Newroz 2014, élections du 30 mars et « référendum pour l’autonomie ».

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Transformer les élections municipales (et de province) du 30 mars prochain en référendum est à la mode en Turquie ces derniers temps. Elle a été lancée par le chef du gouvernement AKP   Recep Tayyip Erdogan   pour qui elles doivent tenir lieu de test de popularité  et de « tribunal populaire devant absoudre ses proches des suspicions de corruption qui les accablent.  Pas de raison que les autres partis n’en fassent pas autant.

C’est en tout cas le choix que fait aussi le BDP, le parti kurde, branche légale du PKK, qui selon toute probabilité va remporter de nouvelles villes . Il est très probable qu’Ahmet Türk remporte la mairie de Mardin, actuellement AKP  et il y aura certainement  d’autres surprises.

 

Alors que vendredi 21 mars une nouvelle lettre d’Öcalan, le leader du PKK emprisonné sera lu à la foule, le KCK (branche politique du PKK) a donné le ton. La fameuse « autonomie démocratique » c’est maintenant que le peuple va la décréter, fait-il savoir par son agence de presse,  Firat Haber, le jour où Yüksekova fête Newroz.

En fait l’autonomie avait déjà été décrétée, un 14 juillet, il y a deux étés.  Mais une violente attaque du PKK, dans laquelle une quinzaine d’appelés avaient été tués,  venant rompre un cessez le feu, lui  avait volé la UNE. Ensuite, pendant plus d’un an, plus personne n’avait pu rendre visite à Öcalan dans sa prison d’Imrali. Il n’avait réapparu que pour mettre fin à une longue  grève de la faim que tous les prisonniers politiques du mouvement , même ceux qui en avaient été dispensés pour raison de santé les premières semaines, avaient fini  par suivre. Juste à temps sans doute pour éviter que les premiers grévistes ne succombent (et que la rue kurde et d’extrême gauche n’explosent).

Quelques mois plus tard, Öcalan devenait l’interlocuteur de l’Etat turc dans un processus de paix (süreç), « officialisé » dans une lettre lue devant des centaines de milliers de personnesn  au dernier Newroz de Diyarbakir. Et pour la première fois depuis le début du conflit, en 1984, l’armée aussi respectait un cessez le feu. C’est la principale avancée de ce processus. Pour le reste, malgré les nombreuses navettes entre Imrali et les camps de Qandil entrepris par les députés BDP autorisés à rencontrer Öcalan, il semble  bien enlisé.

Décréter ce « référendum populaire » est sans doute une façon de le relancer, tout  en prenant la main.

En fait, si j’ai bien compris,   ce sont  les foules affluant aux festivités de Newroz tout autant que les résultats aux élections qui devraient avoir valeur de référendum pour l’autonomie. Je ne suis pas certaine que cela soit une façon très démocratique de choisir son autonomie. Et je ne vois pas bien  ce que cela peut signifier dans les faits(on devrait bientôt l’apprendre).  Mais une chose est claire :  le mouvement kurde n’a pas l’intention de céder sur ce point dans la suite du processus…Si suite du processus il y a. Pour le moment l’avenir est quelque peu incertain en Turquie.Et quand  Erdogan accuse ses anciens alliés fethullah avec lesquels la guerre est déclarée de vouloir briser le processus de paix, il n’a sans doute pas complètement tort.

En attendant l’autonomie, ce Newroz est aussi placé sous le signe de la liberté pour Öcalan, le fondateur du PKK et le « vrai basbakan » de ses sympathisants. Un seul ordre de lui (sans doute  bien préparé en amont) et tous les commandants ont cessé le feu…Même si pour le retrait en deçà des frontières, ils ont davantage traîné les pieds : moins du quart des combattants auraient quitté le pays.

La liberté pour le Kurdistan n’est pas oublié non plus. Ni Sakine Sansiz assassinée à Paris, il y a un peu plus d’un an.

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Newroz avec W, c’est le nouvel an traditionnel kurde, certes, mais depuis son interdiction stricte dans les années 80, c’est une fête politique, celle du mouvement kurde. Et maintenant que le fondateur du PKK est devenu un interlocuteur reconnu de l’État turc, plus besoin de louvoyer. A Yüksekova ce jeudi 20 mars, ce sont les symboles du PKK qui sont clairement  affichés à la tribune.

Et ses guérillas qui sont à l’honneur et  dont on abhorre la tenue, à Newroz comme dans les mariages. (parmi eux se mêlent peut-être de vrais  guérillas venus fêter Newroz. Allez donc savoir).

