Le 73 ème massacre de Yézidis: le rapt des femmes et le déni du chercheur français.

Yézidis réfugiés dans la montagne août 2014. 8

Peu nombreux étaient ceux qui avaient déjà entendu parler de Yézidis, quand j’écrivais un billet, le 16 juin dernier, sur ceux qui à Sinjar accueillaient les Turkmènes chiites fuyant l’avancée de l’Etat islamique à Tal Afar. Et il avait fallu l’exode à leur tour des Chrétiens qui vivaient dans les villes de Ninive quelques jours après sa terrifiante entrée  le 3 août dans Sinjar, pour que la tragédie des Yézidis mourant de soif dans la montagne où ils avaient cherché refuge, surgisse dans la conscience mondiale qui découvrait cette minorité religieuse que les fanatiques islamiques exècrent.

Je conseille à nouveau cet article d’Allan Kerval, sur le site de Religioscopie, à ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les Yézidis.

Ces tragédies humaines – ainsi (surtout?) que la dangereuse menace sur le Kurdistan irakien pro occidental et les champs de pétrole – ont décidé les États-Unis et plusieurs pays occidentaux à soutenir les Kurdes,sans plus attendre que l’Irak se dote d’un gouvernement. L’EI, qui paraissait attaquer partout à la fois, venait aussi de prendre plusieurs villes à la lisière des limites administratives du KRG. La capacité de riposte des peshmergas, parfois un peu trop présentés comme des « guerriers invisibles » montrait aussi ses limites.

A Sinjar, comme dans les villes chrétiennes, ils se sont enfuis en abandonnant les populations qui se pensaient protégées. Quelles que soient les raisons de ces replis, c’est ce qui s’est passé.

Yézidis combattants à Sinjar
Yézidis combattants à Sinjar

La bataille pour la reconquête du Sinjar se poursuit. 5000 Yézidis des YPU (Unités de Protection Yézidies) participent aux combats contre les islamistes sous le commandement de Qasim Shesho. Ce cadre yézidi du KDP est devenu un héros depuis sa résistance de la première heure avec 500 hommes contre l’EI. 2500 recrues ont été entraînés par les YPG (Kurdes de Syrie). 2000 autres, doivent arriver de Dohouk. Une trentaine de Turkmènes (shiites) auraient  rejoint ses hommes.

La ville de Sinjar est toujours entre les mains de l’EI. Il ne doit plus y résider que ses habitants sunnites, et peut-être quelques familles yézidies terrées. Difficile de savoir combien de personnes sont encore prises au piège sur des flancs de la montagne moins accessibles ou dans des villages encerclés.

Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp
Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp

Dans le chaos qui règne, il est trop tôt pour tirer un bilan. Mais les témoignages sont accablants. Dans la montagne, beaucoup ont péri à cause du manque d’eau conjugué à une chaleur écrasante, surtout des enfants en bas âge, des personnes âgées et des femmes sur le point d’accoucher. Des rapports de massacres sont récurrents, surtout d’hommes et de très jeunes garçons.

Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014
Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014

Pour ceux ont trouvé un refuge, le plus souvent très aléatoire, c’est souvent l’angoisse pour des proches dont ils sont sans nouvelles. Ezidî press rapportait le témoignage d’un père dont la petite fille de 4 ans est tombée de la camionnette qui fonçait pour échapper aux tirs de l’EI. Le conducteur ne s’en était sans doute pas aperçu. Et si c’est le cas, pouvait-il prendre le risque que tous ses passagers soient massacrés?  On rapporte qu’on étouffait parfois des bébés dans les grottes où comme les Yézidis à Sinjar, les Alévis de Dersim s’étaient réfugiés en 1938. Par crainte que leurs pleurs n’alertent les soldats turcs.

La liste des sanctuaires détruits vient de s’allonger avec celui de Sheikh Mend à Jedale. D’autres sont menacés. On parle aussi de conversions forcées. Dans le village de Kocho, 80 hommes et très jeunes garçons ont été massacrés pour l’avoir refusé, tandis que les femmes et les jeunes enfants, desquels les jeunes filles avaient été séparées, étaient enlevées. Quelques jours plus tard la propagande de l’EI diffusait une vidéo mettant en scène une conversion collective, et comme prévu des comptes Twitter et même quelques (rares) médias participaient à cette opération en la diffusant, sans daigner prendre la moindre précaution.

J’ignore si les hommes que montrent ces images sont yézidis, mais rien ne le prouve tant qu’ils n’ont pas été reconnus par des proches. Et je suis certaine que tous ne le sont pas. Un type au centre de l’assemblée montre beaucoup trop d’enthousiasme. Des centaines de Yézidis ont préféré choisir la mort. Pour peu que ces « convertis » le soit aussi, c’est que ces hommes y auraient été contraints par pire que la mort, sans doute pour sauver leurs familles, et notamment leurs filles dont ils connaissaient le destin promis après le rapt de Kocho.

Beaucoup de ceux qui ont balancé avec une telle désinvolture ces images de tortures collectives auraient certainement fait preuve de plus de respect pour ces convertis de force s’ils avaient été musulmans, chrétiens, juifs ou bouddhistes, au lieu d’appartenir à une religion minoritaire.

Certains comparent ce qui est devenu le 73 ème massacre de Yézidis, au terrible massacre de 1892,  le plus traumatisant  de tous.  Cette année là, Omar Wahbi  le pacha ottoman de Mossoul ne s’était pas contenté de massacrer ceux qui vivaient sous sa juridiction, ni d’assassiner leur Mîr (leur plus haute autorité), comme cela était déjà arrivé. Il avait réussi à contraindre celui-ci à se convertir à l’Islam. Le temple sacré de Lalesh, la Jérusalem des Yézidis avait alors été transformé en école coranique. Il le restera pendant 12 ans. Les protestations des Chrétiens et des ambassades occidentales avaient été telles, que le pacha Omar Wahbi avait du être rappeler à Istanbul. Il n’est cependant pas parvenu à faire disparaître le yézidisme de la terre et une vingtaine d’années plus tard, le chef de clan Hamo Sharo protégera des milliers de Chrétiens des massacres. En ce moment, des membres de sa famille participent aux combats contre l’EI à Jedale.

