Ahmadinejad passe un sale quart d’heure (symbolique) à Hakkari…

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

Samedi 15 mai, des manifestants d’ Hakkari ont réglé symboliquement son compte à Ahmadinejad, le président iranien. Sous les acclamations de la foule, son effigie a été pendue puis brûlée en place publique.

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

L’effigie d’Ahmadinejad s’était jointe à une manifestation organisée par le DÖKH – Demokratik Özgür Kadin Hakkeret (le mouvement démocratique et libre des femmes  ), dont l’invitée d’honneur était la très radicale Emine Ayna. J’ignore si c’est elle qui le dirige. Il s’agissait d’une marche contre la « culture du viol », au sens propre comme au figuré, si j’ai bien compris. Je ne sais pas si lors de la conférence organisée ce jour là, il a été question du scandale des internats Yibo de Siirt.

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

Mais le  président iranien était bien présent (symboliquement, certes).

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

..et voilà ce qu’il est advenu de lui. Pendu à une potence, comme les 5 militants kurdes excécutés par le régime il y a quelques jours, puis brûlé sous les huées d’une foule en colère.

Les corps des suppliciés n’ont pas été rendus à leur famille, pour éviter que leurs funérailles ne soient l’occasion de manifestations de colère au Kurdistan iranien. Mais cette colère a franchi la frontière.

Il faut dire que  celle-ci est toute proche et les liens claniques et de parentés nombreux avec entre Kurdes d’Hakkari et Kurdes iraniens. De plus de grands chefs rebelles kurdes de Turquie, comme Cheikh Said et Seyid Riza avaient aussi été excécutés par pendaison,  dans les premières années de la République de Turquie. Cette mémoire est très vivante et très entrenue.

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

Une fois le compte du président iranien « réglé », c’est à la statue d’Atatürk que s’en sont pris une partie des manifestants. Les femmes, elles, se sont éclipsées.

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

Du coup, les karchers de la ville, ce sont mis à l’oeuvre…

15 mai 2010 manifestation à Hakkari

Et c’était reparti pour une émeute, de type intifida, dont la ville est devenue coutumière ces derniers temps. Cette fois les gosses n’avaient même pas pris la peine de se masquer le visage.

Il y a eu un blessé et plusieurs arrestations.

Des images des événements sur cette vidéo.



Pendaisons de jeunes militants kurdes en Iran, colère à Yüksekova.

 

Dans la province frontalière d’Hakkari, à part les fonctionnaires turcs,  tout le monde a des cousins en Iran et en Irak. L’annonce de la pendaison de 5 jeunes kurdes accusés d’appartenir au PJAK, une branche iranienne du PKK, a donc secoué dans la région, où tout le monde avait entendu parler de mamosta (instituteur) Farzad Kamangar.

L’Iran pend un petit poisson , titrait le Washington Post en évoquant une lettre que  le prisonnier kurde avait écrite de la prison d’Evin.

Mercredi des marches de protestations ont été organisées partout dans la région kurde. Mais c’est à Yüksekova qu’elle a été la plus impressionnante. Des milliers de personnes avec à leurs têtes des personnalités politiques du BDP,mais aussi Esat Canan, se sont rendues en cortège jusqu’au poste frontière d’Esendere. Bien sûr celle-ci avait été fermée mais certains ont entrepris d’escalader la grille – des anciens tentaient bien de freiner cette ardeur –  et des jeunes s’en sont pris, comme d’habitude aux caméras de surveillance, comme on le voit sur la vidéo. Il me semble que la foule rassemblée près de la grille crie « Intikam » (vengeance)

Le lendemain matin, jeudi 13 mai, décrété jour de grève générale au Kurdistan iranien, des jeunes ont dressé des barricades dans plusieurs quartiers de la ville de Yüksekova (l’hôtel Oslo, est situé en plein coeur), ce qui a dégénéré en confrontations avec les forces de l’ordre. On voit sur la vidéo présentée avec l’article des Yüksekova haber,que  les magasins étaient fermés, probablement en signe de solidarité avec les voisins du Kurdistan iranien – (cela étant l’article ne le dit pas).

2 personnes ont été blessées et 9 ont placées en garde à vue – parmi ces dernières 7 mineurs. Le plus jeune, Hakan Ö., a…7 ans ! Les 6 autres ont 16, 15, 13 et 11 ans . A Kars où  8 personnes viennent aussi d’être placées en garde à vue, j’ignore pour quelle raison, la plus âgée a 80 ans. On se demande quand même quelles graves menaces pour l’ordre public peuvent représenter un gamin de 7 ans et un homme de 80 ans.

5 des personnes interpellées à Yüksekova ont été mises en examen – dont deux ont été immédiatement incarcérées à la prison d’Hakkari, un garçon de 20 ans et un autre de 16 ans- et 4 autres sont reparties libres. On peut imaginer que le gosse de 7 ans fait partie de ces derniers.



L’Iran construit un mur sur la frontière turque (Yüksekova)

Le mur sur la frontière turco iranienne

L’Iran a beau détester Israël, ça ne l’empêche pas de lui chiper des idées.  Les Yüksekova Haber rapportent que depuis quelques semaines, les habitants de  villages frontaliers du district de Yüksekova, ont eu la mauvaise surprise de voir un mur en béton, d’une hauteur d’un mètre vingt, s’ériger le long de la frontière. Il complète un dispositif déjà drastique de surveillance : les  postes militaires s’échelonnent tous les 2 kms et selon les villageois toute la zone est truffée de mines.

On peut voir une vidéo de l’ouvrage ici .

Est-ce un dispositif ponctuel destiné à isoler certains villages ou  le début de travaux qui fermeraient hermétiquement les 456 kms de frontière entre l’Iran et la Turquie, comme l’Iran envisage aussi de le faire sur ses 700 Kms de frontière avec l’Afghanistan ?

Poste militaire iranien sur la frontière turco iranienne.

Le Vali (gouverneur) de la région d’Hakkari n’est pas surpris. Cela ferait un an que l’Iran annoncerait la construction de ce mur. L’objectif est d’empêcher le passage des chevaux et des mulets des contrebandiers. La région est traditionnellement une zone de contrebande ,activité qui constitue la principale ressource de la plupart de ces villages.

L’autre côté de la frontière est le théatre de la guerilla kurde du PEJAK, la branche iranienne du PKK. Le véritable objectif de ce mur, pourrait bien être avant tout d’ordre militaire. Nombreux sont ceux qui tirent des  profits de ces trafics et les guerillas ne sont pas en reste. Et elles non plus ne sont pas très respectueuses des frontières.

Mais pour les villageois, ce mur signifie aussi une séparation, que la  plus ancienne frontière de Turquie n’avait jamais rendu effective, avec leurs parents vivant du côté iranien.

L’activité de contrebandier devient de plus en risquée. Selon les villageois, trois d’entre eux ont été tués dernièrement, en même temps que leurs chevaux, par des soldats iraniens. Les familles n’ont pu récupérer leurs corps. Ils auraient été enterrés par des engins de construction du mur.

Et pendant ce temps là, à Baskale, on se contente plus de mettre les chevaux en garde en vue (en attendant d’être vendus par les douanes).  .

chevaux exécutés (Baskale - sept  2009)

Ils se font exécuter .

chevaux exécutés (Baskale - sept  2009)

Cette fois, lors d’une opération de l’armée turque, selon les témoignages de villageois recueillis par les Yüksekova Haber.