L’ange paon (Melek Taus) des Yézidis à l’honneur sur les robes kurdes dans les mariages d’Hakkari

 

robe kurde mariage paon photo anne guezengarA Hakkari, on n’a pas attendu que l’État islamique fasse une terrifiante entrée  à Sinjar pour découvrir les Yézzidis et leur ange paon (Melek Taus). L’été dernier, l’ange paon était déjà très prisé des élégantes lors des grands mariages de cette province kurde très lointaine d’Istanbul, mais frontalière avec le Kurdistan irakien. Les relations familiales et tribales avec Dohouk notamment où vivent de nombreux Yézidis,  y sont denses.

Je ne sais pas si c’est du Kurdistan que venait cette mode du motif du paon sur les robes de mariage, mais il était souvent à  l’honneur sur les nouvelles robes  que se font confectionner les proches de la mariée. La jeune fille sur l’image est la petite sœur de la mariée. C’est elle-même qui avait dessiné sa robe qu’un couturier de Yüksekova où elle vit et où  se déroulait le mariage,  lui a ensuite confectionnée.  Elle avait auparavant acheté les plumes de  paon qui ornent son décolleté  dans une boutique  à Van.

robe kurde mariage 5

Des couleurs qui rappellent le plumage du paon pour le bas de la robe.  J’aurais préféré un  vert au bleu pour ce plumage. Pour les manches de la robe, elle a choisi une coupe dite « manches Talabani » à Hakkari. Je ne sais pas si  la petite sœur de la mariée ( elle aussi très belle) souhaite devenir styliste, mais elle   pourra peut-être envisager une carrière de mannequin ou mieux d’actrice.

robe kurde mariage paon 6

Les plumes du paon aussi, cette fois associés à un motif floral  sur la nouvelle robe de sa cousine.Celle-ci a préféré conserver » la manche d’Hakkari »  : une très longue manche portée nouée.

robe kurde mariage paon 11 photo anne guezengar

On retrouve aussi ses plumes sur la robe de cette élégante à droite, venue de Van pour le mariage.  Les ceintures sont en argent. A Hakkari même les petites filles en portent sur leurs robes lors des mariages. Pour l’or, elles attendront les fiançailles.

robe kurde mariage paon 4

La même invitée – et la même robe –  vue de dos cette fois.

robe kurde mariage paon 3 photo anne guezengar

Encore une invitée venue de Van et dont la robe s’ornait de motifs du paon.  Elle ne doit pas y vivre dans un gecekondu...

Tout le monde était loin alors de se douter de la tragédie qui allait frapper les Yézidis, un an plus tard exactement, de l’autre côté de la frontière.

 

 

 

Noces sanglantes à Semdinli.

Cet été après ramadan, quand la saison des mariages a repris dans la province d’Hakkari, l’ambiance n’y était plus tout à fait la même. Les tensions étaient telles, que les kina gecesi (nuit du henné), qui lancent les festivités qui durent généralement deux jours en Turquie, avaient été supprimées. Trop risquées, car à la différence de la fête de mariage proprement dit, où on se ne rend que sur invitation (et pour apporter sa contribution au couple) la kina gecesi est ouverte à  tous. Des inconnus peuvent s’y introduire. Trop dangereux.

D’ailleurs on ne savait vraiment jamais ce qui pouvait arriver. Tout le monde continuait à faire comme d’habitude ses courses jusqu’à une heure tardive les nuits précédant les fêtes de Seker Bayram à Yüksekova , mais en se disant qu’une bombe pouvait exploser à tout moment. Pour ma part je pressais le pas à chaque fois que je passais devant le barrage de police; qui bloque la rue où se trouve le poste de police.

