Arabesk – pour fous de musique arabesk

Ça vaut la peine parfois d’écrire des sottises sur un  blog. Il y a quelques semaines, j’avais un peu légèrement sacré  Ibrahim Tatlises  » plus grande star de l’arabesk » dans un billet, ce qui avait valu ce long commentaire enflammé de Meh, un lecteur qui n’était pas du tout d’accord et  en sait bien plus que moi sur le sujet. Comme quoi, c’est souvent  par l’erreur qu’on apprend.

C’est ce commentaire que je mets en ligne sous forme de billet, en espérant que les chansons que j’ai choisies pour l’illustrer lui plairont.A lui et à tous ceux qui ne snobent pas l’arabesk et ses chanteurs « moustachus ». Quoique Zeki Müren et Bülent Ersoy ne soient pas vraiment des moustachus.

Voici donc la petite mise au point de Meh sur l’arabesk :

« Quelle qu’en soit la raison, il est heureux qu’İbrahim Tatlıses ne se (re)présente pas aux élections, et encore moins pour AKP. Politiquement et moralement c’est un personnage très controversé et mal considéré par ceux qui ne se laissent pas aveugler par son statut de superstar et mettent son talent de côté. D’ailleurs ces derniers temps  ce talent n’est plus que l’ombre de lui-même tant il a usé et usé de toutes les cordes de son arc – et de sa voix sur les plateaux de sa propre émission de télé …

Vous parlez de lui comme étant « La plus grande star de la musique arabesk », ce à quoi je m’érige en faux ! Il faut savoir ce qu’on entend par arabesk : Ce n’est pas un style musical aux limites bien définies. C’est aussi un terme  à l’origine français pensé comme une insulte par les arrogantes et méprisantes élites du pays et que le peuple a repris à son compte. Arabesk était l’expression du peuple turc, la majorité des petits, ruraux, nouveaux urbains et classes populaires urbaines, malgré la misère et les répressions en tous genres. Donc si vous entendez par ce terme tout un pan de la musique populaire intégrant des sons et des influences de partout (des folklores régionaux, de la musique classique traditionnelle, de l’étranger – occidental comme oriental – etc.) sans singer la musique occidentale (référence des élites) et à laquelle le peuple, classes populaires et moyennes,  dans sa presque totalité adhérait et se retrouvait – souvent d’ailleurs dans une nostalgie et une mélancolie exprimée sans inhibition – surtout avant le putsch de 1980, alors İbrahim Tatlıses n’est pas du tout « la plus grande star » de l’arabesk !!!

Orhan Gencebay et  Erkin Koray (version plus « rock ») sont peut-être les dieux de ce qu’on appelle communément l’arabesk.

D’autres ont été connus et vénérés (avant et parfois même plus qu’Ibo) : Ferdi Tayfur, Müslüm Gürses, Esengül, Bergen et bien d’autres encore. Ibo n’est qu’un d’entre eux.

Si on y ajoute le style très proche dénommé communément fantazi, on retrouve deux autres dieux de la musique turque contemporaine : Zeki Müren et Bülent Ersoy, à côté de qui Tatlıses ne fait pas le poids si ce n’est qu’avec ses entreprises business, ses prétentions « politiques » et ses émissions de télé régulières il s’est imposé dans le paysage du show-biz commercial turc.

L’arabesk de cette dernière décennies (celle de l’ouverture démocratique sous surveillance, celle du fric…) n’est pas cette variétoche damar (les veines, allusion au suicide) aux mélodie kitscho-tristounettes sans aucune instrumentation et interprétation dignes de ce nom que certains veulent nous vendre à grand coups de marketing. Ibo lui-même a participé à la « bling-blingisation » du secteur en devenant une star de cabarets chics et bourgeois tandis que son chant, autrefois magique, est devenu presque parfois insupportable. Parti de rien et devenu milliardaire, imbu de sa personne et violent, Ibo n’est qu’un humain comme d’autres, et le génie fusionnel de l’arabesk continue heureusement  à vivre sous d’autres étendards que celui-ci avec de jeunes artistes qui continuent à explorer les univers musicaux turco-anatoliens au goût d’aujourd’hui.

