Taksim : Erdogan accuse les manifestants d’avoir profané une mosquée !

Les analystes qui estimaient que face à la vague de protestations qui s’est étendue en Turquie, il y a eu partage des tâches, entre Gül – le « pacificateur »  et Erdogan  le macho faisaient une erreur, il me semble. Cela fait un bail que le chef d’Etat et de chef de gouvernement ne forment plus un tandem , mais sont devenus deux concurrents dans la course à la présidentielle, même si cette concurrence ne peut virer à l’affrontement.

Et je me demande si le ton extrêmement provocateur et insultant que le chef du gouvernement a  adopté contre les manifestants depuis le début de la crise n’est pas destiné (aussi) à prendre le contre pied de son rival.

Agressivité aussi  d’un animal politique  qui attaque tête la première quand il est contrarié – ou  dérouté peut-être par une mouvement qui ne ressemble pas à ceux auxquels il a l’habitude de se confronter : grandes manifestations kémalistes du début de son mandat,  qu’il pouvait non sans raison  accuser de défendre le pouvoir militaire, Kurdes désignés comme « terroristes », grande grève des ouvriers Tekel, qualifiés de  « paresseux des entreprises d’état ». Son épouse Emine, certes toujours très présente, semble ne plus le lâcher d’une semelle. Est-ce pour soutenir un leader plus affecté qu’il ne paraît ?

En tout cas, ses accusations contre le mouvement de protestation  se font de plus en plus délirantes. Après l’avoir qualifié de kémaliste favorable à un coup d’Etat militaire (?), se trompant visiblement de mouvement, d’être manipulé par l’étranger (le vieux coup du complot), voilà qu’il l’accuse de sacrilège et d‘avoir profané la mosquée de Dolmabahce à Besiktas !

Selon lui, des manifestants  seraient entrés avec leurs chaussures dans cette mosquée , y auraient importuné des femmes (« nos filles et nos sœurs ») et.. y auraient bu de la bière  !  (autant dire qu’ils auraient pêté un plomb ) Une accusation qu’il a répétée devant ses sympathisants alors que l’imam  a affirmé entre-temps qu’il n’avait jamais vu de telles scènes dans sa mosquée.

 

En fait, la nuit du 1er au 2 juin,  elle a été transformée en « hôpital de campagne » (certainement avec l’autorisation de l’imam) et a  accueilli des manifestants blessés lors de la très brutale répression policière. Apparemment, ce n’est pas la seule mosquée à avoir servi de refuge.

Un flacon de produit médicamenteux destinés à soigner les blessés pourrait être pris pour une cannette de bière par un observateur peu attentif. Mais le chef de gouvernement  a quand-même les moyens d’être correctement  informé. Et depuis l’imam a assuré que tout ces accusations étaient pure affabulation à un journaliste de Yeni Safak, un journal pro gouvernemental !

Profaner une mosquée ! Je suis certaine  que même le plus anti religieux des athées de Turquie n’en aurait jamais l’idée. Ce sont les églises qu’il arrive qu’on  profane :  L’année de l’assassinat de Hrant Dink,  les chrétiens avaient choisi de murer l’ église du quartier de Malatya où il était né : « certains y font des saloperies » m’avait-on dit. (depuis elle a été restaurée). Pas les mosquées.

Une accusation extrêmement grave donc et  dangereuse. Erdogan est vénéré par une partie de ses sympathisants et  les paroles de leur  leader sont de l’or . Là ce n’est plus seulement en  soutien à sa propre personne  qu’il appelle ses partisans à défier les occupants de Gezi park en manifestant  à leur tour le WE prochain , mais à un djihad contre les profanateurs.

Autant dire qu’il échauffe les esprits.

Et dans  quelques semaines (le 8 juillet), c’est Ramadan qui commence. Une période où dans certaines régions les esprits peuvent vite s’échauffer  (comme on l’a vu l’été dernier à Malatya) – surtout par une telle chaleur, entre certains jeûneurs sunnites et non jeûneurs alévis. Alévis bien présents dans ce mouvement de protestation…

Ainsi  ça chauffe à Gazi ! un quartier populaire d’Istanbul où vit une forte minorité alévie . C’est aussi là qu’a eu lieu le dernier massacre alévi : en 1995  23 manifestants avaient été tués en 4 jours de manifestations en 1995. Erdogan était alors le maire de la ville, et avait fait  détruire par ses bulldozers plusieurs cemevi en construction.

Avec le processus de paix entamé avec le mouvement kurde, Erdogan pouvait prétendre rivaliser avec Gül comme « pacificateur de la nation ». Dorénavant il faut surtout espérer que ses partisans se montreront moins belliqueux  que leur leader dont ils connaissent les outrances.

