Jeu dangereux à Lice – Diyarbakir : parti de Dieu (Hüda-par) versus nationalistes Kurdes.

licede-huda-par-ve-bdp-arasinda-secim-gerginligi-16-yarali_

Les périodes de campagne électorale sont rarement exemptes de violences dans la région kurde. Dans la province de Hakkari notamment, les permanences de L’AKP sont régulièrement dynamitées (heureusement de nuit, quand les bâtiments sont vides). Il est probable qu’en cette période de cessez le feu sous fond de processus de paix elles soient davantage épargnées. Le parti gouvernemental devrait de son côté soigneusement éviter de contrarier l’électorat apocu.

 

C’est une période aussi où les esprits s’échauffent vite. Dernièrement à Van une visite électorale aux commerçants du centre-ville du candidat AKP a dégénéré : dans la Sanat sokak, (une rue où se trouvent de nombreuses terrasses de café) son comité a été hué et caillassé par des sympathisants BDP et a du se réfugier dans la permanence du parti toute proche. Cette violente altercation n’a pas fait de victime, mais aurait pu salement se terminer lorsque des coups de feu ont éclaté. Tirés en l’air par la police selon certains médias, par un « tireur non identifié »selon d’autres. Cela m’étonnerait qu’à Van on n’ait pas une petite idée de leur provenance. Cette rue est très fréquentée.

 vidéo ICI

Il faut dire qu’Osman Nuri Gülaçar le candidat AKP de Van est très controversé. Des sympathisants BDP m’en ont parlé comme un ancien du Hizbullah, une organisation islamiste sunnite honnie des sympathisants du PKK, dont la branche armée est responsable de centaines d’assassinats dans les milieux pro kurdes ( et pas seulement parmi eux) dans les années 90. Ce qui est certain c’est qu’en 1999 il a été arrêté lors d’une rafle contre une cellule d’Al Qaida et a passé plusieurs mois en prison avant d’être acquitté.  De plus des drapeaux du Hizbullah, qui vient de refaire son apparition sur la scène politique en fondant le parti Hüda-par,« parti de dieu » en kurde, ont été brandis lors de meetings AKP à Van.

akp miting Van hizbullah

J’ignore quelle cuisine locale (voire transnationale dans cette province frontalière avec l’Iran)  a conduit au choix d’un tel candidat AKP dans une province qui n’a jamais été une place forte du Hizbullah, à la différence de Batman, Bingöl ou Diyarbakir, d’autant qu’il se présente contre le maire sortant BDP qui ne manque pas de popularité. « L’AKP l’a fait emprisonné, car il ne supportait pas un maire BDP compétent à Van » en avait déduit un de ses sympathisants quand il avait été victime d’une des rafles contre le KCK. Et cela m’étonnerait que les logements TOKI construits en hâte pour les sinistrés du tremblement de terre fassent la différence.

osman_nuri_gulacar_kimdir_van

Si son profil a de quoi attiser les tensions, rien de plus normal cependant qu’un candidat AKP fasse la tournée des commerçants du centre ville de Van où le parti d’Erdogan a des sympathisants : « Tayyip çok iyi » me déclarait l’un d’eux, nullement affecté apparemment par les révélations de corruption à grande échelle qui venaient de frapper le gouvernement AKP. Il faut dire qu’à Van, les petits trafics avec l’Iran font partie de l’économie locale.

 On peut s’interroger par contre sur ce qui a conduit le candidat d’Hüda-par à faire campagne près des commerçants de Lice, le 29 janvier dernier. Le« Hizbullah nouveau » (qui déclare avoir renoncé à toute forme de violence) n’a pas ouvert de permanence dans ce district de Diyarbakir, cœur du mouvement kurde : c’est là que s’est développé à la fin des années 70 le mouvement du PKK et que des décennies plus tôt était partie la révolte kurde de Seir Saïd, dans la République de Turquie naissante. Dans les années 90 le district l’a payé cher en villages vidés par l’armée. Comme Sirnak, la petite sous-préfecture avait même été bombardée en 1993. Le procès de ce crime de guerre vient d’être délocalisé de Diyarbakir à Eskisehir…à la demande des accusés comme d’habitude.

