Des rues de Malatya honorent Hrant Dink et Ahmet Kaya

La municipalité AKP de Malatya a décidé de donner des noms identifiables aux 2400 rues de la ville. Il faut dire que la bureaucratie qui a mis tant de zèle à supprimer les noms de lieu (villages, rivières et même rues) non « ethniquement purs » a manqué cruellement d’imagination quand il s’est agi de les renommer ou d’en nommer d’autres. Ainsi il y aurait à Malatya des douzaines de  « rue de l’école » : la 1ère rue de l’école, la 2nd rue de l’école etc..etc..confiait le maire Ahmet Çakır au journal Bianet.

Comme dans les autres villes de Turquie, j’ignore si les rues où vivent mes amis à Malatya portent un nom et si c’est le cas lesquels. Au taxi on indique le nom de quartier et un repère (près de la mosquée – où personne n’entre –  par exemple).  Cela devrait donc  changer.

La ville va en profiter pour honorer ses artistes et ses écrivains. C’est ainsi que la rue où Hrant Dink est né, dans une petite maison semi-rurale  qui existe toujours dans le quartier de Çavuşoğlu,  va désormais porter son nom. A ma connaissance ce sera aussi la première rue du pays à porter le nom du journaliste arménien assassiné devant la porte de son journal Agos, il y a six ans maintenant.

Une autre rue devrait porter le nom d’Ahmet Kaya, le grand chanteur kurde qui malgré son immense popularité avait du s’exiler en France en 1999 à la suite d’une odieuse campagne de presse lancée contre lui, car il venait d’annoncer que dans son prochain album il allait chanter en kurde.  Il est mort peu après à Paris, où il repose comme le cinéaste Yilmaz Güney, comme lui au cimetière du Père Lachaise.

La chanteuse alévie Belkis Akkale aura aussi sa rue.

Ainsi que l’inoubliable  Kemal Sunal !

Dersim : Le festival de Munzur est terminé (Silbus u Tari et autres)

En fait ça fait déjà trois jours, que le festival de Munzur est terminé. Mais évidemment dans cette région alévie qui en a  sacrément bavé (c’est vraiment le moins qu’on puisse dire et 38 est bien sûr en référence aux massacres et aux déportations de 1938) on se sent très concerné par ce qui s’est passé le week-end dernier dans une kasaba de Malatya. J’ai donc privilégié cette triste affaire dans mon précédent billet.

Aujourd’hui il y avait  yürüs  (manifestation) dans la minuscule sous préfecture où je me trouve. On m’a dit qu’elle était importante, ce qui n’a rien d’étonnant dans ce pays fortement marqué extrême gauche. Mais je ne peux pas en témoigner. J’étais sur le bord du Munzur.

Et je viens d’apprendre que le davulcu (joueur de tambour) dont Radikal publiait hier le  témoignage pour le moins provocateur – il décrétait que la famille Evli, celle victime de lynchage devait quitter le village ! – a été arrêté. Cela rassurera sans doute un peu ceux qui craignent que ce lynchage reste impuni. Cela étant, il n’a pas sûrement pas organisé ça tout seul.

En même temps que le festival où je voulais venir depuis longtemps, je découvre cette région que je ne connaissais pas encore.  Je dois être d’ailleurs une des rares « turist »à  avoir choisi sa version 2012 pour me décider à venir dans la région. Et  je ne regrette pas ce choix. Ici, fraicheur assurée le soir, alors que la Turquie connait un été caniculaire,  paysages splendides et super accueil.

Je parlerai dans de prochains  billets du festival, de Munzur, ce fleuve magnifique menacé par un projet de 9 barrages et de rencontres faites ici.

Le festival est aussi l’occasion d’assister à des concerts tous  d’excellente qualité…et gratuits.  Quand on songe au prix des festivals en France ! J’ai malheureusement raté le concert donné par Niyazi Koyuncu, le frère du chanteur laze Kazim Koyuncu, que tout le monde a adoré ici. Il a la même voix que son frère.

Mais  j’ai découvert Silbus u Tari que je ne connaissais pas et sur lesquels on peut en apprendre davantage, et notamment l’origine de ce très beau nom de groupe,  ICI . Il  est composé des membres d’une même famille et dégage une sacrée énergie sur scène. J’ai adoré.

Et leur version très pop de câne câne

 

Le groupe Grup Yorum qui devait clore les festivités a renoncé à jouer par contre. J’ai aussi découvert que leurs concerts pouvaient être l’occasion de frictions entre apocus et DH(K)PCi…Alors que les apocular avaient sans doute  respecté une consigne de s’abstenir de brandir leurs drapeaux, d’immenses drapeaux rouges et les effigies de Mao ( si, si ça existe encore !) et d’Ibrahim Kaypakkaya, mort sous la torture dans la prison de Diyarbakir , ont fait leur apparition pendant la soirée de clôture et s’avançaient doucement vers le podium.