Temple yézidi Lalesh
Temple yézidi Lalesh

Au temple de Lalesh où je m’étais rendue il y a exactement dix ans,en août 2004, pour de grandes festivités, des Chrétiens de Dohouk participaient aussi aux jeux rituels yézidis, rangeant la croix qu’ils portent au cou sous leur chemise lorsqu’ils entraient dans l’enceinte du temple en enjambant la marche, qui ne doit pas être touchée. Un peu plus loin, j’avais été intriguée par une médaille en or de la Vierge que portait au cou la jeune (et très jolie) gelin (belle-fille) d’une famille que nous avions rencontrée avec Olivier, le photographe  que j’avais accompagné à Lalesh. Je m’en étais ouverte ensuite au Mîr Ghamuran  – en réalité le frère du Mîr Tahseen Said Beg qui vit en Allemagne, mais c’est ainsi qu’on me l’avait présenté. Il m’avait assurée que ce n’était pas un simple bijou en or et que la jeune femme savait très bien qui était Marie.

Il est vrai que Myriam dont il est question dans une sourate est aussi implorée par des femmes musulmanes qui souhaitent un enfant. Et c’est aussi à tout ce qui unit les populations à travers ces croyances partagées que les fanatiques de l’EI s’en prennent pour construire « leur monde nouveau ».

Je crois n’avoir jamais vu une aussi belle petite fille que la presque adolescente de cette famille. Ses yeux verts et son port de tête étaient extraordinaires. Elle doit être devenue une femme superbe. Ils venaient de Sinjar. Où sont-ils maintenant ? Et toutes les femmes qui m’avaient littéralement happée et conduite de maisonnette en maisonnette, pendant que le géant garde du corps du Mir qui était chargé de me servir de guide se brûlait les pieds sur les pavés brûlants (où l’on marche déchaussé) en tentant de ne pas me perdre de vue. Ce à quoi il n’était pas parvenu. Je l’ai semé. Et pour revenir, je portais des telik, chaussons en plastique, qu’une femme m’avait offerts pour m’éviter le même désagrément.

Temple yézidi Lalesh Aout 2014
Temple yézidi Lalesh Aout 2014

Les journalistes qui se rendent à  Lalesh en Août 2014 n’y ont certainement pas entendu retentir les mêmes éclats de rire dans les petites maisons qui doivent être pleines des réfugiés aujourd’hui.

Si leur estimation n’est pas définitive, plus d’un millier de femmes yézidies (et des  Turkmènes) ont été enlevées à Sinjar, selon Hoshyar Zebari, ministre des Affaires étrangères du gouvernement irakien, rapporte le Washington Post Une estimation que réfute le chercheur Romain Caillet, quelques jours après l’enlèvement des femmes de Kocho (dont il est un peu obligé d’admettre la réalité). Pour lui « il s’agirait en réalité d’une centaine d’otages, qui seront sans doute utilisées en tant que boucliers humains ou monnaie d’échange plutôt que comme des « esclaves sexuelles »

« Il va sans dire que si l’EI (..) avait réellement rétabli l’esclavage, cela aurait forcément été annoncé publiquement et justifié par une fatwa » apporte-t-il comme argument irréfutable.

Il aurait été déjà un peu plus convaincant, s‘il nous avait appris qu’une fatwa venait d’interdire publiquement la prostitution, qui n’a pas attendu d’être autorisée par une fatwa pour exister. Et s’il ne le dit pas, c’est qu’il n’y en a certainement pas eu. Elle fait rage à Bagdad avec ses 1 million de veuves selon des copains kurdes qui y ont bossé sur des chantiers. Et combien de ravissantes adolescentes (irakiennes et maintenant syriennes) ont été « mariées » dans les pays du Golfe ?

mère et enfant yézidies réfugiées
mère et enfant yézidies réfugiées

Les jeunes filles enlevées ne seraient peut-être pas promises à la prostitution. En tout cas pas toutes. Certaines ont pu communiquer avec leurs familles quand leurs téléphones portables  fonctionnaient encore – et par ceux peut-être de quelques geôliers. Et à Erbil on doit continuer à savoir plus ou moins ce qui se passe à Mossoul où plusieurs centaines de femmes auraient été détenues dans une prison selon plusieurs sources. Le mariage forcé après leur conversion serait le sort de jeunes filles. En attendant le paradis promis, fournir une épouse, souvent très jolie (beaucoup de blondes et des yeux clairs magnifiques parmi les Yézidies) et pour laquelle il est inutile de payer une dot (baslik)  cause d’endettement de beaucoup de familles, serait une assez bonne façon pour l’EI de s’assurer la fidélité de nouvelles recrues des quartiers déshérités de la ville. Être contraint de repousser l’âge de « chercher sa femme » faute d’économies suffisantes, n’est quand-même pas propre qu’aux jeunes célibataires démunis de Mossoul.

Des paysans de villages sunnites voisins ont pu profiter eux aussi de leur nouveau statut de « vrais soldats de dieu », pour se fournir en belles fiancées sans dot. Et peut-être  qu’un rapt de la fiancée  (kizkaçirma) collectif était planifié.