 

Aux élections le score du BDP à Lice atteint celui de Yüksekova dans la province d’Hakkari (province où Huda Par s’est bien gardé aussi d’ouvrir des permanences) : il dépasse 90%. Les 6% atteints par l’AKP ont du être obtenus grâce aux bulletins de vote des forces de l’ordre et de quelques fonctionnaires extérieurs à la région. Autant dire que le Hizbullah, même nouveau, y est exécré. Résultat : cette visite s’est soldée par une quinzaine de blessés, dont deux sérieux. Certes il faut se méfier de la couverture des événements par des médias soit pro PKK, soit islamistes. Mais il est difficile de croire Huda-par quand il affirme avoir reçu un accueil favorable des commerçants de Lice et que seuls des gençler (membres du mouvement de la jeunesse du parti, en réalité davantage liés au PKK qu’au BDP et très radicaux) s’en seraient violemment pris à eux. Les médias kurdes eux rapportent qu’au contraire, l’échange avec les commerçants aurait été vif et aurait vite dégénéré, ce qui me paraît plus plausible.

Le comité – qui venait de participer à l’inauguration d’un bureau de propagande dans le district voisin de Kulp –  était venu en force à Lice. Le convoi était composé d’une quarantaine de véhicules, dont une partie serait venue de villages korucus (gardiens de village) voisins. Et s’il est difficile de saisir qui a « dégainé » le premier, les militants islamistes avaient semble-t-il eux aussi de quoi en découdre (bâtons, couteaux..) comme lorsqu‘ils avaient débarqué à l’université de Dicle (place forte du mouvement kurde) au printemps dernier. C’est en tout cas ce qu’affirme le BDP.  Si l’on en juge aux blessés (qui ne seraient pas uniquement des militants d’Huda-Par) cette visite semble bien avoir dégénérée en bagarre entre deux groupes. Et même si ceux-ci se sont acharnés sur plusieurs véhicules du convoi, dont trois ont fini en flammes, les gençler n’étaient visiblement pas les seuls à participer à la rixe. 

Ces images de lynchage n’ont rien de glorieux, mais Huda Par devait certainement s’attendre à un tel accueil à Lice. N’importe qui connaissant un peu la région l’aurait prévu.

 vidéo (longue) ICI.

Les deux partis s’accusent mutuellement. Mais selon les Yüksekova Haber, le sous-préfet (kaymakam) de Lice aurait déclaré s’interroger sur ce qui a motivé la campagne d’un parti qui ne possède aucune permanence à Lice, visite dont il affirme ne pas avoir été informé. Cette fois, à la différence de ce qui s’était passé à l’université de Dicle, les forces de l’ordre ne s’en sont pas pris aux sympathisants BDP, ce qui a sans doute évité que les troubles prennent de l’ampleur.

Il est clair qu’en se manifestant ainsi à Lice, Hüda-Par, qui se présente dorénavant comme un parti islamiste pro kurde, défie le BDP. Il fait aussi parler de lui et prouve ainsi qu’il est à nouveau bien présent dans le paysage politique de la région, d’où il avait disparu après l’arrestation d’Öcalan. En 2000, le dirigeant de l’organisation qui avait bénéficié du soutien d’une partie de l’Etat (dit « profond ») contre « les terroristes du PKK » mais qui commençait à déranger, était tué par la police à Beykoz (Istanbul), les principaux dirigeants et des milliers de militants étaient arrêtés. Depuis, sa branche Menzil s’était contenté de maintenir un réseau associatif  ultra religieux : la commémoration de la naissance du prophète, organisée depuis 2010, attire plus de cent mille de personnes, qu’on aurait sans doute tort de considérer en bloc comme  sa base électorale potentielle : « Mes parents soutiennent le BDP. Mais ils y sont allés car ils sont très croyants », me disait une jeune femme de Diyarbakir.