Alors que les précédentes soirées  je suivais le concert de plus loin possible du podium (les décibels plein les oreilles, très peu pour moi), ce jour là j’avais suivi deux étudiantes très sympas qui partageaient ma chambre dans le très neuf foyer d’étudiants où on m’avait déniché une place. Et  c’est ainsi que je me suis retrouvée près du podium,  non seulement avec des décibels plein les oreilles, mais aussi aux premières loges pour assister aux bagarres.  Rien de  bien grave – des batailles de slogans suivies de quelques coups de poing. Mais dans la foule, je n’aime pas beaucoup les mouvements de panique. Je ne suis pas la seule. Beaucoup de spectateurs venus en famille avec parfois de très jeunes enfants dans leur poussette ont préféré partir.

Les organisateurs et les chanteurs  ont passé des savons aux vaillants militants  et ça n’a pas dégénéré. Mais la prestation du groupe Grup Yorum a été annulée. Les étudiantes qui m’accompagnaient étaient déçues. A Diyarbakir où elles étudient le groupe – avant tout d’excellents musiciens –  ne donne jamais de prestation.

 

 

Terrifiant ramadan pour les Alévis de Malatya

J’étais paniquée en apprenant ce qui s’était passé à Malatya , hier soir au festival de Munzur, à Dersim, où je me trouvais et où en plein concert une minute de silence  a été donnée. Il y a deux ans, j’étais chez ma copine Zeynep à Malatya pendant Ramadan. Sa famille venait de déménager pour un quartier mixte alévi/ sunnite. Mais dans leur rue ne vivent que des Alévis et son mari avait passé un savon à un davul (tambour)  venu bruyamment réveiller tout le monde à 4 heures du matin, annonçant l’heure de prendre le repas de suhur qui précède le jeûne.

Les Alévis ne font pas ramadan, mais à une époque pas si lointaine, ceux qui vivaient dans des villes ou villages mixtes  avaient intérêt à allumer la lumière, comme leurs voisins sunnites, quand le davul annonçait l’heure du suhur. Moins pour cacher leur alévité, quand celle-ci était connue,  que pour se conformer au diktat de la majorité. Une époque qu’on pensait révolue. Désormais en tout cas, les Alévis et continuent de dormir quand leurs voisins sunnites jeûneurs (tous les Sunnites ne jeûnent évidemment pas) se lèvent.

Le davul qui avait alors  réveillé la rue ignorait peut-être que c’était une rue alévie. En tout cas, il n’avait pas insisté. Mais évidemment quand j’ai appris que la maison d’un Alévi  qui avait demandé à un davul de les laisser dormir en paix avait été caillassée à Malatya  j’étais très inquiète.

C’est à Sürgü Belde, un village du district de Dogansehir que les faits se sont passés et non dans la ville centre (merkez). Selon ce qu’on m’en a dit ici, c’est un village majoritairement sunnite où ne vivraient que quelques familles alévies et le davul aurait eu tendance à lourdement  insister sous leurs fenêtres.  Une dispute s’en serait suivie entre un villageois alévi et le davul . Samedi  une cinquantaine de villageois, qui  le lendemain  étaient 500  fous  furieux,  s’en sont pris à sa famille. Les courageux  assaillants s’étant mis du cœur  en chantant l‘Istiklal marsi (l’hymne national turc)  ont caillassé les vitres de la maison et brûler l’étable. Des coups de feu auraient même été tirés selon Bianet. »Partez d’ici, où nous vous tuerons. Nous vous brûlerons, comme à Sivas ». « Mort aux Kurdes », « Mort aux Alévis, »  clamaient les assaillants rapporte Leyla Evi dont la maison a été caillassée.

Les réjouissances ont duré deux heures, pendant lesquelles toutes les autres familles alévies se sont terrées jusqu’à ce que la gendarmerie (armée) intervienne, évitant que la violence ne dégénère davantage. Le lendemain le maire AKP de Dogansehir, le kaymakan (sous préfet) et plusieurs députés AKP et CHP – dont Huseyin Aygun, député CHP de Tunceli (Dersim) se rendaient sur place pour  tenter de calmer les esprits.

Mais évidemment, l’émotion est forte au sein de la communauté alévie. D’autant que les faits surviennent quelques semaines à peine après que le président de l’Assemblée Cemil Ciçek  ait répondu à  Hüseyin Aygun qui demandait l’ouverture d’une cemevi au parlement (où existe une mosquée) que l’alévisme  est une branche de l’Islam et que le lieu de culte de  l’Islam est la mosquée », soutenu en cela par plusieurs personnalités AKP comme Bülent Arinç.

Or les Alévis ne fréquentent pas plus les mosquées qu’ils ne jeûnent à ramadan. Au village le cem était pratiqué dans une simple maison. Une pratique difficilement conciliable avec le mode de vie urbain. Dorénavant  il se pratique dans des cemevi qui ne sont toujours pas reconnues officiellement comme des lieux de culte, mais sont désormais tolérées.  Et je n’ai jamais entendu non plus un Alévi affirmer qu’il était musulman.

