2 députés kurdes libérés : Gülser Yildirim et Ibrahim Aynan

tutuklu-bdpli-vekiller-icin-tahliye-karari-128040La décision de la cour constitutionnelle n’a pas tardé et elle a été (évidemment)  la même que pour Mustafa Balbay (député CHP).  Cette fois le tribunal de Diyarbakir ne pouvait plus tergiverser.  2 des 5 députés kurdes qui attendaient leur remise en liberté depuis leur élection en 2011 viennent d’être libérés. Il s’agit de Gülser Yildirim, députée de Mardin et d’Ibrahim Aynan, député d’Urfa, arrêtés en 2010 dans le cadre des grandes opérations contre le KCK. Elle leur accorde aussi une compensation de 3000 lires (1000 euros!) pour détention abusive. Pour les 3 autres, la décision n’est pas encore donnée, mais cela ne devrait tarder.

Au moins voilà une décision un peu apaisante dans le tumultueux climat ambiant en Turquie. Dommage que la justice ne l’ait pas prise dès l’élection des députés des diverses oppositions  emprisonnés dans divers procès (Ergenekon et KCK). Cela aurait évité des morts et des blessés dans les villes kurdes où la colère avait explosé. Et cela aurait sans doute  contribué à assainir le climat politique en Turquie.

Mais cela ne règle pas le cas de Sebahat Tuncel, dont la cour suprême vient de confirmer la peine de 8 ans et 9 mois dont elle avait écopé en 2005, c’est à dire bien avant le début du processus de paix. Une peine qui peut lui faire perdre son immunité parlementaire. Couperet qui risque aussi de tomber pour  Engin Alan, député MHP (extrême droite), condamné dans le cadre des procès Ergenekon.

Une commission formée de députés BDP/ CHP et AKP vient d’être constituée pour tenter de régler cette question. Le MHP ne participe pas à la commission (avec les Kurdes, difficile à imaginer) , mais demande à ce que la lettre de demande de levée d’immunité d’Engin Alan qui devrait arriver bientôt ne soit pas lue à l’Assemblée, ce qui rendrait cette demande ineffective.

Il est probable que cette commission  fonctionnera mieux que celle qui avait été mise en place pour enquêter sur les circonstances du massacre d’Uludere. Même si ce n’est pas certain. Personne ne doit avoir envie que la rue kurde ne s’embrase  – et Sebahat Tuncel est députée d’Istanbul !

3 mois avant des élections municipales qui risquent de s’avérer serrées entre l’AKP et le CHP qui présente un candidat lui aussi alévi à Istanbul (Mustafa Sarigül ) comme l’est Sebahat Tuncel – cela serait très risqué. Sans parler des risques de dérapage pour le processus de paix, avec tout ce que cela comporte.

Et le feuilleton politico judiciaire est loin d’être terminé (très loin même).quoique les intrigues soient trop denses et compliquées pour qualifier tout cela de feuilleton. Certains éditorialistes turcs parlent plutôt de polar.

Plus tard dans la journée  la cour constitutionnelle a aussi déclaré que la détention des   3 députés BDP (ou affilié) encore emprisonnés était illégale.Selma Irmak,  Faysal Sarıyıldız députés de  Şırnak et le député  indépendant de Van Kemal Aktaş vont donc être à leur tour libérés après avoir passé 3 ans en prison.

 

Sous fond de bagarre au sein de l’Etat turc : cherche-t-on à exaspérer les Kurdes ?

Sebahat Tuncel

J’ai commis une erreur d’appréciation dans mon précédent billet. En effet, les villes kurdes sont restées calmes pour  le second anniversaire du massacre de Roboski (Uludere).Même Hakkari et Yüksekova sont simplement restées « villes mortes », c’est-à-dire que pas un commerce – boulangeries exceptées – n’a ouvert. Mais elles ne se sont pas embrasées.

Bien sûr dans ces deux villes, quelques  groupes de gençler se sont manifestés, allumant des feux dans leur quartier et entravant la circulation, recevant en échange quelques jets de gaz lacrymogènes. Un phénomène spontané, comme j’en ai déjà vu à Yüksekova (les voitures qui passent alors près du feu prennent la peine de klaxonner, c’est plus prudent de manifester son approbation) et  qui rappelle –  chants pro PKK en sus – les groupes de gamins de certaines de nos villes qui confortent leur sentiment de puissance en se baladant en bande, capuche rabattue sur le visage, le soir tombé.  Mais il n’y a  pas eu  d’affrontements  violents avec les forces de l’ordre.

Et ce n’est certainement pas du au hasard. Il est probable  que le parti kurde a tout fait pour éviter que cela ne dégénère. Ainsi à  Yüksekova il n’a pas appelé à manifester et à Hakkari, c’est la veille alors que les magasins étaient ouverts qu’avait lieu une manifestation.  La grande commémoration, c’est à Roboski même qu’elle a eu lieu.  Miran Encu, tante de Velat Encu (16 ans), une des victimes du massacre y a succombé d’une crise cardiaque.