A moins que toutes ces outrances verbales soient destinées à montrer ses muscles   aux siens, avant d’accepter de céder à une partie des  revendications de la plate-forme de Gezi et  renoncer à détruire le parc. (cela lui arrive d’agir ainsi). Les jours à venir le diront..Mais on voit mal comment il pourrait mettre un terme à ce mouvement par la force. La police c’est un échec – c’est le moins qu’on puisse dire-  et il ne peut quand même pas en appeler à l’armée !

Pendant ce temps là Mutlu, le gouverneur d’Istanbul twittait aux manifestants de Gezi ; « j’aimerais être avec vous » ! révèle Bianet !  Cela m’étonnerait quand-même qu’ils croient à sa sincérité…

 

 

 

Match Besiktas – Tel Aviv : Tous les hommes sont frères annonce ÇARSI

Avec  la tension  entre leurs deux Etats, qui a atteint un pic depuis l’expulsion de l’ambassadeur israélien d’Ankara,  le match entre le club turc de Besiktas  et le Maccabi de Tel Aviv, ce soir jeudi 15 septembre  est évidemment un match à hauts risques. Mais pas question de céder au racisme a annoncé Çarşı, le club de supporters de Besiktas par la voix de son président Alen Makaryan . Le club y perdrait son âme s’il oubliait que tous les hommes sont frères. C’est donc dans un stade pacifique que les joueurs des deux clubs devraient pouvoir se confronter ce soir à Istanbul dans le cadre de  l’UEFA, Europa league.

En réponse à ce message apaisant, les  fans du Maccabi ont décidé d’apporter avec eux des confiseries qu’ils offriront en signe de paix aux supporters de Besiktas. Quant à ceux ci, ils songent à  distribuer des douceurs turques, loukoums ou baklavas, aux supporters du camp adverse, qui auraient acheté 150 billets, pour peu que les services de sécurité les y autorisent. Ce qui n’est pas encore certain.

Avec les matchs Turquie /Arménie, la Turquie où les passions footballistiques  virent pourtant régulièrement en affrontements violents entre supporters, avait inauguré la diplomatie du football. Mais cette fois  il ne s’agit plus d’une « affaire d’État » soutenue par les autorités.  Fondé avec un esprit de résistance,  dans l’ambiance du  coup d’Etat de 1980, Çarşı  est au contraire le club « rebelle » par excellence, habitué aux slogans subversifs.  Cet appel à la « raison » et à l’amitié entre les peuples  bien caractéristique de Çarşı est affiché à la UNE du site Internet  de ce club de supporters pas comme les autres (on peut voir une capture d’écran ICI).. Il faut espérer qu’il sera aussi entendu des autres supporters du club et que celui ci sera fidèle à sa réputation de club le plus fair play de Turquie…Il n’y aura pas que les membres de Çarşı  dans les tribunes. et il est possible que des groupes liés aux activistes du Mavi Marmara se glissent dans le public.  Mais on peut compter sur eux pour éviter que des tensions entre États ne virent en affrontements racistes ou en slogans haineux dans le stade Inönü.

Forza Besiktas, bien sûr, et surtout belle soirée de football à tous les supporters. Histoire aussi de tirer un trait sur un match jamais joué entre  Besiktas déjà, contre le club de Hapoel de Tel Aviv, qui devait se dérouler en septembre – décidemment – 1986, dans un contexte international si tendu  que le club israélien avait choisi de ne pas se déplacer à Istanbul. Cette fois, les joueurs de Tel Aviv sont arrivés hier soir à Istanbul.

Ajout du 16 septembre

5 – 1 pour Besiktas. Et le quotidien israélien  Haaretz, ne félicite pas les joueurs de Tel Aviv. C’est le moins qu’on puisse dire  Les tensions « avant match » (un groupe de  de manifestants, très encadrés par les forces de l’ordre,  brandissant des portraits des 9 victimes du Mavi Marmara et des drapeaux palestiniens et lançant des slogans favorables au Hamas ou au Hezbollah,   se sont rassemblés  aux abords du stade) ne pouvant en aucun cas,  selon l’article, expliquer cette cuisante défaite…Besiktas était meilleur et les supporters de  çarsi avaient  donc toutes les raisons de se réjouir de la réussite de cette soirée.

J’ignore s’ils ont pu recevoir les confiseries des quelques supporters de Maccabi qui avaient fait le déplacement, ni s’ils ont pu leur offrir des loukoums…

 

Beşiktaş a rendu sa coupe, vive ÇArşı ses super supporters

Çarşı je le adore !  C’est le club  de supporters le plus fair play au monde. En tous cas ces supporters de Beşiktaş sont les  plus fair play de Turquie. Et il ne doit pas y en avoir beaucoup comme ça ailleurs. C’est bien pour ça que  Beşiktaş (l’équipe du peuple) est mon équipe depuis des années.

