La UNE du Spiegel : une vision exotique de la femme kurde, même combattante.

Spiegel

La UNE que le très sérieux hebdomadaire  allemand Der Spiegel vient de consacrer à  la résistance kurde à Kobane montre évidemment l’enjeu qu’a pris cette bataille contre l’Etat islamique. Cela fait pourtant  2 ans que les YPG se confrontent avec les fractions jihadistes, EI et encore davantage Al Nosra,  soutenues par la Turquie voisine, dans l’indifférence générale – sauf des Kurdes de Turquie. Mais le PYD sous l’égide duquel l’autonomie des 3 cantons kurdes a été proclamée en 2012  était  bien trop proche du PKK. Il était  suspecté pas certains d’y construire une « autonomie démocratique » alla « Corée du Nord »en Syrie, à mille lieux de l’expérience démocratique du Kurdistan d’Irak « encouragé « par la forte présence occidentale (Ex Total, Carrefour, Siemens ou Exxon Mobil, bien connus pour leur défense de la démocratie)

Certes, difficile de nier les tendances autoritaires du PYD. De là à prétendre que c’est par là qu’il marque principalement sa différence avec les autres partis/ fractions kurdes…hum.A moins que cela m’ait échappé, il ne m’a pas semblé voir beaucoup de manifestations de soutien à Kobane à Erbil ou Dohuk par exemple. On se demande bien pourquoi..

Depuis la prise de Mossoul par EI en juin dernier, les YPG ont face à eux des ennemis bien plus puissamment armés qu’eux. Mais même la mobilisation des Kurdes de Turquie, qui ont franchi par milliers sans doute la frontière entre la Turquie et le Kurdistan de Syrie (Rojava) pour rejoindre les YPG et se confronter à Daech  à l’appel d‘Öcalan en juillet dernier, n’avait pas mobilisé les médias internationaux.

Pourtant beaucoup de tués certainement parmi ces volontaires qui, après avoir souvent fait « leurs armes » dans la guérilla urbaine contre les forces de police turques (cevik kuvvet),sont des combattants plein de bravoure, mais peu formés et peu disciplinés, à la différence de leurs camarades formés par le PKK à Qandil ou dans les camps de formation de Rojava, les cantons kurdes autonomes de Syrie (eux aussi encadrés par d’anciens guérillas HPG/PKK)

 

La résistance kurde dans une lutte des « fusils contre les chars » à Kobane soutenue par une immense mobilisation kurde à travers le monde, puis le soutien US aux YPG a changé la donne. Les YPG considérés auparavant trop liés au PKK, sont devenus les plus sûrs alliés de l’Occident dans la lutte contre l’Etat Islamique. Avant de résister « jusqu’au dernier » sous les feux des caméras à Kobane, ils l’avaient prouvé en se portant au secours de leurs frères kurdes yézidis, abandonnés à la démence raciste des jihadistes par les peshmergas chargés de les protéger. A défaut d’être complètement démocratique, le mouvement kurde pro PKK montrait bien qu’il n’était pas sectaire (qu’il est laique  si on préfère) et qu’au-delà de celui de  Kurdes (sunnites) il était  bien devenu celui des minorités, sans doute plus seulement en Turquie et en Syrie.

 

Cette UNE du Spiegel, est une reconnaissance de leur résistance qui n’a donc rien d’étonnant. Plus questionnante est l’image qu’elle veut donner de cette résistance kurde à Kobane.

Ce qui frappe dans la composition de cette UNE,c’est naturellement la prédominance de l’élément féminin.La tragédie kurde est illustrée par des petites filles réfugiées, dont l’une est en  larmes. Le choix d’enfants en pleurs s’explique aisément. Ils sont sensés être des victimes plus innocentes que les adultes et plus sensibles qu’eux à la tragédie que les adultes. Ce qui est une idée fausse –  les rires d’enfants doivent continuer à retentir  dans les camps de réfugiés – mais que le lecteur est sensé partager.

On doit trouver des milliers de photos d’hommes les larmes aux yeux  tout aussi émouvantes. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse pour un homme en Orient Seulement s’est une manifestation d’émotion et de « fragilité » réservée à la gente féminine en Allemagne. Ces petites filles en larmes représente  donc l’élément féminin, fragile et particulièrement  menacé, de l’image. Une image qui ne rompt pas avec celle régulièrement véhiculée par les médias turcs, comme occidentaux, de la femme kurde pliant sous le joug masculin, vivant sous la menace continuelle  d’être victime d’un crime d’honneur ou d’un mariage forcé et que « son papa refuse d’envoyer à l’école ».