C’est il y a un an, en décembre 2012, que le « parti de dieu » est devenu un parti politique, se donnant pour l’occasion un nom kurde, Hüda-Par. Quelques mois plus tard le processus de paix à peine «officialisé» par le discours d’Öcalan lu au Newroz de Diyarbakir, des militants débarquaient à l’université Dicle (autre place forte du PKK) où ils se confrontaient avec les étudiants nationalistes kurdes. Les gaz lacrymogènes avaient alors été balancés par hélicoptère sur ces derniers.

Ces jours là, dans leur lycée populaire des élèves étaient venus vêtus d’un salwar (pantalon kurde) noir, signe distinctif du Hizbullah et cela avait bardé dans la cour de récréation entre eux et des lycéens apocus, m’avait alors raconté des jeunes de Diyarbakir. Si le but de la descente à Dicle était de redevenir visible, c’était apparemment  gagné.

« Dans l’Est, le pouvoir est à ceux qui ont la force. Le PKK a cessé le feu, le Hizbullah montre la sienne » résumait un ami kurde.

Depuis les événements de Dicle en avril dernier, militants de Hüda-Par et apocus se sont affrontés à Cizre et surtout à Batman, ancien fief du Hizbullah, en novembre dernier, où un sympathisant BDP a été tué par balles par un militant de Hüda-par, arrêté depuis. Et les gençler s’en prennent  régulièrement aux permanences du parti islamiste à titre de « représailles ».

Aux souvenirs violents des années 90, s’ajoute en effet la situation au Kurdistan syrien, Rojava, où les groupes armés proches du PKK, les YPG, se confrontent avec des groupes islamistes affiliés à El Qaida (Al Nostra et surtout ISIS). Or, les médias turcs ont révélé l’existence de circuits de recrutement de combattants pour la rébellion sunnite à Bitlis, Bingöl, Diyarbakir, Batman et surtout Adiyaman d’où plus de 200 jeunes auraient rejoint la rébellion syrienne. Hüda-par a beau affirmé qu’il n’y est pour rien et qu’il est favorable à un règlement politique du conflit, il en faudrait davantage pour convaincre les gençler.

Certes on est loin pour le moment de la situation de quasi guerre civile qui prévalait dans les années 90 dans des villes kurdes comme Batman, Diyarbakir ou Bingöl. Mais avec le lancement de la campagne électorale, les tensions pourraient se multiplier entre ces deux partis qui se détestent, d’autant que les fortes turbulences que traverse le pays ne sont sans doute pas complètement étrangères à tout ça.

Et à Van encore , dans le district de Gevas, les permanences de l’AKP et de Huda -Par viennent d’être la cible de coktails molotovs.

Les gaz sur Taksim ont masqué le massacre d’Uludere.

Le 11 juin dernier, tous les regards en Turquie étaient tournés vers la place Taksim où les forces de l’ordre chargeaient sur les manifestants, après le retour de Tayyip Erdogan du Maghreb. C’est le moment que le tribunal de Diyarbakir chargé de l’enquête sur le massacre d’Uludere choisissait  pour se déclarer incompétent et transférer le dossier à un tribunal militaire.  Un dossier  classé confidentiel depuis le début de l’enquête, ce qui en dit long sur la volonté de faire la lumière sur un des plus graves massacres de civils en 30 ans de conflit entre le PKK et l’armée turque.

La justice ne cherchera donc pas  à lever le voile sur les circonstances ayant causé  la mort de 34 petits contrebandiers kurdes, dont la plupart n’avaient pas 20 ans (et le plus jeune 12 ans), massacrés par les bombes de F16, la nuit du 28 décembre 2011. Alors que de très hauts gradés sont traînés devant les tribunaux pour X complots (contre l’AKP), c’est une autre affaire quand c’est de la mort de civils kurdes dont il est question.

