Le 73 ème massacre de Yézidis: le rapt des femmes et le déni du chercheur français.

Yézidis réfugiés dans la montagne août 2014. 8

Peu nombreux étaient ceux qui avaient déjà entendu parler de Yézidis, quand j’écrivais un billet, le 16 juin dernier, sur ceux qui à Sinjar accueillaient les Turkmènes chiites fuyant l’avancée de l’Etat islamique à Tal Afar. Et il avait fallu l’exode à leur tour des Chrétiens qui vivaient dans les villes de Ninive quelques jours après sa terrifiante entrée  le 3 août dans Sinjar, pour que la tragédie des Yézidis mourant de soif dans la montagne où ils avaient cherché refuge, surgisse dans la conscience mondiale qui découvrait cette minorité religieuse que les fanatiques islamiques exècrent.

Je conseille à nouveau cet article d’Allan Kerval, sur le site de Religioscopie, à ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les Yézidis.

Ces tragédies humaines – ainsi (surtout?) que la dangereuse menace sur le Kurdistan irakien pro occidental et les champs de pétrole – ont décidé les États-Unis et plusieurs pays occidentaux à soutenir les Kurdes,sans plus attendre que l’Irak se dote d’un gouvernement. L’EI, qui paraissait attaquer partout à la fois, venait aussi de prendre plusieurs villes à la lisière des limites administratives du KRG. La capacité de riposte des peshmergas, parfois un peu trop présentés comme des « guerriers invisibles » montrait aussi ses limites.

A Sinjar, comme dans les villes chrétiennes, ils se sont enfuis en abandonnant les populations qui se pensaient protégées. Quelles que soient les raisons de ces replis, c’est ce qui s’est passé.

Yézidis combattants à Sinjar
Yézidis combattants à Sinjar

La bataille pour la reconquête du Sinjar se poursuit. 5000 Yézidis des YPU (Unités de Protection Yézidies) participent aux combats contre les islamistes sous le commandement de Qasim Shesho. Ce cadre yézidi du KDP est devenu un héros depuis sa résistance de la première heure avec 500 hommes contre l’EI. 2500 recrues ont été entraînés par les YPG (Kurdes de Syrie). 2000 autres, doivent arriver de Dohouk. Une trentaine de Turkmènes (shiites) auraient  rejoint ses hommes.

La ville de Sinjar est toujours entre les mains de l’EI. Il ne doit plus y résider que ses habitants sunnites, et peut-être quelques familles yézidies terrées. Difficile de savoir combien de personnes sont encore prises au piège sur des flancs de la montagne moins accessibles ou dans des villages encerclés.

Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp
Enfants yézidis souffrant de déshydrattion soignés dans un camp

Dans le chaos qui règne, il est trop tôt pour tirer un bilan. Mais les témoignages sont accablants. Dans la montagne, beaucoup ont péri à cause du manque d’eau conjugué à une chaleur écrasante, surtout des enfants en bas âge, des personnes âgées et des femmes sur le point d’accoucher. Des rapports de massacres sont récurrents, surtout d’hommes et de très jeunes garçons.

Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014
Réfugiés yézidis arrivant à Dohuk Août 2014

Pour ceux ont trouvé un refuge, le plus souvent très aléatoire, c’est souvent l’angoisse pour des proches dont ils sont sans nouvelles. Ezidî press rapportait le témoignage d’un père dont la petite fille de 4 ans est tombée de la camionnette qui fonçait pour échapper aux tirs de l’EI. Le conducteur ne s’en était sans doute pas aperçu. Et si c’est le cas, pouvait-il prendre le risque que tous ses passagers soient massacrés?  On rapporte qu’on étouffait parfois des bébés dans les grottes où comme les Yézidis à Sinjar, les Alévis de Dersim s’étaient réfugiés en 1938. Par crainte que leurs pleurs n’alertent les soldats turcs.

La liste des sanctuaires détruits vient de s’allonger avec celui de Sheikh Mend à Jedale. D’autres sont menacés. On parle aussi de conversions forcées. Dans le village de Kocho, 80 hommes et très jeunes garçons ont été massacrés pour l’avoir refusé, tandis que les femmes et les jeunes enfants, desquels les jeunes filles avaient été séparées, étaient enlevées. Quelques jours plus tard la propagande de l’EI diffusait une vidéo mettant en scène une conversion collective, et comme prévu des comptes Twitter et même quelques (rares) médias participaient à cette opération en la diffusant, sans daigner prendre la moindre précaution.

J’ignore si les hommes que montrent ces images sont yézidis, mais rien ne le prouve tant qu’ils n’ont pas été reconnus par des proches. Et je suis certaine que tous ne le sont pas. Un type au centre de l’assemblée montre beaucoup trop d’enthousiasme. Des centaines de Yézidis ont préféré choisir la mort. Pour peu que ces « convertis » le soit aussi, c’est que ces hommes y auraient été contraints par pire que la mort, sans doute pour sauver leurs familles, et notamment leurs filles dont ils connaissaient le destin promis après le rapt de Kocho.