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J’entendais dernièrement une personne « spécialiste  » de la Turquie affirmer que l’idéologie du PKK était en perte de vitesse parmi la jeunesse kurde. Elle n’a pas du se rendre souvent dans les provinces kurdes de Turquie (ni dans certains quartiers d’Istanbul) pour dire des choses pareilles . L’idéologie, je ne sais pas (ni d’ailleurs si on peut toujours parler d’idéologie, le PKK me paraît avant tout une organisation nationaliste kurde), mais à ce que j’en vois, les sympathies des enfants des anciens militants des organisations kurdes jadis considérées comme ennemies, vont très souvent au PKK, qui ne donne pas du tout l’impression d’être en perte de vitesse chez les jeunes, même si les opinions sont évidemment diverses au sein de la jeunesse kurde.

 

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Plus colorés les costumes des filles de Yüksekova . Ces coiffures à pompons sont des coiffures traditionnelles de la province d’Hakkari

 

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Les garçons aiment cependant les mêmes  couleurs…(rouge vert jaune ).

 

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Sans commentaire et sans photo montage.

Et à Diyarbakir la foule sera naturellement bien plus nombreuse. Les Kurdes parlent d’un « Newroz historique ». Des milliers d’invitations ont été lancées. Hero Tabalani, la femme du président irakien et le fondateur du PUK (Yetiki), y représentera son époux, hospitalisé depuis de longs mois. Elle est arrivée dans la ville.  Barzani a été  invité lui aussi, mais pas le chanteur Siwan Perwer…

Mais il est peu probable que ce Newroz  de Diyarbakir, aussi historique soit-il, face la UNE de l’actualité en dehors de la région  kurde. En effet, la Turquie vient de découvrir que TWITTER a été bloqué peu avant minuit , quelques heures à peine après le nouveau  coup de sang de Recep Tayyip Erdogan contre le réseau social, lors d’un meeting à Bursa. « Nous allons éradiquer Twitter. Qu’importe ce qu’en pense la communauté internationale.  Tout le monde va apprendre ce qu’est la force de la République de Turquie ! ». Les millions d’utilisateurs du pays vont être les premiers à l’apprendre et pas certain qu’ils vont beaucoup apprécier la force de leur  République….

Et la droit de twitter en toute liberté pourrait bien être d’actualité aussi au Newroz de Diyarbakir. Tous les candidats du BDP partagent leurs images de campagne sur des comptes Twitter.

Sabotage : Pas de drapeau turc au Newroz de Diyarbakir !

L’annonce de la fin du conflit armé, la  « fraternité turco kurde » et même l’éloge de « la bannière  musulmane » sous laquelle elle se serait épanouie avant la naissance de la  République (ça c’est plus nouveau) proclamé  par le message d’Öcalan  devant une immense foule en liesse lors du Newroz à Diyarbakir,  n’ont pas suffit. Certes, tout le monde ou presque  se réjouit.

Mais la fête était trop belle sans doute !  Il fallait bien trouver un couac. On l’a trouvé.

Il n’y avait pas de drapeau turc pour « Nevroz »  ! Un acte de sabotage du BDP, le parti du mouvement  kurde,  contre le processus de paix a déclaré  Recep Tayyip Erdogan.  Rien que cela !  Il est possible que  lors des rencontres à Imrali le BDP avait été prié de l’afficher ce drapeau et qu’il n’ en ait fait qu’à sa tête. De là à le qualifier de saboteur.

Le président Gül a renchéri, à l’unisson cette fois  avec son principal concurrent  à la course à la présidentielle. Processus de paix ou non, l’AKP  n’a pas envie d’abandonner cette question  ô  combien sensible à l’opposition.

Car la palme va au CHP qui  n’a pas l’air de beaucoup se réjouir de la fin annoncée des combats entre jeunes citoyen(ne)s d’un même pays, qui ont quand même fait plus de 45000 morts depuis 30 ans que le conflit perdure – des morts essentiellement kurdes, il est vrai (8000 victimes au sein des forces de sécurité au sein desquelles il y a aussi des Kurdes). Le parti kémaliste a choisi de rester silencieux pendant deux jours, avant de déclarer soutenir avec réserve le processus de paix. Et c’est par un immense drapeau turc brandi sur la façade du bâtiment  du CHP à Ankara que le message d’Öcalan était accueilli jeudi soir. Visiblement, l’annonce de paix faisait courir un grand danger à la  République.