Les familles des victimes n’auront eu le droit qu’à une compensation financière – qu’elles refusent toutes de toucher jusqu’à ce que les responsables soient jugés – et aux larmes compassionnelles de madame Emine Erdogan, l’épouse du chef du gouvernement.  Après avoir refusé de leur adresser des excuses, l’Etat dont les avions de chasse s’étaient acharnés sur leurs enfants, leur refuse le droit à connaître la vérité et au moindre  semblant de justice .

Recep Tayyip Erdogan a même tenté de semer la suspicion en déclarant que certaines victimes pouvaient être « des terroristes du PKK » car «  il arrive que ceux-ci  s’habillent en civil » ! Alors que ces garçons étaient tous connus dans leurs villages korucus (villageois supplétifs de l’armée rétribués par l’état  environ 200 euros mensuels) et donc des autorités locales.

Est-ce la raison pour laquelle ni le gouvernement, ni l’état major, ni les grandes chaines de TV, n’avaient jugé utile de manifester de reconnaissance aux villageois, parents ou proches de victimes,  qui 6 mois plus tard se portaient au secours de soldats du contingent  blessés dans un grave accident de minibus (10 morts) à proximité de leur village ? Quelques mois plus tard, Emine Ürek, qui faisait partie de ceux-ci, sera désignée  parmi les personnalités de l’année du journal Zaman. Les F16 ont tué son fils de 16 ans

Personne pourtant n’avait porté secours à leurs propres enfants après le bombardement. Craignant d’être confrontée à la colère des villageois, l’armée avait préféré ne pas se rendre sur les lieux. Des blessés qui auraient pu être sauvés, ont agonisé des suites d’hémorragies ou à cause du froid.

 

Les autorités comptent sur l’oubli de l’opinion publique accuse Nuşirevan Elçi, le président du barreau de Sirnak et avocat des familles. Et elles choisissent le moment pour liquider  discrètement les enquêtes qui avaient bien du être ouvertes.

Ihlan Sener (AKP) le président  de la Commission aux Droits de l’Homme de l’Assemblée, avait déjà fait traîner jusqu’au très médiatisé Newroz de Diyarbakir (où allaient être  « annoncées » les négociation de paix avec le PKK) pour rendre publiques les conclusions de l’enquête menée par la sous commission qu’il présidait. Un rapport qui concluait que ce massacre n’avait pas été intentionnel mais serait la conséquence d’une série de disfonctionnements et d’un problème de communication entre l’armée et les services secrets.  Les principales mesures préconisées étant de prendre des mesures drastiques contre… la contrebande.  Vue l’ampleur de celle-ci sur toute la frontière, la communication doit d’ordinaire être exemplaire, pour que les bombes des F16 aient réussi jusqu’ici  à éviter de tels carnages !

Un rapport que seuls les députés AKP et MHP (extrême droite) de la sous commission avaient cautionné et que ceux du CHP et du BDP avaient dénoncé depuis longtemps. 3 mois plus tôt, pour le   premier anniversaire du massacre, ils  avaient rendu public des contre-rapports, impitoyables sur la façon dont Sener avait conduit l’enquête parlementaire et accepté les réticences de l’armée à fournir les renseignements demandés.

Selon ceux-ci, c’est une information affirmant que Fehman Hüseyin, un haut commandant du PKK, serait parmi les contrebandiers, qui aurait déclenché l’opération. Le commandant kurde syrien  devait être liquidé à n’importe quel prix (Est-ce ce qui explique le pilonnage privilégié à l’attaque terrestre, qui aurait laissé la possibilité  à de très jeunes civils de se rendre ? Ou certains voulaient-ils en profiter pour « donner une leçon » aux contrebandiers de la région ?).  Levent Gök (CHP) déclare que le chef d’état major, le commandant de l’armée de l’air, celui de la 3ème division de gendarmerie devraient être tenus militairement responsables et le chef du gouvernement responsable politiquement.