Quant aux nouveaux urbains issus de l’exode rural et des transformations radicales de la société auxquels l’arabesk a correspondu, ces anciens campagnards et leurs descendants, dont beaucoup ont accédé au statut de classe moyenne, il n’y a pas que AKP qui en fait « sa base de l’électorat », mais TOUS les partis politiques puisque tous ces gens composent la grande majorité de la population (il n’y a qu’à voir le dirigeant actuel de CHP). Et pour revenir à Ibo, il serait intéressant de savoir ce qui a dérangé le plus les décideurs de AKP : sa stature d’artiste, de chanteur à la voix légendaire, de Don Juan amateur de chanteuses et danseuses, de mafioso trouble et au caractère ultra violent ? »

C’est parce que le petit Ibrahim n’était pas encore « une star des cabarets chics »,   quand il chantait Ayağında Kundura, que je l’ajoute. Impossible de résister….

A Suivre

Plus d’Ibo show à l’Assemblée. La chanson résiste avec Ferhat Tunç et Sabahat Akkiraz

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Quelques jours après avoir annoncé qu’il se présentait comme candidat indépendant dans sa ville natale d’Urfa aux élections du 12 juin prochain, Ibrahim Tatlises a jeté l’éponge. Il se peut que les médecins qui le soignent à Murnau (Allemagne) des suites de sa blessure par balles de kalachnikov, lui aient recommandé d’éviter de se lancer si tôt dans une campagne électorale. Mais la popularité du chanteur est telle qu’il pouvait allégrement se passer de faire campagne.

En tout cas, il n’est pas rancunier. Alors que le parti n’avait pas voulu de lui, il vient quand même de dire tout le bien qu’il pense de l’ AKP. On croit donc comprendre qu’il se désiste en faveur de leur liste à Urfa. Et c’est ainsi que l’a entendu Seyit Eyyupoglu, député d’Urfa, qui remercie la star pour son fair play. Un hommage mérité, puisque selon les Urfa Haber, Ibo risquait bien de chiper une place de député à la liste AKP.

 

Que décideront ses sympathisants ? Suivront-ils les recommandations de Ibo Abi ? Ou manifesteront-ils leur mécontentement vis à vis d’Ankara (qui pousse un peu) en préférant un candidat indépendant aux listes officielles ? Ils n’ont que l’embarras du choix : il en reste 10 !

 

N’empêche qu’Ibo n’a pas du prendre cette décision de gaité de cœur. Il avait l’air d’y tenir à être député. Heureusement à Murnau des restaurateurs fans de ses chansons ont la gentillesse de le fournir en lahmacun qu’il adore. Mais je ne sais pas si cela suffira à le consoler.

 

La plus grande star de la musique arabesk, celle par excellence de ces nouveaux urbains venus des campagnes anatoliennes dans les décennies précédentes, qui forment la base de l’électorat AKP dans les grandes métropoles de l’ouest , ne siègera donc pas dans la future assemblée. C’est Fazil Say qui doit être soulagé.

 

Mais elle accueillera peut-être d’autres très grandes voix de la chanson.

Ferhat Tünc est candidat indépendant pour le BDP à Tunceli. Il a toutes les chances d’être élu. Même le YSK n’a pas osé l’embêter.

 

Et la diva de la chanson türkü, elle aussi alévie, Sabahat Akkiraz, est candidate CHP dans le premier arrondissement d’Istanbul.

 

Par contre Zülfü Livaneli qui avait laissé tomber le CHP en 2005, pour cause d’incompatibilité avec l’article 301 et sa défense de la turcité, ne semble pas décidé pour le moment à retenter l’expérience parlementaire.

Ca c’est l’originale solcu (gauche) des années 80 de la chanson Leylim Ley, adaptée par Ibo en version arabesk.