Ceux qui suivent les événements de la région à travers les médias turcs peuvent avoir le regard un peu faussé. Mais il faut se rappeler comment l’arrivée de Selahattin Demirtas, le vice président du parti kurde,  comme député d’Hakkari avait déjà calmé le jeu. Il y a trois ans, les villes de la province étaient continuellement en ébullition, on  n’y comptait plus les journées « ville morte » et les affrontements avec les forces de l’ordre étaient presque quotidiens.  Les jeunes de Diyarbakir considéraient ceux d’Hakkari comme des héros (les médias pro kurdes aussi). Mais sur place c’était moins évident. En fait, plus personne ne savait d’où venait les ordres de fermer (transmis  aux commerçants par des gamins). Demirtas  avait  remis de l’ordre dans tout ça. Les villes de la province ont pu respirer (au propre comme au figuré ). Et c’est entre autre ce qui explique sa grande popularité à Hakkari.

 

2 morts yuksekova décembre 2013

Pourtant le moins qu’on puisse dire c’est que tout semble être fait pour exaspérer les Kurdes. D’abord 3 morts par balles des özel tim (équipes spéciales)  lors de deux manifestations à Yüksekova (province d’Hakkari, sur la frontière irakienne et à 2 pas des camps PKK de Qandil).  Deux (un homme et son neveu) le 6 décembre, le troisième quelques jours plus tard. Des affrontements ont même eu lieu dans  l’hôpital de la ville où un groupe attendait des nouvelles des deux premières victimes, affrontements si violents que l’hôpital, envahi par les gaz lacrymogènes,  a été vidé de ses patients.

Et ce n’était pas un « dégât collatéral », l’hôpital est situé  en pleine campagne à plusieurs kilomètres du centre ville (il a été construit sur les terres d’un député AKP…)

Yuksekova olay decembre 2013

Or si la province d’Hakkari est une habituée de la répression« façon Gezi » des manifs   ( disons plutôt  que le mouvement Gezi a été traité comme le sont les « manifestations illégales » kurdes) et qu’il y a donc eu de nombreux manifestants blessés et parfois tués ces dernières années dans la province, cela faisait plusieurs années  que les forces de l’ordre ne tiraient plus à balles réelles sur les manifestants à Hakkari. Mais le gouverneur de la province  a déclaré que les manifestants étaient armés et c’est passé comme une lettre à la poste…

Pourtant, alors que les confrontations avec les forces de l’ordre peuvent être violentes  à Yüksekova, quand y a-t-on vu des manifestants assez suicidaires pour y brandir des armes ?

Députés kurdes emprisonnés

Le 9 décembre,  Mustafa  Balbay, journaliste kémaliste et élu  député  CHP  qui croupissait en prison depuis plus de 4 ans dans le cadre du procès Ergenekon était remis en liberté à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle déclarant que son emprisonnement était une violation de son droit à être élu.   Mais quelque jours plus tard celle-ci était à nouveau refusée par le tribunal de Diyarbakir aux 5 élus kurdes incarcérés  dans le cadre du procès KCK, pourtant eux aussi en attente de jugement.

Le parti proteste avec virulence , mais la rue kurde ne s’embrase pas (à part à Yüksekova où ça bardait encore salement le 23 décembre)…

Mais le jour même où  la région commémorait le massacre de Roboski, massacre pour lequel la justice  a fait preuve de bien moins de diligence dans sa quête pour en  désigner les responsables (en réalité elle a étouffé l’affaire), la Cour suprême  vient de confirmer en appel la peine de 8 ans et 9 mois de prison pour « appartenance au PKK » dont avait écopé Sebahat Tuncel, députée du BDP (parti dont elle a démissionné pour rejoindre avec  Ertuğrul Kürkçü  et Sırrı Süreyya Önder, le HDP : un mouvement qui rassemble des partis  de gauche)  . Une peine qui risque de lui faire perdre sa place de députée et de la renvoyer en prison (d’où elle était sortie lorsqu’elle avait été élue députée d’Istanbul en 2007).

Si elle devait être démise de sa fonction de députée, je ne sais pas qui profiterait de sa place à l’Assemblée : un député AKP, comme à Diyarbakir après que Hatip Dicle ait été l’objet du même procédé, ou un député de l’opposition CHP ou MHP (qui accepterait ou non de « profiter de l’aubaine »)? En tout cas les députés du BDP qui avaient été contraints de se présenter en candidats indépendants n’ont pas de « suivant sur la liste » pour les remplacer , donc le groupe BDP perdrait encore un siège.

C’est une visite à Qandil en 2004, dans un camp du PKK qui lui vaut cette condamnation…alors qu’un processus de paix est engagé avec ce même PKK et que des visites, Qandil en a eu à la pelle depuis (et que normalement tout le monde devrait quand même se réjouir que les combattants des deux camps aient cessé de s’entretuer).