Et dimanche dernier, pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, une fête de mariage a été endeuillée. Une voiture piégée a explosé en plein centre  ville, au passage  un véhicule blindé de la police. Il y a eu  26 blessés dont 2 graves, la plupart des civils (2 policiers ont été blessés)  et un mort, un enfant de 11 ans Faris Demircan, qui rentrait d’un mariage et  dont les funérailles ont été célébrées aujourd’hui, tandis que les commerces restaient fermés en signe de deuil et de protestation.

  Le 12 septembre 2011, il y a donc un peu plus d’un an, un dimanche aussi, le PKK avait attaqué en pleine ville   3 cibles en même temps : le commissariat de police, la  gendarmerie et un poste de contrôle de police.  On se doute bien que la date anniversaire du coup d’état militaire de 1980 n’avait pas été choisie au hasard pour une attaque d’une telle ampleur.

Seulement c’était la date aussi qu’avaient choisie (ou avait été contraintes de choisir, tant les dates de mariage font l’objet de stratégie) plusieurs familles pour des fêtes de mariages. Il y avait 3 mariages  dans la ville ce jour là . L’un d’eux s’était retrouvé au centre de tirs croisés entre les PKK et les forces de l’ordre, comme on le voit sur la vidéo filmée dans la salle de mariage. Il y aura 3 morts dans les combats , 3 victimes collatérales, dont un gosse de 14 ans, tués avec un de ses parents : la voiture qui les ramenait à leur village avait été la cible d’une roquette. Ils avaient peut-être été pris pour des combattants en fuite (d’un des 2 camps)

« Quels que  soient les responsables de la violence, nous la  condamnons » a déclaré Esat Canan, le député BDP élu par la population de Semdinli. Faisant écho à ce que doivent penser ses administrés, il se garde bien pour le moment de désigner les responsables en question; mais rappelle les événements du  9 novembre 2005 à Semdinli. Et il interroge sur la fameuse caméra qui a filmé l’explosion. Pourquoi une caméra de surveillance à cet endroit? Il demande que les responsabilités de cet attentat  soient clairement établies.

Des propos qui condamnent tous les recours à la violence mais qu’on  peut sans doute traduire par « her sey olabilir« .(tout est possible).

Je quittais justement Yüksekova où j’étais venue passer  les fêtes de seker bayram, le mardi 9 novembre 2005 au matin.  Et c’est à Van que j’ai découvert sur les chaînes de TV ce qu’on appellera tout de suite le scandale de Semdinli. L’attentat contre la librairie Umut (deux morts) et ses responsables, des gendarmes, pris la main dans le sac par la population de la ville. Une population qui était aux abois.  Il y avait déjà  eu  une série d’attaques étranges les semaines précédentes . Et quand j’avais demandé à des amis qui était responsable de l’attaque à la roquette  qui avait laissé sa trace sur une des vitres du café où nous buvions un thé, la réponse avait été ‘her sey olabilir« … »mais on pense à des provocations ».

« Her sey olabilir« , c’est une expression qu’on entend souvent dans la province d’Hakkari.

Il y a deux ans, des enfants m’avaient montré la trace laissée dans le sol  par l’explosion d’une mine posée par le PKK, qui avait blessé de nombreux soldats, une dizaine de jours plus tôt dans leur quartier. Des vitres de maisons voisines avaient été soufflées par l’explosion. Pas de victimes collatérales cette fois. Mais ça fait un moment que la violence est à nouveau dans les villes et pas seulement dans les montagnes. Et qu’elle fait de nombreuses victimes civiles.

Seulement  évidemment, alors que tout le monde craint  depuis des semaines  que la violence actuelle ne soit encore attisée par des provocations, ces victimes civiles  tombent « au bon moment ». Les médias commencent à s’émouvoir des centaines de prisonniers kurdes dont la vie est maintenant en danger par la grève de la faim qu’ils suivent depuis plus de 50 jours pour certains. Dorénavant le gouvernement ne peut plus rester indifférent.  Et à  Hakkari on doit encore souvent se dire « her sey olabilir » :  des PKK dépassés par l’ampleur du mouvement civil extrême des grévistes de la faim  ou des provocateurs. Les nombreux yorum (commentaires) déposés sur l’article des Yüksekova Haber relatant les événements  témoignent de ces interrogations.