Dommage : Ibo, Ferhat Tunç, Sabahat Akkiraz et Zülfü Livanelli, on imagine les chouettes d’Ibo show qu’ils auraient pu donner à eux 4 au sein de la Grande Assemblée…. Après une journée de petites tensions par exemple, comme il risque d’y en avoir quelques unes,  lorsqu’il va s’agir de se mettre à la fameuse Constitution civile.

Avec la candidature d’Hakan Şükür, l’AKP a préféré miser sur le football. L’ancien buteur de Galatasaray et Recep Tayyip Erdogan réussiront peut-être à rassembler 22 député(e)s pour taper le ballon de temps à autre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ibrahim Tatlises candidat à Urfa (mais pas AKP). Pourvu qu’il soit prudent cette fois

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Il est vraiment incroyable cet IBO. Alors qu’il y un mois Urfa pleurait en apprenant qu’il avait reçu une balle de kalachnikov dans la tête, voilà qu’il y annonce sa candidature aux élections législatives du 12 Juin prochain.

Comme malgré toute la prévenance dont Tayyip Erdogan a fait preuve envers la star nationale (il a téléphoné plusieurs fois et lui a rendu visite sur son lit d’hôpital), l’AKP n’a pas voulu de lui sur sa liste, c’est en candidat vrai indépendant qu’il se présente. Je précise que dans cette région, les vrais indépendants ne se distinguent pas de faux, mais des candidats des partis kurdes – qui cette fois ont décidé de faire alliance, ce qui change un peu. Le barrage de 10 % au moins des votes sur l’ensemble du pays pour pouvoir entrer à l’assemblée, leur interdit de présenter des listes de parti. Ils doivent donc présenter des candidats indépendants, s’ils veulent espérer avoir des élus.

Est-ce que les admirateurs d’Ibo à Urfa  lui feront le plaisir de voter pour lui ? (et de narguer Ankara en choisissant un député qui leur plait, et non ceux choisis en haut lieu).   Il a l’air de vraiment y tenir à être de nouveau député d’Urfa. A moins que ça ne soit d’être député tout court.

S’il est élu, espérons  qu’il sera raisonnable cette fois. La dernière fois, il avait fêté sa victoire en tirant des coups de flingue en l’air, ce qui est une façon assez courante d’exprimer une grande joie  à Urfa – et pas seulement là – mais n’est pas très prudent. La passion de l’Euro 2008, avait tué une femme qui dormait sur la terrasse de sa maison  à Siverek. C’est vrai que c’était quelque chose ces fins de match…mais quand même.

Les journées de scrutin font aussi régulièrement des victimes à Urfa. Et  il ne s’agit plus de coups de feu en l’air. Ce sont plutôt des électeurs qui tirent et se font tirer dessus, les candidats sont généralement épargnés. N’empêche qu’il vaudrait mieux qu’il évite de trop traîner à proximité des urnes.

Une balle dans la tête, cela suffit comme ça. D’autant qu’il sera encore convalescent. Depuis quelques jours,  il est à Murnau, en Allemagne, où il se fait soigner des suites de sa blessure. Espérons que le bon air bavarois lui sera profitable.  Dans deux mois exactement il va falloir qu’il soit sur pied pour pouvoir aller voter à Urfa et y faire si possible quelques jours de campagne électorale.

Les candidats indépendants pourraient constituer une liste à Urfa ! 9 candidats se présentent sous l’étiquette (dogru) bagimsiz dans la province, qui est actuellement représentée par 9 députés AKP et 1 BDP à la Grande Assemblée. Parmi eux, 2 membres de clans importants (Asiret) de Siverek :  Zülfikar İzol, un député AKP éconduit de la prochaine liste par Ankara et Ahmet Ersin Bucak, frère de l’ancien député Sedat Bucak, seul rescapé de l’accident de Susurluk. De son côté le BDP y  présente   2 candidats indépendants.  

Ce qui est certain, c’est que ses heimseri d’Urfa seront  heureux d’y revoir l’enfant du pays. 

 Urfaya kim geldi ?