Quant à imaginer un cem dans une mosquée ! Autant dire que Cemil Ciçek disait tout simplement aux Alévis qu’ils n’avaient qu’à devenir sunnites. Apparemment c’est ainsi que l’ont interprété  les villageois caillasseurs de maison alévie de Dogansehir.

Le ministre de l’intérieur Idriss Naim Sahin a condamné les faits (difficile quand même de faire autrement), mais a accusé les médias de les exagérer. De quoi exaspérer encore davantage les Alévis. Cet hiver déjà, il affirmait que c’étaient des enfants qui avaient marqué d’un signe une centaine de maisons alévies d’Adiyaman, une ville voisine de Malatya.  Etrange pourtant que des enfants aient repris par jeu la  vieille habitude de marquer les maisons de ceux qu’on désigne comme les ennemis intérieur…avant de les chasser voire de les massacrer comme l’avaient été les Alévis de Maras en 1978. A cette époque, les forces de l’ordre avaient laissé faire les assaillants. Les choses ont quand-même changé, même si tout n’est pas clair (selon les témoignages rapportés par Bianet, cela faisait trois jours que les Alévis du villages étaient menacés et le commandant de gendarmerie aurait conseillé aux Alévis de quitter momentanément le village). En tous cas ces discours et ces tensions sont inquiétants et c’est clair qu’il ne fait pas  toujours bon être kurde  alévi dans la province de Malatya.

 

 

 

 

 

 

Alévis de Dersim, Corum, Malatya, Maras, Sivas , Gazi, et les prières des mères des « martyrs ».

Je soupçonne un peu Recep Tayyip Erdogan de considérer la scène politique comme un terrain de football, où il serait le capitaine d’une équipe préférant  gagner à tout prix au beau jeu. Il doit être ravi du coup qu’il vient d’asséner au camp adverse, le parti républicain du peuple (CHP) en s’excusant au nom de l’État turc,  pour les  terribles massacres commis  dans la province kurde alévie  de Dersim, turquifiée  en Tunceli (Main de Bronze) pour glorifier les massacres  et la déportation de dizaine de milliers de civils en 1937- 38, une époque où le CHP était le parti unique en Turquie.

Que le chef du gouvernement de Turquie soit sincère ou non en prononçant ces excuses n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui est sûr c’est qu’ en attrapant ainsi  au vol  la balle lancée par Hüseyin Aygun,  député CHP de Dersim – qui déclarait tout haut ce que  les kémalistes ne  sont  pas  tous  prêts à reconnaitre,  à savoir qu’Atatürk était responsable de ces massacres –   il était assuré de déstabiliser Kemal Kiliçdaroglu, le président du CHP, lui même dersimî et dont des dizaines de membres de la famille ont été victimes de ces massacres.

Premier Alévi à diriger un grand parti en Turquie, son autorité à la tête du parti d’Atatürk reste fragile, d’autant que son prédécesseur Deniz Baykal avait été éliminé dans des conditions obscures( pour ne pas dire mafieuses). Si le déstabiliser davantage était  le principal but recherché, il a  été atteint (pas de surprise!). Voilà Kemal Kiliçdaroglu, pour éviter – ou retarder ? –  l’implosion de son parti,  à nouveau contraint de donner l’impression de relativiser ces massacres, alors même qu’ils font partie de  l’histoire de sa propre famille. Or on sait à quel point ces massacres appartiennent à la mémoire collective dersimî.

 

C’est déjà la posture que celui qui n’était encore  que l’homme « qui monte »  au CHP avait adopté il y a exactement deux ans, lorsque  Onur Oymen ,  un autre député CHP, avait été, bien malgré lui, le premier à  briser le tabou officiel des massacres du Dersim.  Cet ultra kémaliste avait en effet provoqué un tollé, en réclamant que l’on conserve  l’esprit qui prévalait à l’époque, dans la lutte actuelle contre le PKK. En arguant qu’Atatürk s’en fichait complètement  du chagrin des mères dont les enfants étaient tués à Dersim, il reconnaissait de fait  sa responsabilité  dans cette répression , alors que pour éviter d’écorner la statue du père de la nation turque, beaucoup  préféraient faire endosser  à Ismet Inonü (son successeur) l’entière paternité de ces exactions.

Seulement, Atatürk ou non,  l’opinion publique avait été choquée par des propos d’une telle inhumanité et les médias s’étaient chargés d’expliquer  ce qui s’était passé à Dersim entre 1937 et 1937. à tous ceux qui l’ignoraient encore plus ou moins . Le  tabou tombait. Kiliçdaroglu, après  avoir demandé la démission d’Onur Oymen, s’était plié à la discipline de parti et s’était rétracté, tandis que les représentants du CHP démissionnaient en masse à Tunceli. Mais ce n’était que partie remise et le député de Bursa  avait fait partie de la première charrette exclue des instances dirigeantes du CHP, quand Kiliçdaroglu en avait pris la tête !