Ajout du 9 novembre :  une semaine après les faits le PKK a reconnu la responsabilité de l’attentat, promettant que les responsables seront jugés ( sous-entendu par ses propres tribunaux ), ce qui ne devrait sans doute pas suffire à calmer les colères. Un des 2 blessés graves est mort de la suite des ses blessures ce même jour : Ibrahim Demir. Il avait 17 ans et était originaire du village d’Altinsu (Sapatan), comme les trois civils tués le 12 septembre 2011

 

 

 

 

Saison des mariages à Yüksekova

Avec les beaux jours, revient la saison des mariages. Il faut en profiter, la belle saison est courte dans la région d’Hakkari, et cette année encore, celle des mariages sera interrompue par le mois de Ramadam, entre le 20 juillet et le 18 Août en Turquie.

 

Il y a deux ans, le parti (BDP )  avait bien  tenté d’en finir avec ces grands mariages, très onéreux pour les familles. La mairie d’Hakkari avait promulgué des « recommandations » limitant le nombre de voitures faisant convoi à l’arrivée de la fiancée que la famille du fiancé va chercher dans la fête organisée dans sa propre famille  (à une dizaine de véhicules, si je me souviens bien) ou l’or offert ( maximum 3 bracelets). Apparemment, ça n’a pas pris…J’avoue que le contraire m’aurait surprise.

 

J’adore ces immenses halay. On  y sent une communauté soudée. J’ai trouvé les danseurs bien plus « individualistes » dans leur façon de danser à Diyarbakir…ou  dans les salons de mariage de France.

 

Roméo et Juliette turco kurde sur la frontière irakienne.

 

 mariage Tülin et Rojhat, Semdinli juillet 2009

Quand les parents d’une jeune fille n’acceptent pas l’élu de son coeur, ça ne se termine pas forcément pas un mariage forcé et encore moins par un crime d’honneur, en Turquie..

L’année dernière, un mariage kaçak (à la suite d’une fuite de la fiancée) avait défrayé la chronique bien au-delà de la petite ville de Semdinli, dans la province  kurde d’Hakkari où il s’est déroulé.  Et pour cause, c’est la fille d’un uzman, soldat de métier turc, qui s’était enfuie avec son petit ami kurde, abandonnant le domicile familial et le lycée où elle achevait sa scolarité parce que son père interdisait leur relation amoureuse.  Pour échapper au courroux du père de la jeune fille, Tülin (18 ans) et Rojhat  (19 ans) avaient franchi clandestinement la frontière irakienne toute proche. Ils s’étaient rendus chez des parents du garçon, réfugiés dans le camp de Makhmour au kurdistan irakien. Ils y ont séjourné plusieurs mois.

Evidemment, la fille d’un sous officier turc trouvant refuge auprès de réfugiés kurdes proches du PKK, soit pour ainsi dire chez ceux que son père est payé pour combattre, ce n’est pas tous les jours que ça arrive.  Et après le premier choc de sa fugue, quel  nouveau choc pour son père, resté plusieurs semaines sans nouvelles de sa fille, quand il a appris qu’ elle était cachée…. chez l’ennemi !

Pourtant l’histoire s’est bien terminée. Le père a fini par accepter de recevoir la famille du garçon et a préféré donner sa fille en mariage, plutôt que de la perdre définitivement. Tülin et Rojhat ont pu alors rentrer à Semdinli où tout le monde s’est réconcilié.