Drapeau turc que le président du CHP Kemal Kiliçdaroglu affichait sur son compte Twitter, assorti d’un court extrait  de l’hymne national turc :

« çatma, kurban olayım, çehreni  hey nazlı hilal!’

« Ô croissant chéri, ne t’emporte pas, je peux donner ma vie pour toi. »

S’il annonçait ainsi qu’il était prêt à s’engager dans les commandos et à laisser sa peau  dans les montagnes d’Hakkari, c’est un peu tard. Il avait 29 ans pour le faire. Mais Karayilan vient de déclarer le cessez le feu annoncé par Öcalan. Et en Août les combattants du PKK devraient quitter le territoire turc a confirmé vendredi Selahttin Demirtas, le co-président du BDP.

Cela m’étonnerait que le gazouillis de Kiliçdaroglu ait beaucoup plu aux rares députés kurdes du CHP, comme Sezgin Tanrikulu ou Hüseyin Aygun, qui se revendique il est vrai  alévi zaza plutôt  que kurde, mais qui peut difficilement être qualifié de kémaliste pur et dur. Un de mes amis alévi, jusque là inconditionnel de Kiliçdaroglu,  était furieux. « Un parti qui se prétend social démocrate et est dirigé par un Alévi (forcément démocrate jusqu’alors ) devrait être  en avance sur l’AKP  avec la question kurde,  pas freiner comme ça ! ».

Quant au  MHP,  c’est au sein de l’Assemblée Nationale qu’il l’a brandi.  Pour l’extrême droite les pourparlers avec le « chef terroriste », qualifié de « tueurs d’enfants » équivaut évidemment à une trahison. Il n’y a qu’une seule méthode qui vaille :  « éradiquer le PKK » . Qu’importe si ça fait 29 ans que l’armée turque n’y arrive pas.


Le problème, c’est que le drapeau turc n’a jamais été affiché pendant les fêtes de Newroz rappelle sèchement Aysel Tugluk. En effet cette fête qui annonce le nouvel an kurde, iranien, azéri… est devenu en Turquie  un temps fort des mobilisations kurdes. La fête où tout le monde dans des villes comme Diyarbakir ou Hakkari – même les sympathisants AKP – affiche sa kurdité avec allégresse  et à laquelle il était risqué de prendre part dans les années 90.  Peut-être qu’il a fallu une couverture médiatique exceptionnelle, pour que le reste du pays se rende enfin compte que c’était une fête en rouge, vert, jaune, celles du drapeau kurde dont on peut apprendre l’histoire sur le blog de Sandrine Alexis.

Et la député ajoute que les Kurdes n’ont aucun problème avec le drapeau national qu’ils respectent.  Esat Canan, qui se veut plus conciliant, regrette son absence un tel jour et  parle d’oubli (il était aussi oublié dans sa ville de Yüksekova )  Et Nursel Aydoğan, députée de Diyarbakir aurait même assuré « que le peuple kurde n’a jamais eu aucun problème avec le  principe d’un « seul drapeau »( tek  bayrak)  qu’il a adopté depuis le début de la République », ce qui a peut-être fait  grincer quelques dents au sein du mouvement kurde, tant le slogan « Un seul Etat, un seul peuple, un seul drapeau » (Tek devlet, tek millet, tek bayrak)  est synonyme de « On vous prévient les Kurdes ! ». Mais dans l’allégresse générale, c’est peut-être passé sans que personne ne le relève.

Le drapeau turc  n’est à l’honneur que  dans le Nevroz officiel organisé depuis les années 90 par les autorité pour tenter de turquifier ce fichu Newroz, tentative ratée – quand on visionne la vidéo on comprend pourquoi ! Un resmi Nevroz où le drapeau turc est bien affiché,  qui débute  avec l’hymne national turc et durant lequel des officiels sautent maladroitement par-dessus  un petit feu, tandis qu’un public de fonctionnaires turcs coincé sur des chaises applaudit en semblant s’ennuyer  à mort.

 

Et où l’année dernière, des petits cadeaux (des cigarettes sans doute, selon un copain kurde) étaient distribués aux villageois korucus de Semdinli (Hakkari)  conviés à la cérémonie, comme on le voit sur la vidéo.

Processus de paix aidant, les autorités ont renoncé semble-t-il  à  leur  Nevroz officiel sans W.  Un tel renoncement  valait peut-être un coup de sang pour le drapeau. Il fallait peut-être surtout  donner une réponse au choc des images. Le rouge, vert, jaune des festivités, le public turc des chaînes de TV commence à s’y faire. Mais les immenses effigie d’Öcalan  le « tueur d’enfants » – ont pu choquer certaines sensibilités.