Des jeunes filles auraient été envoyées en Syrie selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (SOHR).  L’ONG affirme avoir recensé 27 cas de mariages forcés avérés avec des combattants de l’État islamique après conversion de la fiancée yézidie. Le « prix de la fiancée » se serait élevée à 1000 $  pour le « prix de la fiancée », beaucoup moins qu’une dot (baslik) classique, si cette information est confirmée

Mais le mariage forcé serait le sort destiné aux vierges. Du moins à une partie d’entre elles, des cas avérés de viols de jeunes filles (parfois) camouflés sous des mariages temporaires sont  rapportés qui pourraient avoir été monnaie courante. Une femme déjà mariée, aussi belle et jeune soit-elle, ne pourra  être proposée qu’à un veuf ou comme seconde épouse. Et elles sont peut-être encore davantage menacées de viol durant leur séquestration. Peut-être ont-elle aussi été enlevées  pour servir de monnaie d’échange avec leurs enfants, mais j’en doute beaucoup.

 Un article de Basnew rapporte qu’à Erbil des personnes fortunées ont tenté de racheter des femmes séquestrées dans un hôtel de Mossoul. Des notables arabes auraient fait de même. Le tarif modeste (120 $ ) pour se procurer une femme, s’il est avéré, pourrait être une somme symbolique, ou celui de « mariages temporaires »(c’est à dire de prostitution déguisée).

Ces enlèvements de femmes qu’Allan Kaval qualifie de massifs  rappellent les viols de femmes bosniaques par des soldats serbes comme instrument d’épuration ethnique. Dans ces sociétés où honneur et réputation des femmes sont des valeurs importantes, ces enlèvements ont le but de les salir .L‘ONU estime à 2500 les enlèvements à Sinjar, surtout de femmes et d’enfants.  Bien plus que la centaine admise par un chercheur qui n’a jamais du mettre les pieds à Sinjar. Des enlèvements de femmes Turkmènes, Shabaks et  Chrétiennes sont aussi rapportés

Les familles ignorent le plus souvent le sort réservé à ces femmes, qui n’est sans doute pas uniforme. Et l’État islamique ne communique pas sur le sujet- il préfère peut-être la réputation de coupeur de tête impitoyable à celle peu glorieuse de violeur et proxénète. Ce n’est pas le genre non plus à balancer des vidéos de jolies visages de fiancées. Ce n’est pas pour autant que les multiples témoignages d’enlèvements  doivent être pris à la légère.

De toute évidence le sort de ces femmes yézidies n’intéresse pas beaucoup Romain Caillet (qui n’est sans doute pas un farouche sympathisant de l’Etat islamique, je le rappelle pour ceux qui ne le connaîtrait pas). Et je soupçonne le chercheur du même « désintérêt » pour le sujet, quand il affirme dans le même article que « dans la ville de Raqqa, (les Chrétiens) qui sont restés ont accepté le statut de dhimmi-s (littéralement « protégés »), impliquant le payement d’une taxe spéciale (al-Jiziya) ». Un statut qui « n’a pas été accepté par les chrétiens de Mossoul qui ont préféré quitter la ville plutôt que de devenir les « protégés » de l’EI. » ajoute-il. En oubliant juste de préciser que si les autorités religieuses chrétiennes de Mossoul ont refusé de discuter avec l’État islamique, c’est probablement car ils n’avaient pas eu besoin qu’une célèbre vidéo de Vice-News le leur apprenne, eux, pour savoir que les Chrétiens de Raqqa avaient ensuite quitté la ville malgré ce statut de « protégés » qu’ils avaient accepté.  Et même depuis, même moi je l’ai vu cette vidéo.

Le 4 septembre : voir sur le sujet le rapport qu’Amnesty International vient de publier.

Mahsum Korkmaz, Atatürk et les « terroristes » PKK qui combattent l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

Mahsun Korkmaz premier commandant PKK

Mahsum Korkmaz est depuis longtemps un héros pour des millions de Kurdes. Pas seulement pour  les sympathisants apocus (pro PKK). J’ai même rencontré des responsables  du PDK (le parti de Barzani), peu suspects de grande sympathie pour le PKK, qui ne cachaient pas leur admiration pour ses guérillas. Évidemment, le premier commandant du PKK, tué en 1986, à 30 ans,  lors d’ un clash avec l’armée turque dans les Monts Gabar est vénéré par ses sympathisants. Il est le modèle à suivre pour tous ceux qui rejoignent « la montagne ».

Et ce sont des milliers de volontaires qui viennent de rejoindre les YPG ou HPG / PKK pour aller prêter main forte à leurs  frères kurdes de Syrie et d’Irak et bloquer les avancées de l’État islamique dont plus personne n’ignore la folie destructrice. Un mouvement qui s’est amplifié depuis l’appel d’Öcalan, en juin dernier.  Des dizaines de milliers d’autres sont prêts à en faire autant.

Je prédisais dans un précédent billet que les jihadistes ne tiendraient pas longtemps Makhmour, au Kurdistan irakien. En effet, une opération  conjointe des peshmergas et du PKK assisté de volontaires du camp de réfugiés (pro PKK), soutenue par l’aviation américaine les en a chassés. Après la rapide reprise du poste frontière de Rabia par les  YPG ( PKK syriens),  c’était le premier gros revers subi par  l’armée de fanatiques islamiques  depuis qu’elle avait lancé sa grande offensive contre le Kurdistan irakien, début Août.

En menaçant Makhmour, l’État islamique commençait à dangereusement  se rapprocher d’Erbil, de  sa population et de ses innombrables réfugiés. Il commençait aussi à sérieusement menacer les intérêts de pays occidentaux et de la Turquie,   qui se comptent en milliards en $. Même si Erbil était certainement mieux protégé que  Sinjar , la menace que  cette avancée de l’État islamique  jusqu’à Makhmour représentait (ainsi que la tragédie des Yézidis dans la montagne de  Sinjar )  a même décidé les États-Unis à intervenir dans le conflit et des pays européens comme la France à envoyer d’urgence  des armes sophistiquées aux Kurdes du  KRG.