 

En contraste avec cet « éternel féminin kurde », faible et menacé, se dresse en premier plan, dominant largement ses frères combattants, une jolie combattante YPG-J. Si mignonne qu’elle trouverait sa place comme figure de la femme kurde libérée (et citadine) dans un film d’Hineer Salem. Et que n’importe quel jeune Allemand serait flatté d’accompagner dans un restaurant chic de Berlin ou à un vernissage. Ce serait certainement moins le cas si, tout aussi brave, elle avait été moins jolie ou si elle avait porté le petit foulard que l’on voit porté par les combattantes kurdes sur bien d’autres images. Un foulard qui présente l’avantage de protéger du soleil. Et surtout de souligner l’implication du peuple dans la résistance kurde à Kobane. Ce sont les femmes du peuple qui portent ce genre foulard.

 

Accessoirement il éclipse pour un temps l’image de la guérilla HPG/ PKK(jamais foulardée) dont l’engagement n’est pas oublié lors des ses funérailles, quand elle tombe dans les rangs YPG-J. Mais le PKK est « classé organisation terroriste par etc etc… » Pas les YPG. Ce qui arrange bien tout le monde.

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Même la Superwoman YPJ porte un de ces petits foulard (aux couleurs kurdes bien sûr) qui semble  rebuter le Spiegel, sans doute car il est à l’antithèse de l’idée qu’on se fait en Allemagne de la femme libérée. Ceci est bien sûr valable pour la France, comme pour l’Occident en général, dont les magazines féminins s’amourachent de ces « superwomen kurdes ». Quant au peuple, que ce soit dans les vernissages de Berlin ou d’Istanbul, sa place est au mieux dans les vidéos. (Cela étant Der Spiegel voulait peut-être aussi  un peu embêté Recep Tayyip Erdogan, qui agace pas mal en Allemagne en affichant ainsi une combattante si semblable aux guérillas/ HPG PKK ).

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Les femmes représentent 35 % des troupes YPG, et la propagande/ communication du mouvement kurde est certes la première à utiliser leur image, à l’antithèse de celle de l’ Etat Islamique obsédé à cacher le corps des siennes et à violer celui des autres. Mais cette forte présence des femmes kurdes n’est pas une nouveauté au sein de la guérilla kurde. C’est une réalité depuis 30 ans et qui s’est accompagné d’une forte implication féminine dans le domaine politique : la parité est de mise au sein des partis et autres organisations du mouvement kurde pro PKK, de Turquie comme de Syrie. Et les femmes n’y sont pas des potiches.

« J’adore Selahattin Demirtas, il parle toujours d’une voix douce. Ce n’est pas comme nos femmes (du parti) : elles sont dures (çok sert) », me disait une adolescente de Hakkari  où le très populaire président du HDP est un des députés.

Ce sont les femmes de la famille qui me recevait que j’avais accompagnées à de grandes funérailles de sehit (martyrs) à Diyarbakir – 6 tombés le même jour. Leurs maris (militants au sein du parti légal kurde) évitent de s’y montrer à cause de procès (dosye) en cours. On avait déposé les enfants à l’école avant de rejoindre l’immense cortège.

Avant de sortir, elles avaient mis le foulard que la plupart des femmes portent après le mariage dans les milieux populaires de Diyarbakir.  Leurs belles-soeurs étudiantes en droit ou commerçantes n’en portent pas. Les unes ne sont pas moins acquises à la cause que les autres et n’ont pas moins leur mot à dire sur le sujet politique.

Parmi les nombreuses élues à la tête des municipalités kurdes (où la parité est de mise) quelques femmes le portent. Le Parti (kurde) n’en fait pas une question de principe à la différence du CHP (ses rares élues n’en portent pas) et de AKP  (dont les encore plus rarissimes élues en portent).

Le partage des tâches ménagères, par contre, autre symbole de la liberté féminine en Allemagne, ne m’a pas paru évident au sein des couples d’anciens guérillas/PKK que j’ai rencontrés. Après la kalachnikov  c’est souvent « le balai » pour la hevale (camarade), sauf quand une reconversion réussie au « paradis affairiste » du Kurdistan irakien permet de s’offrir les services d’une bonne – comme la plupart des femmes bourgeoises « libérées » de Berlin ou d’Istanbul. Mais à chacune de choisir le modèle et les priorités qui lui conviennent. Et ce n’est pas car une femme est une ménagère qu’elle est une « femme soumise »pour autant. De toute façon pour l’héroïne kurde de la UNE du Spiegel, la question ne se pose même pas. On ne l’imagine pas plus se tapant le ménage, que les « héroïnes kurdes libérées » des films de Hineer Salem.

 

Mais entre super nana qui « domine/s’écarte/ s’éloigne de ses frères combattants » (pour lui préférer l’irrésistible homme occidental?), digne de s’asseoir dans un salon berlinois et la victime écrasée par le malheur d’être née kurde ( et musulmane), c’est bien la sempiternelle image exotique de la femme kurde que cette UNE du Spiegel continue à véhiculer. Bien loin des réalités kurdes.

Et si cette focalisation des médias occidentaux sur la femme combattante kurde exaspère certains commentateurs turcs, la façon dont elle est traitée agace aussi dans les milieux kurdes.