Beaucoup de ceux qui ont balancé avec une telle désinvolture ces images de tortures collectives auraient certainement fait preuve de plus de respect pour ces convertis de force s’ils avaient été musulmans, chrétiens, juifs ou bouddhistes, au lieu d’appartenir à une religion minoritaire.

Certains comparent ce qui est devenu le 73 ème massacre de Yézidis, au terrible massacre de 1892,  le plus traumatisant  de tous.  Cette année là, Omar Wahbi  le pacha ottoman de Mossoul ne s’était pas contenté de massacrer ceux qui vivaient sous sa juridiction, ni d’assassiner leur Mîr (leur plus haute autorité), comme cela était déjà arrivé. Il avait réussi à contraindre celui-ci à se convertir à l’Islam. Le temple sacré de Lalesh, la Jérusalem des Yézidis avait alors été transformé en école coranique. Il le restera pendant 12 ans. Les protestations des Chrétiens et des ambassades occidentales avaient été telles, que le pacha Omar Wahbi avait du être rappeler à Istanbul. Il n’est cependant pas parvenu à faire disparaître le yézidisme de la terre et une vingtaine d’années plus tard, le chef de clan Hamo Sharo protégera des milliers de Chrétiens des massacres. En ce moment, des membres de sa famille participent aux combats contre l’EI à Jedale.

Temple yézidi Lalesh
Temple yézidi Lalesh

Au temple de Lalesh où je m’étais rendue il y a exactement dix ans,en août 2004, pour de grandes festivités, des Chrétiens de Dohouk participaient aussi aux jeux rituels yézidis, rangeant la croix qu’ils portent au cou sous leur chemise lorsqu’ils entraient dans l’enceinte du temple en enjambant la marche, qui ne doit pas être touchée. Un peu plus loin, j’avais été intriguée par une médaille en or de la Vierge que portait au cou la jeune (et très jolie) gelin (belle-fille) d’une famille que nous avions rencontrée avec Olivier, le photographe  que j’avais accompagné à Lalesh. Je m’en étais ouverte ensuite au Mîr Ghamuran  – en réalité le frère du Mîr Tahseen Said Beg qui vit en Allemagne, mais c’est ainsi qu’on me l’avait présenté. Il m’avait assurée que ce n’était pas un simple bijou en or et que la jeune femme savait très bien qui était Marie.

Il est vrai que Myriam dont il est question dans une sourate est aussi implorée par des femmes musulmanes qui souhaitent un enfant. Et c’est aussi à tout ce qui unit les populations à travers ces croyances partagées que les fanatiques de l’EI s’en prennent pour construire « leur monde nouveau ».

Je crois n’avoir jamais vu une aussi belle petite fille que la presque adolescente de cette famille. Ses yeux verts et son port de tête étaient extraordinaires. Elle doit être devenue une femme superbe. Ils venaient de Sinjar. Où sont-ils maintenant ? Et toutes les femmes qui m’avaient littéralement happée et conduite de maisonnette en maisonnette, pendant que le géant garde du corps du Mir qui était chargé de me servir de guide se brûlait les pieds sur les pavés brûlants (où l’on marche déchaussé) en tentant de ne pas me perdre de vue. Ce à quoi il n’était pas parvenu. Je l’ai semé. Et pour revenir, je portais des telik, chaussons en plastique, qu’une femme m’avait offerts pour m’éviter le même désagrément.

Temple yézidi Lalesh Aout 2014
Temple yézidi Lalesh Aout 2014

Les journalistes qui se rendent à  Lalesh en Août 2014 n’y ont certainement pas entendu retentir les mêmes éclats de rire dans les petites maisons qui doivent être pleines des réfugiés aujourd’hui.

Si leur estimation n’est pas définitive, plus d’un millier de femmes yézidies (et des  Turkmènes) ont été enlevées à Sinjar, selon Hoshyar Zebari, ministre des Affaires étrangères du gouvernement irakien, rapporte le Washington Post Une estimation que réfute le chercheur Romain Caillet, quelques jours après l’enlèvement des femmes de Kocho (dont il est un peu obligé d’admettre la réalité). Pour lui « il s’agirait en réalité d’une centaine d’otages, qui seront sans doute utilisées en tant que boucliers humains ou monnaie d’échange plutôt que comme des « esclaves sexuelles »

« Il va sans dire que si l’EI (..) avait réellement rétabli l’esclavage, cela aurait forcément été annoncé publiquement et justifié par une fatwa » apporte-t-il comme argument irréfutable.