.

mariage Tülin et Rojhat, Semdinli juillet 2009

Il faut dire que le père de la jeune femme a  plutôt l’air sympathique. Ozan,  un ancien appelé originaire d’Izmir qui avait effectué son service dans les commandos à Semdinli, confirme l’impression donnée par la photo. Dans un commentaire à un article publié sur Internet et grâce auquel il avait découvert l’aventure arrivée à la famille de son sergent, il y décrit  celui-ci  comme  un bon vivant  « faisant des plaisanteries qui faisaient rire tout le monde ». Lui aussi se réjouit du dénouement de ce kizkaçirma (enlèvement de la fiancée) et souhaite  tous ses voeux de bonheur aux jeunes mariés.

 

 

asik-oldugu-uzman-cavusun-kizini-kuzey-irak-a-kacirdi-39468.1264460499.jpg

En Turquie, il n’y a que dans la province d’Hakkari que j’ai vu les fiancées arriver dans la famille du fiancé le visage caché sous un long voile –  dont les couleurs ne sont pas sans rappeler celles du drapeau kurde (rouge vert jaune) 

Tülin n’a pas dérogé à la tradition de la région. Avant d’arriver dans la famille de son fiancé, elle a caché son visage sous le voile des mariées d’Hakkari .Voile qu’elle a certainement vite retiré, comme la très jolie épouse du maire de Semdinli. 

 

L’amour n’a pas de frontières, écrivait alors l’intellectuel kurde Orhan Miroglu dans le journal Taraf. Et comme (presque) tout le monde adore ce genre d’histoires en Turquie, même des gazettes militaires en ont parlé. Alors que les politiques ont décidemment bien du mal à régler la question kurde , les sentiments qu’ils soient amoureux ou paternels, sont quand même plus doués.

Si un scénariste avait imaginé ce Roméo et Juliette turco kurde avec happy end, sans doute que  peu  de gens l’auraient trouvé crédible. Pourtant l’histoire réelle est plus palpitante qu’une fiction  ultra nationaliste comme  Kurtlar Valisi-Irak (la Vallée des loups – Irak), qui mettait aussi en scène des soldats turcs et des Kurdes. Il faut dire que ce n’est pas trop difficile de faire mieux que ce navet à gros budget.

Sur la carte ci-dessous, on voit que Semdinli, à l’extrême sud-est , est très proche de la frontière irakienne. Mais pour la franchir discrètement dans cette région très militarisée, les deux fugitifs avaient du effectuer de longues heures de marche dans la montagne,  sans doute guidés par des contrebandiers et en courant à tout  moment le risque de tomber sur une patrouille. Autant dire que leur fugue amoureuse a été une sacrée aventure.

 

carte_mission_2006_monde_so.1259620091.jpg

Dans la province d’Hakkari comme partout en Turquie, les amoureux adoptent de plus en plus la Saint Valentin (et sa marchandisation) comme fête des amoureux (Sevgililer günü), pour la plus grande joie des fleuristes. Offrir des fleurs à sa bien aimée  n’est pas une tradition dans la région. Mon ami Süleyman était le premier à ouvrir une boutique de fleurs à Yüksekova, il y a une dizaine d’années. Beaucoup lui prédisaient une faillite assurée. Depuis non seulement il a trouvé une solide clientèle, mais il a fait de nombreux émules.

L’année dernière, dans la province  le mouvement kurde a tenté de kurdifier cette fête importée en renouant avec une vieille tradition kurde oubliée, la fête des « pommes oeillets« . Une jolie tradition, mais je pense que beaucoup d’ amoureux préférerent offrir une rose rouge de chez Suleyman à l’élue de leur coeur (enfin ceux qui osent, il y a beaucoup encore que ça gêne d’acheter des fleurs.)..peut-être avec une « pomme oeillet ». A moins qu’ils ne choisissent d’offrir cette dernière à la mère de la belle dont il est important d’obtenir les bonnes grâces, si on espère que la liaison se conclue par un mariage. Ou de l’offrir à leur propre mère, une actrice au poids plus déterminant encore. Les journaux sont restés muets sur le rôle de la maman de Tülin, mais il est probable que son opinion a aussi compté dans la réconciliation.