Cela étant je ne préjuge pas ici de la qualité des articles de ce numéro du Spiegel, ni sur la façon dont la question kurde y est traitée, puisque je dois avouer que je ne les ai pas (encore) lus.

 

Le Kurdistan de Syrie (Rojava) menacé par l’EIIL : Appels à la mobilisation pour sauver Kobanê.

Kobanê juillet 2012 image yeni özgür politika

Il y a deux ans exactement, le 19 juillet 2012 le PYD, le parti kurde syrien frère du PKK, prenait le contrôle du canton kurde de Kobanê (700 000 habitants) – Ayn al Arab de son nom arabisé – avec l’accord tacite de Damas, qui en retirait ses troupes. Les deux autres cantons kurdes d’Afrin (à l’ouest) et de Cezire (à l’est), où l’armée gouvernementale conservait toujours une présence par contre, suivaient. Quelques mois plus tard, en novembre 2013, les trois entités territoriales qui composent Rojava, le Kurdistan syrien,  déclaraient leur autonomie sous l’égide du PYD.

Sur Rojava, je conseille l’article « le cavalier seul des Kurdes » publié sur le site Orient XXI en mars dernier. Il propose notamment une excellente carte qui permet de saisir la situation à ceux qui n’en sont pas familiers. Et bien meilleure que celle-ci, qui faute de mieux dépanne quand même :

carte rojava  districts kurdes syrie

J’étais chez un ami kurde fervent sympathisant de Barzani le 19 juillet 2012. Tout comme les membres de sa famille dont le cœur penche davantage pour Öcalan, les images des JT turcs montrant les foules qui se déversaient dans les rues de Kobanê, brandissant drapeaux kurdes et portraits d’Abdullah Öcalan l’avaient réjoui. Chez leurs sympathisants, le sentiment pro kurde l’emporte souvent sur les querelles entre factions.

Elles avaient  moins réjoui les autorités turques. D’autant que depuis l’attaque de Silvan, le 14 juillet 2011 dans laquelle 15 soldats de l’armée turque avait été tués et qui avait marqué la fin du cessez le feu suivi par le PKK (dans le cadre des négociations alors secrètes d’Oslo), la situation était « chaude » dans les provinces kurdes de Turquie. A Tatvan, où j’avais passé une nuit à l’automne suivant, en revenant d’Ercis qui venait d’être ravagée par un séisme, le gérant de la lokanta dont nous étions les seuls clients nous confiait que les gens n’osaient plus sortir le soir car « on ne sait pas ce qui peut arriver ». Et pas question d’aller faire un pique-nique à Yüksekova où je m’étais rendue pour Seker bayrami (fêtes de fin de Ramadan) en août 2012. On y disait que le PKK contrôlait la province d’Hakkari et avait à diverses reprises établi des check point en plein centre ville. En tout cas, ça bardait et le PKK y bénéficiait de la complicité, au moins tacite, de l’Iran voisine, alliée de Hafez el Assad, l’ennemi à abattre pour la Turquie.

Quelques mois plus tard  la Turquie entamait  un processus de paix avec le PKK, puis elle se résignait à discuter avec Salih Muslim le dirigeant du PYD syrien. Mais le blocage de la frontière avec les cantons kurdes qui avait mis un terme au petit commerce frontalier se poursuivait. Elle restait poreuse par contre pour les volontaires au jihad (EIIL et surtout Al Nosra) qui  allaient se confronter avec les YPG kurdes, même si la Turquie a quand-même décidé de fermer ses deux postes frontière, quand en janvier dernier les districts frontaliers avec la Turquie  de Tel Abyad (à l’est de Kobanê) et de Jarablus (à l’ouest) tombaient  entre les mains de l’EILL.

« L’attitude de l’AKP vis à vis de Rojava montre toutes les contradictions du processus de paix » twittait dernièrement le journaliste kurde Hamza Aktan. Un sentiment largement partagé au sein de l’électorat du parti pro kurde. Le blocage de la frontière et le creusement d’un fossé entre Rojava et le Kurdistan irakien avait aussi  terni l’image de Massoud Barzani près des sympathisants apocus, notamment ceux de  la jeune génération.

Malgré ce blocus étranglant l’économie  (de temps à autre allégé et qui doit avoir eu pour conséquence de faire flamber la contrebande et les prix) les cantons de Rojava avaient constitué une région relativement préservée des destructions et des massacres qui déchirent une grande partie du territoire syrien. Mais la prise de Mossoul par l’État Islamique de l’Irak et du Levant – EIIL  et ses alliés vient  de changer la donne.

Tanks EIIL près de la frontière turco syrienne Kobane - Urfa
Tanks EIIL près de la frontière turco syrienne Kobane – Urfa

Depuis le 2 juillet dernier, le canton de Kobanê – harcelé depuis plusieurs mois – est sous le feu d’une offensive d’envergure de l’EIIL renforcé par l’armement lourd abandonné par l’armée irakienne à Mossoul. Les combattant(e)s YPG, entraînés par des HPG (PKK) aguerris qui sont venus grossir leurs rangs, ont beau être autrement plus motivés que les troupes irakiennes l’étaient à Mossoul, ils n’ont pas l’armement dont disposent dorénavant leurs ennemis ou les pershmergas au Kurdistan irakien.