Il aurait été déjà un peu plus convaincant, s‘il nous avait appris qu’une fatwa venait d’interdire publiquement la prostitution, qui n’a pas attendu d’être autorisée par une fatwa pour exister. Et s’il ne le dit pas, c’est qu’il n’y en a certainement pas eu. Elle fait rage à Bagdad avec ses 1 million de veuves selon des copains kurdes qui y ont bossé sur des chantiers. Et combien de ravissantes adolescentes (irakiennes et maintenant syriennes) ont été « mariées » dans les pays du Golfe ?

mère et enfant yézidies réfugiées
mère et enfant yézidies réfugiées

Les jeunes filles enlevées ne seraient peut-être pas promises à la prostitution. En tout cas pas toutes. Certaines ont pu communiquer avec leurs familles quand leurs téléphones portables  fonctionnaient encore – et par ceux peut-être de quelques geôliers. Et à Erbil on doit continuer à savoir plus ou moins ce qui se passe à Mossoul où plusieurs centaines de femmes auraient été détenues dans une prison selon plusieurs sources. Le mariage forcé après leur conversion serait le sort de jeunes filles. En attendant le paradis promis, fournir une épouse, souvent très jolie (beaucoup de blondes et des yeux clairs magnifiques parmi les Yézidies) et pour laquelle il est inutile de payer une dot (baslik)  cause d’endettement de beaucoup de familles, serait une assez bonne façon pour l’EI de s’assurer la fidélité de nouvelles recrues des quartiers déshérités de la ville. Être contraint de repousser l’âge de « chercher sa femme » faute d’économies suffisantes, n’est quand-même pas propre qu’aux jeunes célibataires démunis de Mossoul.

Des paysans de villages sunnites voisins ont pu profiter eux aussi de leur nouveau statut de « vrais soldats de dieu », pour se fournir en belles fiancées sans dot. Et peut-être  qu’un rapt de la fiancée  (kizkaçirma) collectif était planifié.

Des jeunes filles auraient été envoyées en Syrie selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (SOHR).  L’ONG affirme avoir recensé 27 cas de mariages forcés avérés avec des combattants de l’État islamique après conversion de la fiancée yézidie. Le « prix de la fiancée » se serait élevée à 1000 $  pour le « prix de la fiancée », beaucoup moins qu’une dot (baslik) classique, si cette information est confirmée

Mais le mariage forcé serait le sort destiné aux vierges. Du moins à une partie d’entre elles, des cas avérés de viols de jeunes filles (parfois) camouflés sous des mariages temporaires sont  rapportés qui pourraient avoir été monnaie courante. Une femme déjà mariée, aussi belle et jeune soit-elle, ne pourra  être proposée qu’à un veuf ou comme seconde épouse. Et elles sont peut-être encore davantage menacées de viol durant leur séquestration. Peut-être ont-elle aussi été enlevées  pour servir de monnaie d’échange avec leurs enfants, mais j’en doute beaucoup.

 Un article de Basnew rapporte qu’à Erbil des personnes fortunées ont tenté de racheter des femmes séquestrées dans un hôtel de Mossoul. Des notables arabes auraient fait de même. Le tarif modeste (120 $ ) pour se procurer une femme, s’il est avéré, pourrait être une somme symbolique, ou celui de « mariages temporaires »(c’est à dire de prostitution déguisée).

Ces enlèvements de femmes qu’Allan Kaval qualifie de massifs  rappellent les viols de femmes bosniaques par des soldats serbes comme instrument d’épuration ethnique. Dans ces sociétés où honneur et réputation des femmes sont des valeurs importantes, ces enlèvements ont le but de les salir .L‘ONU estime à 2500 les enlèvements à Sinjar, surtout de femmes et d’enfants.  Bien plus que la centaine admise par un chercheur qui n’a jamais du mettre les pieds à Sinjar. Des enlèvements de femmes Turkmènes, Shabaks et  Chrétiennes sont aussi rapportés

Les familles ignorent le plus souvent le sort réservé à ces femmes, qui n’est sans doute pas uniforme. Et l’État islamique ne communique pas sur le sujet- il préfère peut-être la réputation de coupeur de tête impitoyable à celle peu glorieuse de violeur et proxénète. Ce n’est pas le genre non plus à balancer des vidéos de jolies visages de fiancées. Ce n’est pas pour autant que les multiples témoignages d’enlèvements  doivent être pris à la légère.

De toute évidence le sort de ces femmes yézidies n’intéresse pas beaucoup Romain Caillet (qui n’est sans doute pas un farouche sympathisant de l’Etat islamique, je le rappelle pour ceux qui ne le connaîtrait pas). Et je soupçonne le chercheur du même « désintérêt » pour le sujet, quand il affirme dans le même article que « dans la ville de Raqqa, (les Chrétiens) qui sont restés ont accepté le statut de dhimmi-s (littéralement « protégés »), impliquant le payement d’une taxe spéciale (al-Jiziya) ». Un statut qui « n’a pas été accepté par les chrétiens de Mossoul qui ont préféré quitter la ville plutôt que de devenir les « protégés » de l’EI. » ajoute-il. En oubliant juste de préciser que si les autorités religieuses chrétiennes de Mossoul ont refusé de discuter avec l’État islamique, c’est probablement car ils n’avaient pas eu besoin qu’une célèbre vidéo de Vice-News le leur apprenne, eux, pour savoir que les Chrétiens de Raqqa avaient ensuite quitté la ville malgré ce statut de « protégés » qu’ils avaient accepté.  Et même depuis, même moi je l’ai vu cette vidéo.

