Semdinli : Nevroz officiel – Newroz réel. (cuvée 2012)

Voilà en images ce qu’a donné  le fameux  Nevroz officiel, à Semdinli dans la province d’Hakkari. En effet pour tenter d’en finir avec ce fichu  Newroz, temps fort des mobilisations kurdes en Turquie, les autorités onttenté de le turquifier dans les années 90, comme Etienne Copeaux l’expliquait sur son blog.

On peut aimer.

Ou préférer l’ambiance du Newroz en rouge vert jaune, qui avait lieu le même jour dans la petite ville, près des frontières irakienne et iranienne.

 

 

 

 

 

 

20 mars : Les feux de Nowruz s’allument à Bakou, les fumées se répandent en Turquie

A Bakou, comme partout où il est fêté, Nowruz débutait le mardi 20 mars. A 5 heures 17 du matin exactement. Normal, c’est à cette date et à cette heure qu’avait lieu l’équinoxe cette année sur la capitale de l’Azerbaijan. (en fait le président Alijev l’a même ouvert le 19 ! Certains médias turcs vont-ils dénoncer un « Nowroz précoce »? )  Il débutait un peu plus tôt ou un peu plus tard, ce même mardi 20 mardi, dans toute  l’aire culturelle où la fête est célébrée.

Petits veinards, les habitants de ce pays très ami de la Turquie, ont 6 jours pour célébrer l’arrivée du « jour nouveau » et du nouvel an : du mardi 20 au lundi  26 mars, contre seulement 3 jours – du 20 au 23 pour les Iraniens.  Les jeunes de Yüksekova  qui y sont étudiants, ont du apprécier la différence cette année. Et selon eux c’est sympa Bakou.

Mon ami Faik, qui avait filé de Diyarbakir sur Van avec la pelleteuse de son entreprise, dès l’annonce du séisme en novembre dernier, aurait mieux fait de profiter de Nowruz/ Newroz pour répondre à l’invitation des sauveteurs azéris – « des types exceptionnels »- avec laquelle il avait fait équipe pour sauver des vies à Erçis.

Je n’ai pas encore déniché d’images du  Nowruz 2012 à Bakou. Mais en  voici  de 2011

 

Chez les Kurdes de Turquie, les festivités ayant aussi  été  interdites ce mardi 20 mars, et voilà ce que ça  a donné  ce jour là à Yüksekova.

même chose  à Van, Batman, Cizre, Mersin (où comme dans d’autres villes, le Vali avait d’abord donné son accord avant de la retirer sur ordre du nouveau ministre de l’intérieur ) ,  Urfa….. vidéo ici)

 

Un policier a été tué  et des dizaines de personnes ont été  blessées ce jour là encore, dont Ahmet Türk, à Batman. L’ancien président du BDP a eu ‘un malaise cardiaque après que les forces de polices aient lancé une bombe lacrymogène dans le bus avec lequel il arrivait  en compagnie d’autres responsables du BDP, comme Aysel Tugluk. Et l’œil au beurre noir qu’on lui voit sur cette vidéo,  aurait été  une  façon de lui souhaiter sa fête (de Newroz)par un policier,  lorsqu’il en descendait , déjà mal en point.

 

Beaucoup plus de fumées que de lumières le 20 mars  pour la même fête,  chez le grand  voisin de l’Azerbaijan. Où officiellement – et après avoir été totalement interdit –  le « Nevruz » ne doit plus  se fêter que le 21 mars, c’est à dire le jour du printemps…dans le calendrier grégorien. Un printemps qui débute presque avec l’équinoxe. Mais pas tout à fait.

Dans Hurriyet Today,  Mustafa Akyol, qui n’éprouve  aucune sympathie ni pour le PKK, ni même pour le BDP, mais qui ne craint pas le W comme si elle était une lettre magique  parle « de la stupidité d’interdire Newroz » )

 

 

 

 

 

Triste Newroz 2012 à Diyarbakir et Istanbul..

 

Comme je le prévoyais malheureusement  dans mon précédent billet (et comme tout le monde devait s’en douter en Turquie) , Newroz 2012 a fait de nombreuses  victimes (comme à chaque fois qu’il est interdit). Et cette année, les autorités avaient interdit  de le fêter le dimanche 18 mars à Diyarbakir et Istanbul.