Siverek aussi est dans la province d’Urfa…Hay gidi (qui continue rapidement en kurde)

Les danseuses n’ont pas franchement le look de Siverek, où  j’ignore s’il existe quelque discret gazino, fréquenté uniquement par les hommes, comme dans d’autres petites villes de la région…D’ailleurs si je le savais, je ne le dirais pas. Ca ne fait pas partie des adresses que je donne.

https://dailymotion.com/video/xg9psq_ybrahym-tatlises-syverek-asmasiyam-hay-gydy_music

 

Et pour finir, une image que j’aime beaucoup parmi toutes celles qui ont été publiées du chanteur à la voix d’or ces dernières semaines. Ibo, jeune maçon malicieux débarquant d’Urfa, y pose avec ses copains dans une de ces « chambres de célibataires », logement classique des ouvriers anatoliens,  à Istanbul.

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Vengeance et crime organisé : 20 suspects arrêtés dans l’affaire Ibrahim Tatlises

 

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Les équipes de police chargées de l’enquête n’ont pas traîné. Moins de 3 jours après l’attaque contre  Ibrahim Tatlises, une vingtaine de suspects  ont été arrêtés. Parmi ceux-ci Abdullah Uçmak, une vieille connaissance du chanteur, qui assaissonne un chapelet de jurons sur la vidéo de son arrestation à Pendik. Normal qu’il ne soit pas content, il venait de  sortir de prison. Il y avait passé 3 ans, parce qu’il voulait s’en prendre à …Ibrahim Tatlises.

 

 

En 1998 déjà Abdullah Uçmak expliquait sur un plateau de TV qu’il n’était pour rien dans une autre agression contre le chanteur : il était chez lui, à Adana, quand ça s’était passé et n’aurait appris les faits accomplis par sa bande de copains (çete)qu’après coup ! Lui même ne semble pas très convaincu de ce qu’il avance…Mais une chose est sûre, il était très fâché contre la star.

 

 

Une sombre histoire de çete (crime organisé), de vengeance et de  prix du sang, selon Haber Türk.. Voilà ce que c’est aussi, d’avoir de mauvaises fréquentations .On court le risque de se retrouver victime d’un crime d’honneur (kan davasi). Au milieu des années 90 des proches d’Ibo, parmi lesquels son neveu, avaient tué un proche d’Abdullah Uçmak (je ne sais pas pour quelle raison certainement pas nette) et celui ci avait été blessé dans l’attaque.  Depuis le chanteur aurait tenté de faire la paix, mais Abdullah n’a pas voulu lâcher sa vendetta – ou alors le prix qu’il en  demandait était trop élevé.  Cette fois, il a bien failli réussir,( si c’est bien lui le tireur. Lui affirme que non)

Il ne serait pas aussi Urfa – Siverek sur les bords cet Abdullah d’Adana pour être chatouilleux comme ça sur l’honneur ? En tout cas, il n’est pas irakien. Et la montagne de Kandil ne doit pas être son repaire préféré. La kalachnikov du crime « joue en faveur » de la piste PKK  affirme  un article de Zaman.fr ! Et pourquoi pas de rebelles tchéchènes ? Ou afghans? Ils doivent bien utiliser des kalach aussi dans ces montagnes là. Et même en Turquie,  ces petits joujoux ne sont sûrement pas l’exclusivité du PKK. Un indice pas très convaincant à lui seul . Par contre pourquoi les TAK (ce groupe « spécialisé » dans le terrorisme urbain, lié au PKK mais probablement pas seulement avec lui) a-t-il revendiqué cette attaque ?

La voiture utilisée pour le crime aurait été retrouvée à Pendik, ainsi que la fameuse kalachnikov, dont les tueurs n’avaient apparemment pas jugé utile de se débarrasser.

Il y avait-il d’autres en délicatesse avec la star businesman  dans le coup ?  La presse évoque beaucoup le gang du Sauna (Sauna çetesi). Son baba, kasim Zengin a adressé ses voeux de rétablissement au blessé sur son site internet (!) et affirme qu’ils sont toujours copains. Mais bon. L’enquête n’est pas terminée.