Cette fois encore le CHP donne l’impression d être incapable de faire l’aggiornamento qui le transformerait en  parti d’opposition moderne et réellement social démocrate, ce qui exige de pouvoir se confronter avec  sa propre histoire.  Et sur son blog Sami Kiliç a beau jeu de relever la schizophrénie des Alévis, base de l’électorat CHP, adorateurs selon lui de leur bourreau, en oubliant juste un peu d’en rechercher les causes et surtout de remarquer qu’il n’y a pas que les Alévis a être frappés de schizophrénie en Turquie.

S’excuser pour les fautes commises par les autres, ce n’est quand même pas trop difficile. Jacques Chirac avait  peut-être eu l’impression de « se grandir » quand il avait officiellement  reconnu l’implication de l’État français  dans l’holocauste juif, ce que les Français savaient dans leur écrasante majorité, romanciers, cinéastes et  manuels scolaires  ne l’ayant heureusement pas attendu . Par contre, sauf si ça m’a échappé, il n’a jamais publiquement regretté « les bruits et les odeurs  » (insupportables, du voisin arabe).

Et dernièrement sur une grande radio nationale , Valérie Pécresse, une ministre issue de son mouvement assurait sans la moindre gêne,  ignorer ce qui s’était passé le 21 octobre 1961 à Paris ! Quand on sait que c’est Maurice Papon, ancien préfet Vichyssois qui était le préfet de Paris responsable de la terrifiante répression contre une manifestation pacifique (orchestré par le FLN)  d’Algériens protestant contre le couvre feu qui leur était imposé, c’est effarant. Personnellement je finis par me demander si ces grandes repentances ne préfigurent pas parfois  une future amnésie. Faute avouée, leçon oubliée…Quant à Chirac,  on se souviendra sans doute davantage de son vote contre la peine de mort, à contrario de l’opinion dominante au sein de son parti comme  acte de  vrai courage politique.

 

Tayyip Erdogan de son côté  n’a  quand même pas pris  trop de risques, en s’excusant au nom de l’Etat, pour des exactions commises par les fondateurs du CHP ! Et il ne faut pas s’étonner  non plus, si les Dersimî qui se sont tant réjouis de l’arrivée de Kiliçdaroglu aux manettes du CHP se sentent légèrement  instrumentalisés par les uns et les autres  dans l’histoire. D’autant qu’ils n’ont pas été consultés dans l’affaire. Et que ces excuses n’ont pas été précédés de grands gestes symboliques à même de  rétablir un peu de justice. Comme restituer les corps des « meneurs » pendus malgré leur grand âge (Sehid Riza avait 89 ans!)  à leur famille (le lieu où ils ont été enterrés est resté secret jusqu’à ce jour)…Or même en admettant qu’ Erdogan aurait  le pouvoir de les retrouver , il hésiterait peut-être un peu , puisque bien sûr, tous ces chefs des grandes rebellions kurdes (alévies ou sunnites) sont devenus des héros pour tous les sympathisants du PKK et plus largement du BDP le parti légal  kurde, ennemi « à abattre » lui aussi.

Alors que les funérailles de simples combattants du PKK sont suivies par des dizaines de milliers de personnes, on imagine l’événement rouge – vert- jaune que serait le retour des corps de Sehid Riza et des siens !

Évidemment, ce ne serait pas tout à fait la même chose si dans la foulée, le chef du gouvernement AKP  s’excusait au nom de la République , pour les massacres  d’Alévis de  Malatya (avril 1978), de Maras (décembre 1978), de Corum (mai 1980),  de Sivas (juillet 1993) ou de Gazi à Istanbul dont le maire se nommait…Tayyip Erdogan, un maire pas franchement favorable à l’époque  à la construction de Cemevi (lieu de culte alévi)  dans sa municipalité  (mars 1995,). Des massacres, pour lesquels les principaux responsables n’ont jamais été vraiment inquiétés, mais dont il est établi  qu’ils n’auraient pas été possible sans la complicité des forces de l’ordre.

Certes, comme le rappelle Sami Kiliç,  Bülent Ecevit ( CHP) était aux manettes lors des massacres de Malatya et de Maras. Et Erdal Inönü (en fait à la tête du  SPD, le parti social démocrate)  –  peut-être l’ homme politique le plus honnête de l’histoire de la République turque – lors de celui de Sivas.  Mais de là à les en  rendre responsables ! L’objectif des massacres d’Alévis de la fin des années 70, à la suite desquels l’Etat d’urgence avait été déclaré sur une partie du pays,   étaient plutôt  de créer un climat de tensions propice  au Coup d’État militaire de 1980. et à la chute d’Ecevit très populaire à l’époque chez les ouvriers.  Un coup d’État, qui avait signifié l’alliance du glaive et du minaret, comme ceux qui voient  dans l’armée turque  le plus sûr garant de la laïcité oublient trop souvent. Une amnésie dont  l’AKP aussi est frappée. L’ennemi à abattre alors étaient  les 3 K de  Kurdes, Kizilbas (Alévis), Komunist…Bref Dersim était l’ennemi parfait, à nouveau ! …et  la mosquée l’alliée  trouvée.