Mais le processus de paix a été engagé sans que la très controversée législation anti-terroriste n’ait été amendée. L’article 380 à la très vague formulation a permis de condamner Sebahat Tuncel (et bien d’autres)  pour  « soutien à une organisation terroriste dans l’objectif de commettre des crimes ». Maintenant la  « guérilla judiciaire » qui fait rage en Turquie  peut complètement faire dérailler le  processus du paix. D’autres députés kurdes ont eux aussi été condamnés et restent sous la menace de condamnations en appel. C’est le cas notamment d’Ahmet Türk ou d’Aysel Tugluk. Le couperet peut donc continuer de tomber sur le parti kurde.

Bref, alors que la justice remet en liberté un député CHP, non seulement elle refuse de faire de même pour les députés BDP emprisonnés, mais elle prend dans le même temps une décision qui risque d’envoyer une députée du mouvement kurde de plus en prison ! Et pas n’importe laquelle, Sebahat Tuncel est un « poids lourd » du parti (même si dans le parti il n’est pas vraiment de bon ton de parler de poids lourd, elle est quand-même très populaire près de l’électorat). De plus elle est Kurde alévie. Et s’il y a bien un segment de la population exaspéré par le gouvernement Erdogan (qui a tout fait pour cela), ce sont les Alévis.

Et tout ça le jour anniversaire du massacre de 34 civils kurdes dont la plupart n’avaient pas 20 ans, bombardés par des F16 à Roboski et dont certains auraient pu être sauvés si un hélicoptère ambulance avait été envoyé sur les lieux du massacre. Ce qui n’a pas été le cas.

Là, ce n’est même plus de deux poids deux mesures dont on peut parler…

C’est même tellement gros, que ce n’est pas sûr que cela suffise a embrasé la rue kurde qui quand même se méfie. Les Kurdes ont  l’habitude d’être instrumentalisés dès que des tensions se profilent dans le pays. Et depuis qu’il siège à l’Assemblée  (ce qui est tout nouveau), le parti kurde a su faire preuve de maturité. Le fait qu’il existe maintenant un Kurdistan irakien y est sans doute aussi pour beaucoup.  Dans les  tensions qui traversent le pays, le mouvement kurde pourrait préférer suivre l’exemple de son cousin syrien et jouer sa propre carte – comme il l’a fait lors du mouvement Gezi.

Mais il va falloir qu’il fasse preuve d’un sacré doigté s’il veut éviter que la région kurde soit happée  dans les tensions , car dans la tourmente actuelle vraiment tout semble fait pour pousser les Kurdes à bout.

Le 1er janvier : ajout

J’apprends que les avocats des 5 députés  kurdes du BDP incarcérés ont à leur tour déposé un recours devant la Cour Constitutionnelle. Je suis un peu étonnée qu’ils n’y aient pas songé plus tôt, mais sans doute était-ce une stratégie des avocats d’attendre ce qu’elle déciderait pour le député CHP Balbay.

Dans le même article d’Hürriyet Today’s  je découvre aussi qu’Engin Alan, député MHP (extrême droite) dont la cour suprême d’appel a confirmé en octobre dernier,  la sentence à 28 ans de prison dont il a écopé  dans le cadre du procès Balyoz (Ergenekon), risque de lui aussi de perdre son immunité parlementaire. Et ce serait imminent : en effet cette même cour se préparerait à demander la levée de son immunité. Et évidemment dans ce cas, ça m’étonnerait qu’il puisse y avoir 2 poids 2 mesures (cela ne marche pas dans tous les cas) . S’il perd son immunité, le tour de Sebahat Tuncel risquerait de suivre.

Le 2 janvier,2 députés du BDP Pervin Buldan et Sirri Sürreyya Önder  qui venaient de porter une lettre d’Öcalan, le leader emprisonné  du PKK à aux commandants militaires de Qandil, vont rencontrer les nouveaux ministres de l’intérieur et de la justice  (nommés dans le cadre du remaniement ministériel sous fond de scandale de corruption). La direction du KCK (branche urbaine du PKK)  n’ayant cette fois pas répondu par lettre, sa réponse à celle d’Öcalan n’a pas été rendue publique

.Efkan Ala, le nouveau ministre de l’intérieur est un proche d’Hakan Fidan, le chef des services secrets turcs (MIT) et principal artisan du processus de paix depuis les « négociations (alors secrètes) d’Oslo. Il a aussi  été le gouverneur de Diyarbakir entre 2004 et 2007 (c’est à dire pendant la semaine de violentes émeutes urbaines dont la répression avait fait plus d’une dizaine de morts, la plupart des mineurs et des centaines de blessés ).

Et la veille de la nouvelle année, ça a bardé près de Yüksekova.  3 jeunes du village de Yesilova  dans le district Semdinli (Hakkari) ont été gravement blessés lors d’une confrontation avec l’armée. Cela faisait une dizaine de jours que les habitants de ce village de contrebandiers bloquaient la route pour protester contre la construction d’une nouvelle caserne. Cette fois par contre les villes de la province ne se sont pas embrasées… Je persiste à penser que cela est significatif, même si ce calme est précaire.