Selon eux, en effet, une telle opération n’avait pu être menée sans que le chef du gouvernement n’ait été averti du massacre de  civils qu’elle serait . D’autant que toute opération transfrontalière requiert une autorisation du gouvernement. Or la présence de patrouilles militaires avaient bloqué ces groupes de contrebandiers du côté irakien de la frontière.  C’est au Kurdistan irakien, à 2 pas de leur village, qu’ils ont été massacrés. En tout cas, c’est certain qu’une telle décision n’a pu être prise qu’à un très haut niveau.

Quelques jours plus tard, Selahattin Demirtas, le président du BDP déclarait que c’était Recep Tayyip Erdogan lui-même qui avait donné l’ordre de l’opération, ce qui expliquait que les autorités cherchent à  cacher la vérité. Une opinion largement partagée dans la région.

Selon certains observateurs, l’objectif de ceux qui ont fait filtrer la fausse information de la présence de Fehman Husseyin, pourrait d’avoir voulu nuire au processus de paix qui se négociait discrètement. Mais outre celle de l’origine de cette fausse information, bien d’autres questions restent posées.  Avec la  décision du tribunal de Diyarbakir, vient de s’éteindre le dernier espoir de justice  auquel les familles des victimes pouvaient se raccrocher.

Il est peu probable que les négociations de paix qui se poursuivent suffiront à faire oublier ce nouveau traumatisme dans la région kurde. Et il n’est  pas certain non plus que la justice décidera  de lever les accusations de « tentative de meurtre » qui pèsent sur 5 cousins des victimes, qui submergés par la colère avaient accueilli par des jets des pierres le kaymakam (sous-préfet) venu présenter ses condoléances, le jour du massacre.  Ce sont les seuls avoir été  détenus lors de gardes à vue dans l’affaire d’Uludere.

 

Et comme pour bien montrer que le processus de paix est le dernier de ses soucis, un autre  tribunal de Diyarbakir vient d’infliger une forte amende (1300 euros/famille)   aux familles des victimes. Motif :  le 500ème jour suivant le massacre, elles s’étaient rendues sur les lieux de celui-ci, à quelques kilomètres de leurs villages, de l’autre côté de la frontière. Et elles n’avaient pas fait le détour par Harbur, le seul poste frontière, à  5 ou 6  heures  de route au moins  des villages.

Voici le nom des victimes d’Uludere et leur âge au moment où ils ont été tués :

Newroz à Diyarbakir – le message de paix d’Öcalan (en kurde et en turc)

Ceux qui comprennent le turc peuvent écouter le message d’Öcalan délivré d’abord en kurde par Pervin Buldan, puis en turc par Sırrı Süreya Önder au Newroz de Diyarbakir devant au moins un million de personnes.

 

On peut aussi le lire (en turc et en kurde !)  sur les Yüksekova Haber

Il annonce la fin du conflit armé, une forme de lutte qui n’est plus  de notre époque. Cest vrai que le PKK s’est constitué en  pleine guerre froide ! Et que si le président Turgut Ozal n’était  pas mort d’une (étrange et opportune )  crise cardiaque, le conflit armé  aurait sans doute  pu se terminer en même temps que la  guerre froide, au début des années 90  et avant la destruction de milliers de villages et d’alpages !

Ce n’est pas pour autant que les mobilisations vont cesser. Des deux slogans des rassemblements de Newroz : « La liberté pour Öcalan », ne devrait pas être le plus difficile à atteindre un « deal » a du déjà être fait  avec le leader du PKK. Sans doute pas la liberté – du moins pas tout de suite et sans doute pas en Turquie., Mais il quittera  peut-être sa forteresse- prison de l’île d’Imrali pour  une sorte de résidence surveillée. Le second, « un statut pour les Kurdes » sera peut-être plus plus compliqué à obtenir .  Tout dépend de ce qui est entendu dans la notion vague de « statut »..