Une des mesures prises par les militaires avaient été d’imposer des cours de religion (sunnite évidemment! )  dans les écoles de la République, dont seuls les quelques rares Chrétiens qui les fréquentent avaient été dispensés. Surtout pas les Alévis. (et dans le quartier alévi de ma copine Zeynep à Malatya, la mosquée où personne n’entre jamais prier, mais dont l’appel hurlé à la prière me réveille chaque matin en sursaut, est un souvenir du  Coup d’Etat….)

 

C’est plutôt la main de l’Etat profond (derin devlet) et de son allié, l’extrême droite turque,  que l’on trouve derrière les  massacres  d’Alévis des dernières décennies. Cela étant si le CHP est tiraillé entre un courant social démocrate et un  courant ultra kémaliste autoritaire, le mouvement musulman  ne l’est pas moins entre un courant musulman démocrate et un courant islamo nationaliste tout aussi autoritaire,  dont les idéaux ne diffèrent pas beaucoup de ceux qui massacraient les Alévis à Maras (ou les laissaient faire) , ou hurlaient de plaisir en regardant les participants à une rencontre  alévie (Pir Sultan Abdal)  brûler vivants dans l’incendie criminel  de  l’hôtel Madimak à Sivas. 37 personnes sont mortes dans l’incendie de l’hôtel Madimak (intellectuels, artistes, ou jeunes danseurs et danseuses de Semah). Le plus jeune Koray Kaya avait 12 ans.

 

Les adeptes de la synthèse turco sunnite, ne se limitent pas aux  ultra kémalistes. Ce serait trop simple.  Or c’est à ce deuxième courant que Tayyip Erdogan donne de plus en plus de  gages ces derniers temps. Et pas sûr qu’aller remuer ce qui s’est passé à Sivas, Maras, ou Malatya, provinces que les Alévis ont fui en masse dans les années 70 – 80 et  où l’AKP fait des scores très élevés, serait aussi aisé que  dénoncer les massacres du Dersim. En tout cas  le 2 juillet dernier le gouverneur de  Sivas  avait interdit toute commémoration de l’assassinat collectif  et  des manifestants qui voulaient accrocher une bannière sur l’hôtel  Madimak ont été repoussés par la police à coups de gaz lacrymogènes. (… police qui 17 ans plus tôt laissait faire les assassins et ceux qui les acclamaient en faisant le signe du loup). Pour éviter de déranger  les braves gens, probablement.

D’ailleurs même lorsque Tayyip Erdogan   avait adopté  une posture de grand réconciliateur de la nation déchirée, comme il l’avait fait en rappelant que les larmes des mères( de combattants tués) de  Tokat sont les mêmes que celles des mères d’Hakkari, il n’avait pas pu s’empêcher d’ajouter que leurs prières sont les mêmes. Oubliant  le chagrin des mères alévies, dont les prières ne sont pas celles des sunnites., ce qui n’est pas tout à fait un hasard.

Même chose d’ailleurs  du côté de l’armée « rempart de la laïcité » : /2009/09/15/pas-de-funerailles-alevies-quand-on-meurt-en-soldat/

L’été dernier je demandais à un ami alévi de Malatya, si des Sunnites aussi s’approvisionnaient dans son épicerie. Il m’avait répondu que c’était rare : « Nous, Kurdes et Alévis,  ils nous détestent. C’est comme ça depuis 4 siècles et ça sera toujours comme ça« .  Il noircissait évidemment le tableau, mais la méfiance des Alévis vis à vis du mouvement musulman  a des causes profondes, que des excuses pour les massacres de Dersim surtout comme elles ont été présentées, ne suffiront sûrement pas à apaiser.

Possible que comme le pensent  certains éditorialistes, elles  ne sont qu’un commencement qui  annoncent un changement radical de la conception de la nation – et que  la prochaine constitution devrait entériner. L’accès  aux archives militaires  de l’époque (qui devrait être suivi d’autres)  qui va certainement être facilité pour les chercheurs ,  va permettre en tout cas aux citoyens du pays de s’approprier leur histoire et d’ en finir peut-être  avec une histoire officielle , ses « brigands », ses « traitres »,  « ses ennemis perfides » et ses tabous. Une histoire officielle déjà bien battue en brèche, sinon Erdogan n’aurait jamais pu présenter les excuses de l’État  pour les exactions commises à Dersim.

Une  chose est sûre, plus encore peut-être que la question kurde, la question alévie est au cœur de la question d’identité en  Turquie. Et c’est une  question qui  ne traverse pas que le pays, mais toute la région.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le brave théologien laïc et l’assassinat des missionnaires de Malatya.