Le 4 septembre : voir sur le sujet le rapport qu’Amnesty International vient de publier.

Je vous en supplie frères, faites taire vos différences pour sauver les Yézidis ! Le cri d’une députée yézidie en larmes à Bagdad.

Ce n’est pas seulement les parlementaires irakiens, mais le monde entier qui doit entendre cet appel déchirant d’une députée  yézidie en larmes, lancée du fond de la salle  au parlement de Bagdad et que le président de l’assemblée  n’a pas réussi à interrompre. C’est dans un silence religieux qu’il a été écouté par les députés présents  – et peut-être reçu, mais on aimerait bien entendre la suite de l’intervention de celui qui prend ensuite la parole et  qui ne commençait pas très bien . Ce n’est pas la peine de comprendre  l’arabe, ni même d’être capable de déchiffrer les sous-titres en anglais pour entendre son message.

Les  JT du monde entier devraient diffuser ces 2 mn 30 d’ images. Peut-être qu’elles parviendraient à rompre le silence étourdissant de la communauté internationale. La voix de cette femme  a autrement plus de poids que des chiffres presque muets ou que des images de massacres dont l’opinion  finit par s’habituer.

 » Ce sont  tous les Irakiens que l’on tue. Les Shiites, Sunnites, Chrétiens, Turkmènes, Shabaks et maintenant les Yézidis ! A Sinjar, nous sommes massacrés sous la bannière d’il n’ y a un seul dieu qu’Allah. Ils ont déjà exécuté des centaines d’ hommes et de garçons. Enlèvent les femmes pour en faire leurs concubines. Au moment où je parle,  cela fait 48 heures que des milliers de  yézidis  sont réfugiés dans la montagne, sans eau et sans nourriture. 70 enfants sont déjà morts de soif. 50 personnes âgées aussi . Je vous en supplie mes frères, au nom de l’humanité, faites taire vos différences. Sauvez nous ! . »

Mourir de soif ! Est-ce que l’on peut imaginer  la torture que cela doit être.

 

C’est Urfa qui accueillait les routiers otages de l’EIIL alors que près de là les djihadistes se déchaînent (Kobanê)

Routiers TIR arrivée Urfa

Le 3 juillet a été un beau jour pour Celahattin Güvenç le nouveau maire AKP d’Urfa, Et  pas seulement car venait d’être officialisée, deux jours plus tôt, la candidature de Recep Tayyip Erdogan à la première élection présidentielle au suffrage universel de l’histoire de la République turque. Ce soir là, toutes les chaînes de télévision turques étaient braquées sur Urfa.  C’est là qu’atterrissait l’avion de la THY qui ramenait les 31 routiers retenus en otage depuis le 9 juin près de Mossoul, par des jihadistes d’ ISIS/ EIIL (ou par des tribus alliées).

Outre probablement une rançon (qui s’élèverait à 50 000 $ par camion) et peut-être d’autres arrangements, les ravisseurs ont aussi mis la main sur les 28 camions citernes et sur leur cargaison en mazout. Un joli butin, alors que les affrontements qui font rage pour le contrôle de la raffinerie de Baji qui ravitaille le Nord du pays a provoqué une grave pénurie d’essence. A Mossoul, c’est ISIS/ EIIL qui dorénavant contrôle sa distribution. Et leurs véhicules ne sont pas du genre à consommer du 4 litres/100.

Les chauffeurs routiers auraient été enlevés car leur firme (une firme de Gaziantep) n’aurait pas versé sa taxe habituelle aux rebelles jihadistes selon des témoignages de routiers. Cet enlèvement a sans doute aussi un lien avec l’enlèvement du personnel du consulat turc de Mossoul le surlendemain, même s’il s’agit peut-être de groupes de ravisseurs différents. On peut au moins s’interroger sur le fait qu’après cet « avertissement », les autorités turques n’aient pas décidé d’évacuer au moins les femmes et les 3 enfants de leur consulat. Mais la libération des routiers est peut-être de bon augure en ce qui les concerne.

camion citerne Irak

 J’espérais qu’aucun routier n’avait perdu son gagne pain dans cette éprouvante expérience Un camion citerne étant encore plus onéreux qu’un semi-remorque, je pensais qu’il n’y avait pas d’indépendants parmi eux. Je me trompais. Hanifi Aslan, un père de 6 enfants était ce qu’on peut appeler un « faux indépendant » (routiers propriétaires de leur camion, contractuels pour une grosse firme). Ce routier d’Urfa avait épargné pendant 25 ans pour devenir propriétaire du camion sur lequel les jihadistes ont mis la main. Et il s’est probablement endetté pour le faire.  J’ignore s’il est prévu de le dédommager, mais il n’en est question nulle part. Et il y en a sans doute d’autres comme lui.