Et signe des temps, les médias turcs ne divisent plus  par 15 l’importance de la foule fêtant Newroz à Diyarbakir ! Jusqu’ici ils donnaient systématiquement le chiffre de 50 000 participants… »Newroz historique » aidant,  on n’oublie pas de zéro cette fois. Mais le W à Newroz fera peut-être partie des revendications pour donner ce  fameux « statut » aux Kurdes…

Ici les premières vidéos de la fête de Newroz à Diyarbakir. Cette fois les médias  qui d’habitude passent rapidement sur ces fêtes (sauf quand elles sont interdites et que ça barde), devraient largement diffuser ces images sur les chaînes de TV de Turquie.

« Baris istiyoruz », Baris istiyoruz » » Artik yeter « ! (Nous voulons la paix – ça suffit ! ). « Nous ne voulons plus de soldats tués, ni guérillas tués. » Les interviewés diffusent des messages de paix.

Le PKK a aussi envoyé un message et  confirme qu’il va respecter le  cessez le feu annoncé depuis des semaines.  Sinon,   j’avoue que je n’ai pas compris en quoi consistait cette fameuse feuille de route. Ni quelles sont les garanties obtenues par le mouvement kurde . Une sorte de paix des braves est-elle prévue après  le départ des guérillas du  territoire turc ? On en saura plus sans doute dans les semaines à venir.

Un message destiné à séduire  l’opinion turque – surtout AKP –   aussi de toute évidence.  Il n’est plus question « d’autonomie démocratique » mais est évoquée une   « fraternité de l’Islam démocratique (Islami demokratik kardeslik) »  (de l’époque ottomane, si j’ai bien compris) qui rappelle la rhétorique d’Erdogan et devrait séduire les admirateurs de celui-ci. Il y a quelques semaines un ministre avait déclaré qu’Öcalan était un bon musulman (il était très religieux dans son enfance…mais ensuite il a choisi le marxisme).

Mais le message principal est clair et porteur d’espoir : le politique devrait dorénavant remplacer la violence des armes.

Une commission des sages devrait se mettre en place dans le cadre de ce processus de paix qui commence,  a annoncé le chef de gouvernement.  C’était d’ailleurs une proposition du CHP  émise il y un an rappelle Sezgin Tanrikulu député CHP et ancien président du barreau de Diyarbakir. Mais alors que son parti tenait à ce qu’elle soit formée au sein du Parlement, elle lui serait extérieure, des représentants de la société civile  y participeraient (syndicats, associations) et le chef du gouvernement doit se charger d’en choisir les membres….

L’Union des Étudiants Kurdes de France (UEKF) a traduit le message d’Öcalan en français. A lire ICI

Courses de fêtes de fin de Ramadan à Ofis, Diyarbakir.

Cet été  je n’ai passé qu’une journée à Diyarbakir et je n’ai pu faire qu’un saut chez mes amis de Kayapinar, juste le temps  de prendre quelques nouvelles et d’offrir les cadeaux de sekerbayram. Avant de me rendre chez eux j’avais profité de l’heure d’Iftar (fin du jeûne) pour faire quelques courses à Ofis, le seul moment de la journée où les magasins n’étaient pas bondés en cette veille de Seker bayrami, les fêtes de fin de Ramadan.

La photo qui illustre ce billet a bien été prise à Ofis, mais …en plein de mois de février. Et ce n’était pas la veille d’un Seker Bayrami. Et faute aute d’avoir déniché une vidéo montrant l’affluence des jours précédents cette fête  à Ofis, en voici une montrant la foule envahissant le petit centre d’Hakkari, qui est même sujette à des embouteillages.  Légère  différence, on croisait des policiers au look Rambo, armés de fusil dans le centre d’Hakkari, au milieu de l’affluence de la rupture du  jeûne. Ce n’était pas le cas à Ofis.