Espérons que les richissimes compagnies pétrolières qui ont signé de très avantageux contrats avec le KRG, mettront la main à la poche quand il faudra régler l’addition (ce ne doit  pas être donné  un tel armement). En attendant, il faut aussi espérer que Total ou Exxon Mobil ont fait des dons dignes de leurs bénéfices annuels au HCR et aux  organisations humanitaires débordés par l’afflux de réfugiés.

Massoud Barzani rend visite aux combattants HPG/ PKK, Makhmour août 2014
Massoud Barzani rend visite aux combattants HPG/ PKK, Makhmour août 2014

Cette victoire et cette collaboration entre forces kurdes  a été  si importante que Massoud Barzani a rendu une visite tout à fait publique aux commandants  PKK venus à la rescousse des peshmergas qui là aussi  y étaient en difficulté.

 

Inauguration d'une statue de Mahsum Korkmaz, Lice, 15août 2014
Inauguration d’une statue de Mahsum Korkmaz, Lice, 15août 2014

Avec celui d’Öcalan, que ses sympathisants peuvent maintenant brandir à visage découvert  en Turquie, le portrait du premier commandant de la guérilla, Mahsum Korkmaz,  est affiché dans tous les meetings,  commémorations (comme les grandes funérailles de sehit) ou  fêtes de Newroz.

Et alors que le PKK et les autorités turques sont engagés dans un processus de paix qui pour le moment consiste surtout en un cessez le feu pour la première fois bilatéral  entre PKK et armée turque,  le Parti ( kurde) , qui recueille  92% des voix à Lice,  a  franchi un nouveau pas.  Pour  célébrer  le 30 ème  anniversaire du déclenchement, de la dernière insurrection kurde le 15 août 1984, il  a érigé une statue de Mahsum Korkmaz.  Pas sur la place principale de la petite ville.  C’est dans le cimetière où reposent leurs sehit (combattants tombés au combat) qu’elle a été dressée. Un lieu où une statue présente peu de risque  de heurter quelque sensibilité moins sympathisante ( pour peu déjà qu’un promeneur égaré sache qui est Mahsum Korkmaz) . Et les forces de l’ordre omniprésentes depuis des décennies dans cette province ne doivent pas souvent aller s’y recueillir.

Certes le Parti n’y est pas allé de main morte. La statue  paraît imposante. Mais pas plus que celle d’Atatürk qui se dresse à Lice (à côté de l’école primaire Atatürk!)  comme dans toutes les villes et bourgs  de Turquie, au Kurdistan encore plus qu’ailleurs. Seulement, très souvent les Kurdes détestent le fondateur de la Turquie moderne, qu’ils soient sympathisants  BDP ou  AKP.  C »est encore plus vrai dans le district de Lice, où lors d’une réunion secrète à laquelle Mahsum Korkmaz participait, le PKK  avait été fondé en 1977. C’était aussi de Lice qu’était  partie la première insurrection kurde conduite par Cheikh Said en 1925.

Cheikh Said avait été pendu pour l’exemple à Diyarbakir, en même temps que 46 chefs qui avaient rejoint la révolte. Et la main de bronze de la répression s’était abattue sur les provinces rebelles.  Dans les années 90, Lice a de nouveau  payé cher d’avoir été le berceau d’une nouvelle insurrection armée. Le district a été littéralement vidé de sa population. En 1993, comme Sirnak quelques mois plus tôt,  la ville de Lice était bombardée,  au moins 16 civils avaient  été tués, des centaines de commerces et d’habitations détruits et des milliers de personnes contraintes à l’exode . Pas plus les habitants qui y sont restés que ceux (beaucoup plus nombreux) qui en  ont été chassés, ne sont  devenus kémalistes, même  modérés, par la suite.

Le député CHP Sezgin Tanrikulu, qui est originaire de Lice, ne doit pas être un inconditionnel du fondateur de son parti.

En février dernier le procès du général Bahtiyar Aydın, responsable du bombardement de Lice était délocalisé à Izmir d’ où il a été interrompu. Une façon  discrète de lui fiche la paix. Presque au même moment, en mai dernier, le général de gendarmerie Musa Citil  accusé du meurtre de 13 villageois à Derik (Mardin) entre 1992 et 1993, était acquitté par un tribunal de…Corum (dans l’ouest de la « Turquie nouvelle » dont la justice ne se distingue pas vraiment de l’ancienne ).

 

Destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 19 août 2014
Destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 19 août 2014

La justice a été bien plus vigilante  pour juger l’effigie d’un commandant PKK, mort depuis près de 30 ans. C’est vrai que le symbole est fort. Et peut-être craignait-elle que l’exemple de Lice fasse des émules et que la statue finisse par sortir des cimetières pour aller faire de l’ombre à celle du « père des Turcs » . Un risque  peu probable :  le seul à  être de taille à concurrencer le fondateur de la nation sur la place du village kurde,  c’est Öcalan, celui qu’Ahmet Altan avait surnommé « Atakurde »- ce qui lui avait valu un procès et de perdre pour un temps son emploi de  journaliste. Et en cette période où devraient  débuter des négociations difficiles, ça m’étonnerait que le prisonnier d’Imrali autorise ce genre de démonstration de dévotion.  Mais 3 jours  après son inauguration,  un tribunal ordonnait  la destruction de la statue « terrorist »

destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 18 août 2014
destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 18 août 2014

L’armée (dont on comprend qu’elle ne partage pas la vénération pour le premier commandant PKK à avoir tiré sur ses soldats)  a diligenté une opération sur le champ, alors que des militants déterminés à l’en empêcher l’attendaient – il était 6 heures du matin !  Résultat 1 tué de plus à Lice, où ça commence à faire pas mal de civils tués en un an,  et plusieurs blessés.