 

A Erbil, au Kurdistan irakien, Dr. Rujdi Sait, son associé, a sacrifié une centaine de moutons pour la santé du chanteur-chef d’entreprise du bâtiment (espérons que les salaires des ouvriers seront quand-même versés ! ) Si ce dernier n’est pas encore complètement tiré d’affaires, son état s’améliore. Il est sorti du coma et aurait parlé à ses proches. On a la tête dure à Urfa.

Bref, une histoire très arabesk tout ça..mais pas d’arabesk sans jolie femme. Voici  la plus belle de toutes les ex du chanteur : Hulya Avsar, chantant mavi-mavi dans un vrai gazino turc. Pas un machin avec danseuses orientales pour touristes.

 

Ibrahim Tatlises : Urfa sous le choc de l’agression de l’enfant du pays.

 

Qui en veut à ce point à  Ibo, le chanteur à la voix d’or,  adulé en Turquie et dans  tout l’Orient , en commençant par le Kurdistan irakien ? Pour le moment le mystère plane sur les agresseurs qui ont tiré sur lui, lorsqu’il sortait de l’immeuble de la chaîne Beyaz TV à Şişli, le blessant très grièvement à la tête. Les médecins l’ont plongé dans un coma artificiel et évoquent un risque de paralysie, s’il s’en sort.

Le mauvais garçon des bas quartiers d’Urfa, devenu une star multi millionnaire n’a pas que des bonnes fréquentations. Il a déjà été l’objet d’agressions d’origine criminelle dans le passé.. Il avait aussi été  l’objet de racket du PKK à une époque. Plus tard des bandes d’ulkucu (loups gris) s’en étaient pris à lui, parce qu’il avait chanté en kurde. ..Ce qu’il avait même fait à un Newroz de Diyarbakir, en 2008 je crois, ce qui n’avait pas du les ravir non plus.

L’Empereur Ibo n’a pas son pareil pour faire craquer les plus jolies filles, et pour les faire  pleurer comme la magnifique Hülya Avsar  dans le film Mavi Mavi – il faut dire que la chanson Leylim Ley  s’y prête.(On remarquera aussi que c’est une erreur de croire que les femmes sont les seules victimes des mariages arrangés en Turquie).C’est aussi un acteur très populaire et l’infatigable animateur d’Ibo show, une  émission de variétés qui fait des taux d’audience record.

Mais Tatlises est aussi un label, le nom d’une chaîne de tv, d’une compagnie d’autocar, d’une marque de vêtements, d’une grosse société de bâtiment, qui fait des affaires en Irak (avec de multiples associés kurdes irakiens) et même d’un loto. Enfin presque. Il projettait de lancer le  Tatlises milli piyango – loterie nationale –  au Kurdistan irakien.

L’homme d’affaires-pas toujours-bien-nettes Tatlises a même goûté à la politique. Il s’était présenté aux dernières élections législatives sous l’étiquette « genç partisi », le parti de Cem Uzan, une sorte de Berlusconi alla turca, magnat financier poursuivi pour malversation, qui tentait de se faire une immunité parlementaire. Malgré la voix du fils d’une copine, qui pour son premier vote avait choisi « la liste d’Ibo », au grand désespoir de sa mère, ni l’un ni l’autre n’ont été élus. Et depuis Cem Uzan a du fuir le pays …en yacht.

A Urfa – Siverek plus exactement, il a été assez copain, au moins à une époque, avec  Sedat Bucak qui n’est pas connu pour être un enfant de Meryem (nom turc de Marie) non plus.  Ce dont personne ne lui tient rigueur. On lui pardonne aussi, comme de frasques d’un gamin gâté, son show législatif sur la liste du très populiste Cem Uzan, qui tenait pourtant un refrain très anti kurde.  Son portrait est affiché dans tous les commerces d’Urfa ou presque.  Dans ma patisserie préférée, les jeunes qui la tiennent, posent même avec leur idole sur les photos qui trônent au-dessus du comptoir.  Il s’y était prêté de bonnes grâces après un concert à Antalya.