Des milliers de villageois se sont réfugiés dans la ville chef lieu de Kobanê, fuyant les villages menacés par l’avancée de l’EIIL qui s’est forgé sa réputation de cruauté en Syrie. Le massacre de villageois dont de très jeunes enfants sans doute pris par erreur pour des Yézidis en mai dernier (au moins 15  villageois ont été massacrés depuis) et les crucifixions publiques de sympathisants des PYD (taxés d’infidèles) dont les images sont divulguées sur les réseaux sociaux ont de quoi semer la terreur. Peut-être y avait-il des sympathisants d’autres factions kurdes aussi parmi ces suppliciés. Face à la gravité de situation, elles ont fait taire leurs divisions sur le terrain pour unir leurs forces, ce qui leur aurait permis de remporter la victoire lors d’une première contre-offensive.

On peut voir un reportage du journaliste Barzan Iso (en kurde sous titré en turc) dans un village de Kobanê  sur IMC-TV : ICI

Autre reportage ICI

 EIIL détient aussi toujours 133 étudiants de Kobanê, enlevés fin mai à des check point lorsqu’ils revenaient de passer des examens à Alep (certains ont 14 ans). Seuls une vingtaine auraient été libérés depuis, en échange probablement de la libération de 3  prisonniers.

Combattants YPG tués en juillet
Combattants YPG tués en juillet

 Même si l’ EIIL devrait avoir du mal à pouvoir  s’implanter durablement dans cette région qui lui est hostile, l’appel  lancé il y a quelques jours par un commandant  PYD « Ceci n’est pas un slogan : nous manquons d’armement, de munitions et de renforts » est alarmant . Les YPG accusent aussi l’EIIL d’user d’armes chimiques et en appellent à la communauté internationale. En attendant d’en savoir davantage, cela signifie que leurs pertes doivent être lourdes (plusieurs dizaines de tués déclarés).

Hakkari funérailles YPG Kapalak 11 juillet 2014
Funérailles à Hakkari de Fazıl Kapak (Kendal Devan) commandant YPG/HPG tué à Kobanê par EIIL- juillet 2014

Le 8 juillet, avait lieu à Hakkari les funérailles d’un commandant des HPG (PKK) tué à Kobanê. Il avait rejoint » la montagne » il y a 15 ans  et cela faisait un an qu’il combattait avec les YPG. Ce devait être un combattant très expérimenté pour avoir atteint ce grade au sein du PKK où on ne plaisante pas avec la formation militaire.

Öcalan :"J'appelle à la mobilisation pour Rojava contre les gangs"
Öcalan : »J’appelle à la mobilisation pour Rojava contre les gangs »

Après les responsables du KCK depuis Qandil, et les responsables politiques du HDP, c’est le leader du PKK Öcalan qui de sa prison d’Imrali vient de lancer un appel à la mobilisation des Kurdes de tout le Kurdistan (Syrie, Turquie, Irak et Iran) pour aller sauver Rojava. Et on peut être sûr qu’il va être entendu.

Massoud Barzani actuellement en visite à Ankara n’a pas fait de déclaration et les relations restent plutôt tendues malgré de récentes ouvertures entre le PKK et le PDK. Mais  le Parlement à Erbil vient de déclarer son soutien à Rojava. Encore trop tôt pour savoir s’il restera uniquement moral.

Barzani en visite à Ankara.
Barzani en visite à Ankara.

Il est probable qu’il ne sera pas seulement question de pétrole entre Erdogan et Barzani ( qui est accompagné de Karim Sinjari son ministre de l’intérieur). On y discutera aussi de L’EIIL qui retient en otage le personnel du consulat turc à Mossoul.

Certes, les relations des autorités AKP avec l’EIIL sont troubles. Les Kurdes les accusent de continuer à soutenir l’organisation islamiste (notamment d’avoir facilité le passage de jihadistes avant la chute de Mossoul ). Et les autorités turques sont restées bien muettes sur l’assaut de l’EIIL contre Kobanê, comme si ce qui se passe à leur frontière ne les concernaient pas.

EIIL en Syrie et en Irak Juillet 2014
EIIL en Syrie et en Irak Juillet 2014

Mais le contrôle par l’Armée Islamique d’un grande partie déjà de la frontière turco syrienne doit probablement (logiquement ?) les inquiéter. Et c »est toute la haute Mésopotamie, de plusieurs barrages sur l’Euphrate et de l’ensemble du pétrole syrien (qu’il contrôle déjà en partie, le reste étant dans les mains du PYD) ainsi que la jonction d’un large territoire syrien avec le tout nouveau « califat islamique » irakien  que risquerait d’entraîner à terme la prise de Kobanê . L’armée turque vient de se renforcer à Urfa sur la frontière avec le canton kurde. Ce n’est sans doute pas pour y prêter main forte à l’État Islamique.