Pas question avec des supporters pareils de plaisanter avec d’éventuels matchs truqués, ni d’hurler au complot de l’Etat policier, comme un des dirigeants d’un autre grand  club d’Istanbul,que pour éviter toute mesquinerie  je ne nommerai pas,  l’a fait.

Et pas question non plus  pour le club de les mécontenter davantage. Çarşı exige que l’innocence de l’entraîneur Tayfur Havutçu, ou des dirigeants Serdal Adalı – qui vient de démissionner – et  Ahmet Ateş  arrêtés jeudi dernier soit d’abord prouvée. Pour le moment ils  sont   suspectés d’avoir magouillé avec un joueur de BB Istanbul, qui aurait été prié de ne pas faire  de prouesses lors d’un match. Le club n’a pas tergiversé et  a rendu la coupe Ziraat de Turquie gagnée en mai dernier, sans attendre que les instances footballistiques le lui demandent (ou que les inculpés soient innocentés).

Il faut dire que  n’est pas un club de supporters comme les autres. Fondé en 1982, quand toute opposition était muselée en Turquie, c’est un club de supporters engagés qui revendiquent pêle-mêle Atatürk (qui aurait été un supporter du club), le Che et le A d’anarchie. Un joyeux bazar très « gauche turque ».  Aux slogans footballistiques s’ajoutent les slogans des causes qu’ils défendent, anti racistes,  écologiques ou sociales comme  l’ouverture démocratique lors d’un match contre Diyarbakirspor, ou l’opposition à la construction du  barrage d’Hasankeyf…

…ou la grande grève des ouvriers Tekel.

Évidemment le premier mai, ils sont dans le défilé. « Beşiktaş Çarşı Faşizme karşı ! » ( Besiktas Carsi, contre (karsi) le fascisme)

Là , c’est pour les curieux qui veulent savoir quel chant résonnait dans les tribunes de Besiktas lors d’un match contre Fenerbahçe.

Et ils fêtent aussi les amoureux…

Comme le reste du pays, Çarşı pleure aussi les 13 soldats (dont 10 appelés) tués à Silvan lors d’une opération contre le PKK,  mais ajoute  sur son site ne pas vouloir mourir (ölmek) mais vivre (yasamak) pour la patrie.

Et là son appel du 13 juillet  à faire le ménage dans le club de Besiktas (en turc). Un appel qui a été entendu, puisque le club choisissait de rendre la coupe.

Les supporters des clubs réputés nationalistes les détestent. Je laisse deviner le nom du club en face ce jour là …(toujours pour éviter les mesquineries).

Bon, je reconnais que je ne suis toujours pas allée voir de match – mais ça viendra ! En tout cas qu’il gagne ou qu’il perde mon soutien à Beşiktaş est sans faille (enfin tant qu’il ne triche pas) Et ça c’est bien l’esprit Çarşı . Et en attendant de voir un match, j’ai déjà le tee-shirt, trouvé dans une boutique à …Beşiktaş bien sûr.

Et pour une fois que je fais un peu de pub, promis elle n’est pas intéressée.

Le site Erkan’s field diary – Hidrellez et Beşiktaş

Erkan's Field Diary

J’ai un peu de mal à en traduire le nom en français. Le journal de la zone Erkan peut-être ? Quoi qu’il en soit, le site Erkan’s field diary est un excellent site turc en anglais, très représentatif d’une jeunesse turque  décontractée et super calée. Erkan, dont j’ai cru comprendre qu’il vient de fêter ses 34 ans, est assistant au département communication de la très libérale et innovante université Bilgi, à Istanbul. Il s’intéresse au journalisme bien sûr, a fait des études d’anthropologie, étudié pendant 3 ans à Houston et est né à Trabzon. Et ce qui ne gâche alors vraiment rien, c’est un supporter de Beşiktaş

Cela va sans dire, on le trouve en lien sur mon blog, et je fais partie de ses 859 701 visiteurs.

 

Le graphisme du site est très beau. Sa consultation en est très aisée .Le ton est décontracté et l’information sérieuse.

Chaque jour on y trouve une excellente revue de presse en anglais introduite par de brefs commentaires personnels et une très bonne UNE.  Un panorama de l’actualité politique et aussi de nombreuses informations sur la vie culturelle.

C’est là que j’ai découvert Fairuz Derin Bulut (Fairuz nuage profond ! Et  quand je dis que la Saison de la Turquie aurait pu être délirante. On aurait mieux fait d’organiser une Saison Bilgi.)

 

J’y ai aussi appris  que le 5 Mai aura lieu à Istanbul le festival ‘Hidrellez , qui annonce le printemps en Anatolie. D’ailleurs je me suis toujours demandé pourquoi  avoir eu besoin d’inventer un « nevroz » turquifié et en général rasant à mourir, alors qu’il suffisait de ressusciter Hidrellez  pour que tout le monde fasse la fête – et le grand ménage pour accueilir Hizir – à peu près en même temps.