Cette crise du drapeau, aussi minime semble t’elle face aux enjeux qui se dessinent augure des difficultés auquel le processus de paix va être confronté. Entre un mouvement kurde qui ne sera sans doute pas prêt à toutes les concessions et le nationalisme de l’opinion publique turque auquel il faudra aussi donner des gages, ça promet au moins en « coups de gueule »  du chef de gouvernement.

Les modalité du retrait des combattants du PKK du territoire turc doit être un casse-tête. En 1999 alors qu’ils se repliaient, obéissant à l’ordre d’un Öcalan humilié après son rapt au Kenya,  ils s’étaient fait massacrer par l’armée (500 tués dans leurs rangs). Erdogan a promis que cela ne se reproduirait pas. Mais cela sera sans doute  difficile d’éviter des scènes de fraternisation avec des populations sympathisantes sur le chemin du repli. Or, la foule acclamant les quelques guérillas rentrant en Turquie par le poste d’Habur dans le cadre de l’ouverture démocratique (Acilim) avait crée un tel choc dans l’opinion que le processus avait été interrompu. A quelques mois de l’élection présidentielle Erdogan n’a certainement pas envie de reproduire la même expérience. On comprend qu’il aurait préféré que la date du retrait soit fixée au 16 juin.

Mais ce sera en Août. Or le 15 août est une date symbolique pour le PKK. Celle qui marque le début de son insurrection (après toute les précédentes insurrections kurdes)

Quant aux provocations en tout genre, ça commence déjà. A Silivri dans la banlieue d’Istanbul des ülkücü (ultra nationalistes) viennent de s’en prendre  violemment à 7 maçons kurdes qui bossaient sur un chantier.

 

Newroz à Diyarbakir – le message de paix d’Öcalan (en kurde et en turc)

Ceux qui comprennent le turc peuvent écouter le message d’Öcalan délivré d’abord en kurde par Pervin Buldan, puis en turc par Sırrı Süreya Önder au Newroz de Diyarbakir devant au moins un million de personnes.

 

On peut aussi le lire (en turc et en kurde !)  sur les Yüksekova Haber

Il annonce la fin du conflit armé, une forme de lutte qui n’est plus  de notre époque. Cest vrai que le PKK s’est constitué en  pleine guerre froide ! Et que si le président Turgut Ozal n’était  pas mort d’une (étrange et opportune )  crise cardiaque, le conflit armé  aurait sans doute  pu se terminer en même temps que la  guerre froide, au début des années 90  et avant la destruction de milliers de villages et d’alpages !

Ce n’est pas pour autant que les mobilisations vont cesser. Des deux slogans des rassemblements de Newroz : « La liberté pour Öcalan », ne devrait pas être le plus difficile à atteindre un « deal » a du déjà être fait  avec le leader du PKK. Sans doute pas la liberté – du moins pas tout de suite et sans doute pas en Turquie., Mais il quittera  peut-être sa forteresse- prison de l’île d’Imrali pour  une sorte de résidence surveillée. Le second, « un statut pour les Kurdes » sera peut-être plus plus compliqué à obtenir .  Tout dépend de ce qui est entendu dans la notion vague de « statut »..

Et signe des temps, les médias turcs ne divisent plus  par 15 l’importance de la foule fêtant Newroz à Diyarbakir ! Jusqu’ici ils donnaient systématiquement le chiffre de 50 000 participants… »Newroz historique » aidant,  on n’oublie pas de zéro cette fois. Mais le W à Newroz fera peut-être partie des revendications pour donner ce  fameux « statut » aux Kurdes…

Ici les premières vidéos de la fête de Newroz à Diyarbakir. Cette fois les médias  qui d’habitude passent rapidement sur ces fêtes (sauf quand elles sont interdites et que ça barde), devraient largement diffuser ces images sur les chaînes de TV de Turquie.

« Baris istiyoruz », Baris istiyoruz » » Artik yeter « ! (Nous voulons la paix – ça suffit ! ). « Nous ne voulons plus de soldats tués, ni guérillas tués. » Les interviewés diffusent des messages de paix.

Le PKK a aussi envoyé un message et  confirme qu’il va respecter le  cessez le feu annoncé depuis des semaines.  Sinon,   j’avoue que je n’ai pas compris en quoi consistait cette fameuse feuille de route. Ni quelles sont les garanties obtenues par le mouvement kurde . Une sorte de paix des braves est-elle prévue après  le départ des guérillas du  territoire turc ? On en saura plus sans doute dans les semaines à venir.