YPG blessé soigné Urfa juillet2014
YPG blessé à Kobani soigné dans un hôpital à Urfa (Turquie)

En tout cas, alors que les Kurdes (et pas seulement eux) accusent régulièrement les postes frontières de cette province de permettre le passage d’ambulances convoyant des blessés jihadistes (vidéo ici )vers les hôpitaux de la province – même chose à Hatay –  dorénavant c’est pour les blessés YPG qui sont soignés à leur tour dans les hôpitaux publics d’Urfa , que s’ouvre celui du district de Suruç, frontalier avec Kobanê. Plusieurs blessés ont témoigné à des journalistes de la violences des confrontations.

 Il n’y a pas du avoir beaucoup de combattants PKK blessés  à se faire soigner  dans les hôpitaux publics du pays ces dernières décennies ( des malades peut-être depuis le début du processus de paix ?) Et entre YPG et PKK la nuance est de plus en plus mince.

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Camion IHH distribuant aide alimentaire à Rojava pour la première fois

Il y a quelques jours c’est aussi ce poste frontière que franchissaient les 13 camions pour Kobanê sur les 27 affrétés par IHH (l’association humanitaire islamiste, proche de l’AKP, célèbre depuis le Mavi Marmara et parfois accusée de venir en aide aux factions jihadistes)  qui pour la première fois allait ravitailler les trois cantons de Rojava.

Il s’agit peut-être juste de donner des gages à l’électorat kurde pro PKK, que l’AKP ne peut pas se permettre de se mettre à dos en cas de second tour à l’élection présidentielle. Mais je ne serais pas outre-mesure étonnée que l’appel d’Öcalan à la mobilisation générale fasse aussi l’affaire de ses principaux interlocuteurs turcs à Imrali. D’autant que l’ASL, l’armée syrienne libre (très soutenue par la Turquie) a déclaré soutenir les YPG et que des combats ont eu lieu à proximité de l’enclave turque de Süleyman Şah.

En 2004 j’affirmais aussi que le Kurdistan irakien dont personne n’aurait osé écrire le nom dans un journal turc (ni moi le prononcer à la frontière côté turc !)  était bien utile pour protéger la Turquie du bourbier dans lequel sombrait le reste de l’Irak. Mais j’ignore qui reste le principal ennemi (ou le plus menaçant) pour les autorités turques : Hafez el Assad  dont l’aviation bombarderait des positions de l’EIIL près de Qamishli dans le canton kurde de Cezire,  ou le « Calife » de Mossoul.

Quant au PYD/ PKK, s’il avait accepté de se retourner contre Assad comme la Turquie le souhaitait, cela fait sans doute un bail que le processus de paix aurait décollé.

Dans les cantons de Rojava, il semble que c’est la mobilisation générale. Les combattantes des YPG, porteuses d’une » image de modernité » à l’antipode de celle véhiculée par les combattants jihadistes, sont déjà célèbres (c’est tout juste si les médias qui couvrent la région ne donnent pas l’impression  qu’il n’y aurait  que des femmes dans les YPG).

YPG combattantes
Combattantes kurdes YPG

Mais dorénavant les médias sociaux véhiculent aussi des images moins habituelles de villageoises beaucoup moins jeunes ayant pris les armes, chargées de montrer l’ampleur de la mobilisation populaire.

Villageoises kurdes  Kobanê  juillet 2014
Villageoises kurdes ayant pris les armes, Kobanê juillet 2014

Dans le canton de Cezire  un service militaire obligatoire pour tous les jeunes entre 18 et 30 ans (avec des dérogations) vient d’être instauré. Quelques semaines auparavant, les YPG signaient à leur tour (le PKK l’a fait il y a quelques mois) l’appel de Genève prohibant  l’engagement de combattants mineurs dans des conflits armés et l’emploi de mines antipersonnel. Un engagement qui risque d’être difficile à appliquer strictement dans les villages assiégés où les villageois prêtent main forte aux YPG.

Mais c’est une vraie avancée, qui va aussi permettre de distinguer les YPG dans le(s) conflit syrien . Il y a peu, les médias turcs révélaient qu’un gamin turc  de 14 ans qui avait pu franchir la frontière en versant 20 TL (7 euros) à des contrebandiers ( il venait d’Ankara, comment les avaient-ils déniché ces contrebandiers ?) était soigné dans un hôpital d’Urfa après avoir été blessé dans les rangs de l’EIIL.

Province d'Urfa. Manifestation de solidarité sur la frontière  avec Kobane
Province d’Urfa. Manifestation de solidarité sur la frontière avec Kobane

Chez les Kurdes de Turquie, c’est la mobilisation pour Kobanê.  Depuis le 9 juin le  HDP a implanté un camp de tentes sur la frontière (Bilecik/Urfa). Des Kurdes d’Urfa y manifestent leur soutien à leurs cousins, belle-soeurs ou beau-frères  qui vivent  de l’autre côté de ce rideau de fer.