La musique « Metal » dans les bars, ce n’est pas trop mon truc. A part  Férec, mais je préférerais les entendre en plein air. Par contre pour la photo, je crois qu’on s’accorde avec Erkan. J’adore Fatih Pinar (en lien sur mon blog), et Merve Tekeoglu, dont il nous livre quelques portraits , j’aime  beaucoup aussi. Comme pour le moment, seuls les  arkadas de Merve sur Facebook peuvent les admirer, c’est seulement sur le site d’Erkan qu’on peut les découvrir en attendant une expo, un site ou de rejoindre la bande d’amis de Merve Tekeoglu sur Facebook.

Et des tas d’autres choses : comme les centres d’interêts universitaires d’Erkan, les habitudes d’Erkan, la Turquie en Europe d’Erkan, bref « all about Erkan ».

 

besiktasParmi les habitudes d’Erkan, ses lectures et ses sorties. Et évidemment le football , avec, encore plus évidemment,  Besiktas, champion de la sympathie. Ce ne serait que le 3ème club de Turquie pour le nombre de ses supporters, mais c’est celui qui engendre le plus de sympathie  parmi ceux des autres clubs. (Yasasin Beşiktaş   et  viva Che Guevara !)

J’adore Erkan au service militaire, et particulièrement le billet où il raconte l’horreur d’être coincé dans une caserne le soir où Besiktas était sacré champion. Là on compatit vraiment.

Tekel

Cela étant dit, il faudra que j’aille supporter un de leurs  matchs un jour, avec mon badge « Tekel kazanancak, Ölmek var – Dönmek yok » en guise de drapeau.

 

 

 

 

 

Besiktas et Diyarbakirspor fraternisent pendant le match

Besiktas Diyarbakirspor 4 décembre 09

 

Décidemment le football turc sait surprendre. Ouverture (démocratique) au stade Inönü titre le quotidien  Hürriyet qui relate la fraternisation des supporters de Besiktas et de Diyarbakirspor, lors du match qui a opposé leurs équipes le 4 décembre dernier. Des scènes  plutôt rares dans les tribunes d’un match de football et d’autant plus  quand c’est Diyarbakirspor – le club de la plus grande ville kurde du pays – qui joue à l’extérieur.

Les deux équipes ont montré l’exemple en arrivant ensemble sur le stade en déployant une banderole sur laquelle était inscrite  » Kalbinin sev » (aime avec ton coeur) et en allant, toujours ensemble saluer les tribunes , avant que le match commence.

Les supporters de Besiktas et de Diyarbakir ont repris en coeur  « Nous soutenons l’ouverture »,  « Nous sommes Besiktasli « . Puis les tribunes ont  scandé à l’unisson « Noir- Blanc  » (couleurs de Besiktas)  suivi  de  » Rouge – Vert » ( celles de Diyarbakir).

 

Ca changeait drôlement de l’ambiance qui régnait le 26 septembre dernier dans le stade de Bursa, où les supporters de Bursaspor avaient accueilli ceux  de Diyarbakir par un immense panneau clamant  » Heureux celui qui se dit turc ! » et des chants nationalistes, suivis de slogans  haineux comme « PKK dehors », « batards d’Apo » etc.. Les deux camps s’étaient ensuite copieusement arrosés de jets de pierres et autres projectiles. Il y  avait eu une dizaine de blessés dont des enfants.

Cetin Sümer, le président de Diyarbakirspor avait ensuite rappelé à ceux qui étaient venus en brandissant le drapeau turc que lui aussi était un citoyen du pays. Mais lassé que son équipe soit ainsi régulièrement stigmatisée envisageait même de la  retirer de la ligue. Le match du 4 décembre devrait leur redonner le goût des déplacements.

 

Les clubs de Besiktas et de Diyarbakir avaient sans doute soigneusement préparé la rencontre du 4 décembre. Cela étant,  de telles scènes entre  supporters sont forcément en grande partie spontanées et sont révélatrices de l’esprit qui règne dans les clubs.

Ca fait des  années que je réponds  invariablement  « Besiktasliyim », quand on me demande quel club de football je supporte en Turquie. Depuis qu’une petite fille de l’ïle de Bozaada m’avait demandé « Beskitasli misin? » un jour où j’étais habillée en noir et blanc. Il avait fallu qu’on m’explique ce qu’elle voulait dire. Mais depuis, qu’ils mènent ou qu’ils soient en difficulté, je suis restée fidèle. Et ce n’est pas prêt de changer – il faudrait  que je finisse quand même par assister  à un match.

Evidemment le score final de 0 – 0 a du décevoir Besiktas.. (et faire plaisir à Diyarbakir). Mais si ce match  reste inscrit dans l’histoire du football turc, ce ne sera sans doute pas pour son score.