 Mais de toute façon ce 14 février 2011, les boutiques de fleurs sont  fermées à Yüksekova, comme dans d’autres villes de la province, pour cause d’émeutes. Les amoureux peuvent toujours envoyer de doux messages avec leur téléphone portable. A ceux qui manquent d’inspiration, journaux et sites internet proposent des messages prêts à consommer.

 

Roméo et Juliette turco kurde sur la frontière irakienne.

 

mariage Tülin et Rojhat, Semdinli juillet 2009

 

Quand les parents d’une jeune fille n’acceptent pas l’élu de son coeur, ça ne se terminepas forcément pas un mariage forcé et encore moins par un crime d’honneur, en Turquie..

L’été dernier un mariage kaçak (à la suite d’une fuite de la fiancée) a défrayé la chronique bien au-delà de la petite ville de Semdinli, dans la province  kurde d’Hakkari, où il s’est déroulé.  Et pour cause, c’est la fille d’un uzman, soldat de métier turc, qui s’était enfuie avec son petit ami kurde, abandonnant le domicile familial et le lycée où elle achevait sa scolarité parce que son père interdisait leur relation amoureuse.  Pour échapper au courroux du père de la jeune fille, Tülin (18 ans) et Rojhat  (19 ans) avaient franchi clandestinement la frontière irakienne toute proche. Au Kurdistan irakien ils s’étaient rendus chez des parents du garçon, réfugiés dans le camp de Makhmour. Ils y ont séjourné plusieurs mois.

Evidemment, la fille d’un sous officier turc trouvant refuge auprès de réfugiés kurdes proches du PKK soit pour ainsi dire chez ceux que son père est payé pour combattre, ce n’est pas tous les jours que ça arrive.  Et après le premier choc de sa fugue, quel  nouveau choc pour son père, resté plusieurs semaines sans nouvelles de sa fille, quand il a appris qu’ elle était cachée…. chez l’ennemi !

Pourtant l’histoire s’est bien terminée. Le père a fini par accepter de recevoir la famille du garçon et a préféré donner sa fille en mariage, plutôt que de la perdre définitivement. Tülin et Rojhat ont pu alors rentrer à Semdinli où tout le monde s’est réconcilié.

.

mariage Tülin et Rojhat, Semdinli juillet 2009

Il faut dire que le père de la jeune femme a  plutôt l’air sympathique. Ozan,  un ancien appelé originaire d’Izmir qui avait effectué son service dans les commandos à Semdinli, confirme l’impression donnée par la photo. Dans un commentaire à un article publié sur Internet et grâcé auquel il avait découvert l’aventure arrivée à la famille de son sergent, il y décrit  celui-ci  comme  un bon vivant  « faisant des plaisanteries qui faisaient rire tout le monde ». Lui aussi se réjouit du dénouement de ce kizkaçirma (enlèvement de la fiancée). Et il souhaite  tous ses voeux de bonheur aux jeunes mariés.

 

 

asik-oldugu-uzman-cavusun-kizini-kuzey-irak-a-kacirdi-39468.1264460499.jpg

 

Tülin n’a pas dérogé à la tradition de la région. Avant d’arriver dans la famille de son fiancé, elle a caché son visage sous le voile des mariées d’Hakkari. Voile qu’elle a certainement vite retiré, comme la très jolie épouse du maire de Semdinli l’été dernier.

 

 

L’amour n’a pas de frontières, écrivait alors le politicien kurde Orhan Miroglu dans le journal Taraf. Et comme (presque) tout le monde adore ce genre d’histoires en Turquie, même des gazettes militaires en ont parlé . Alors que les politiques ont décidemment bien du mal à régler la question kurde, les sentiments qu’ils soient amoureux ou paternels, sont quand même plus doués.