Je l’ai vu poser avec cette même grâce, pour les fans qui avaient submergé le café de l’aéroport de Diyarbakir, dès qu’il y avait pris place, avant de prendre son vol pour Istanbul (d’ailleurs notre vol, c’était le mien aussi, sauf que je ne voyageais pas en VIP). Ibrahim Tatlises est un artiste qui ne boude pas son plaisir d’être une star et n’affiche pas son mépris pour le peuple qui l’adule et  déteste rarement les mauvais garçons, même devenus nouveaux riches…sauf s’ils sont trop arrogants.

 Urfa  est sous le choc.

Ce soir à 20 heures ses habitants devraient manifester leur solidarité avec l’enfant du pays en entamant une marche de protestation. A la même heure,  tous les klaxons de la ville devaient retentir. Il semble que la municipalité AKP ait préféré une soirée de prières, selon les Urfa Haber, qui consacrent l’essentiel de la UNE au chanteur. Y craindrait-on que la manifestation dégénère ? A Urfa on a déjà peut-être une petite idée de qui en voulait à l’empereur…ou tout du moins quelques suspicions, justifiées  ou non.

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 Certains vont même prendre la route pour rejoindre Istanbul. Et ce ne sera pas une petite affaire,puisque ce sont  15 à 17 bus qui devraient quitter Urfa pour Istanbul estime Osman Adıgüzel, le président d’une association de fans au journal Zaman. Il leur faudra plus de 20 heures pour arriver. Mais le tireur a intérêt à bien se planquer.  Il vaut mieux éviter d’avoir des Urfali en colère comme ennemis !

Cela étant dit, ceux qui ont osé s’en prendre à une telle icône, ne doivent pas être de petites pointures.

Sa première femme Adalet Tatli, celle qui épousa le jeune maçon et qui vit toujours à Urfa, aurait décidé elle aussi de se rendre à Istanbul, où Derya Tuna une de ses célèbres ex , lui aurait déjà rendu visite à l’hôpital, oubliant toute rancune.

Et pour les nostalgiques d’une époque où n’existait qu’une télévision d’état, sévère gardienne d’une idéologie officielle, ce Oy Emine  qui ne vient pas de la Mer Noire….Le show d’un certain Ibrahim Tatlises qui n’était encore qu’un jeune prince,  dont je serais curieuse de connaître la date exacte que l’évaluerais à la fin des années 70.

Aglama, Fazil Say – ne pleure pas

 

C’est sa fête sur le site d » Erkan’s field diary. Il faut dire qu’il y a de quoi. La dernière de Fazil Bey est qu’il a honte pour son peuple, qui ne lui en demandait sûrement pas tant. Et de quoi a-t-il honte ce virtuose ? Du goût des Turcs pour la musique arabesk !

Bon, personne n’est obligé d’aimer la musique arabesk. Mais qu’il ait honte que d’autres l’aiment !!!… Il se prend pour leur père aux amoureux de l’arabesk ? Ce mépris ou cette condescendance du bourgeois pour des goûts trop populaires et pas assez raffinés à son goût, est insupportable. Quoique le ton condescendant serait plutôt l’apanage du bourgeois français, teinté en général  d’une ironie qui se veut légèrement décalée toute aussi imbuvable, quand il est branché.  Les engouements du peuple n’étant alors tolérés voire partagés que s’ils sont revisités par un artiste contemporain.

Chez Fazil bey, c’est l’arrogance bourgeoise  affichée sans le moindre complexe.

Il ne faut pas pleurer comme ça, Fazil bey. Mais quand on est malheureux, rien de tel qu’une chanson pour faire pleurer son âme un bon coup. Ensuite ça va mieux. Comme sur Yol TV, je lui dédis Aglama, qui devrait le consoler un peu.