Rappelons pour ceux qui font semblant d’avoir la mémoire courte (et pour lesquels la date du 21 mars semblent soudainement s’imposer comme une évidence) , que s’il avait bien été célébré le 21 mars, l’année dernière à Diyarbakir, qui clôturait les festivités s’étant échelonnées sur plusieurs jours, comme d’habitude;  c’est le dimanche 20 mars qu’il l’avait été fêté  à Istanbul.  Tout simplement parce que le dimanche est férié en Turquie et que tous ceux qui souhaitent y participer n’ont pas forcément des employeurs compréhensifs. Et la date choisie ne semblait pas avoir dérangé les autorités.

Quelque en soit les motifs, les conséquences d’une telle injonction étaient prévisibles. Les vali (gouverneurs) devaient bien se douter que les élus  kurdes n’accepteraient pas de s’y plier et  que leur base n’aurait sans doute pas compris qu’ils le fassent.

 

Un ami qui avait voté AKP aux élections de 2007, l’année où le parti de Recep Tayyip Erdogan avait fait une percée exceptionnelle dans la région kurde était amer après la série d’interdictions de célébrer Newroz qui avaient suivie quelques mois plus tard. « Ils choisissent d’humilier les Kurdes ». Comme celles de  beaucoup d’autres, sa voix est ensuite retournée au BDP aux élections suivantes…

Sirri Sürreya Onder à Istanbul et Osman Baydemir à Diyarbakir ont demandé en vain aux autorités de lever l’interdiction, alors que les foules affluaient sur les lieux où le BDP avait décidé de braver l’interdiction.   Dans ces deux villes,  les heurts avec les forces de l’ordre ont été très violents . Haci Zengin, responsable du  BDP d’Arnavutkoy à Istanbul,  a été tué par une bonbonne  de gaz lacrymogène reçue en pleine tête – ce qui n’est pas sans rappeler la mort d’un autre cadre du BDP de Van, mort après en avoir reçue une en pleine poitrine, l’été dernier à Hakkari.

A Diyarbakir ce sont deux enfants de 14 et 9 ans qui ont été gravement blessés par ces mêmes bonbonnes. L’un d’eux en  a aussi  reçue une  en plein visage.

Les unités anti-émeutes (cevik kuvvet) turques n’étant pas plus stupides que celles de MAM, qui proposait d’envoyer nos CRS  apprendre aux policiers tunisiens à réprimer en faisant moins de victimes – si les policiers avaient l’ordre strict  d’éviter à tout prix les blessés, ces gaz lacrymogènes ne seraient pas tirés à hauteur d’hommes (et d’enfants).

La première journée de Newroz 2012 se solde par un mort, érigé  « martyr » du Newroz,  des dizaines de blessés – dont plusieurs policiers –  plus de 150 arrestations et des dégâts matériels  importants.

Dans le quartier de Fatih, à Istanbul, un jeune kurde (jeune casseur   ou simple participant ? )  a été lynché par un groupe de  fous furieux, qui ne se sentent nullement gênés d’être filmés à visage découvert, et qui m’ont l’air un peu jeunes pour être les propriétaires d’un magasin saccagé, comme on peut le voir sur cette vidéo

Les Yüksekova Haber donnent un florilège de gros titres des médias. La palme du mauvais goût  va au journal Günes qui titre : » Polis 1 – BDP 0″, faisant allusion à la mort du cadre du BDP tué. Celui de « la terreur de Nevruz (sic)  » (Bugun) est pas mal non plus, alors que certains éditorialistes prédisaient un Newroz émaillé  d’ attaques du PKK. (pour ceux qui l’ignoreraient, en Turquie « terreur » est synonyme de PKK)

Quant à l’AFP, on se demande si son correspondant a jamais mis les pieds une fois dans sa vie  à Diyarbakir : la dépêche  reproduite par Hürriyet Today’s indique que 5000 personnes se seraient rendues aux festivités. De son côté Bianet fait état  plusieurs centaines de milliers qui auraient rejoint  la place (à 5 km de la ville !) où il est traditionnellement célébré. Un chiffre sans doute plus proche de la réalité et qui explique que les autorités aient finalement choisi de laisser les festivités se dérouler.

