée sous leur chemise en entrant dans le temple yézidi,  que j’en avais déduis qu’ils étaient Chrétiens. Mais une médaille pieuse est un indice  auquel il ne faut pas forcément se fier, parce qu’ensuite nous avions fait la connaissance d’une famille yézidi dont la très jolie gelin (épouse d’un fils) portait une médaille de la Vierge. Le Mir qui connait son peuple m’avait ensuite assuré qu’elle savait très bien qui c’était : ce n’était pas seulement un bijou en or.

C’est dans le village de Güroluk / Elenya (qui ne me parait  pas être un nom kurde) que le pique-nique était préparé . Et un pique-nique c’est un grand repas de fête en Orient, rien à voir avec ceux de la forêt de Rambouillet . Ce sont les villageois qui l’avaient préparé et avaient ouvert leurs maisons aux invités.  »  Lorsque j’étais petit on venait à pied (6 kims) jusqu’ici et on déjeunait aussi dans une des maisons du village » témoigne l’un de ceux qui y revenaient pour la première fois depuis cinquante ans.

Évidemment, les  halay étaient impressionnants. Et c’était quand même autre chose comme ambiance que celle qui régnait au festival de Jazz d’Istanbul, le soir où Aynur Dogan devait y chanter.

On peut en juger  sur la vidéo dont il est inutile de comprendre le turc et le kurde pour se délecter des sons et des images.

On peut voir d’autres images et cette vidéo de la journée, sur le site de la municipalité de Baskale.

 

 

L’Iran construit un mur sur la frontière turque (Yüksekova)

Le mur sur la frontière turco iranienne

L’Iran a beau détester Israël, ça ne l’empêche pas de lui chiper des idées.  Les Yüksekova Haber rapportent que depuis quelques semaines, les habitants de  villages frontaliers du district de Yüksekova, ont eu la mauvaise surprise de voir un mur en béton, d’une hauteur d’un mètre vingt, s’ériger le long de la frontière. Il complète un dispositif déjà drastique de surveillance : les  postes militaires s’échelonnent tous les 2 kms et selon les villageois toute la zone est truffée de mines.

On peut voir une vidéo de l’ouvrage ici .

Est-ce un dispositif ponctuel destiné à isoler certains villages ou  le début de travaux qui fermeraient hermétiquement les 456 kms de frontière entre l’Iran et la Turquie, comme l’Iran envisage aussi de le faire sur ses 700 Kms de frontière avec l’Afghanistan ?

Poste militaire iranien sur la frontière turco iranienne.

Le Vali (gouverneur) de la région d’Hakkari n’est pas surpris. Cela ferait un an que l’Iran annoncerait la construction de ce mur. L’objectif est d’empêcher le passage des chevaux et des mulets des contrebandiers. La région est traditionnellement une zone de contrebande ,activité qui constitue la principale ressource de la plupart de ces villages.

L’autre côté de la frontière est le théatre de la guerilla kurde du PEJAK, la branche iranienne du PKK. Le véritable objectif de ce mur, pourrait bien être avant tout d’ordre militaire. Nombreux sont ceux qui tirent des  profits de ces trafics et les guerillas ne sont pas en reste. Et elles non plus ne sont pas très respectueuses des frontières.

Mais pour les villageois, ce mur signifie aussi une séparation, que la  plus ancienne frontière de Turquie n’avait jamais rendu effective, avec leurs parents vivant du côté iranien.

L’activité de contrebandier devient de plus en risquée. Selon les villageois, trois d’entre eux ont été tués dernièrement, en même temps que leurs chevaux, par des soldats iraniens. Les familles n’ont pu récupérer leurs corps. Ils auraient été enterrés par des engins de construction du mur.

Et pendant ce temps là, à Baskale, on se contente plus de mettre les chevaux en garde en vue (en attendant d’être vendus par les douanes).  .

chevaux exécutés (Baskale - sept  2009)

Ils se font exécuter .

chevaux exécutés (Baskale - sept  2009)

Cette fois, lors d’une opération de l’armée turque, selon les témoignages de villageois recueillis par les Yüksekova Haber.

On arrête bien les chevaux (contrebande à Baskale).

chevaux en garde à vue (Baskale)

Le 4 mai dernier, 74 chevaux ont été placés en garde à vue  à Baskale, entre Van et Hakkari. Ils transportaient clandestinement 15 tonnes d’essence depuis l’Iran tout proche. J’ignore quelles sont les modalités d’une garde à vue de chevaux et ce que sera le destin de ces pauvres animaux s’ils sont mis en examen, mais il s’agissait d’une grosse prise.

