Musique(s) Arabesk, ça continue en Turquie : rock, folk, kolbastı …

Comme je m’y attendais un peu, la publication du premier billet sur la musique arabesk a donné lieu à un nouveau long commentaire de son auteur Meh. Un commentaire toujours aussi riche que je choisis  de publier lui aussi sous forme de second billet sur la ou plutôt les musiques Arabesk (en attendant que Meh se décide à chercher un éditeur et publie un livre sur la question. J’ignore si ça fait partie de ses projets, mais j’en profite pour lui suggérer l’idée).

« Je reviens sur votre blog après une longue période et découvre ce clin d’œil que vous me faites, je vous en remercie, si j’avais su j’aurais fait un exposé plus ample de la question.

Oui, les chansons que vous avez choisies me plaisent, comment cela ne pourrait-il pas être le cas ?  Bien évidemment, j’en aurais peut-être choisi d’autres, car les goûts et les couleurs… mais il aurait été très difficile de faire un choix. La vidéo de Ferdi Tayfur exprime selon moi l’esprit le plus radical de l’arabesk d’antan, où on va au fond du précipice sans hésiter et sans honte. Puisque le drame est là, autant le vivre à fond. Celle d’Ibo est sans conteste par contre une de ses plus belles chansons.

Quant aux autres noms que j’avais évoqué, je ne voulais pas surcharger mon commentaire et je m’étais restreint aux plus grands des grands J’aurais pu en cité bien d’autres. Remarquez s’il vous plait cependant que Esengül et Bergen que je nommais étaient des femmes, alors que vous écrivez à Bayram que dans ma liste il manquait des femmes !
D’ailleurs, un des « hits » arabesk de la grande époque est le fameux Taht Kurmussun Kalbıme de la première des deux, Esengül …

…tandis que Bergen, la seconde, blessée gravement à un œil puis assassinée par son mari jaloux a eu une destinée 200% arabesk ! De cette dernière je vous propose le superbe Sen Affetsen

Pour ceux qui ne connaissent pas encore voici la version ultra contemporaine et « rock arabesk » du groupe Fairuz Derin Bulut

http://www.dailymotion.com/video/xdumyr_sen-affetsen-ben-affetmem-fairuz-de_music

Mais, vous savez Anne, en ce qui concerne les années 1980 et 1990 , on se noie dans la quantité infinie de chanteurs et de musiciens (et donc de morceaux de musique !), à un point tel que je me demande si la Turquie contemporaine  surtout à cette époque charnière de son histoire, n’était pas et n’est toujours pas le pays qui produit le plus de création musicale ! En plus de tous les artistes cités plus avant, que ce soit la musique pop/populaire citadine s’inspirant à tout va appelée arabesk, fantazi, la musique populaire plus roots des chanteurs folk (Selda Bağcan après sa période plus rock, Sabahat Akkiraz, Güler Duman, etc…),  les débuts de la pop tout court (Ajda Pekkan, la grandiose Sezen Aksu etc.), les grands artistes rocks très « anatoliens » dans leur style (Moğollar, Cem Karaca, Bunalımlar, etc.) les grands musiciens de bağlama surtout quand ils sont ozan ou asık (l’immense Neşet Ertaş, Arıf Sağ, Musa Eroğlu, la relève avec Tufan Altaş, etc., etc.) et bien d’autres comme des chanteurs très marqués par leur terroir d’origine et leurs multi-talents (=arabesk!), comme le karadenizli Erkan Ocaklı complètement oublié mais dont une chanson a inspirée ces dernières années le mouvement très « djeun’s » du kolbastı…

(et cette vidéo de Kara Davut pour les malheureux qui n’ont jamais entendu parler du kolbasti, que certaines dansent même en robe de mariée. J’en profite pour pester une nouvelle fois contre la programmation de « la Saison de la Turquie », en rêvant de ce qu’elle aurait pu être. )

(à Diyarbakir, ça s’appelle şalvarbasti, s’est chanté en kurde et ils sont marrants)

… et par exemple son mémorable Hapishane İçinde :

Sinon, Anne, une seule chose : Zeki Müren n’était pas travesti ! Il avait des goûts fantasques, kitsch, il est était délicat puis devint de plus en plus efféminé, mais il se déguisait pas en femme. »

Et pour Bayram, autre fidèle lecteur de ce blog, Duydum ki Unutmuşsun,. d’Emel Sayin. Je l’ai choisie alors qu’elle n’est pas sa chanson préférée, pour faire un clin d’oeil à YOL de Yilmaz Güney, dont l’acteur principal Tarik Akan pleurait d’amour pour les superbes yeux bleus de la belle dans cet extrait du film Mavi Boncuk bien sûr.  Et pour rappeler aussi que l’Arabesk ça a été aussi énormément de films. La plupart des chanteurs et chanteuses  du « mouvement arabesk » (pris dans le sens large défini par Meh) sont aussi des acteurs et actrices de films.