 

Statue d'Ataturk, centre d'Hakkari, 19 août 2014
Statue d’Ataturk, centre d’Hakkari, 19 août 2014

Des villes  kurdes se sont embrasées où, sacrilège suprême, des manifestants se sont vengés sur la statue d’Atatürk. Rien de bien nouveau en fait. A Hakkari elle a déjà stoïquement résisté à de nombreux assauts de pierres et de cocktails molotov, sans parler des gaz lacrymogènes et des jets de flotte qui ne l’ont pas épargnée. Mais cette fois des médias l’ont remarqué, d’autant qu’à  Lice , quelques uns des  bustes d ‘Atatürk qui trône dans toutes les écoles ont été à leur tour fichus à terre.

Si des voix scandalisées s’élèvent, pas de quoi cependant provoquer une vague de poussée nationaliste  à l’Ouest du pays. En 2006, il avait suffi qu’un petit kurde d’Hakkari mette  le feu à un drapeau turc devant des caméras de TV à Mersin (sans doute que l’idée lui avait été soufflée), pour que les fenêtres des villes de l’ouest du pays se couvrent de drapeaux turcs. Une mobilisation générale pour  la patrie en danger qui n’avait sans doute pas été complètement spontanée.

Apparemment, personne n’est trop désireux cette fois de provoquer des tensions qui pourraient mal tourner, au sein de la population  Ce n’est pas trop le moment. Et puis qui en profiterait, maintenant que les élections sont passées ?

Avec la fin des combats entre soldats et PKK, les Turcs sont peut-être un peu plus enclins aussi  à admettre qu’au sein d’un même pays, plusieurs récits historiques antagonistes peuvent s’entrechoquer.  Cela fait plus d’un an maintenant qu’Öcalan, la figure du Mal absolu depuis plusieurs décennies, est devenu l’interlocuteur de l’État turc, et l’opinion (du moins une partie d’entre elle) apprécie surtout de pouvoir croire enfin que la paix est durable .

Quant à Atatürk, malgré son omniprésence dans les manuels scolaires qui  perdure (en attendant peut-être d’y être remplacé par un autre Grand Homme, comme pour les noms d’aéroports) ,  il est  en train de perdre son statut d’idole, sans doute pour trouver  la place dévolue à tout grand personnage historique, à l’instar d’un Napoléon ou d’un de Gaulle que tout le monde n’est pas sommé de vénérer. On a le droit de les exécrer et même d’être injuste avec eux,  si on veut.

Surtout depuis la prise de Mossoul le 10 juin  par l’État islamique et la prise en otage des membres du personnel du Consulat turc, de leurs familles et des membres des forces spéciales chargées de les protéger, auxquels il avait été courageusement prié de rester sur place (je ne sais pas pour quoi  faire), il y a sans doute  pas mal de gens en Turquie qui considèrent que le danger aujourd’hui  s’appelle plutôt « Califat ».

Avec 49 otages entre les mains de dangereux  fanatiques qui utilisent leurs exactions les plus monstrueuses comme une arme de guerre, les centaines de kilomètres de frontière partagée avec le « Califat nouveau » et les cellules dormantes qui doivent se trouver sur leur propre territoire (sans doute pour la plupart connues et surveillées, mais cela n’empêche jamais le danger) et dont certaines n’ont pas hésité  dernièrement  à lancer un appel public au  jihad en plein  Istanbul  – on comprend assez que les autorités aient préféré ne pas voir leurs forces spéciales, présentes depuis des années pourtant de  l’autre côté de la frontière, s’afficher aux côtés des peshmergas de leur « ami » Massoud Barzani.

Elles ne sont même pas intervenues pour porter secours aux « frères » Turkmènes dont la défense était une cause nationale en 2003 en Turquie, quand on les prétendait menacés par les Kurdes. Les malheureux Turkmènes de Ninive,  honnis par les fanatiques de l’État islamique car ils sont chiites, ont du fuir leurs villes et villages pour éviter d’être massacrés, et certains malheureusement l’ont été. Et la Turquie est restée jusqu’ici indifférente au sort des 15 000  Turkmènes d’Amerli, assiégés depuis 2 mois par des partisans de l’ EI.    Son seul soutien est une aide humanitaire massive aux réfugiés turkmènes et yézidis auxquels elle construit aussi des camps au Kurdistan irakien, espérant éviter qu’un flot de réfugiés ne viennent s’ajouter aux 1.5 million de réfugiés syriens sur son territoire. Enfin, construirait, certains médias d’opposition mettent même en cause la véracité de  camps financés par la Turquie (mais je me méfie aussi des médias d’opposition)

La Turquie aurait peut-être préféré envoyer ses commandos et ses F16 dans son ancienne province de Mossoul. Mais les seules troupes venues  de Turquie pour combattre les barbus du « calife », ce sont les YPG et HPG/  PKK  qui le combattent sur deux fronts : en Irak et en Syrie .

Et à Rojava (Kurdistan syrien) , c’est sans le soutien d’aucune aviation,  qu’ils sen chargent avec les YPG  qu’ils ont formé. Au sein des forces kurdes,  ces troupes  « terroristes » rappellent un peu ce qu’est la Légion Étrangère à l’armée française, pour la qualité de ses combattants, ou pour leur recrutement international (sauf qu’en l’occurrence il est plutôt transnational). A ceci près qu’ils ne touchent aucune solde (Exxon Mobil et Total pourraient peut-être avoir aussi un geste pour leurs familles). Ce n’est pas le cas de ceux qui se prennent pour des « soldats d’Allah », qui doivent aussi bénéficier de multiples avantages avec tous les biens abandonnés de force par les populations qui ont fui.