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En Turquie, il est rare que les choses soient simples. Et certains éditorialistes s’y inquiètent du contexte dans lequel le procureur Zekeriya Öz vient d’être dessaisi du dossier Ergenekon. En effet le procureur qui venait d’envoyer les journalistes Ahmet Sik et Nedim Sener en prison, provoquant un tollé bien au-delà de la Turquie, venait aussi  d’impliquer le réseau Ergenekon dans l’ assassinat  des missionnaires de la maison d’édition Zirve à Malatya. Cela fait longtemps que les familles des victimes attendaient ça.

Plusieurs personnalités viennent d’avoir leur domicile perquisitionné. Parmi elle, le professeur de théologie Zekeriya Beyaz, qui a clamé que lui aussi  était justement en train d’écrire un bouquin sur le mouvement  de l’imam Fethullah Gülen. Info que certains médias turcs, mais aussi français,(là aussi) se sont empressés de reprendre, faisant de ce brave professeur un simple théologien laïc, opposant un peu virulent au gouvernement AKP et une victime (de plus) de ces fameux fetuhllaci. Bref, un copain d’Ahmet Sik, puisque comme ce dernier, il s’intéressait de près aux réseaux fethullah.

Ils oublient juste de préciser qu’à moins que le journaliste de gauche ait une double vie qu’absolument rien ne révélait à ses proches, il est très peu probable que Beyaz hoca compte Ahmet Sik parmi ses intimes. Pas le genre à participer aux funérailles de Hrant Dink ou à sensibiliser sur les victimes civiles kurdes des mines dans l’est du pays, le bon professeur.

Parmi ceux qu’il ne dédaignait pas fréquenter, il se pourrait  plutôt qu’il y ait  quelques membres du JITEM par contre. Prononcez le nom JITEM à des Kurdes d’Hakkari, ils auront plein d’histoires sordides à vous raconter sur ces services spéciaux parallèles, fondés, dans le cadre de la contre guérilla contre le PKK, par le commandant de gendarmerie Veli Küçük, un des principaux accusés du procès Ergenekon. Son arrestation en 2007 n’avait surpris personne en Turquie. Depuis l’accident de Susurluk en 1996, il y est de notoriété publique que le JITEM fait partie de l’Etat profond.

Si depuis le choc de l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink et la foule qui suivait ses funérailles à Istanbul, ces discours se sont calmés (et le brave théologien aussi par la même occasion), des médias peu regardant sur l’éthique journalistique s’en donnaient à cœur joie pour distiller la haine contre les Chrétiens avant la série d’assassinats qui les a visés en2006-2007.  Ögun Samast, l’assassin de Hrant Dink rappelle aux juges qu’il lisait dans les journaux que Hrant Dink était un traître. De quoi conditionner un gamin de 17 ans auquel on demande de tirer sur un Arménien pour nettoyer la patrie. (Possible que ses avocats aient choisi d’adopter cette défense devant un tribunal pour enfants certes, mais peut-être moins complaisant que le précédent juge qui vient d’être dessaisi de l’affaire).

Zekeriya Beyaz n’était pas le dernier à participer à cette hystérie. Voilà ce que le brave théologien laïc disait des Turcs convertis à la religion chrétienne sur une chaîne de TV en 2005, rapporte le journaliste Orhan Kemal Cengiz qui suit de très près le procès de Malatya :

« La République de Turquie est l’objet d’une attaque. Dans chaque province, dans chaque district, 3, 5, 10 églises se sont créées. Et dans ces églises, il n’y a pas un, deux, trois ou dix Turcs comme ceux-ci, mais de nombreux Turcs qui se révèlent être des prêtres. Ces gens sont en train de miner la République de Turquie de l’intérieur… Ce sont les ennemis des Turcs. Pour eux les Musulmans et les Turcs sont des valets de Satan. (…) Ces gens ont leurs racines à l’extérieur de la Turquie. Il y a une cinquième opération lancée contre la Turquie. Il y a une opération psychologique. Il y a une opération destinée à nous soumettre, à nous détruire de l’intérieur. Il sont en train de détruire notre identité nationale. Ils continuent à spolier notre peuple. Ils considèrent notre peuple comme des valets de Satan, des infidèles, des mécréants. Mais les véritables mécréants, les véritables infidèles, les véritables valets de Satan, ce sont ceux qui narguent les Turcs, et en tout premier lieu  ces renégats convertis au christianisme ».

On peut lire aussi un bel échantillon de cette prose paranoiaque sur une page facebook des « fanatiques de Zekeriya Beyaz hoca », qui ne compte heureusement que…18 membres !

Il m’a plutôt l’air d’un pur produit de la synthèse turco-sunnite, l’idéologie des loups gris – et celle prônée par le coup d’état militaire de 1980 – ce brave Beyaz. Et si depuis 2007, il a cessé de brandir la menace de l’invasion chrétienne dans les médias, ça pourrait bien  être  parce que le procès Ergenekon l’aurait rendu prudent. J’ai un peu de mal à croire que c’est en découvrant Voltaire ou les écrits de Hrant Dink, qu’un type qui tenait des propos aussi haineux ce serait soudainement converti à l’esprit des Lumières et à la tolérance.