 

 

La maman de Solin (5 ans) atteinte de leucémie vient d’être libérée (KCK)

Il aura fallu 16 mois, pour qu’à la suite d’une intense campagne de mobilisation, Hanim Onur, adjointe au maire de Cizre et incarcérée dans le cadre des procès du KCK, soit enfin remise en liberté et puisse retrouver ses deux enfants, Solin,  5 ans, atteinte de leucémie et son frère Mirhat , qui souffre  d’épilepsie.

Cela fait pourtant des mois que certains médias alertaient sur l’histoire de cette maman, séparée de deux enfants malades alors que la justice ne l’a toujours  pas jugée coupable.  Mais il aura fallu la mobilisation des médias sociaux pour que les autorités s’émeuvent.  Une  pétition, « Solin ölmesin »  (que Solin ne meurt pas) lancée samedi 9 février,  relayée par de nombreux appels sur Twitter,   a récolté plus de 20 000 signatures en une journée. La fillette comme beaucoup d’enfants en bas âge de détenues, partageait la peine de sa mère jusqu’à ce que sa maladie soit pronostiquée, il y a près d’un an.  Séparée de ses deux parents,  sous la garde de ses grands parents, l’état de santé de la petite fille se détériorait.

Les médias ont aussi publié les chansons déchirantes écrites en kurde par les deux enfants pour réclamer le retour de leur mère.

C’est d’abord  Fatma Şahin, la  ministre de la famille qui s’est émue et a annoncé sur son compte Twitter qu’elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver Solin. Celle-ci doit être envoyée en traitement à Ankara dans un des meilleurs hôpitaux du pays. Et aujourd’hui, c’est le tribunal de Diyarbakir qui vient enfin d’accepter la remise en liberté de la maman. Difficile en effet pour les juges de continuer à rester inflexibles après l’intervention de madame la Ministre et alors que l’histoire de Solin commençait à émouvoir le pays.

Son avocate, l’immense Canan Atabay, qui a défendu la plupart du temps pour 3 fois rien des dizaines de mineurs incarcérés, doit se réjouir.

Hanim Onur était incarcérée à la prison de type E de Mardin. C’est aussi là qu’a été  incarcérée pendant plus de 15 mois une voisine de mes amis de Kayapinar, à Diyarbakir, dans des conditions épouvantables nous racontait sa soeur l’été dernier . En effet si les détenus politiques adultes hommes sont généralement incarcérés dans des prisons de type D, où les conditions sont plutôt  correctes (4 détenus par cellule), les femmes, comme les mineurs, sont  souvent enfermées dans des centres de détention de droits communs  Résultat : à Mardin plus de 80 détenues étaient entassées dans la même immense cellule. Elle souffre d’asthme et avait beaucoup de mal à supporter ces conditions. « Elle pleurait toujours au téléphone » selon sa soeur. Après les mutineries  de juin, elle a été transférée à la prison de  Siirt : « Maintenant ça va mieux. Elles ne sont plus que 60 et la nourriture est meilleure. » Sa détention est aussi l’occasion d’apprendre à lire. Les détenues éduquées se chargent de l’alphabétisation de celles qui n’ont pas eu la chance d’avoir été scolarisées.

Même si Siirt est encore plus éloignée de Diyarbakir que Mardin, ses parents et son fils de 10 ans continuent à lui rendre visite une fois par mois, le jour où le parloir ouvert est autorisé.  « L’incarcération de sa maman l’a complètement perturbé. Depuis il ne fait plus rien à l’école ». Pourtant c’est un gosse aux yeux qui pétillent d’intelligence.

J’aime bien ce gamin et j’ai souvent  pensé à lui cet automne, pendant le mouvement de grève de la faim des détenus politiques kurdes. Comme elle a des problèmes de santé, normalement sa mère a du  être dispensée d’y participer. Mais aura-t-elle accepté cette dispense (le cas échéant) ?  A Izmir, il avait fallu que Selahattin Demirtas en personne intervienne pour que des détenus mineurs acceptent de s’alimenter après plusieurs semaines de grève de la faim.

Un ami kurde qui m’a alors appris qu’il avait suivi pendant 35 jours une grève de la faim au début des années 90 (comme tous ceux dans son cas, son estomac en garde des séquelles depuis), expliquait qu’il l’avait suivie alors que les « responsables de cellule » l’en avait dispensé. Il n’appartenait à aucune organisation – son seul crime était d’avoir donné des cours de saz et d’avoir appris des chansons en kurde dans un centre culturel kurde. On savait donc qu’il allait être libéré sous peu. « Mais impossible de manger quand tous les autres refusent de s’alimenter. C’est une question de conscience ».

Pour les gosses des détenus en grève de la faim, cette période a du être complètement traumatisante. Il est vraiment heureux que la Turquie tente d’autres solutions que « les vieilles méthodes » qui n’ont réussi qu’à donner naissance  à des générations de révoltés pour régler la question kurde.