D’ailleurs le BDP (ex DTP)  pourrait peut-être  songer à créer un nouveau groupe de paix avec les couples kurdo-turcs issus d’union « kaçak ». Si c’est l’ensemble du pays qu’ils veulent convaincre de leur désir de paix, des amoureux c’est quand même plus pacifique comme image que des combattants, même sans leurs armes. Ils finiraient peut-être par être entendus – au-delà de leur électorat je veux dire.

 

En tout cas, si un scénariste avait imaginé ce Roméo et Juliette  turco kurde avec happy end, sans doute que  peu  de gens l’auraient trouvé crédible. Pourtant l’histoire réelle est plus palpitante qu’une fiction  ultra nationaliste comme  Kurtlar Valisi-Irak (la Vallée des loups – Irak), qui mettait aussi en scène des soldats turcs et des Kurdes. Il faut dire que ce n’est pas trop difficile de faire mieux que ce navet. Et l’aventure de Tülin et Rojhat ne manque ni de romanesque, ni de péripéties, ni de suspens.

 

Sur la carte ci-dessous, on voit que Semdinli, à l’extréme sud-est , est très proche de la frontière irakienne. Mais pour la franchir discrètement dans cette région très militarisée, les deux fugitifs ont du effectuer de longues heures de marche dans la montagne,  sans doute guidés par des contrebandiers et en courant à tout le moment le risque de tomber sur une patrouille. Qui sait, un cinéaste aura peut-être envie d’en faire un film un jour. En tout cas,  ce qui est certain , c’est que Tülin et Rojhat auront des histoires pas ordinaires à raconter à leurs enfants… qu’on imagine nombreux, comme dans les contes.

 

carte_mission_2006_monde_so.1259620091.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yüksekova, fuite des amoureux et mariage sous la neige

mariage sous la neige à Yuksekova

 mariage sous la neige, yuksekova.

 

Pour contraindre la famille qui refusait leur union, Nezahat et Ismail s’étaient enfuis. La famille a fini par céder et c’est sous la neige que la fête de mariage s’est déroulée

 

 

Les festivités ont duré trois jours.

 

mariage sous la neige à Yuksekova

Les femmes ont couvert leurs tenues de fête d’un manteau.

 

mariage sous la neige à Yuksekova

Enfin, la plupart d’entre elles… Ni la mariée ni les femmes qui lui sont proches (peut-être sa belle-mère et la femme du couple chargé de l’organisation du mariage) n’ont fait de concession à la coquetterie. Elles ne devaient pas avoir bien chaud, surtout la mariée, qui apparemment ne cache pas de pull sous ses atours.

 

En Turquie, le mariage « kaçak«  (après une fuite) est le mariage romantique par excellence. Les chansons et le cinéma raffolent des amoureux en fuite, mais alors leur fin est généralement tragique. Dans le film Yol de Yilmaz Güney, deux amoureux sont retrouvés par les frères de la femme, qui les tuent.

 

A Yüksekova aussi on adore : « Reste jusqu’à dimanche, on t’emmènera à un grand mariage, un mariage kaçak« , m’avait proposé Suleyman. « kaçak »  signifiant « encore mieux ».

L’article ne donne pas de détails sur la fuite de Nezahat et Ismail, mais généralement, il s’agit d’un enlèvement – consenti – de la fiancée. Les amoureux trouvent alors refuge chez des mémbres de la famille du garçon.

 

Un matin, alors que je séjournais dans le village d’un ami à Yüksekova, une voisine était venue m’apprendre la bonne nouvelle. Son frère venait d' »enlever » sa petite amie. Bien sûr celle-ci était complice. Une histoire qui n’avait rien d’exceptionnel au village. La belle-mère de la jeune femme, kurde iranienne, s’était mariée à la suite d’un « enlèvement de fiancée »(kiz kaçirmak) C’était aussi le cas de la grand-mère de l’ami qui me recevait. Et pour elle ça s’était passé…pendant la première guerre mondiale (elle vit toujours à bientôt 110 ans). Toutes avaient fui leur famille avec l’élu de leur coeur.