Ce profil ne suffit certes pas à lui seul à  en faire un coupable du triple assassinat d’avril 2007 à Malatya , mais rend le  Blanc professeur moins sympathique que celui  de  pauvre victime d’un puissant mouvement religieux, quand-même. Et il  explique sans doute davantage qu’il soit dans le collimateur de la justice.  Mais les raccourcis simplistes sont tellement tentants aussi…

J’ignore si ses « recherches » sur le mouvement Gülen intéressaient beaucoup les enquêteurs. Mais si c’est du même tonneau que sa prose sur le complot des missionnaires chrétiens, ça doit être un ramassis de sottises délirantes.

Parmi les autres personnalités dont le domicile a été perquisitionné, il y a aussi un certain professeur Cöhce, qui officie à l’université Inönü de Malatya et contre lequel un groupe d’étudiants kurdes a porté plainte en début d’année. Il avait un peu trop tendance à montrer qu’il ne goûtait guère la présence d’étudiants originaires d’Hakkari ou de Sirnak dans les amphis, et leur conseillait plutôt de rejoindre « la montagne », à ces Kurdes qui selon lui ne sont qu’une branche du peuple turc. Il n’aime pas les Alévis et les Arméniens non plus, dit l’article.

D’adorables professeurs de théologie comme on voit. Ils ont été laissés en liberté.

 

 

La maison d’enfance de Hrant Dink à Malatya (4 ans déjà depuis son assassinat)

malatya quartier de Hrant Dink photo anne guezengar 

Pour l’anniversaire de l’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink, voici  un billet que j’avais mis en ligne il y a quelque temps, sur les lieux où il avait vécu ses premières années à Malatya. C’est le moment aussi de rappeler que malgré le temps écoulé, sa famille, ses amis et tous ceux qui le soutiennent attendent toujours que la justice fasse la  lumière sur cet assassinat.  

 Au train où avance son procès, Ogün Samast, son assassin,  risque d’être libéré dans un an. Il a bénéficié d’une récente modification de la législation qui  a permis d’adoucir le sort des mineurs kurdes mis en examen pour « soutien à une organisation terroriste »  et souvent incarcérés après avoir  pris part  à des manifestations violentes. Dorénavant, un mineur ne peut plus être incarcéré plus de cinq ans sans jugement.  Or, Ogün Samast avait 17 ans quand il a tiré sur Hrant Dink, le 19 janvier 2007, dans une rue du quartier de Sisli, devant le siège de son journal Agos. Et il est désormais jugé par un tribunal pour enfants.

Surtout à ce jour seuls quelques lampistes sont jugés pour ce crime. Les avocats de la famille Dink, soutenus par Reporters sans Frontière réclament en vain que la Cour examine les liens entre des prévenus de l’affaire  Ergenekon (une organisation clandestine sise au sein de l’Etat, accusée d’avoir formenté des complots contre le gouvernement AKP) et les assassins. Orhan Kemal Cengiz, journaliste et avocat des familles des missionnaires  évangélistes de Malatya assassinés peu après Dink (encore par de très jeunes hommes!), met en cause  le manque de culture démocratique au sein de la justice turque. La plupart des juges en Turquie  se sentent  davantage chargés de protéger l’Etat contre ses citoyens – que de défendre ceux-ci. De nombreux articles de la presse turque dénoncent aussi le manque de volonté politique de faire avancer les choses. Et en septembre dernier, la Cour européenne des droits de l’homme condamnait la Turquie.

Depuis les arrestations au sein de l’organisation Ergenekon, les assassinats ciblés contre des Chrétiens ont cessé en Turquie. Et Hrant Dink est devenu un symbôle pour tous ceux qui attendent un acilim (ouverture démocratique) de la justice en Turquie.  Le président du tribunal chargé du procès vient d’être limogé, un rapport demandé par le ministère de la justice ayant établi que le précédent aurait des liens avec…des membres d’Ergenekon ! Et Kemal Kiliçdaroglu, le nouveau président du CHP (opposition ) demande que justice soit faite. Ce qui change de son prédécesseur.

 De quoi donner peut-être un peu d’espoir que la lumière soit faite sur cet assassinat trop programmé et sur les autres assassinats politiques restés « inexpliqués ». A commencer par celui de mon écrivain turc préféré, Sabahattin Ali, mort assassiné en…1948. Aujourd’hui sa famille à lui aussi était devant le journal Agos à Sisli.    

(……)

L’été qui a suivi l’assassinat de Hrant Dink, je suis allée comme d’habitude voir mes amis à Malatya. Je pensais bien qu’Arméniens et Alévis devaient y  vivre dans les mêmes quartiers.  Je ne me trompais pas. Un des voisins de Zeynep, alévi comme elle, qui arrivait de l’Est de la  France pour passer l’été « au pays », m’a bientôt appris qu’il avait vécu dans la même rue que « Hrant Dink, le journaliste arménien que des fascistes ont assassiné en Janvier ». Zeynep connaissait aussi bien ce quartier pour y avoir vécu  elle aussi quand elle était arrivée du village avec son mari et son premier enfant. Dès le lendemain nous nous y rendions avec Zeynep.