H. Aslan chauffeur routier ex otage de EIIL a perdu son camion
H. Aslan chauffeur routier ex otage de EIIL a perdu son camion

Ces routiers de l’international (GR – grande route dans le langage routier) sont bien peu rémunérés (environ 1000 euros) pour le métier de dingue qu’ils font. Un boulot très dangereux en plus : 80 d’entre eux ont été tués sur les routes irakiennes depuis l’invasion américaine. Je parlerai peut-être de leurs conditions de travail dans un prochain billet – l’avantage de ne pas voyager comme un(e) privilégié(e), c’est qu’on rencontre d’autres voyageurs dont des routiers. Mais il suffit de voir les images qui ont été divulguées de leurs familles pour comprendre que l’or noir c’est pour d’autres, pas pour ceux qui risquent leur peau et usent leur santé à le transporter.

routiers TIR otages Mossoul  retrouvailles famillesRoutiers TIR otages ISIS retrouvailles familles photo Evrensel

Les infos du soir du 3 juillet montraient les images émouvantes des retrouvailles avec les familles qui les attendaient en compagnie de Monsieur le maire d’Urfa sur le tarmac de l’aéroport. Celles-ci n’étaient sans doute pas toutes là d’ailleurs. En apprenant leur libération, beaucoup avaient fait le trajet jusqu’au poste frontière de Silopi ( à 6 heures de route d’Urfa) pensant qu’ils arriveraient par là, ce qui semblait logique, d’autant que certains routiers sont originaires de la province frontalière de Sirnak (les autres sont surtout d’Urfa et de Mardin), comme la majorité des chauffeurs de TIR qui font le trajet avec l’Irak.

Mais après une première étape au camp de réfugiés pro PKK de Marmur, les ex otages ont été conduits à Erbil où un avion de la THY spécialement affrété les a conduits à Urfa après une escale à Ankara.

Les familles avaient sans doute été d’abord averties de leur libération par les routiers eux-mêmes. Certains ont communiqué régulièrement pendant leur détention avec leurs proches via leurs téléphones portables, très certainement avec l’accord tacite de leurs ravisseurs (même si le « discours officiel » affirme le contraire). C’est par les médias turcs que j’étais au courant de ces échanges téléphoniques. Les ravisseurs devaient donc l’être aussi.

Cette tolérance devait participer à une stratégie de communication, qui va de pair avec les témoignages d’ex-otages qui affirment avoir été plutôt bien traités malgré des conditions de détention très éprouvantes. Suite à des bombardements(ou peut-être à des changements de ravisseurs) leur lieu de détention a changé plusieurs fois et les températures pouvaient dépasser les 50 degrés, alors que les conditions sanitaires étaient plus que précaires (ça m’étonnerait qu’il y avaient des douches dans ces lieux de détention). Un routier a du être hospitalisé le jour de sa libération, à la suite d’une crise cardiaque.

Mais ils ont vite su que leurs vies n’étaient pas menacées, leur ravisseurs leur ayant affirmé qu’ils ne feraient aucun mal à d’autres « Musulmans », ce qu’il faut traduire par Sunnites. Heureusement qu’il n’y avait pas d’Alévis ou d’Alaouites parmi eux, quand on sait le sort que ces bons musulmans réservent aux Shiites dans la province de Ninive : plus de 200 Turkmènes shiites y auraient été massacrés en un mois. 200 000 ont fui la province.

Leurs ravisseurs ont tenté de les distraire par des lectures du Coran. Mais les cigarettes des fumeurs n’ont pas été confisquées, selon un routier témoignant pour Siverek.com Et heureusement ils auraient été dispensés du jeûne de Ramadan à cause des températures. Cela étant, après cette expérience ceux qui témoignent n’ont pas l’air d’être très enthousiastes pour repartir pour l’Irak. On les comprend.

 Routiers TIR otages repas Urfa

Ce n’est certainement pas pour raccourcir le temps de trajet des routiers originaires d’Urfa que le retour en avion a été privilégié : pour ceux originaires de Mardin et surtout de Silopi , cela l’a rallongé. Ils ont du reprendre la route, heureusement après s’être restaurés d’un copieux repas d’iftar (rupture de jeûne) pour arriver chez eux peu avant le lever du jour.