Et normalement, grâce au nouveau paquet de réformes de la justice que le Parlement turc devrait adopter sous peu,  la grande majorité (voire l’ensemble)  des détenus dans le cadre des opérations contre KCK devraient être  libérés, puisque qu’aucune participation à des actes criminels ne leur est reproché. Des prochaines libérations en masse sont en tous les cas espérées dans la région.

 

 

 

 

Restera-t-il un maire BDP en liberté …et un sympathisant AKP à Diyarbakir ? ( Arrestation du maire de Siirt)

« Dans cette pièce nous avons tous voté Hatip Dicle. Nos neuf voix ont été volées » me disait un habitant de Kayapinar, un arrondissement de Diyarbakir, peu après le dernières élections législatives. Hatip Dicle, le candidat du parti pro kurde (BDP) l’avait largement emporté. Mais son élection avait été invalidée et ses voix « données » à une  candidate AKP, Oya Eronat (qui n’a pas du rendre souvent visite à ses électeurs depuis).Le maire de Kayapinar  est  lui aussi en prison, arrêté en même temps qu’Hatip Dicle et une cinquantaine d’autres élus, cadres du parti et présidents d’association proches du mouvement kurde, lors de la première grande rafle contre le KCK, le jour de Noël 2009.

Difficile pour un habitant de Kayapinar de penser que son vote est pris en considération.

Depuis les arrestations se sont multipliées. «Ca favorise le renouvellement des cadres au sein du parti » ironisait un de ses sympathisants. Mais cela crée  un drôle de climat dans la région, où il n’est pas rare que Recep Tayyip Erdogan soit désormais comparé à la très détestée Tansu Ciller, qui dirigeait la Turquie dans les années 90,  des années noires pour les Kurdes. Après les élections de 2007, quand l’AKP jouait la carte démocratique, j’entendais assez régulièrement des électeurs du parti kurde reconnaître  que le chef de gouvernement AKP était « très bien pour les Turcs » (même s’il ne l’était pas pour les Kurdes selon eux) , ce qui était quand-même une façon de lui reconnaître des qualités. Les grandes opérations contre le KCK y a mis fin.  L’ électorat AKP aussi a chuté : depuis 2007, chaque élection a montré son recul dans la région. Tout le monde reconnait que si le barrage de 10 % n’avait pas contraint le parti kurde à présenter des candidats indépendants, c’est entre 60 et 75 députés BDP qui auraient été élus en juin 2011 , au lieu  36 ( une trentaine siégeant, les autres sont incarcérés).

Cet  été lorsque le père d’amis de Van avait déclaré qu’il était  sympathisant de Tayyip Erdogan, j’étais toute contente de rencontrer ce qui m’a paru être devenu un « oiseau rare » dans le coin.  Il n’avait cependant convaincu ni sa femme, ni ses enfants et se gardait bien de déclarer ses sympathies hors du cadre familial. C’est dire à quel point son environnement ne doit pas les partager. J’ai cru comprendre que ce sont surtout les méthodes du PKK que réprouvait ce monsieur, qui avait aimé  le concept de « kardeslik » (fraternité) prôné par l’AKP. Mais il détestait le ministre de l’intérieur Idriss Naim Sahin qui « déteste les Kurdes » et le massacre de Roboski (Uludere) lui restait au travers de la gorge.

La ville sinistrée de Van aussi a perdu son maire. Bekir Kaya a été arrêté dans le cadre des opérations contre le KCK en Juin dernier. « La suite logique de la compétition entre l’AKP et le BDP lors du séisme de Van. L’AKP  a voulu  éliminer un maire compétent pour qu’un tocard le remplace et que la population sinistrée soit exaspérée », estimait un Vanli. Je ne sais pas si c’est  le but de la manœuvre, mais les  quelques bénéficiaires d’appartements Toki que j’ai rencontrés n’ étaient pas ravis de la solution qui leur  avait été offerte par l’Etat (la personnalisation du pouvoir est devenue telle en Turquie qu’ils  disaient «  par Basbakan » (le chef de gouvernement).  Quitte à devoir payer un nouveau logement, ceux qui possèdent un terrain auraient préféré qu’on leur facilite l’accès au crédit.

Évidemment quelques rencontres ne font pas une opinion générale. Mais la reconquête de la mairie de Van par l’AKP n’est pas gagnée d’avance.

Et voilà que le maire de Siirt Selim Sadak vient à son tour d’être arrêté  en même temps que 73 personnes, ce week-end dans sa résidence à Diyarbakir. Une arrestation qui survient dans une période particulièrement tumultueuse pour l’AKP, où course à la présidentielle aidant, l’ambiance  doit ressembler à celle qui devait régner au sein de l’UMP bien avant sa défaite électorale.