Un message destiné à séduire  l’opinion turque – surtout AKP –   aussi de toute évidence.  Il n’est plus question « d’autonomie démocratique » mais est évoquée une   « fraternité de l’Islam démocratique (Islami demokratik kardeslik) »  (de l’époque ottomane, si j’ai bien compris) qui rappelle la rhétorique d’Erdogan et devrait séduire les admirateurs de celui-ci. Il y a quelques semaines un ministre avait déclaré qu’Öcalan était un bon musulman (il était très religieux dans son enfance…mais ensuite il a choisi le marxisme).

Mais le message principal est clair et porteur d’espoir : le politique devrait dorénavant remplacer la violence des armes.

Une commission des sages devrait se mettre en place dans le cadre de ce processus de paix qui commence,  a annoncé le chef de gouvernement.  C’était d’ailleurs une proposition du CHP  émise il y un an rappelle Sezgin Tanrikulu député CHP et ancien président du barreau de Diyarbakir. Mais alors que son parti tenait à ce qu’elle soit formée au sein du Parlement, elle lui serait extérieure, des représentants de la société civile  y participeraient (syndicats, associations) et le chef du gouvernement doit se charger d’en choisir les membres….

L’Union des Étudiants Kurdes de France (UEKF) a traduit le message d’Öcalan en français. A lire ICI

Newroz 2013 : la foule à Siverek, la neige (et la foule aussi) à Hakkari.


Cette fois les Urfa Haber n’ont pas escamoté son W à Newroz (comme la plupart des médias turcs (pas tous) continuent  de le faire, toujours aussi coincés malgré le processus de paix).  Et les images sont impressionnantes :  il y avait foule à Siverek pour fêter Newroz 2013.

La petite ville est certes  la patrie de Mehmet Uzun, de Yilmaz Güney (par son père) et de quelques autres célébrités kurdes. Mais ce doit être la première fois, que la fête en rouge vert jaune y attire une telle affluence.

Ahmet Türk, le député de Mardin avait fait le déplacement pour prêcher la bonne nouvelle.

Apo aussi était présent…enfin, son effigie

 

A Hakkari, qui l’a fêté un peu  tôt, il  neigeait pour Newroz. Cela n’a pas découragé la foule. Et comme d’habitude – processus de paix ou non – il y avait de l’ambiance !

A Yüksekova, 2 jours plus tard, le printemps s’annonçait par contre dans la province à en juger la tenue des filles….Mais il ne faut sans doute pas s’y fier. Il ne devait pas faire bien chaud. Mais au moins il ne neigeait pas.

Et comme on le voit sur la vidéo,  Öcalan était à l’honneur.

Il n’y a plus qu’à attendre sa feuille de route, jeudi 21 à Diyarbakir « Le peuple kurde et le peuple turc seront tous les deux gagnants » a annoncé Gülten Kisanak à Siirt, qui apparemment a toujours de la voix. Je ne sais pas comment elle fait, elle n’arrête pas les discours de meeting depuis le début du mois !

Il faut bien cela il faut dire pour que les Kurdes sympathisants du BDP  commencent à y croire à ce processus de paix . Je les ai trouvés  assez réservés,  Rien à voir avec l’enthousiasme du début de l’Acilim en août 2009. C’est vrai qu’il avait vite été douché. On comprend donc que cette fois, ils attendent de voir. Mais ça ne veut ne pas dire que cette fois ne sera pas la bonne.

En attendant :  Newroz piroz be ! (avec une pensée pour ceux qui le fêteront dans la cellule de leur prison, dans lesquelles il y devrait y avoir quelques halay et beaucoup d’espoir  quand-même)

Et j’ajoute une vidéo de Newroz à Van, qui a ouvert le bal le 17 mars, avec Ciwan Haco sur le podium.

 

 

 

 

 

 

 

 

Newroz 2013 s’ouvre à Van le dimanche 17 mars (Diyarbakir le 21)

La plupart des médias turcs ont toujours autant de mal avec le W de Newroz, (même les Urfa Haber le turquifient  en Nevroz (ça promet d’y être gai )!  –   mais au moins cette année, aucun vali  (gouverneur) ne devrait avoir l’idée d’interdire que les festivités s’étalent sur une semaine. Enfin presque. En effet, cette année  exceptionnellement  Diyarbakir clôturera les festivités un jeudi et non un jour de WE. C’est ce jour là  le jeudi 21 que devraient être annoncées les volontés  d’Abdûllah Öcalan – qui pourrait être autorisé à s’exprimer aux siens par vidéo –  et que le PKK devrait annoncer un cessez le feu.