Et en attendant les festivités du mardi 20, à Van notamment où elles sont interdites  et celles du 21 , les arrestations se poursuivent dans ces villes.

 

le 21 erratum. A la relecture d’un de mes billets rédigés à l’occasion du précédent  Newroz , j’ai réalisé que la ville de Diyarbakir avait elle aussi célébré le Newroz 2011 le dimanche 20 mars. Et les célébrations avaient débuté le 19 mars, sans qu’aucun journal ou éditorialiste ne parle d’erken Nevroz (Newroz précoce !)

 

 

 

A Diyarbakir, Van, Istanbul.. les fêtes de Newroz ne sont pas autorisées.

Cette année, c’est à Diyarbakir que doivent débuter les fêtes de Newroz 2012 , le nouvel an kurde (et celui des Iraniens), dimanche prochain 18 mars. Mais pour une raison qui me reste obscure –  cette année, l’autorisation de le célébrer dimanche  été refusée  par le gouverneur de la ville. Le motif donné est que Nevroz (sic) ne pourrait être fêté que le 21 mars…sans proposer d’en faire un jour férié (naturellement).

Refusée aussi à Van et à Istanbul. C’est la première fois, je crois que les autorités turques avancent ce motif. Les festivités de Newroz ont coutume de s’échelonner dans la région. Ainsi il y a deux ans, elles avaient  débuté  un 19 mars à Yüksekova.

Évidemment, vue l’ambiance qui règne dans la région (arrestations en masse dans le cadre du procès du KCK qui se sont encore intensifiées à l’approche des fêtes , avec l’arrestation d’une centaine de personnes, surtout des étudiants, le 16 mars ; massacre d’Uludere, reprise des actions violentes du PKK depuis cet été  etc…), les autorités doivent craindre que Newroz soit l’occasion de redonner du souffle aux mobilisations civiles  kurdes, qui semblaient s’essouffler  ces derniers mois. L’année dernière, en pleine période électorale, les festivités s’ étaient interrompues plus tôt que d’habitude pour donner lieu à des grandes manifestations.

Mais Newroz est  une véritable institution à Diyarbakir. Et le temps fort par excellence de la mobilisation kurde. Strictement interdit après le coup d’état de 1980, ceux qui chaque année bravaient l’interdiction risquaient leur vie, et les fêtes de Newroz faisaient régulièrement des victimes. Au Newroz de  1992, il  y avait eu 57 morts à Cizre.

Chaque année ce sont des centaines de milliers de personnes qui assistent à celui de Diyarbakir. Et ça fait des années que plus aucun gouverneur ne l’y avait interdit. Même en 2008, alors que dans d’autres villes, des gouverneurs avaient refusé de l’ autoriser, il avait été célébré à Diyarbakir.

Cette année là, son interdiction à Hakkari  avait été le déclencheur d’un cycle d’émeutes urbaines, qui ne se sont calmées qu’avec  l’élection de Selahattin Demirtas, le co président du BDP,  comme député de la ville aux dernières élections.  Il y avait eu célébrations « sauvages » dans les quartiers et la semaine de Newroz s’était soldée par plusieurs morts. Le successeur du gouverneur de l’époque n’a jamais interdit Newroz.

Comme c’était prévisible, le BDP a décidé de se passer d’autorisation et de le célébrer dimanche là où le parti l’avait prévu.

J’avoue avoir du mal à comprendre ce qui se passe . Mais ça m’étonnerait que ce soit en interdisant Newroz le dimanche que le calme sera préservé dans la région.

Emre Uslu, chroniqueur à Today’s Zaman, affirme de son côté que les autorités auraient seulement exigé que Newroz soit célébré dans des stades à l’extérieur des villes, qu’il qualifie de « lieux sécurisés »…Outre que je n’ai trouvé nulle part ailleurs cette « info », je doute qu’il fréquente beaucoup les stades de la région. Où voit- il voit un stade capable d’accueillir entre 500 000 et 1 million de personnes à Diyarbakir. Quant à celui d’Hakkari  outre qu’il n’est pas bien grand, il est situé au coeur de la ville, et j’imagine l’état de la pelouse après avoir été piétinée par des milliers de personnes !