En tout cas rien ne va plus avec les Kurdes de l’AKP, qui avaient déjà exprimé leur colère après le massacre de Roboski. C’est la pagaille à Diyarbakir, où Halit Atvan président de la section AKP vient de démissionner, peut-être à la demande de Tayyip Erdogan  qui n’avait pas apprécié l’entretien qu’il a accordé au journal Taraf. Il faut dire qu’il y critiquait son parti et reconnaissait que dans sa circonscription même les électeurs pieux votaient majoritairement BDP ( J’y ai entendu un des députés BDP de Van déclarer dans un discours que les Kurdes étaient de « fervents musulmans ». Inimaginable il y a quelques années pour un parti de gauche ) La présidente de la branche féminine du parti a elle aussi donné sa démission.

De son côté  Galip Ensarioglu, député AKP de Diyarbakir, mène la fronde au sein de l’Assemblée. Il  vient  de déclarer qu’il refuserait de voter la levée de l’immunité de 10 députés BDP à laquelle  le chef de gouvernement vient de se déclarer favorable. Des députés qui cet été avaient embrassé un combattant du PKK ayant  stoppé leur convoi, alors qu’ils rendaient dans des villages du district de Semdinli où de violents combats opposaient le PKK et les forces armées…devant des caméras de télévision.  Les images avaient naturellement provoquées un choc dans l’opinion turque, ce qui était sans doute le but. Le matin des faits j’avais vu leur convoi traverser  Yüksekova et j’avoue que j’avais été interloquée en découvrant ces images, même si avec l’ambiance qui régnait dans le coin, elles n’étaient pas vraiment surprenantes.

Des milliers de gens sont emprisonnées en Turquie pour bien moins que ça. Mais si la levée de l’immunité de ces députés en satisferait sans doute beaucoup à l’ouest , elle anéantirait toute possibilité de résolution politique de la question kurde, comme en 1994, quand celles de Leyla Zana et de ses compagnons (dont Hatip Dicle) avaient été levées. Le président Gül, lui aussi entré en campagne,  s’est déclaré opposé à cette mesure. Galip Ensarioglu et ses amis ont là un soutien de poids.

Le député qui avait dénoncé il y a quelques mois les arrestations en masse des membres du BDP dans un article accordé au journal kurde Rudaw ne doit certainement pas se réjouir de l’arrestation de Selim Sadak et de 80 membres du BDP.  Et il est très peu probable que la décision d’un tribunal administratif, en juillet dernier, de faire interdire  les noms kurdes données par la municipalité  à des parcs et à  des bâtiments de la ville – cet été  19 places  étaient devenues  « sans nom » à Diyarbakir-   ait beaucoup plu à ses électeurs.  Le centre culturel  Cegerxwîn  a ainsi perdu son nom. Ce grand poète kurde évoqué par Recep Tayyip Erdogan à l’occasion d’un discours devant l’Assemblée  qui avait arraché des larmes à certains députés n’était pourtant un chef du PKK ! Sinon voici la liste des noms interdits :  Zembilfiroş Park, 33 Kurşun Park, Derwişî Ewdî Park, Nefel Park, Daraşîn Park, Bêzar Park, Ciwan Park, Sosin Park, Jiyanan Azad Park, Aşîti Park, Yek Gûlan Park, Beybun Park, Şilan Park, Roşna Park, Rojbîn Park, Rojda Park, Berfin Park, Gülistan Park and Roşan Park…

Pas plus que n’a du leur plaire la décision  du YÖK de restreindre le nombre d’étudiants autorisés à étudier dans le tout jeune département de kurdologie de l’université Dicle ou à l’universite Artuklu de Mardin, une nouvelle université multilingue et un projet auquel le chef du gouvernement tenait pourtant beaucoup.

Mais les effets les plus désastreux sont certainement ceux causés par le peu d’empressement des autorités à faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles 34 petits contrebandiers kurdes ont été massacrés par des F16 de l’armée, le 28 décembre dernier, à Roboski (Uludere) . Près d’un an plus tard les familles réclament toujours justice.

 

Si ça continue à ce rythme il n’y aura bientôt plus un seul maire  BDP en liberté dans la région.  Mais  restera-t-il encore des  Kurdes à Diyarbakir pour y défendre la politique  de l’AKP  ?

 

Ajout du 12 : Selim Sadak a finalement été remis en liberté après avoir été interrogé par un procureur.

Büsra Ersanli libérée – des milliers de libérations attendues

La libération  du professeur Büsra Ersanli, en même temps que de 16 autres détenus dans le cadre des grands procès du KCK, vient d’être annoncée. Une excellente nouvelle qui n’est pas vraiment une surprise.  Atalay le ministre de la justice annonçait hier que suite aux mesures votées la veille du grand procès de Sivrili, il devrait y avoir plus de 10000 libérations. Il faut dire qu’il y a un paquet de détenus en préventive en Turquie. C’est donc libre qu’elle comparaitra désormais au procès qui continue.

Tout le monde s’attendait à ce que Büsra Ersanli fasse partie des détenus libérés. D’autant que le ministre des affaires Ahmet Davutoglu venait de déclarer ne pas croire que Büsra Ersanli soit une terroriste, ajoutant qu’elle avait été très courageuse en 1997 en s’opposant au coup d’état dit post-moderne. L’armée alors avait écarté du pouvoir Erbakan et le Refah, parti dont l’AKP est l’héritier.