Le 14 et le 15 juillet  des  sympathisants venant de 7 provinces y sont attendus. Des artistes, comme les Kardes Türküler ou Fehrat Tûnç se rendent aussi sur la frontière  pour y manifester leur soutien. Pour ceux qui lisent le turc, comme d’habitude je conseille de lire les commentaires des lecteurs sur l’article que les Sanliurfa.com consacrent à cette mobilisation.

Suruç Urfa soutien aux YPG et Rojava kobani
Des Kurdes d’Urfa s’en prennent à la frontière qui les séparent de Kobanê (Kurdistan de Syrie).

Les leaders du mouvement kurde appellent à faire tomber cette frontière et à permettre aux Kurdes  de Turquie d’aller soutenir leurs cousins  à  Kobanê.  Mais c’est aussi  la division entre Kurdistan de Syrie et de Turquie (Ouest et Nord comme disent les militants) que ces hommes sont en train de faire tomber.

frontière syrienne Birecik  Kobane
Après avoir franchi la frontière syrienne, ce monsieur va revenir à Urfa Birecik
Par contre ces garçons vont filer vers Kobane
Par contre ces garçons vont filer vers Kobane

On peut voir ces personnes  franchissant la frontière sur la vidéo : ICI

 Les volontaires n’ont pas attendu le démontage du mur de barbelés. Si le phénomène n’est pas nouveau, ces derniers jours des dizaines de Kurdes de Turquie l’auraient déjà franchie clandestinement. Comme tous les nouveaux mobilisés, ils partent au combat après 15 jours de formation pour ceux qui en ont besoin – pas pour les PKK qui rejoignent certainement Kobanê en nombre, ni sans doute pour les militants déjà formés en Turquie ces derniers mois. Et il est probable que durant ces deux journées de mobilisation beaucoup d’autres partent les rejoindre.

Il y a quelques jours le journaliste Barzan Iso twittait de Kobanê « Kobanê ne peut compter que sur le Nord (Kurdistan de Turquie) ». Effectivement, il peut compter sur sa solidarité.

réfugiés kurdes syriens kobanê juillet 2014
Réfugiés de Kobanê arrivant à Urfa

Dans l’autre sens, ce sont de nouveaux réfugiés qui la franchissent. Dans la province d’Urfa, ils sont déjà plus de 200 000. Et la question des réfugiés, dont les pays de l’UE se contrefichent (sauf pour les empêcher d’entrer) doit aussi  préoccuper les autorités turques et celles du Kurdistan  d’Irak.

Plus tard : Et effectivement des centaines de volontaires Kurdes ont franchi la frontière à Urfa pour rejoindre les YPG de Kobanê  entre le 14 et le 15 . Et  sans discrétion, ce mouvement a été salué par des feux d’artifices  comme on voit sur  la vidéo de  l‘article des Sanliurfa.com.  Près d’un millier de Kurdes de Turquie avaient auparavant déjà rejoint les YPG, selon les chiffres qui viennent seulement d’être divulgués sur les médias turcs.

Les autorités turques sont-elles contraintes de  laisser faire  pour éviter de faire exploser le processus de paix (ce n’est pas le moment !) ? Ou est-ce que cela les arrange maintenant que les YPG/PKK risquent leur peau pour contenir l’avancée de l’Etat Islamique qu’elles ont pourtant utilisé contre ces mêmes YPG ?

C’est Urfa qui accueillait les routiers otages de l’EIIL alors que près de là les djihadistes se déchaînent (Kobanê)

Routiers TIR arrivée Urfa

Le 3 juillet a été un beau jour pour Celahattin Güvenç le nouveau maire AKP d’Urfa, Et  pas seulement car venait d’être officialisée, deux jours plus tôt, la candidature de Recep Tayyip Erdogan à la première élection présidentielle au suffrage universel de l’histoire de la République turque. Ce soir là, toutes les chaînes de télévision turques étaient braquées sur Urfa.  C’est là qu’atterrissait l’avion de la THY qui ramenait les 31 routiers retenus en otage depuis le 9 juin près de Mossoul, par des jihadistes d’ ISIS/ EIIL (ou par des tribus alliées).

Outre probablement une rançon (qui s’élèverait à 50 000 $ par camion) et peut-être d’autres arrangements, les ravisseurs ont aussi mis la main sur les 28 camions citernes et sur leur cargaison en mazout. Un joli butin, alors que les affrontements qui font rage pour le contrôle de la raffinerie de Baji qui ravitaille le Nord du pays a provoqué une grave pénurie d’essence. A Mossoul, c’est ISIS/ EIIL qui dorénavant contrôle sa distribution. Et leurs véhicules ne sont pas du genre à consommer du 4 litres/100.