La Turquie n’a pas envoyé  ses troupes d’élite défendre la zone tampon du  Kurdistan irakien (et ses  intérêts financiers). dans cette bataille pour le Kurdistan irakien,Par contre  le PKK est devenu un allié sur lequel on peut compter. Outre les Yézidis de Sinjar , le monde entier l’a remarqué. C’est quand-même ce qui devrait être relevé pour ce trentième anniversaire de l’insurrection.

Sodats saluant leur victoire sur la statue de Mahsum Korkmaz, Lice 19 août 2014
du Sodats saluant leur victoire sur la statue de Mahsum Korkmaz, Lice 19 août 2014

Pendant que les « terorist« du PKK se battent contre l’Etat islamique et  protègent les (gros) intérêts de la Turquie au Kurdistan irakien avec les autres combattants kurdes,  à  Lice  l’armée turque s’affaire à  déboulonner une statue. Un civil de 24 ans, Mehdi Taşkın  est tué,  qui sans doute rêvait (et peut-être  envisageait) de franchir la frontière à son tour pour aller combattre l’État Islamique.  L’opinion publique turque, quant à elle, ne semble pas prendre cette dangereuse opération militaire  pour une action particulièrement héroïque : les  drapeaux turcs n’ont pas surgi aux fenêtres pour célébrer  la nation sauvée.

 

Pour aller plus loin  :  un  article de Fehmin Tastekin, qui relève que les 3 jours qui se sont écoulés entre l’inauguration de la statue et sa destruction aurait pu être utilisés par les autorités (gouverneur) pour tenter de trouver un compromis avec Lice.

.. Dommage de ne pas avoir tenté de sauver des vies (un soldat a aussi succombé des suites de blessures), même si les 2 parties sont plus habituées aux rapports de force et que cela n’aurait pas été gagné d’avance…  au lieu de se contenter de crier à la provocation de tous les côtés.

 

 

 

 

 

 

Peshmergas – et autres combattants kurdes YPG et PKK contre l’Etat islamique

 

Yézidis réfugiées dans la montagne de Sinjar
Yézidis réfugiées dans la montagne de Sinjar

Après Sinjar ce week-end,  ce sont  les villes chrétiennes de l’Est de Mossoul,  Qaraqosh, Bartella,  Bashiqa (où vivent de nombreux yézidis ) ou Tal Kayf  qui viennent  de tomber entre les mains des fanatiques de l’Etat islamique. Là encore les peshmergas ont du se replier.  Et c’est un nouvel exode massif de Chrétiens et Yézidis. La situation est alarmante.

Des nouvelles contradictoires arrivent de la ville de Makhmur à 80 kms au sud d’Erbil et à  laquelle l’État islamique s’est attaquée. Difficile de savoir qui contrôle la ville. Le PKK  a envoyé des renforts et aurait évacué les civils du camp de réfugiés kurdes de Turquie ( pro PKK ), où tous ceux capables de se battre ont pris les armes. Des combats  se poursuivent entre forces Kurdes( PKK/YPG / peshmergas) et EI. Vidéo ICI

Les Turc/Kurdes fanatisés pro EI qui haïssent viscéralement les « infidèles » du PKK aurait tort s’ils se réjouissaient trop vite. Leurs petits amis ne vont sans doute pas faire de vieux os à Mahkmur.

Deniz Firat journaliste Kurde tuée à Makhmour le 8 août 2014
Deniz Firat journaliste Kurde tuée à Makhmour le 8 août 2014

Triste nouvelle. Deniz Firat,  journaliste -guérilla  qui couvrait les PKK a été tuée par un tir de mortier à Mahkmur. C’est à ma connaissance la seule  journaliste tuée depuis le 10 juin en Irak. Il est vrai que tous ne prennent pas de tels risques, ce que l’on comprend, l’enlèvement de journalistes ayant été une des principales sources de financement de l’État islamique. C’était une militante qui avait grandi dans le camp de réfugiés où elle tournait. Une cérémonie de  funérailles se déroulera à Qandil, le 9 août. Le 11 elle sera enterrée  à Van.

Des F16 de l’armée turque  ont survolée la zone dans la journée du 7 août. Certaines sources affirment qu’ils y auraient bombardé des positions de l’EI, ce que nient les autorités turques.  La Turquie, où des Yézidis de Sinjar viennent de trouver refuge chez des parents de Batman notamment, vient de déclarer que les réfugiés de Makhmur étaient autorisés à  rentrer en Turquie s’ils le souhaitaient.

On ne sait pas bien non plus qui contrôle le grand barrage de Mossoul.  Contrôler ce barrage, c’est non seulement posséder la maîtrise  de l’eau (vitale en Mésopotamie) et d’une bonne partie de  l’électricité. C’est aussi avoir la possibilité d’ennoyer une partie du nord du pays jusqu’à Bagdad. C’est  dire qu’il faut éviter qu’une telle arme ne tombe entre les mains des fanatiques de l’EI.

Kalak aux portes  du Kurdistan irakien officiel  et à une trentaine de kilomètres d’Erbil  est menacé. Pour éviter qu’ils ne soient une source de renseignements pour l’EI, et surtout pour empêcher ceux -ci de divulguer leur propagande destinée à affoler les populations, Facebook et Twitter ont été coupés à Erbil et Dohouk.  Mais comme toujours la censure reste relative et les Kurdistanî (habitants du Kurdistan)  deviennent  des as du proxy.

Des renforts venus de Suleymaniye (PUK) sur la frontière iranienne (que l’EI n’est pas prêt de menacer)  sont arrivés  à Erbil. Une marche à la gloire des peshmergas accompagne les images de cette vidéo.