Celahattin Güvenç maire AKP d'Urfa accueille les routiers ex otages
Celahattin Güvenç maire AKP d’Urfa accueille les routiers ex otages de l’EIIL

Ce choix répondait peut-être aussi à d’autres impératifs, mais il est probable que l’accueil des ex otages sur le territoire turc par une mairie AKP a été privilégié. Or la mairie de Silopi ( et de la province de Sirnak) est BDP (pro kurde). De plus sur un tarmac il est plus aisé de contrôler le comité d’accueil : les caméras ont pu ainsi s’attarder sur un tayyipci de l’assistance qui manifestait bruyamment son enthousiasme et sa reconnaissance pour Recep Tayyip Erdogan et qui aurait peut-être été plus difficile à dénicher à Silopi où le BDP l’a emporté avec 80 % des suffrages. Et puis avec le maire marasli d’Urfa les médias ont pu continuer à parler de « routiers turcs », alors qu’ils doivent tous être Kurdes ou Arabes.

Urfa frontière Suruç ISIS EIIL
Urfa frontière syriene (Kobanê) ;en 2 jours plus de 3000 tirs de mortiers. Début juillet 2014

Espérons pour les routiers d’Urfa libérés qu’ils ne résident pas sur une zone frontalière avec la Syrie, notamment dans le district de Suruç, s’ils veulent prendre un peu de distance avec l’ambiance de Mossoul. L’image donne une idée du climat sur cette frontière.

De l’autre côté l’ l’EIIL/ ISIS se déchaîne depuis le 2 juillet contre le canton kurde syrien de Kobanê (Rojava). Et depuis qu’elle a mis la main sur l’armement de l’armée irakienne à Mossoul, l’organisation islamiste est bien mieux armée. Le danger est tel que les différentes factions kurdes rivales (YPG et KNC) combattraient cette fois ensemble. Des dizaines de combattants kurdes des YPG (dont au moins un jeune originaire d’Urfa/Suruç et une jeune femme de Erzurum/ Karayazi) ont été tués en une semaine. L’EIIL aussi aurait subi de lourdes pertes. Des villageois ont été massacrés. Des villages se sont vidés de leurs habitants qui ont fui pour le chef lieu (120 000 habitants) ou vers la Turquie . Enfin ceux qui n’ont pas pris les armes. 9 de ces gros bourgs sont maintenant occupés par l’EIIL/ISIS

Siverek eau électricité coupé photo Siverekgençlik
Villageois de Siverek en quête d’eau.

Espérons aussi pour eux qu’ils ne font pas partie des administrés de la province (à Siverek par exemple) comme ceux d’autres provinces (comme à Silopi) qui ont eu la bonne surprise de découvrir que TEDAS, la compagnie d’électricité (privatisée depuis un an) responsable de nombreuses coupures dans toute la région la nuit électorale du 30 mars, venait de leur couper l’eau et l’électricité pour Ramadan. Ce qui là encore pourrait leur rappeler leurs conditions de détention : à Urfa aussi les chaleurs sont caniculaires en juillet.

On est assez loin de la belle image de la Turquie idéalisée par les reklam de Ramadan, que j’avais présentée dans un billet, il y a quelque  temps déjà.

Celahattin Güvenç maire AKP Urfa accueil TIR otages Mosul
Le maire AKP d’Urfa en compagnie de familles des routiers libérés (3 juillet 2014)

Pour monsieur le maire d’Urfa la nuit du 3 juillet et l’accueil des routiers a été une trêve bienfaisante. Mais cela  gronde dans sa province (les commerçants d’Urfa privés d’électricités sont ravis). Heureusement la chaîne de TV pro gouvernementale qui divulguait les belles images de retrouvailles s’était bien gardé de profiter de l’occasion pour donner la parole à ses administrés mécontents ou inquiets.

Avoir ces braves combattants jihadistes comme voisins, ce doit être de moins en moins rassurant. Et ISIS/EIIL contrôle déjà la frontière à Akçakale (province d’Urfa) et à Karkamis dans la province voisine de Gaziantep. Les postes frontières sont fermées, mais les déplacements clandestins  ne seraient pas  interrompus selon des journalistes présents sur place. La frontière reste de fait ouverte aussi pour les YPG : des blessés sont soignés à l’hôpital de Suruç. Mais si  Kobanê tombe,  c’est presque toute la frontière syrienne avec la province d’Urfa qui sera entre les mains de l’EIIL .

Irak : les Turkmènes shiites de Tal Afar se réfugient près des Kurdes yézidis du Sinjar

réfugiés turkmènes shiites Sinjar 3

Moins d’une semaine après la prise de Mosoul par l’armée islamique de l’Irak et du Levant (ISIS/EIIL), à 50 km de là,  la ville de  Tal Afar au Nord ouest de la province de Ninive tombait à son tour. Cette nouvelle conquête territoriale est un haut lieu de l’opposition sunnite à l’occupation américaine Dès 2004 les troupes américains y avaient livré plusieurs batailles détruisant en grande partie la ville contre des soulèvements, d’abord baathiste (en 2004) et rapidement islamistes (2005), sans jamais réussir à la contrôler rappelle un article du Telegraph. Les attentats à la bombe et les assassinats y ont fait des milliers de victimes.