D’ici là, une nouvelle  délégation du BDP, à laquelle  Selahattin Demirtaş, le co président du parti kurde serait cette fois autorisé à prendre part,   se sera rendue à Imrali et aura remis au leader kurde  les réponses données aux  missives qu’il a adressées au  Parti BDP, au  PKK Europe et aux commandants de Qandil (KCK).  Le 21 on devrait donc (normalement)  en savoir davantage sur ce fameux processus de paix.

Il y a toujours une foule immense à Diyarbakir pour Newroz. Mais cette année ça va être exceptionnel. 1367 parlementaires, 210 universitaires, 57 chaînes de TV et 117 journalistes sont attendus ! A moins d’avoir des amis sur place, il vaudra mieux avoir réservé sa chambre de l’hôtel à l’avance..

Mais c’est Van (et quelques autres villes, dont Izmir) qui ouvre cette année le bal. Newroz y sera célébré dimanche 17. Enfin officiellement, car dans les faits ça a déjà commencé ça et là , notamment à Yüksekova…

Pour cette année les slogans du parti seraient « Liberté pour Öcalan » et « un statut pour les Kurdes » indiquent les Yüksekova Haber .

Voici le programme des festivités :

17 Mars 2013 (dimanche )
Adana, Antalya, Aydın, Bursa, Denizli, Gaziantep, İstanbul, İzmir, Kocaeli, Konya, Manisa, Mersin, Tekirdağ, Van, Ceylanpınar, İskenderun, Milas, Silvan.

18 Mars 2013 (lundi )
Bingöl, Dersim, Hakkari, Iğdır, Kars, Muş, Ergani, Kızıltepe, Lice.

19 Mars 2013 (mardi)
Ağrı, Batman, Bitlis, Erzurum, Mardin, Urfa, Bismil, Pazarcık.

20 Mars 2013 (mercredi )
Adıyaman, Elazığ, Malatya, Siirt, Doğubeyazıt, Elbistan, Silopi, Tatvan, Yüksekova.

21 Mars 2013 (jeudi ) ; Diyarbakir.

Quant au  « jour nouveau » (Newroz) ou printemps , il est déjà là : il fait 21° à Diyarbakir!

Semdinli : Nevroz officiel – Newroz réel. (cuvée 2012)

Voilà en images ce qu’a donné  le fameux  Nevroz officiel, à Semdinli dans la province d’Hakkari. En effet pour tenter d’en finir avec ce fichu  Newroz, temps fort des mobilisations kurdes en Turquie, les autorités onttenté de le turquifier dans les années 90, comme Etienne Copeaux l’expliquait sur son blog.

On peut aimer.

Ou préférer l’ambiance du Newroz en rouge vert jaune, qui avait lieu le même jour dans la petite ville, près des frontières irakienne et iranienne.

 

 

 

 

 

 

20 mars : Les feux de Nowruz s’allument à Bakou, les fumées se répandent en Turquie

A Bakou, comme partout où il est fêté, Nowruz débutait le mardi 20 mars. A 5 heures 17 du matin exactement. Normal, c’est à cette date et à cette heure qu’avait lieu l’équinoxe cette année sur la capitale de l’Azerbaijan. (en fait le président Alijev l’a même ouvert le 19 ! Certains médias turcs vont-ils dénoncer un « Nowroz précoce »? )  Il débutait un peu plus tôt ou un peu plus tard, ce même mardi 20 mardi, dans toute  l’aire culturelle où la fête est célébrée.

Petits veinards, les habitants de ce pays très ami de la Turquie, ont 6 jours pour célébrer l’arrivée du « jour nouveau » et du nouvel an : du mardi 20 au lundi  26 mars, contre seulement 3 jours – du 20 au 23 pour les Iraniens.  Les jeunes de Yüksekova  qui y sont étudiants, ont du apprécier la différence cette année. Et selon eux c’est sympa Bakou.

Mon ami Faik, qui avait filé de Diyarbakir sur Van avec la pelleteuse de son entreprise, dès l’annonce du séisme en novembre dernier, aurait mieux fait de profiter de Nowruz/ Newroz pour répondre à l’invitation des sauveteurs azéris – « des types exceptionnels »- avec laquelle il avait fait équipe pour sauver des vies à Erçis.