Plusieurs compagnies étrangères auraient commencé à évacuer leur personnel du Kurdistan irakien par mesure de précaution. Et à Harbur le passage de la frontière est désormais interdit aux citoyens turcs. Je présume que cet interdit ne s’applique pas aux routiers qui vont ravitailler le Kurdistan, ni au personnel humanitaire. Espérons que le passage est aussi interdit aux candidats au jihad qui franchissaient sans trop de difficultés  la frontière turco  syrienne.

Les USA viennent d’autoriser des frappes aériennes ciblées. Elles ont commencé et l’aviation US soutient désormais les troupes kurdes au sol.  A défaut d’avoir participé aux frappes, la Turquie leur a donc ouvert son espace aérien.  La  France vient aussi de s’engager à soutenir  les Kurdes. On ne sait pas encore quelle forme va prendre cette assistance. Il est  peu probable des troupes françaises soient envoyées  là bas, sauf dans le cadre d’une force internationale qui  n’est pas à l’ordre du jour. Mais les Kurdes vont certainement recevoir l’armement qu’ils réclamaient (et qui commençait déjà à arriver). Les faits ont assez  montré qu’il leur faisait défaut.

Fuad Hussein, le chef de cabinet de Barzani vient de remercier les USA, l’État irakien (cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé ! ), la France, la Turquie ainsi que l’Iran (main dans la main avec les USA, ça aussi c’est nouveau)  pour leur assistance. Mais il a aussi confirmé que le barrage de Mossoul était bien tombé entre les mains de l’EIIL, une nouvelle défaite de taille pour les peshmergas.

Il a aussi déclaré que depuis l’offensive de l’État islamique  début juin 150 peshmergas ont été tués et plus de 500 blessés. Il ne le précise pas, mais 7  YPG au moins ont aussi  perdu la vie en 5 jours  au Kurdistan irakien, dont 1  originaire de Diyarbakir, en Turquie. Et à Rojava les affrontements continuent.

Ce sont ces combattants kurdes qui vont devoir se charger de faire dégager l’EI qui menace leurs territoires en Irak et en Syrie.  Peut-être/ sans doute  avec des tribus arabes qui viennent de déclarer leur opposition à l’État Islamique, mais exigent le départ de Maliki, ce qui n’est pas fait .  Tant qu’elles ne se soulèveront pas difficile de croire que Mossoul puisse être libérée. Et tant que le l’État islamique  y stationnera, le(s) Kurdistan seront menacés en Irak et en Syrie,  qu’ils soient indépendant ou autonomes.

Peshmergas : de la guerilla des années 70 à l'armée moderne
Peshmergas : de la guerilla des années 70 à l’armée moderne

Dans les années 80 encore, les peshmergas étaient des rebelles oubliés de l’Occident. C’est en Turquie que j’avais découvert  les massacres de l’Anfal (entre 180 000 et 200 000 victimes) le gazage de Halabja et que Saddam Hussein était un monstre. Et pas dans les milieux pro kurdes, mais chez des amis lazes du gecekondu de Pazariçi à Istanbul. En 1988 en France, c’était l’Iran le mauvais islamiste. L’Irak était l’allié de l’Occident.  Les médias français ne s’étaient pas précipités à Halabja.

Massoud Barzani peshmerga
Massoud Barzani peshmerga

Une grande part du prestige de Massoud Barzani, le président du KRG,  tient au fait  il ait été peshmerga dans la montagne kurde, dans les troupes de son père, Mollah  Mustapha Barzani, un des leaders incontestés du mouvement kurde et le fondateur du PDK.

Jalal Taabani commandant (PDK) insurrection de 1961
Jalal Taabani commandant (PDK) insurrection de 1961

Jalal Talabani , Mam Jalal, le fondateur du PUK (yetiki) le parti rival et futur président de l’Irak, a lui aussi combattu dans la montagne.

Abdullah Öcalan avec ses guerillas PKK (date et lieu inconnus)
Abdullah Öcalan avec ses guerillas PKK (date et lieu inconnus)

Et Abdullah Öcalan, le fondateur du PKK qui négocie actuellement avec la Turquie de la prison d’Imrali, a vécu des années au milieu  de ses guérillas. Comme les autres leaders kurdes , il en tire une bonne part de sa légitimité.

Ce n’est qu’en 1991, quand des centaines de milliers de personnes, craignant la vengeance de Saddam Hussein après sa déroute au Koweit,  afflueront à la frontière turque où l’armée turque était massée que les Kurdes entreront dans le paysage médiatique occidental. Avec une image de peuple martyr. Saddam Hussein n’était plus l’allié de l’Occident. On n’aura aucune image par contre de ceux qui trouvaient alors refuge en Iran.

En 2014 les peshmergas constituent une armée de métier  (même si 2 armées, une PDK et une PUK serait sans doute plus juste)  équipée et formée par les Américains. Et depuis la prise  de Mossoul  les caméras du monde entier sont braquées sur eux.

Miss Kurdistan en soutien  aux peshmergas
Miss Kurdistan en soutien aux peshmergas

On est loin des rebelles oubliés dans les montagnes. Fini aussi les combattants du peuple martyr. Aujourd’hui ce sont eux que le monde considèrent comme  le « dernier rempart » contre les fanatiques de l’État islamique et les protecteurs de ceux qu’il menace.  La nouvelle Miss Kurdistan avait revêtu l’uniforme de ces nouveaux chevaliers pour leur rendre visite.  On a aussi vu des images de femmes journalistes posant sur leurs chars.

 

 

Peshmerga donnant à boire à un prisonnier de EI.
Peshmerga donnant à boire à un prisonnier de EI.