 

J’adore son côté mauvais garçon d’Urfa à Ibo. Comme il a commencé par un Agit kurde (sublime), il demande faussement naif en reprenant un accent kurde d’Urfa  « – Maintenant je chante en turc.  C’est mal ? (honteux )- NON !!! (les fans ne trouvent pas ça honteux)  – parce que si c’est mal , il faut le dire » – Evidemment Aglama, c’est en coeur avec le public. On est star ou on ne l’est pas. Ca se cultive; mais ne s’invente pas.

Je rassure au cas où, Ibo ne fait pas de propagande pour une organisation illégale sur le montage vidéo. C’est seulement parce qu’ il a gagné un prix qu’il fait le signe de la victoire sur une des photos. A l’époque on le faisait, comme partout ailleurs dans le monde. D’ailleurs il faut reconnaitre qu’il a plutôt une bonne tête bien pacifique sur la photo où il fait le signe de la victoire (dit aussi iki pour les petits).

La musique arabesk j’aime surtout dans les gazinos. La dernière fois que j’y suis allée c’était avec un Urfali justement. Rencontré au cours d’un voyage. Faute de correspondance nous étions  bloqués pour la nuit dans une petite ville  et nous avions pris le même hôtel avec lui et son cousin. Un ingénieur qui bossait sur une base de Tikrit en Irak à la reconstruction de l’aéroport et s’était précipité sur une bière et les journaux turcs en arrivant à la frontière. L’alcool était interdit sur la base US. La veille encore plusieurs roquettes l’avaient frappée. Et autant éviter tout ce qui pourrait être interprêté comme une provocation dans le fief de Saddam Hussein. Et quand on veut éviter  aussi le risque que toute tension explose sur ces bases où tout le monde était confiné pendant des mois, la consommation d’alcool n’est sans doute pas très recommandée non plus.

Il m’avait proposé d’aller dîner. Je pensais qu’on irait dans une lokanta. Et j’avais envie de continuer à papoter avec un Urfali qui venait d’extrader son cousin de Tikrit  (il était alllé chercher l’ingénieur) – ce n’est pas Fazil Say qui serait capable de faire  ça! En plus j’avais faim. Donc OK pour aller dîner. Le cousin est resté à l’hôtel lire ses journaux, mais un autre convive nous a accompagné.

C’était marqué « canli musik » au bas de l’escalier – j’aurais pu me douter du genre de restaurant. Mais je ne m’y attendais pas du tout. Je pensais juste qu’il y aurait des musiciens. J’ai compris dès qu’on est entré dans la salle. Lumières tamisées rouges, bougies sur les tables un peu crasseuses, orgue au fond de la salle, chanteuse en tenue orientale. En fait j’aime bien ce genre d’endroit, mais ça sentait un peu le plan drague. Ca devait être le seul endroit de la ville où on peut dîner avec alcool. Et c’est sans doute pour ça qu’ils l’avaient choisi.  J’ai donc pris un air de Hanim Efendi un peu scandalisée « mais c’est un pavyon ici  ? !! « .  On a appelé  les serveurs à la rescousse pour me rassurer, « non non, c’est un gazino tout à fait respectable ».

Là où c’est devenu drôle c’est quand la chanteuse est venue chanter à notre table. Son string rouge était bien apparent sous sa jupe orientale blanche. L’effet était voulu, mais ça ne faisait pas tellement gazino respectable.  Ils se sont empressés de lui donner un paquet de billets pour qu’elle dégage. Elle avait à peine commencé sa chanson. Mais elle n’a pas compris (ou elle a fait semblant de pas comprendre) qu’il y avait une hanim efendi à la table.. Et elle s’est assise à côté de moi pour boire un verre avec nous – et augmenter sa recette. Elle m’a dit qu’elle était turque, mais son « Türkiye seviyormusunuz?  » avait un léger accent que je n’ai pas trouvé très turc.

Il ne faudrait pas que Fazil Say apprenne qu’il existe des lieux comme ça en Turquie, il risquerait d’en tomber malade, le pauvre.

 

Et pour ceux qui ne veulent pas bouder leur plaisir, quelques images et sonorités très arabesk (et très années 80 ) de Ferdi Tayfur avec ses kader, uzak, gurbet etc….Huzurum Kalmadi . Et franchement, est-on  complètement normal quand on a honte de ça ?