Je n’ai pas encore déniché d’images du  Nowruz 2012 à Bakou. Mais en  voici  de 2011

 

Chez les Kurdes de Turquie, les festivités ayant aussi  été  interdites ce mardi 20 mars, et voilà ce que ça  a donné  ce jour là à Yüksekova.

même chose  à Van, Batman, Cizre, Mersin (où comme dans d’autres villes, le Vali avait d’abord donné son accord avant de la retirer sur ordre du nouveau ministre de l’intérieur ) ,  Urfa….. vidéo ici)

 

Un policier a été tué  et des dizaines de personnes ont été  blessées ce jour là encore, dont Ahmet Türk, à Batman. L’ancien président du BDP a eu ‘un malaise cardiaque après que les forces de polices aient lancé une bombe lacrymogène dans le bus avec lequel il arrivait  en compagnie d’autres responsables du BDP, comme Aysel Tugluk. Et l’œil au beurre noir qu’on lui voit sur cette vidéo,  aurait été  une  façon de lui souhaiter sa fête (de Newroz)par un policier,  lorsqu’il en descendait , déjà mal en point.

 

Beaucoup plus de fumées que de lumières le 20 mars  pour la même fête,  chez le grand  voisin de l’Azerbaijan. Où officiellement – et après avoir été totalement interdit –  le « Nevruz » ne doit plus  se fêter que le 21 mars, c’est à dire le jour du printemps…dans le calendrier grégorien. Un printemps qui débute presque avec l’équinoxe. Mais pas tout à fait.

Dans Hurriyet Today,  Mustafa Akyol, qui n’éprouve  aucune sympathie ni pour le PKK, ni même pour le BDP, mais qui ne craint pas le W comme si elle était une lettre magique  parle « de la stupidité d’interdire Newroz » )

 

 

 

 

 

Triste Newroz 2012 à Diyarbakir et Istanbul..

 

Comme je le prévoyais malheureusement  dans mon précédent billet (et comme tout le monde devait s’en douter en Turquie) , Newroz 2012 a fait de nombreuses  victimes (comme à chaque fois qu’il est interdit). Et cette année, les autorités avaient interdit  de le fêter le dimanche 18 mars à Diyarbakir et Istanbul.

Rappelons pour ceux qui font semblant d’avoir la mémoire courte (et pour lesquels la date du 21 mars semblent soudainement s’imposer comme une évidence) , que s’il avait bien été célébré le 21 mars, l’année dernière à Diyarbakir, qui clôturait les festivités s’étant échelonnées sur plusieurs jours, comme d’habitude;  c’est le dimanche 20 mars qu’il l’avait été fêté  à Istanbul.  Tout simplement parce que le dimanche est férié en Turquie et que tous ceux qui souhaitent y participer n’ont pas forcément des employeurs compréhensifs. Et la date choisie ne semblait pas avoir dérangé les autorités.

Quelque en soit les motifs, les conséquences d’une telle injonction étaient prévisibles. Les vali (gouverneurs) devaient bien se douter que les élus  kurdes n’accepteraient pas de s’y plier et  que leur base n’aurait sans doute pas compris qu’ils le fassent.

 

Un ami qui avait voté AKP aux élections de 2007, l’année où le parti de Recep Tayyip Erdogan avait fait une percée exceptionnelle dans la région kurde était amer après la série d’interdictions de célébrer Newroz qui avaient suivie quelques mois plus tard. « Ils choisissent d’humilier les Kurdes ». Comme celles de  beaucoup d’autres, sa voix est ensuite retournée au BDP aux élections suivantes…

Sirri Sürreya Onder à Istanbul et Osman Baydemir à Diyarbakir ont demandé en vain aux autorités de lever l’interdiction, alors que les foules affluaient sur les lieux où le BDP avait décidé de braver l’interdiction.   Dans ces deux villes,  les heurts avec les forces de l’ordre ont été très violents . Haci Zengin, responsable du  BDP d’Arnavutkoy à Istanbul,  a été tué par une bonbonne  de gaz lacrymogène reçue en pleine tête – ce qui n’est pas sans rappeler la mort d’un autre cadre du BDP de Van, mort après en avoir reçue une en pleine poitrine, l’été dernier à Hakkari.

A Diyarbakir ce sont deux enfants de 14 et 9 ans qui ont été gravement blessés par ces mêmes bonbonnes. L’un d’eux en  a aussi  reçue une  en plein visage.

Les unités anti-émeutes (cevik kuvvet) turques n’étant pas plus stupides que celles de MAM, qui proposait d’envoyer nos CRS  apprendre aux policiers tunisiens à réprimer en faisant moins de victimes – si les policiers avaient l’ordre strict  d’éviter à tout prix les blessés, ces gaz lacrymogènes ne seraient pas tirés à hauteur d’hommes (et d’enfants).