 

J’avoue que je craignais un peu d’indisposer le voisinage. Peu de temps auparavant des missionnaires chrétiens évangéliques avaient été assassinés dans des circonstances effroyables à Malatya.  Je pense que si j’avais été  seule, j’aurais renoncé à m’y rendre cet été là, par crainte de me montrer trop indiscrète.  Mais avec Zeynep qui connaissait le quartier et les « siens » c’était différent. C’était même d’autant plus touchant d’aller à la fois sur les traces de Dink et sur celles de l’histoire d’une amie. Dans le quartier, nous avons croisé quelques unes de ses anciennes voisines qui étaient contentes de la revoir là.

 

Malatya la rue  de Hrant Dink photo anne guezengar

 

Malatya, la capitale des abricots est une grande ville prospère. Mais Çavuşoğlu  est un quartier  un peu excentré, qui n’a pas du beaucoup changer depuis l’époque où Hrant Dink y vivait enfant avec sa famille, avant  que sa mère ne parte pour Istanbul où ses trois enfants seront confiés à l’orphelinat arménien. J’ignore si nous avons eu de la chance ou si tous les habitants de la rue nous auraient fait le même accueil, mais dans la rue nous avons croisé un groupe de femmes qui se sont empressées de nous montrer la maison où Hrant avait vu le jour. C’est une petite maison blanche, toute simple dont voici l’image :

Malatya maison de Hrant Dink photo anne guezengar

 

C’était des gens qui résidaient là depuis très longtemps. Le mari de la plus âgée d’entre elles avait d’ailleurs bien connu le père de Hrant, le tailleur Hashim, qui aimait trop les jeux d’argent. Et elle avait sans doute  une certaine « autorité » dans le quartier, parce qu’elle n’a pas hésité à frapper à la porte de la maison pour que je puisse aussi en photographier l’intérieur. J’ai eu beau dire que ce n’était pas la peine – j’imagine que ceux qui y vivent maintenant n’apprécient pas forcément d’être dérangés par des inconnus et ce d’autant plus que la période était plutôt tendue – c’est elle qui prenait les choses en main.  Ses habitants nous ont laissées entrer dans la cour mais j’ai eu le sentiment que ceux qui nous ouvraient ainsi leur porte n’étaient pas franchement emballés de le faire. Je me suis donc dépêché de prendre quelques photos de la cour en évitant de photographier ceux qui y vivaient (je ne sais pas si j’ai bien fait ou si ça les a blessés)

 

Malatya maison de Hrant Dink photo anne guezengar

Cela étant c’était vraiment émouvant de découvrir cette cour qui elle non plus n’a pas du beaucoup changer depuis l’époque où  Hrant Dink enfant y vivait avec ses deux frères.

 

Cette femme nous a ensuite invitées à prendre un thé chez elle,  en compagnie de sa fille, de son mari et de ses petits enfants, dans la jolie cour de sa maison.  La fraîcheur de ces cours intérieures est un bienfait en août à Malatya. Nous avons parlé de choses et d’autres, d’Haci Bektas où je devais me rendre peu après, de la rue qui serait toujours arménienne et de l’église murée, parce que le toit s’effondrait et que certains entraient « y faire des cochonneries » (pislik).

 

église arménienne Toshoron à Malatya

 

église arménienne Toshoron à Malatya photo anne guezengar

 

église arménienne Toshoron à Malatya photo anne guezengar

Nos hôtes  étaient très vraisemblablement eux-mêmes  arméniens. Mais à aucun moment ils ne l’ont dit. C’est vrai que je ne leur ai pas demandé non plus – c’est le genre de questions que je ne pose que quand je connais la réponse avec certitude. Mais quand nous sommes reparties, Zeynep n’était pas contente. « Je leur ai bien dit que j’étais alévie, pourquoi ils n’ont pas dit qu’ils étaient arméniens ? Les Alévis et les Arméniens se sont toujours bien entendus ».

Je pense que depuis l’assassinat des missionnaires, ils étaient tout simplement très inquiets et qu’ils préféraient se faire le plus discrets possible.

 

Une fondation musulmane a décidé de prendre en charge la rénovation de l’église  Toshoron. Je suppose que c’est en concertation avec la petite communauté arménienne de Malatya,  et que pour eux c’est une bonne nouvelle.  C’en est  aussi  une pour la ville de Malatya qui commencerait aini à renouer avec un passé qu’elle avait enfoui.

En attendant que la justice  décide de démêler les liens entre cette série de meutres inquiétants,  comme le demande la défense de Hrant Dink, c’est aussi le signe d’un climat moins sombre que celui évoqué par un article d’Ovipot à l’époque de l’assassinat des missionnaires, il y a deux ans et demi.

(ne pas reproduire ce billet sans mon autorisation svp).

 

église arménienne Toshoron à Malatya photo anne guezengar