 

 


 

Ibo et la nouvelle otogar à Urfa.

nouvelle otogar d'Urfa

Il y en a sûrement qui vont aimer la nouvelle otogar d’Urfa, qu’on inaugure le vendredi 29 janvier. Elle fait moderne. Et puis au moins ça permet de n’être dépaysé nulle part, elles se ressemblent toutes. Enfin, celle-ci a un dôme, pour rappeler vaguement Balikli göl, je suppose.

Après les nouvelles routes – on en élargit partout dans l’Est –  poussent les nouvelles otogar, aux capacités d’accueil bien plus importantes : une trentaine de perons pour celle d’Urfa, mais  toutes aussi moches qu’un centre commercial.  Je regretterai l’ancienne. Plus intime, plus sympa et unique. C’était l’otogar d’Urfa, ça ne pouvait pas être d’ailleurs, à deux pas du coeur de la ville.  Quand dans le film Günes Yolculuk (Aller vers le soleil) de Yeşim Ustaoğlu,  l’autobus venu d’Istanbul  s’y arrête, on la reconnait tout de suite – pour peu qu’on ait fait le voyage, évidemment. La première fois que j’ai vu ce film, ce n’était pas mon cas.

Je pense qu’inconsciemment je suis allée à Urfa sur les traces de ce film, que j’adore. Et de Yilmaz Güney évidemment.

Consciemment c’était à cause de la chanson Urfa’nin etrafi. Que je ne suis pas la seule à aimer. Généralement toute la salle la reprend quand je la demande dans un türkü… ou ailleurs.

(Balikli göl avait été la surprise.  Pouvoir se laisser surprendre, c’est l’avantage de détester les guides de voyage)

 

Evidemment Urfa’nin etrafi, c’est forcément chanté par le plus célèbre des Urfali. Quelle star cet Ibo. Une fois, il s’est installé à la table juste en face de la mienne, au café de l’aéroport de Diyarbakir. En moins d’une minute, la foule était là et les appareils photos des téléphones portables crépitaient. Lui dispensait plein de sourires à ses admirateurs, star 24 heures sur 24 (enfin, dès qu’il sort de chez lui).

 

Et justement, non seulement Ibo possède sa propre compagnie d’autobus « Tatlises Turizm »,  mais  en plus il a été chauffeur de bus.

… là encore dans un film : Günah

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J’ai un peu de mal à reconnaître Ibrahim Tatlises dans le chauffeur du bus …

 

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Mais voilà son bus : Urfa Cesur firmasi !

 

Et comme naturellement le bus va à Urfa, les nostalgiques trouveront  dans Günah des images de la ville  en 1983, son otogar  et l’atmosphère  des voyages de  « La vie nouvelle »,  un roman d’Orhan Pamuk.

Et Ibrahim Tatlises, dit Ibo,  star milliardaire à la voix sublime adulée dans tout l’Orient, est convaincant dans ses rôles de personnages populaires. C’est que l’enfant du pays  renoue avec ses origines. « Il vient des quartiers d’en bas, pas de la sosyete« , me disait avec un rien de mépris une copine de la « bonne société » d’Urfa. Ces origines populaires  contribuent pourtant à expliquer ce rapport « magique » qu’il a su établir et savamment entrenir avec un public composé de toutes les générations, même si l’arabesk, la chanson par excellence du « petit peuple » anatolien échoué dans les grandes villes est  souvent dédaignée par les ceux qui se disent « éclairés ».

 

Ceux qui devront occuper l’otogar flambant neuf n’ont pas l’air de se réjouir non plus. Il faut dire que les loyers y seront 3 fois plus élevés que dans l’ancienne. Ca a un coût le progrès. Et évidemment, elle est loin du centre-ville, ce qui ne fait pas toujours l’affaire des yolcu (voyageurs).

Il ne manquerait plus que les bus y arrivent à l’heure pour que les voyages vers Urfa deviennent aussi rasants qu’un trajet en TGV.

 

 

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