Cette fois là, c’était la mère de la jeune fille qui après l’avoir accepté venait de refuser le mariage. Une femme turque, mais comme elle-même avait  épousé un Kurde, je présume que c’est le fait que, comme beaucoup d’autres, le garçon n’avait pas d’emploi qui avait été la cause de ce revirement.

Les deux amoureux venaient alors de se réfugier à Yüksekova, chez des membres de la famille. Le soir même un imam les avaient mariés religieusement. Ensuite ils avaient été séparés dans deux maisons différentes et ils ne devaient plus se revoir jusqu’à la fête de mariage.

Le père du garçon ayant accepté cette union, les tractations allaient pouvoir commencer. Quelques jours après la fuite des amoureux, des représentants des deux familles se  sont rencontrés pour sceller la réconciliation, fixer les modalités du mariage – qui a eu lieu quelques semaines plus tard –  et pour débattre de la somme que la famille du garçon verserait pour le « prix de l’enlèvement ». Je suis partie trop tôt pour en connaître le montant fixé, mais « le prix standard est de 15000 dollars »  m’avait dit la soeur du garçon. Il valait donc mieux que leur père soit conciliant.

Je n’ai pas pu assister au mariage, mais j’ai appris cet été que depuis le jeune homme a trouvé un emploi, et que le couple attendait leur premier enfant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les aghas (chefs de clan) d’Hakkari à la noce.

garde du corps factice à Hakkari ( photo anne guezengar)

« Viens voir, les aghas sont arrivés », est venu me prévenir, hilare, un des parents du fiancé. Effectivement cinq  personnages qui ne passaient pas inaperçus  venaient de rejoindre les danseurs dans le halay du mariage.

théatre de mariage Hakkari

Malgré l’arme brandit par le jeune korumcu (garde du corps), aucun coup de feu n’a été tiré pendant la noce. C’est un interdit strictement respecté, au moins dans les mariages de la ville d’Hakkari (j’ignore s’il l’est aussi scrupuleusement dans les villages éloignés…). Mais surtout l’arme de ce jeune garçon est factice et même s’il prend son rôle très au  sérieux, il est tout à fait inoffensif.

Il appartient à une jeune troupe de théatre de village, qui depuis cet été, donne des spectacles complètement loufoques lors des mariages. Ils arrivaient d’un autre mariage et iraient en animer un autre leur prestation terminée. Ce dernier WE avant le début du ramadam, période durant laquelle on ne se marie pas, la ville grouillait de mariages, il y avait plusieurs par quartier à Hakkari.

théatre de mariage Hakkari

Leur accoutrement ainsi que la présence d’un garde du corps « armé », laisse supposé que ces « chefs de clan » sont vraisemblablement des chefs korucus (gardiens de village armés par l’Etat contre le PKK) à la tête d’échanges commerciaux  pas très licites (çete en turc)… très caricaturés, bien sûr.

théatre de mariage Hakkari

Les deux aghas et leur garde du corps sont accompagnés d’un villageois …

 

… et de sa femme. Comme à Bulam le comédien est un garçon déguisé  ce qui contribue à lui donner une allure particulièrement nunuche. D’autant que ce n’est pas un gringalet.

C’est la villageoise qui récoltera le soutien à la création artistique  des invités, dans le chapeau informe qu’elle tient à la main.

théatre de mariage Hakkari

Evidemment, leur présence  a crée l’effervescence dans le mariage..

théatre de mariage Hakkari

Après avoir contribué à animer les halay le temps de quelques danses, les comédiens ont donné une prestation. Comme la scène se déroulait en kurde et qu’il y avait peu de jeux de scène, je n’ai rien compris. Mais le public, qui lui comprenait, s’amusait.