En Août 2007, en pleine période de grandes festivités yézidies,  4 camions suicides avaient explosé quasi simultanément dans 2 villages de la montagne voisine du Sinjar, tuant plus de 400  Yézidis, une minorité religieuse exécrée des radicaux islamistes. L’attentat le plus meurtrier jamais perpétué en Irak, qui n’a pourtant pas été épargné.

Et en mai  dernier les Yézidis  étaient des milliers à avoir fui la ville voisine de Rabia après la multiplication d’assassinats perpétués contre eux par ISIS. Et une quinzaine d’entre eux auraient été massacrés lorsque les prisons ont été vidées à Mossoul.

A Tal Afar, comme à Mossoul, ISIS prélevait déjà un impôt islamique obligatoire sur la population pour financer sa guerre en Syrie « Pour pouvoir ouvrir ma pharmacie je devais leur verser 200$ chaque mois » expliquait un de ses habitants au Telegraph.

Le processus y est le même que celui qui s’est produit à Mossoul. Une fois les troupes irakiennes chassées de la ville, ceux qui en prennent le contrôle sont des insurgés locaux, qui pour la plupart s’en prenaient déjà l’armée américaine et à ceux accusés de les servir. Ce ne sont ni des novices ni des inconnus pour les habitants.

Des dizaines de milliers de personnes ont déjà fui cette ville de 200 000 habitants, à majorité turkmène. Si comme ailleurs, une partie de ceux-ci ont surtout fui les combats, c’est la peur de représailles qui fait fuir les Turkmènes shiites (A Tal Afar une partie  des Turkmènes sont sunnites et il y aurait eu des confrontations entre eux), créant l’émoi en Turquie.  Certes, la prise de la ville n’aurait pas été accompagnée de massacres de civils shiites. Pour le moment du moins, ceux qui dirigent l’insurrection sunnite semblent éviter de s’en prendre aux populations civiles. Il est vrai que ceux des minorités religieuses  qui n’avaient pas encore quitté la province multiconfessionnelle de Ninive depuis l’invasion américaine  ont fui en masse devant son avancée.

Mossoul manifestation de soutien à ISIS EIIL

 Son avancée fulgurante montre que la branche irakienne de l’armée islamique d’Irak et du Levant est disciplinée et organisée. Aucune rumeur de pillages non plus alors que les villes sont vidées d’une partie de ses habitants, ni d’églises détruites. La ville de Mossoul n’aurait jamais connu un tel calme depuis 2003. De toute  évidence, le premier objectif est d’obtenir le soutien de la population, déjà en partie acquise tant le régime de Maliki y est exécré.

Seuls d’anciens cadres militaires peuvent imposer une telle discipline : l’armée du Baath, liquidée par les Américains s’est en partie reconstituée sous les drapeaux noirs d’ISIS. Les jours qui viennent diront s’il s’agit d’une armée de fanatiques islamiques (qui menacent de s’en prendre aux lieux saints shiites de Kerbela et Najdaf)  comme sa branche syrienne, et quel est le poids de cette composante dans cette alliance entre ISIS et les autres forces qui composent la rébellion sunnite. Déjà des dissensions auraient éclaté entre différentes fractions.

Il est à craindre qu’une fois le nouvel ordre installé dans les régions conquises, débute la construction d’un « califat islamique » sectaire où les minorités religieuses n’auraient quasiment  pas le droit d’exister, comme à Raqqa,  sous contrôle d’ISIS en Syrie.  On assisterait alors à la fin d’une épuration ethnique déjà largement entamée. Certains témoignages rapportent que  les  Chrétiens de Mossoul   y  cacheraient la croix qu’ils affichaient à leur cou et que les femmes seraient désormais contraintes de voiler leurs cheveux. Mais sur les 5000 Chrétiens qui vivaient encore  dans cette ville, seuls quelques centaines seraient restés en zone sunnite administrée dorénavant par ISIS ( à l’ouest du Tibre). Autres témoignages ICI

Et à tout moment la situation peut dégénérer en guerre civile interconfessionnelle  entre Sunnites et Shiites, qui n’épargnerait pas les Turkmènes shiites.

Consulat turc mossoul

La prise d’otage du personnel du consulat turc à Mossoul n’a pu que renforcer la crainte des Turkmènes shiites de Tal Anfar, qui devaient sans doute bénéficier d’une certaine protection de la Turquie, puissante alliée de la minorité sunnite malmenée par le régime de Maliki.

Réfugiés turkmènes shiites sinjar 4

Certains rejoignent Dohouk ou Kirkouk. Mais c’est dans la montagne yézidie du Sinjar à quelques dizaines de kilomètres de là, un territoire disputé désormais entièrement sous contrôle des pesmergas kurdes qui en contrôlent rigoureusement l’entrée, qu’ils trouvent pour la plupart refuge. Les réfugiés Turkmènes shiites, y seraient plus de 60 000 selon les Yüksekova Haber. Les écoles et les salons de mariage du Sinjar ont été transformés en centre d’hébergement d’urgence pour des milliers de familles de réfugiés.