Les chauffeurs routiers auraient été enlevés car leur firme (une firme de Gaziantep) n’aurait pas versé sa taxe habituelle aux rebelles jihadistes selon des témoignages de routiers. Cet enlèvement a sans doute aussi un lien avec l’enlèvement du personnel du consulat turc de Mossoul le surlendemain, même s’il s’agit peut-être de groupes de ravisseurs différents. On peut au moins s’interroger sur le fait qu’après cet « avertissement », les autorités turques n’aient pas décidé d’évacuer au moins les femmes et les 3 enfants de leur consulat. Mais la libération des routiers est peut-être de bon augure en ce qui les concerne.

camion citerne Irak

 J’espérais qu’aucun routier n’avait perdu son gagne pain dans cette éprouvante expérience Un camion citerne étant encore plus onéreux qu’un semi-remorque, je pensais qu’il n’y avait pas d’indépendants parmi eux. Je me trompais. Hanifi Aslan, un père de 6 enfants était ce qu’on peut appeler un « faux indépendant » (routiers propriétaires de leur camion, contractuels pour une grosse firme). Ce routier d’Urfa avait épargné pendant 25 ans pour devenir propriétaire du camion sur lequel les jihadistes ont mis la main. Et il s’est probablement endetté pour le faire.  J’ignore s’il est prévu de le dédommager, mais il n’en est question nulle part. Et il y en a sans doute d’autres comme lui.

H. Aslan chauffeur routier ex otage de EIIL a perdu son camion
H. Aslan chauffeur routier ex otage de EIIL a perdu son camion

Ces routiers de l’international (GR – grande route dans le langage routier) sont bien peu rémunérés (environ 1000 euros) pour le métier de dingue qu’ils font. Un boulot très dangereux en plus : 80 d’entre eux ont été tués sur les routes irakiennes depuis l’invasion américaine. Je parlerai peut-être de leurs conditions de travail dans un prochain billet – l’avantage de ne pas voyager comme un(e) privilégié(e), c’est qu’on rencontre d’autres voyageurs dont des routiers. Mais il suffit de voir les images qui ont été divulguées de leurs familles pour comprendre que l’or noir c’est pour d’autres, pas pour ceux qui risquent leur peau et usent leur santé à le transporter.

routiers TIR otages Mossoul  retrouvailles famillesRoutiers TIR otages ISIS retrouvailles familles photo Evrensel

Les infos du soir du 3 juillet montraient les images émouvantes des retrouvailles avec les familles qui les attendaient en compagnie de Monsieur le maire d’Urfa sur le tarmac de l’aéroport. Celles-ci n’étaient sans doute pas toutes là d’ailleurs. En apprenant leur libération, beaucoup avaient fait le trajet jusqu’au poste frontière de Silopi ( à 6 heures de route d’Urfa) pensant qu’ils arriveraient par là, ce qui semblait logique, d’autant que certains routiers sont originaires de la province frontalière de Sirnak (les autres sont surtout d’Urfa et de Mardin), comme la majorité des chauffeurs de TIR qui font le trajet avec l’Irak.

Mais après une première étape au camp de réfugiés pro PKK de Marmur, les ex otages ont été conduits à Erbil où un avion de la THY spécialement affrété les a conduits à Urfa après une escale à Ankara.

Les familles avaient sans doute été d’abord averties de leur libération par les routiers eux-mêmes. Certains ont communiqué régulièrement pendant leur détention avec leurs proches via leurs téléphones portables, très certainement avec l’accord tacite de leurs ravisseurs (même si le « discours officiel » affirme le contraire). C’est par les médias turcs que j’étais au courant de ces échanges téléphoniques. Les ravisseurs devaient donc l’être aussi.

Cette tolérance devait participer à une stratégie de communication, qui va de pair avec les témoignages d’ex-otages qui affirment avoir été plutôt bien traités malgré des conditions de détention très éprouvantes. Suite à des bombardements(ou peut-être à des changements de ravisseurs) leur lieu de détention a changé plusieurs fois et les températures pouvaient dépasser les 50 degrés, alors que les conditions sanitaires étaient plus que précaires (ça m’étonnerait qu’il y avaient des douches dans ces lieux de détention). Un routier a du être hospitalisé le jour de sa libération, à la suite d’une crise cardiaque.

Mais ils ont vite su que leurs vies n’étaient pas menacées, leur ravisseurs leur ayant affirmé qu’ils ne feraient aucun mal à d’autres « Musulmans », ce qu’il faut traduire par Sunnites. Heureusement qu’il n’y avait pas d’Alévis ou d’Alaouites parmi eux, quand on sait le sort que ces bons musulmans réservent aux Shiites dans la province de Ninive : plus de 200 Turkmènes shiites y auraient été massacrés en un mois. 200 000 ont fui la province.

Leurs ravisseurs ont tenté de les distraire par des lectures du Coran. Mais les cigarettes des fumeurs n’ont pas été confisquées, selon un routier témoignant pour Siverek.com Et heureusement ils auraient été dispensés du jeûne de Ramadan à cause des températures. Cela étant, après cette expérience ceux qui témoignent n’ont pas l’air d’être très enthousiastes pour repartir pour l’Irak. On les comprend.

