Ah Sürmene, Sürmene (Mer noire)

Je viens de dénicher ce  clip Ah Sürmene, Sürmene,(ou 3 gogos à New-York – peut-être des Sürmene) et j’adore.

C’est Meh qui m’a fait découvrir Erkan Ocakli. Mais je connais Sürmene, sur la Mer Noire entre Rize et Hopa. C’est même là que j’ai dansé pour la première fois le halay, dans des fiançailles en pleine campagne. Je n’ai jamais oublié ces fiançailles,  ni cette campagne de la région de Rize et ses plantations de thé ou la camionnette  de chantier qu’un copain étudiant avait emprunté à son oncle et avec laquelle on avait fait des super balades un peu sportives. Ce n’était pas une 4/4 tout confort pour aventuriers du dimanche.

L' »orientale » ce sera à mon retour à Istanbul, dans la famille de Pazariçi, pour les fiançailles d’une des filles de la maison. C’est dans leur famille que j’avais été reçue  à Sürmene. Impossible de refuser au danseur qui m’avait invitée et qui faisait plein de bonds autour de moi…(ça m’avait un peu impressionnée). Les copines étaient tellement étonnées de me voir danser, qu’elles m’avaient demandée si j’avais bu du raki. Il devait y en avoir planqué pour les hommes quelque part dans le dügün, mais je n’en avais pas bu

Si elles étaient étonnées, c’est qu’au gecekondu où mes premières visites avaient crée l’effervescence, je me contentais d’être spectatrice, alors que tous les prétextes étaient bons aux femmes pour se mettre à danser.

Comme un après midi où le salon s’était transformé en piste de danse à l’occasion d’une  visite entre voisines. Les mères en foulard nous avait fait un show pas possible. Elles avaient rejoint  les adolescentes qui se trémoussaient sur du rock turc pour danser  à la façon des  3 gogos de la vidéos.  On était pliées de rire.

Les hommes étaient dans la pièce à côté, ce qui avait  aussi permis à une des adolescentes en foulard très strict de nous faire une démonstration de danse orientale absolument torride. Pendant sa danse sa mère lui avait arraché son foulard, révélant une chevelure splendide. Étonnant la femme qui se cachait sous l’austère foulard musulman et le long « pardüsü « beige. A l’époque la mode n’était pas encore à la tenue islamique colorée, quand elle n’est pas carrément  sexy.

.

Musique(s) Arabesk, ça continue en Turquie : rock, folk, kolbastı …

Comme je m’y attendais un peu, la publication du premier billet sur la musique arabesk a donné lieu à un nouveau long commentaire de son auteur Meh. Un commentaire toujours aussi riche que je choisis  de publier lui aussi sous forme de second billet sur la ou plutôt les musiques Arabesk (en attendant que Meh se décide à chercher un éditeur et publie un livre sur la question. J’ignore si ça fait partie de ses projets, mais j’en profite pour lui suggérer l’idée).

« Je reviens sur votre blog après une longue période et découvre ce clin d’œil que vous me faites, je vous en remercie, si j’avais su j’aurais fait un exposé plus ample de la question.

Oui, les chansons que vous avez choisies me plaisent, comment cela ne pourrait-il pas être le cas ?  Bien évidemment, j’en aurais peut-être choisi d’autres, car les goûts et les couleurs… mais il aurait été très difficile de faire un choix. La vidéo de Ferdi Tayfur exprime selon moi l’esprit le plus radical de l’arabesk d’antan, où on va au fond du précipice sans hésiter et sans honte. Puisque le drame est là, autant le vivre à fond. Celle d’Ibo est sans conteste par contre une de ses plus belles chansons.

Quant aux autres noms que j’avais évoqué, je ne voulais pas surcharger mon commentaire et je m’étais restreint aux plus grands des grands J’aurais pu en cité bien d’autres. Remarquez s’il vous plait cependant que Esengül et Bergen que je nommais étaient des femmes, alors que vous écrivez à Bayram que dans ma liste il manquait des femmes !
D’ailleurs, un des « hits » arabesk de la grande époque est le fameux Taht Kurmussun Kalbıme de la première des deux, Esengül …

…tandis que Bergen, la seconde, blessée gravement à un œil puis assassinée par son mari jaloux a eu une destinée 200% arabesk ! De cette dernière je vous propose le superbe Sen Affetsen