TelAfarFlüchtlinge Ezidi press

 Face à cet afflux, le ravitaillement commencerait déjà à être insuffisant  A Erbil, avec la pénurie d’essence due à l’augmentation brutale du nombre de véhicules, les automobilistes doivent faire la queue pendant cinq heures devant les stations d’essence (avec la chaleur qu’il y fait, cela doit être insupportable). Mais à Sinjar ce sont aussi les denrées de bases, comme le lait pour les enfants, qui manqueraient. Même en y mettant le prix, on ne trouverait plus à s’approvisionner sur les marchés locaux. La population y a sans doute plus que doublé en quelques jours.

réfugiés turkmènes shiites sinjar

Turkmen Sinjar

Des Turkmènes trouvant refuge chez des Kurdes yézidis (et Chabaks, autre minorité religieuse très menacée), voilà ce que les nationalistes turcs  qui se posent en grands défenseurs de la cause turkmène auraient eu bien du mal à imaginer. La micro minorité yézidie qui subsiste encore en Turquie est la plus discrète de toutes les minorités religieuses et les massacres dont elle a été victime lors de l’effondrement de l’Empire Ottoman restent largement ignorés.  Des centaines de milliers de  Yézidis vivant dans l’Empire ottoman, ils ne sont plus quelques centaines en Turquie :  outre quelques villages dans la province de Bitlis, il y aurait encore quelques familles à Hakkari où vivaient autrefois une importante communauté, m’a-t-on aussi affirmé, et quelques unes à Urfa, Batman, Mardin et  Diyarbakir.  Au point qu’elle en est invisible.  C’est dire à quel point il ne fait pas bon d’y être yézidi.

Yezidi

Le dernier exode de  Yézidis de Turquie a eu lieu dans les années 1970 -1990 . A la même époque, les minorités chrétiennes (Assyriens, Chaldéens, Arméniens) qui subsistaient dans les mêmes régions se réduisaient aussi comme peau de chagrin. On était alors  demandeur de main d’œuvre en Europe et des communautés yézidies se sont reconstituées en Allemagne et en Suède. En avril dernier, Ayla Akat Ata, une députée kurde du BDP a déposé une motion au parlement pour exiger que leurs droits civils et leurs propriétés spoliées leur soient restitués. La cause des Yézidis de Turquie a peut-être davantage de chance d’être entendue maintenant.

Peu avant le début du processus de paix, des images montrant des combattants PKK accomplissant des rituels yézidis avaient été divulgués par certains médias. Elles étaient aussi destinées à ses sympathisants. Les Yézidis sont certes adulés comme étant les « vrais Kurdes » par une partie des nationalistes kurdes, qui affirment que tous les Kurdes étaient yézidis avant d’être islamisés. Mais elles étaient à même de choquer des sympathisants très religieux.

Il est possible d’ailleurs que ces combattants yézidis accomplissant leurs rituels solaires étaient originaires du Sinjar. J’avais entendu dire qu’on y était volontiers pro PKK dans cette montagne. Mais je ne peux pas le confirmer. Cela étant, la société turque reste une société multiculturelle et il est probable que bien des nationalistes ou des ultra religieux ne trouvent rien de surprenant à ce  que des Kurdes yézidis – même pro PKK le cas échéant – c’est à dire tout ce qu’ils exècrent le plus au monde,  protègent leurs  » frères »  turkmènes.

Et justement Karayilan vient d’annoncer que le PKK se tenait  prêt à venir défendre le Sinjar et Kirkouk où vit aussi une importante communauté turkmène shiite. De quoi rassurer peut-être le front turkmène un des partis de la communauté (les Turkmènes doivent en avoir 4 ou 5 ) proche de l’extrême droite turque  qui vient de lancer un appel à la Turquie. Il craint que 100 000 Pershmergas ne soient pas capables à eux seuls de défendre la province.

Un excellent article sur les Yezidis ICI

NB : alors que les Shiites turkmènes continuaient à fuir Tal Afar, 23 villageois turkmènes eux aussi shiites étaient massacrés par ISIS dans la province de Salahadin. Nouvelles informations ICI

Le  22 :  Le nombre de réfugiés au Sinjar atteindrait 90 000, un camion de vivres venu de Turquie y est arrivé. D’autres seraient encore  bloqués.

Le même jour c’est l’aéroport de Tal Afar encore tenu par l’armée irakienne qui est tombé aux mains d’ISIS. Les troupes du général Abu Walid n’y étaient plus approvisionnées en ravitaillement et en munitions. Celui qui est surnommé le « Lion de Maliki » s’est replié au Sinjar avec 600 hommes où ils ont été accueillis par les peshmergas. Selon le site kurde Basnews il y aurait de violents combats  entre ISIS et les peshmergas.