Les peshmergas ne se comportent peut-être pas toujours  avec autant d’humanité  vis à vis de  leurs prisonniers que celui qui donne à boire à ce prisonnier. Je me souviens d’un reportage (j’ai oublié de quel média) post invasion américaine, dans laquelle un commandant américain se plaignait que les prisonniers baathistes  « interrogés » par les Kurdes sortaient en si mauvais état de ces interrogatoires qu’on ne pouvait plus rien en tirer.Ils avaient sans doute un peu tendance alors  à rendre leur pareil aux baathistes.

Surtout cette image qui est très populaire sur les médias sociaux kurdes est à l’antithèse des têtes coupées et des exécutions en masse de prisonniers que divulguent ceux de État Islamique.  Là encore c’est  l’image du soldat chevalier que veulent défendre et promouvoir leurs partisans.

peshmerga et prisonnier islamiste EI
peshmerga et prisonnier islamiste EI

Un autre peshmerga offrant à boire à un prisonnier. Je ne sais pas où non plus.

Dommage par contre que les images des ennemis tués paraissent autant appréciées dans les deux camps qui les divulguent sur leurs réseaux Twitter ou Facebook.

Pesmerga femme colonel
femme colonel dans les peshmerga, août 2014

PKK et  YPG sont célèbres pour leurs bataillons féminins. Les femmes soldats n’étaient pas une  tradition chez les rebelles  pesmerge (quelques rares exceptions seulement) par contre. Moins nombreuses que les guerilla,  les femmes  sont cependant présentes dans leur armée moderne.  On m’a parlé au moins d’une ancienne guérilla du PKK devenue commandant dans les peshmergas. Il y en a probablement d’autres.

 

YPG et peshmergas  combattants ensemble à Rabia.
YPG et peshmergas combattant ensemble à Rabia.

Mais les peshmergas  ne sont plus seuls à combattre au Kurdistan irakien. Comme je l’écrivais dans un précédent billet les  YPG  sont venus à  la rescousse et ont traversé la frontière  depuis Rojava/ Syrie, quand ce week-end  l’EI a lancé ses offensives.

C’est la vidéo d’un reportage de  Rohani TV, (Rojava, Kurdistan de Syrie) pro PYD.  La musique d’ambiance rappelle les reportages de certaines chaînes turques. On y voit aussi  aussi des YPG et des peshmergas (il s’agirait de PUK)  sur le front de Sinjar. Sans l’entrée des YPG à Sinjar le 3 août quand la plupart des  peshmergas s’en sont repliés, il y aurait certainement eu encore  plus de victimes yézidies.

 

Eux, ce sont des guérillas du PKK qui paradent dans la ville de Sinjar, selon la source (peut-être dans un des villages du district) . Pour la première fois depuis les premières révoltes kurdes, tous les Kurdes combattent ensemble un ennemi commun. Toujours pas de  coopération au sommet, officiellement.  Mais sur le terrain elle est indispensable, sinon les différentes forces kurdes risqueraient de  s’entretuer. Et les combattants ne doivent pas avoir de réticences à coopérer.

 

 

Une vidéo trouvée sur le compte You Tube d’un Yézidi de Sinjar. Le chanteur est probablement un routier kurde de Turquie.  Je l’ai choisie pour la mélancolie de sa chanson, la route et le camion.

Les civils  continuent  à mourir d’épuisement  dans le jebel de Sinjar.  Mais  des forces kurdes (et des journalistes kurdes) y ont pénétré.  Plusieurs dizaines de réfugiés sont arrivés le 7 août  à Dohouk, complètement épuisés après avoir passé 5 jours dans la montagne. Surtout,  les forces kurdes -( ce seraient les  YPG venues de Rojava,   guerillas PKK  seraient aussi dans la montagne et peshmergas dans la plaine) sont parvenues à ouvrir un corridor de sécurité ce qui vient  de permettre  à des milliers de personnes assiégées depuis 6 jours de fuir et  de trouver refuge à Rojava / Kurdistan syrien, d’où une partie a rejoint Zakho (Kurdistan irakien/ frontière turque) ou Dohouk après un long détour.

 

Je vous en supplie frères, faites taire vos différences pour sauver les Yézidis ! Le cri d’une députée yézidie en larmes à Bagdad.

Ce n’est pas seulement les parlementaires irakiens, mais le monde entier qui doit entendre cet appel déchirant d’une députée  yézidie en larmes, lancée du fond de la salle  au parlement de Bagdad et que le président de l’assemblée  n’a pas réussi à interrompre. C’est dans un silence religieux qu’il a été écouté par les députés présents  – et peut-être reçu, mais on aimerait bien entendre la suite de l’intervention de celui qui prend ensuite la parole et  qui ne commençait pas très bien . Ce n’est pas la peine de comprendre  l’arabe, ni même d’être capable de déchiffrer les sous-titres en anglais pour entendre son message.

Les  JT du monde entier devraient diffuser ces 2 mn 30 d’ images. Peut-être qu’elles parviendraient à rompre le silence étourdissant de la communauté internationale. La voix de cette femme  a autrement plus de poids que des chiffres presque muets ou que des images de massacres dont l’opinion  finit par s’habituer.

 » Ce sont  tous les Irakiens que l’on tue. Les Shiites, Sunnites, Chrétiens, Turkmènes, Shabaks et maintenant les Yézidis ! A Sinjar, nous sommes massacrés sous la bannière d’il n’ y a un seul dieu qu’Allah. Ils ont déjà exécuté des centaines d’ hommes et de garçons. Enlèvent les femmes pour en faire leurs concubines. Au moment où je parle,  cela fait 48 heures que des milliers de  yézidis  sont réfugiés dans la montagne, sans eau et sans nourriture. 70 enfants sont déjà morts de soif. 50 personnes âgées aussi . Je vous en supplie mes frères, au nom de l’humanité, faites taire vos différences. Sauvez nous ! . »

Mourir de soif ! Est-ce que l’on peut imaginer  la torture que cela doit être.