Ce qu’il n’a pas ajouté – ou Today’s Zaman ne le dit pas- c’est qu’en 1980 non plus, elle n’était pas du côté des militaires, alors nettement moins anti-religieux.

L’arrestation de personnalités turques de gauche, connues depuis longtemps pour leur combat démocratique avait soulevé l’indignation.

Espérons qu’il y aura celles de Kurdes aussi parmi les remises en liberté..

Pour le moment, pas (encore)  de bonnes nouvelles venant de Diyarbakir pour les détenus de ce grand procès .

En   décembre 2009, l’arrestation en masse d’élus kurdes qui venaient d’emporter les élections municipales,était passée inaperçue en France. Et n’avait pas soulevé  beaucoup d’indignation dans les médias turcs.

15 autres détenus dans le cadre du procès du Silivri ont aussi été remise en liberté : l’étudiante Büşra Beste Önder, le directeur dyu journal kurde  Özgür Gündem Kazım Şeker, Zekiye Ayık, Kemal Karagöz, Can Şahçelik, Erdoğan Baysan, Medeni Demirkapu, Cüneyt Özil, Birgül Arvaz, Suna Varsak, İbrahim Ethem Yıldız, Mehmet Sıddık Kumek, Uğur Taşdemir, Nizamettin Özmen, Mustafa İpek

124 personnes dont le fils de Ragip Zarakolu restent en détention. Le procès reprend en octobre.

 

Kayip Mezar (la tombe perdue) a fait de sa réalisatrice, Mizgin Mujde Arslan, une suspecte kurde de plus..

C’est sa propre histoire que la réalisatrice kurde Mizgin Mujde Arslan raconte dans ce film, qui sera présenté au festival du film d’Istanbul, qui commence le 31 mars prochain. Celle de son père, qu’elle n’a jamais connu. En 1982, un an après sa naissance, il avait rejoint le PKK. Des années plus tard, sa famille apprendra qu’il a été tué. Une histoire qui est aussi celle de milliers de familles en Turquie et qui est tellement peu une apologie de la guerre, que sa réalisation a été subventionnée par  le ministère de la culture et du tourisme…qui devait bien avoir connaissance du sujet !

Pour le réaliser, elle a suivi les traces de ce père jamais connu jusqu’au  camp de réfugiés de Mahmur, au Kurdistan irakien. Et voilà ce qui par les temps qui courent a suffi à en faire une dangereuse suspecte. On se souvient que le mois dernier, Idris Naim Sahin, le ministre de l’intérieur a clairement désigné les artistes kurdes trop engagés à son goût, comme de dangereux » propagandistes de la terreur », une terreur qui selon lui était « plus difficile à combattre que dans la montagne ». (quoiqu’on ne voit pas très bien en quoi  arrêter une réalisatrice est une opération particulièrement risquée…)

Elle, ainsi que l’acteur-  réalisateur Ozay Sahin se sont donc retrouvés  en garde à vue, embarqués dans la dernière grande opération dit du KGK, le 13 février dernier. Depuis ils ont été remis en liberté et Mizgin Müjde Arslan pourra présenter son film au festival du film d’Istanbul, un film que les procureurs  de l’affaire du KCK auront donc pu visionner en avant-première, titre le journal Radikal.

Ému par ces arrestations, le monde du cinéma s’est mobilisé dans une lettre ouverte signée par de grands noms du cinéma turc, comme Semih Kaplanoglu, Özcan Alper ou Yesim Ustaoglu à laquelle Mizgin Müjde Arslan qui a travaillé comme journaliste pour l’agence kurde  Dicle Haber, a consacré un livre.

Même si leur remise en liberté est une bonne nouvelle, placer des réalisateurs en garde à vue n’est  vraiment pas génial et rappelle une époque pas si lointaine et qu’on croyait pourtant révolue, où les plus beaux films du cinéma turc étaient censurés dans leur pays.

 

Les Kurdes, l’agent secret et le ballet des arrestations.

Au rythme avec lequel  les arrestations se succèdent dans les milieux proches du mouvement kurde, les prisons du pays doivent être pleines à craquer. Et rien n’indique que la tendance pourrait se ralentir. Rien que la journée du lundi 13 février, ce sont 140 personnes qui ont été arrêtées dans le cadre de l’affaire du KCK aux  4 coins du pays : à Ankara, Beyoglu (Istanbul), Izmir, Van, Diyarbakir, Hakkari, Batman etc… Des cadres du parti kurde font partie de cette nouvelle rafle bien sûr, mais aussi, comme d’habitude, beaucoup de syndicalistes, notamment du KESK,  des journalistes, des étudiants, et même des mineurs ayant participé à des manifestations.  Les quartiers de mineurs politiques détenus en attente de leur jugement sont à nouveau pleins. Ce qui ne semble plus émouvoir grand monde.