Et comme Bayram, le rappelait dans un de ses commentaires, la junte militaire qui avait pris le pouvoir en 1980 détestait l’arabesk, interdit sur les ondes et sur l’unique chaîne de télévision d’Etat. Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir de Turgut Ozal, pour qu’elle soit à nouveau à l’honneur. Il était lui même grand amateur d’arabesk, peut-être par provocation et  pour embêter ceux qu’on a plus tard appelés les Turcs Blancs (comme le pianiste Fazil Say absolument allergique à l’arabesk)

Je me souviens d’une jeune femme qui me disait s’inquiéter à la fin des années 80 de l’islamisation du pays (l’armée n’était pas du tout considérée  comme la gardienne de la laïcité alors !) et du mauvais goût affiché par les  nouveaux riches anatoliens.  Elle me prenait comme exemple le chef du gouvernement Turgut  Ozal qui selon elle se déplaçait régulièrement vitres ouvertes et musique arabesk à fond. En fait je crois qu’il ne l’a fait qu’une fois, mais ce n’était pas passé inaperçu. Ce n’était d’ailleurs pas le but.

Et pour terminer sur note humoristique, ce clip de Fairuz Derin Bulut que j’avais présenté sur un précédent billet.après l’avoir découvert sur l’excellent blog Erkan’sField Diary, qui prouve une fois de plus que ça déménage à Bilgi Universitesi.

 

Le site Erkan’s field diary – Hidrellez et Beşiktaş

Erkan's Field Diary

J’ai un peu de mal à en traduire le nom en français. Le journal de la zone Erkan peut-être ? Quoi qu’il en soit, le site Erkan’s field diary est un excellent site turc en anglais, très représentatif d’une jeunesse turque  décontractée et super calée. Erkan, dont j’ai cru comprendre qu’il vient de fêter ses 34 ans, est assistant au département communication de la très libérale et innovante université Bilgi, à Istanbul. Il s’intéresse au journalisme bien sûr, a fait des études d’anthropologie, étudié pendant 3 ans à Houston et est né à Trabzon. Et ce qui ne gâche alors vraiment rien, c’est un supporter de Beşiktaş

Cela va sans dire, on le trouve en lien sur mon blog, et je fais partie de ses 859 701 visiteurs.

 

Le graphisme du site est très beau. Sa consultation en est très aisée .Le ton est décontracté et l’information sérieuse.

Chaque jour on y trouve une excellente revue de presse en anglais introduite par de brefs commentaires personnels et une très bonne UNE.  Un panorama de l’actualité politique et aussi de nombreuses informations sur la vie culturelle.

C’est là que j’ai découvert Fairuz Derin Bulut (Fairuz nuage profond ! Et  quand je dis que la Saison de la Turquie aurait pu être délirante. On aurait mieux fait d’organiser une Saison Bilgi.)

 

J’y ai aussi appris  que le 5 Mai aura lieu à Istanbul le festival ‘Hidrellez , qui annonce le printemps en Anatolie. D’ailleurs je me suis toujours demandé pourquoi  avoir eu besoin d’inventer un « nevroz » turquifié et en général rasant à mourir, alors qu’il suffisait de ressusciter Hidrellez  pour que tout le monde fasse la fête – et le grand ménage pour accueilir Hizir – à peu près en même temps.

La musique « Metal » dans les bars, ce n’est pas trop mon truc. A part  Férec, mais je préférerais les entendre en plein air. Par contre pour la photo, je crois qu’on s’accorde avec Erkan. J’adore Fatih Pinar (en lien sur mon blog), et Merve Tekeoglu, dont il nous livre quelques portraits , j’aime  beaucoup aussi. Comme pour le moment, seuls les  arkadas de Merve sur Facebook peuvent les admirer, c’est seulement sur le site d’Erkan qu’on peut les découvrir en attendant une expo, un site ou de rejoindre la bande d’amis de Merve Tekeoglu sur Facebook.

Et des tas d’autres choses : comme les centres d’interêts universitaires d’Erkan, les habitudes d’Erkan, la Turquie en Europe d’Erkan, bref « all about Erkan ».

 

besiktasParmi les habitudes d’Erkan, ses lectures et ses sorties. Et évidemment le football , avec, encore plus évidemment,  Besiktas, champion de la sympathie. Ce ne serait que le 3ème club de Turquie pour le nombre de ses supporters, mais c’est celui qui engendre le plus de sympathie  parmi ceux des autres clubs. (Yasasin Beşiktaş   et  viva Che Guevara !)

J’adore Erkan au service militaire, et particulièrement le billet où il raconte l’horreur d’être coincé dans une caserne le soir où Besiktas était sacré champion. Là on compatit vraiment.

Tekel

Cela étant dit, il faudra que j’aille supporter un de leurs  matchs un jour, avec mon badge « Tekel kazanancak, Ölmek var – Dönmek yok » en guise de drapeau.