Pour ceux qui ne connaissent pas encore voici la version ultra contemporaine et « rock arabesk » du groupe Fairuz Derin Bulut

http://www.dailymotion.com/video/xdumyr_sen-affetsen-ben-affetmem-fairuz-de_music

Mais, vous savez Anne, en ce qui concerne les années 1980 et 1990 , on se noie dans la quantité infinie de chanteurs et de musiciens (et donc de morceaux de musique !), à un point tel que je me demande si la Turquie contemporaine  surtout à cette époque charnière de son histoire, n’était pas et n’est toujours pas le pays qui produit le plus de création musicale ! En plus de tous les artistes cités plus avant, que ce soit la musique pop/populaire citadine s’inspirant à tout va appelée arabesk, fantazi, la musique populaire plus roots des chanteurs folk (Selda Bağcan après sa période plus rock, Sabahat Akkiraz, Güler Duman, etc…),  les débuts de la pop tout court (Ajda Pekkan, la grandiose Sezen Aksu etc.), les grands artistes rocks très « anatoliens » dans leur style (Moğollar, Cem Karaca, Bunalımlar, etc.) les grands musiciens de bağlama surtout quand ils sont ozan ou asık (l’immense Neşet Ertaş, Arıf Sağ, Musa Eroğlu, la relève avec Tufan Altaş, etc., etc.) et bien d’autres comme des chanteurs très marqués par leur terroir d’origine et leurs multi-talents (=arabesk!), comme le karadenizli Erkan Ocaklı complètement oublié mais dont une chanson a inspirée ces dernières années le mouvement très « djeun’s » du kolbastı…

(et cette vidéo de Kara Davut pour les malheureux qui n’ont jamais entendu parler du kolbasti, que certaines dansent même en robe de mariée. J’en profite pour pester une nouvelle fois contre la programmation de « la Saison de la Turquie », en rêvant de ce qu’elle aurait pu être. )

(à Diyarbakir, ça s’appelle şalvarbasti, s’est chanté en kurde et ils sont marrants)

… et par exemple son mémorable Hapishane İçinde :

Sinon, Anne, une seule chose : Zeki Müren n’était pas travesti ! Il avait des goûts fantasques, kitsch, il est était délicat puis devint de plus en plus efféminé, mais il se déguisait pas en femme. »

Et pour Bayram, autre fidèle lecteur de ce blog, Duydum ki Unutmuşsun,. d’Emel Sayin. Je l’ai choisie alors qu’elle n’est pas sa chanson préférée, pour faire un clin d’oeil à YOL de Yilmaz Güney, dont l’acteur principal Tarik Akan pleurait d’amour pour les superbes yeux bleus de la belle dans cet extrait du film Mavi Boncuk bien sûr.  Et pour rappeler aussi que l’Arabesk ça a été aussi énormément de films. La plupart des chanteurs et chanteuses  du « mouvement arabesk » (pris dans le sens large défini par Meh) sont aussi des acteurs et actrices de films.

Et comme Bayram, le rappelait dans un de ses commentaires, la junte militaire qui avait pris le pouvoir en 1980 détestait l’arabesk, interdit sur les ondes et sur l’unique chaîne de télévision d’Etat. Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir de Turgut Ozal, pour qu’elle soit à nouveau à l’honneur. Il était lui même grand amateur d’arabesk, peut-être par provocation et  pour embêter ceux qu’on a plus tard appelés les Turcs Blancs (comme le pianiste Fazil Say absolument allergique à l’arabesk)

Je me souviens d’une jeune femme qui me disait s’inquiéter à la fin des années 80 de l’islamisation du pays (l’armée n’était pas du tout considérée  comme la gardienne de la laïcité alors !) et du mauvais goût affiché par les  nouveaux riches anatoliens.  Elle me prenait comme exemple le chef du gouvernement Turgut  Ozal qui selon elle se déplaçait régulièrement vitres ouvertes et musique arabesk à fond. En fait je crois qu’il ne l’a fait qu’une fois, mais ce n’était pas passé inaperçu. Ce n’était d’ailleurs pas le but.

Et pour terminer sur note humoristique, ce clip de Fairuz Derin Bulut que j’avais présenté sur un précédent billet.après l’avoir découvert sur l’excellent blog Erkan’sField Diary, qui prouve une fois de plus que ça déménage à Bilgi Universitesi.