On ne trouve pas beaucoup de stations d’essence déclarées dans le coin. Et ce sont surtout les autobus qui s’y arrêtent. Les conducteurs de véhicules automobiles et les routiers s’approvisionnent  plus souvent dans une  « station clandestine » (la cour de pas mal de maisons) bien meilleur marché. On vous y fait le plein à l’aide d’un tuyau rudimentaire. J’ai même vu  mon minibus se détourner de la route principale pour aller faire le plein directement à un camion citerne garé dans un hameau. Ce n’est pas toujours sans risques. Un autre de ces minibus n’a pas réussi à nous conduire de Tatvan jusqu’à Van. Le chauffeur s’était plaint en plaisantant de la mauvaise qualité des marques françaises – son beau véhicule  Renault était tout neuf –  avant de reconnaître en riant que les problèmes venaient plus probablement de la  « kaçak benzin » en provenance d’Iran qu’il avait mise dans le réservoir.

Il faut dire que le litre d’essence est terriblement cher en Turquie. Ailleurs, quand on a des moyens limités, soit on évite d’utiliser la belle voiture qui montre le personnage important que vous êtes, soit on se débrouille autrement. J’avais été un peu surprise et pas très rassurée, de voir un ami installer une bonbonne de gaz – de celles qu’on utilise pour les gazinières – dans le coffre de la voiture. On allait rouler au gaz (sur des routes de montagne!). Je ne suis pas sûre que ces installations soient très conformes, mais ça a l’air de marcher parfois. Nous n’avons pas explosé en route.

Evidemment dans un coin où le nombre des forces de l’ordre est plus ou moins égal à celui des habitants, ce commerce hors taxes bénéficiait d’une certaine tolérance des autorités, jusque à  l’arrestation de ces chevaux en tout cas. Difficile d’imaginer qu’elles soient les seules à ne pas l’avoir remarqué (et à ne pas en  profiter elles aussi).

Il semble que ça soit devenu moins toléré ces derniers temps, ce qui risque aussi d’asphyxier complètement une région où on ne trouve pas beaucoup d’emplois déclarés et dont l’agriculture a été en  partie dévastée. Depuis  des années de nombreux alpages sont interdits. Sans compter tous les villages rasés pour empêcher la guérilla du PKK de s’y ravitailler. Et avec la crise, les hommes ne trouvent plus non plus à s’embaucher sur les chantiers de l’ouest du pays.

Yakub isik, tué par soldats iraniens

Ce trafic procure de confortables revenus à certains. Mais c’est aussi une activité à risques pour beaucoup de gagne-petits. Il n’y a pas que dans le superbe film du réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi « Un temps pour l’ivresse des chevaux » – je l’ai vu au moins trois fois  – que les contrebandiers risquent leur peau. Il y a quelques jours un garçon de 18 ans s’est fait descendre par des soldats iraniens qui patrouillaient sur la frontière. » Bir ölüm daha », un tué de plus, dit le titre des Yüksekova Haber.

On risque aussi la prison. A Cukurca, un officier et un sous-officier se sont aussi fait prendre la main dans le sac. Parfois on y échappe en allant s’installer de l’autre côté de la frontière avec toute sa famille, dans le village de cousins. Les mariages avec des femmes kurdes iraniennes ou irakiennes sont courants. Et vice et versa, des femmes d’Hakkari ont épousé des gars de l’autre côté. Les conjoints appartiennent généralement aux mêmes clans.

Lors d’une kîna gecesi (nuit du henné) à Hakkari, un oncle ou le grand père de la fiancée avait raconté aux amis qui m’avaient entraînée au mariage, quelques unes de ses aventures d’ancien contrebandier et ses longues marches à pied à travers la montagne, jusqu’en Irak. Comme il parlait en kurde, je n’ai malheureusement pas compris. Il ne s’agit pas de cautionner les mafias et les gros trafics internationaux en tout genre, mais j’aime bien  les gars qui se jouent des frontières et de la réglementation. Il y a un goût pour la  liberté là dedans. Ils sont nombreux ceux qui ont du  la leur à des contrebandiers, qu’ils soient des Pyrénées ou des montagnes du Hakkarî.

La contrebande est une tradition dans cette région de hautes montagnes où 3 frontières  se chevauchent. Avant que la guerre des années 90 ne la ravage et réduise le cheptel, on la faisait  franchir en douce à des troupeaux de moutons qu’on allait vendre sur les grands marchés que la frontière, créée dans les années 1920, lors de la naissance de la République de Turquie, avait placés côté irakien. Ces trafics de moutons étaient la principale ressource de la région. Pendant les années de guerre, des troupeaux entiers pouvaient disparaître au cours d’une nuit. Un coup, c’était le PKK qui fauchait celui d’un clan ennemi ; un coup, c’était les autres qui fauchaient celui d’un village ou d’un agha pro PKK. Mais la destination était la même. Les moutons se retrouvaient en Irak.

un temps pour l'ivresse des chevaux