La liste des personnes arrêtées le 12 février à ce lien.

 

Peut-être un avertissement, avant le 15 février, date anniversaire de l’arrestation d’Ocalan, qui avait été enlevé  avec l’aide du Mossad israélien, au Kenya où il s’était réfugié. Une date anniversaire devenue depuis une journée de mobilisation de ses sympathisants et particulièrement chaude cette année ( notamment à Diyarbakir où un char de la police a renversé une femme de 70 ans).  Il faut dire que cela fait maintenant 6 mois, que le fondateur du PKK   est « au secret » et que personne, ni ses proches ni ses avocats ne l’a plus approché.

 

Et quelques jours plus tôt, le 8 février, leurs amis commémoraient les 100 jours de détention des intellectuels turcs, l’écrivain éditeur Ragip Zarakoglu et l’universitaire Büsra Ersanli, sans que personne ne sache, et évidemment pas leurs avocats, les motifs de leur inculpation. On sait seulement qu’ils ont été arrêtés dans le cadre d’une opération contre le  KCK. Si ça continue, Ragip Zarakoglu qui a décidé de profiter de cette détention pour apprendre le kurde, le maîtrisera parfaitement quand il sortira…peut-être pour le prix Nobel. Son nom vient d’être retenu pour le très prestigieux Nobel de la Paix.

Avec leur arrestation, des éditorialistes comme Oral Calislar tiraient la sonnette d’alarme, s’inquiétant que toute personne ayant des liens avec la région kurde pouvait être accusée de lien avec ce fameux KCK (la branche non armée du PKK – si j’ai bien compris). C’est tellement vrai que même les agents du MIT ne sont pas à l’abri. La semaine dernière, un procureur a cité Hakan Fidan, le chef du service des renseignements turcs –  nommé à ce poste par Recep Tayyip Erdogan et qui aurait toute sa confiance –  à comparaître. Il a refusé de se rendre à la convocation, mais l’affaire n’est pas terminée.

A l’origine de la citation à comparaître, des négociations poursuivies à Oslo entre le MIT et le PKK révélées en octobre dans les médias, négociations que le PKK a de son côté reconnues et qui se seraient poursuivies jusqu’aux élections de juin –  Quant à ces dernières, on connait le résultat  :  la justice refusant de laisser 5 élus BDP  sortir de prison où ils sont détenus en préventive,  et l’élection d’Hatip Dicle invalidée à Diyarbakir, son siège refilé à une députée AKP que dans sa circonscription on qualifie  de «  voleuse ». Elle ne doit pas s’y montrer souvent. Les 30 élus BDP rescapés avaient fini par prêté serment à la Grande Assemblée, mais le boycott avait duré un certain nombre de semaines – Est-ce que tout ceci était le résultat ou la cause de l’interruption de ces fameuses négociations ? J’avoue ne pas être dans les petits secrets des uns ou des autres. Possible d’ailleurs que ces « blocages » n’aient pas de lien direct  de cause à effet avec celles-ci.

N’empêche qu’accuser le MIT de liens avec le PKK pour avoir négocié avec lui (sans le crier sur les toits, ce qui est quand même le propre d’un service secret) fait un peu pagaille. Est-ce que leurs agents infiltrés au sein de l’organisation risquent aussi de se retrouver en taule pour « intelligence avec l’ennemi » ? Ça doit être la joie dans leurs rangs.

Une pagaille qui serait le résultat d’une confrontation de plus en plus frontale, entre les institutions de police et de justice – au sein desquelles  le mouvement Fetullah Gülen est puissant – et le MIT, selon l’éditorialiste Mustafa Akyol, qui y voit une confrontation entre  « colombes » et  « faucons » d’une part, et entre gouvernement AKP et mouvement Gülen de l’autre.

C’est probablement plus complexe, mais en ce qui concerne la question kurde, c’est clair qu’actuellement ce sont  les « faucons » qui mènent la danse.  Un climat  qui ne va sûrement pas  contribuer à faire baisser le prestige de la guérilla du PKK près de la jeunesse d’Hakkari, de Sirnak, ou de Diyarbakir.

 

 

Mais heureusement, la justice turque sait aussi se montrer magnanime. La plainte déposée pour propos incitant à  la haine,  par plusieurs barreaux de villes kurdes contre l’animatrice de TV, la tendre  Müge Anli qui s’offusquait sur la chaîne ATV que les sinistrés de la province kurde de Van, ravagée par un séisme,  osent attendre une aide de leur Etat, alors que selon elle, leurs enfants passent leur temps à jeter des pierres contre la police, a été déclarée non recevable par un tribunal d’Istanbul. Et son message avait bien été entendu par certain(e)s de ses fans. Parmi les cartons d’aide envoyés aux sinistrés, certains étaient remplis de pierres.

CQFD :  Pour éviter tout problème, il est plus recommandé  de débiter des propos infects contre une population kurde sinistrée  dans une émission débilitante que de militer au sein d’un syndicat ou  d’une organisation des Droits de l’Homme.