 

Je ne sais pas si c’est  le plaisir de retrouver une ville qui me devient de plus en plus familière qui me donnait l’air avenante, mais quand  la jolie caissière – que je présume aussi patronne –  d’un magasin où j’avais profité des soldes pour m’offrir un sac à main, une ceinture et  une paire de sandales de super qualité – je m’en offre tous les ans de cette marque turque parce qu’elles sont solides sans être « routardes » pour autant , m’a annoncé le prix de mes achats, j’étais soufflée. 45 TL (18 euros) !  Elle m’avait fait une super ristourne sur les prix déjà soldés. Juste parce qu’elle trouvait que j’avais l’air sympa et qu’elle était très contente d’avoir pour la première fois une cliente française.  Franchement il n’y a qu’en Turquie et hors des sentiers touristiques bien sûr, qu’on peut voir des gestes pareils. Il n’y avait rien de commercial dans le cadeau qu’elle me faisait. Rien que le plaisir spontané et gratuit de me  faire plaisir. Et ça m’a vraiment touchée. Surtout à quelques jours d’un retour vers un environnement autrement  plus calculateur.

Pour Arjin, la petite dernière de la famille,  j’ai  craqué pour un petit mouton –en vrais poils de mouton –  comme en propose parfois sur le bord de certaines routes touristiques. C’est pour ses yeux adorables que je l’avais choisi, mais je me demandais s’il lui plairait. Je  craignais un peu que son grand-père –qui a grandi au village –  trouve stupide qu’on offre un faux mouton en cadeau à une petite fille, si bien que j’avais un peu hésité avec une plus classique poupée. Mais mes craintes étaient sans fondements, le mouton a eu un grand succès et il a même amusé le grand père, toujours content quand on fait plaisir à sa petite fille, qui est allée se coucher en serrant son mouton sur son cœur.  Un jour  je lui offrirai le Petit Prince..en kurde. D’ici là, une traduction sera peut-être disponible.

Pour le cas où le mouton ne lui aurait pas plu, j’avais aussi craqué pour des gadgets lumineux que j’ai achetés à des gosses des rues délurés, qui avaient étalé leurs marchandises fluorescentes sur le trottoir, comme des dizaines d’autres marchands ambulants. Ils étaient marrants et avaient voulu savoir eux aussi d’où je venais.

Même chose peu avant pour les deux messieurs que le pâtissier avait installés à ma table, elle aussi dressée sur le trottoir. Comme je suis toujours incapable de prononcer correctement le R turc de Fransiz, (mais il paraît qu’il y a bien pire que moi), et qu’à ma réponse,  mes interlocuteurs me prennent régulièrement pour une iranienne (Farsi), j’ai pris l’habitude d’ajouter « Sarkozy » pour éviter les malentendus. Un nom qui évidemment ne suscite jamais l’enthousiasme. Mais mes compagnons de table ont préféré évoquer  Danièle Mitterand. Ils m’ont demandé si j’avais de ses nouvelles, mais ce n’est pas le cas.

 

Comme entre l’achat du mouton et mon arrivée à Kayapinar, j’avais fait plusieurs haltes pour déposer des photos prises en mai dernier, j’étais arrivée tard, Arjin n’a pas eu le temps cette fois de me donner un cours de kurde, ce qu’elle avait entrepris l’été précédent, un soir sur le balcon, sans que personne ne lui demande . Peut être justement parce qu’elle n’est pas encore scolarisée, elle avait intuitivement trouvé une excellente méthode. En tout cas à la fin de la séance, j’étais capable d’ énoncer  sans faute à sa grand-mère qui ne parle que le kurde,  « une belle maison », « une belle cuisine » et quelques autres belles choses. A elle aussi l’initiative de sa petite fille avait fait plaisir.  Depuis je me suis offert un manuel de kurde pour débutant. Mais je n’ai pas eu le temps de  le potasser avec elles.