 Routiers TIR otages repas Urfa

Ce n’est certainement pas pour raccourcir le temps de trajet des routiers originaires d’Urfa que le retour en avion a été privilégié : pour ceux originaires de Mardin et surtout de Silopi , cela l’a rallongé. Ils ont du reprendre la route, heureusement après s’être restaurés d’un copieux repas d’iftar (rupture de jeûne) pour arriver chez eux peu avant le lever du jour.

Celahattin Güvenç maire AKP d'Urfa accueille les routiers ex otages
Celahattin Güvenç maire AKP d’Urfa accueille les routiers ex otages de l’EIIL

Ce choix répondait peut-être aussi à d’autres impératifs, mais il est probable que l’accueil des ex otages sur le territoire turc par une mairie AKP a été privilégié. Or la mairie de Silopi ( et de la province de Sirnak) est BDP (pro kurde). De plus sur un tarmac il est plus aisé de contrôler le comité d’accueil : les caméras ont pu ainsi s’attarder sur un tayyipci de l’assistance qui manifestait bruyamment son enthousiasme et sa reconnaissance pour Recep Tayyip Erdogan et qui aurait peut-être été plus difficile à dénicher à Silopi où le BDP l’a emporté avec 80 % des suffrages. Et puis avec le maire marasli d’Urfa les médias ont pu continuer à parler de « routiers turcs », alors qu’ils doivent tous être Kurdes ou Arabes.

Urfa frontière Suruç ISIS EIIL
Urfa frontière syriene (Kobanê) ;en 2 jours plus de 3000 tirs de mortiers. Début juillet 2014

Espérons pour les routiers d’Urfa libérés qu’ils ne résident pas sur une zone frontalière avec la Syrie, notamment dans le district de Suruç, s’ils veulent prendre un peu de distance avec l’ambiance de Mossoul. L’image donne une idée du climat sur cette frontière.

De l’autre côté l’ l’EIIL/ ISIS se déchaîne depuis le 2 juillet contre le canton kurde syrien de Kobanê (Rojava). Et depuis qu’elle a mis la main sur l’armement de l’armée irakienne à Mossoul, l’organisation islamiste est bien mieux armée. Le danger est tel que les différentes factions kurdes rivales (YPG et KNC) combattraient cette fois ensemble. Des dizaines de combattants kurdes des YPG (dont au moins un jeune originaire d’Urfa/Suruç et une jeune femme de Erzurum/ Karayazi) ont été tués en une semaine. L’EIIL aussi aurait subi de lourdes pertes. Des villageois ont été massacrés. Des villages se sont vidés de leurs habitants qui ont fui pour le chef lieu (120 000 habitants) ou vers la Turquie . Enfin ceux qui n’ont pas pris les armes. 9 de ces gros bourgs sont maintenant occupés par l’EIIL/ISIS

Siverek eau électricité coupé photo Siverekgençlik
Villageois de Siverek en quête d’eau.

Espérons aussi pour eux qu’ils ne font pas partie des administrés de la province (à Siverek par exemple) comme ceux d’autres provinces (comme à Silopi) qui ont eu la bonne surprise de découvrir que TEDAS, la compagnie d’électricité (privatisée depuis un an) responsable de nombreuses coupures dans toute la région la nuit électorale du 30 mars, venait de leur couper l’eau et l’électricité pour Ramadan. Ce qui là encore pourrait leur rappeler leurs conditions de détention : à Urfa aussi les chaleurs sont caniculaires en juillet.

On est assez loin de la belle image de la Turquie idéalisée par les reklam de Ramadan, que j’avais présentée dans un billet, il y a quelque  temps déjà.

Celahattin Güvenç maire AKP Urfa accueil TIR otages Mosul
Le maire AKP d’Urfa en compagnie de familles des routiers libérés (3 juillet 2014)

Pour monsieur le maire d’Urfa la nuit du 3 juillet et l’accueil des routiers a été une trêve bienfaisante. Mais cela  gronde dans sa province (les commerçants d’Urfa privés d’électricités sont ravis). Heureusement la chaîne de TV pro gouvernementale qui divulguait les belles images de retrouvailles s’était bien gardé de profiter de l’occasion pour donner la parole à ses administrés mécontents ou inquiets.

Avoir ces braves combattants jihadistes comme voisins, ce doit être de moins en moins rassurant. Et ISIS/EIIL contrôle déjà la frontière à Akçakale (province d’Urfa) et à Karkamis dans la province voisine de Gaziantep. Les postes frontières sont fermées, mais les déplacements clandestins  ne seraient pas  interrompus selon des journalistes présents sur place. La frontière reste de fait ouverte aussi pour les YPG : des blessés sont soignés à l’hôpital de Suruç. Mais si  Kobanê tombe,  c’est presque toute la frontière syrienne avec la province d’Urfa qui sera entre les mains de l’EIIL .