La première journée de Newroz 2012 se solde par un mort, érigé  « martyr » du Newroz,  des dizaines de blessés – dont plusieurs policiers –  plus de 150 arrestations et des dégâts matériels  importants.

Dans le quartier de Fatih, à Istanbul, un jeune kurde (jeune casseur   ou simple participant ? )  a été lynché par un groupe de  fous furieux, qui ne se sentent nullement gênés d’être filmés à visage découvert, et qui m’ont l’air un peu jeunes pour être les propriétaires d’un magasin saccagé, comme on peut le voir sur cette vidéo

Les Yüksekova Haber donnent un florilège de gros titres des médias. La palme du mauvais goût  va au journal Günes qui titre : » Polis 1 – BDP 0″, faisant allusion à la mort du cadre du BDP tué. Celui de « la terreur de Nevruz (sic)  » (Bugun) est pas mal non plus, alors que certains éditorialistes prédisaient un Newroz émaillé  d’ attaques du PKK. (pour ceux qui l’ignoreraient, en Turquie « terreur » est synonyme de PKK)

Quant à l’AFP, on se demande si son correspondant a jamais mis les pieds une fois dans sa vie  à Diyarbakir : la dépêche  reproduite par Hürriyet Today’s indique que 5000 personnes se seraient rendues aux festivités. De son côté Bianet fait état  plusieurs centaines de milliers qui auraient rejoint  la place (à 5 km de la ville !) où il est traditionnellement célébré. Un chiffre sans doute plus proche de la réalité et qui explique que les autorités aient finalement choisi de laisser les festivités se dérouler.

Et en attendant les festivités du mardi 20, à Van notamment où elles sont interdites  et celles du 21 , les arrestations se poursuivent dans ces villes.

 

le 21 erratum. A la relecture d’un de mes billets rédigés à l’occasion du précédent  Newroz , j’ai réalisé que la ville de Diyarbakir avait elle aussi célébré le Newroz 2011 le dimanche 20 mars. Et les célébrations avaient débuté le 19 mars, sans qu’aucun journal ou éditorialiste ne parle d’erken Nevroz (Newroz précoce !)

 

 

 

A Diyarbakir, Van, Istanbul.. les fêtes de Newroz ne sont pas autorisées.

Cette année, c’est à Diyarbakir que doivent débuter les fêtes de Newroz 2012 , le nouvel an kurde (et celui des Iraniens), dimanche prochain 18 mars. Mais pour une raison qui me reste obscure –  cette année, l’autorisation de le célébrer dimanche  été refusée  par le gouverneur de la ville. Le motif donné est que Nevroz (sic) ne pourrait être fêté que le 21 mars…sans proposer d’en faire un jour férié (naturellement).

Refusée aussi à Van et à Istanbul. C’est la première fois, je crois que les autorités turques avancent ce motif. Les festivités de Newroz ont coutume de s’échelonner dans la région. Ainsi il y a deux ans, elles avaient  débuté  un 19 mars à Yüksekova.

Évidemment, vue l’ambiance qui règne dans la région (arrestations en masse dans le cadre du procès du KCK qui se sont encore intensifiées à l’approche des fêtes , avec l’arrestation d’une centaine de personnes, surtout des étudiants, le 16 mars ; massacre d’Uludere, reprise des actions violentes du PKK depuis cet été  etc…), les autorités doivent craindre que Newroz soit l’occasion de redonner du souffle aux mobilisations civiles  kurdes, qui semblaient s’essouffler  ces derniers mois. L’année dernière, en pleine période électorale, les festivités s’ étaient interrompues plus tôt que d’habitude pour donner lieu à des grandes manifestations.

Mais Newroz est  une véritable institution à Diyarbakir. Et le temps fort par excellence de la mobilisation kurde. Strictement interdit après le coup d’état de 1980, ceux qui chaque année bravaient l’interdiction risquaient leur vie, et les fêtes de Newroz faisaient régulièrement des victimes. Au Newroz de  1992, il  y avait eu 57 morts à Cizre.

Chaque année ce sont des centaines de milliers de personnes qui assistent à celui de Diyarbakir. Et ça fait des années que plus aucun gouverneur ne l’y avait interdit. Même en 2008, alors que dans d’autres villes, des gouverneurs avaient refusé de l’ autoriser, il avait été célébré à Diyarbakir.

Cette année là, son interdiction à Hakkari  avait été le déclencheur d’un cycle d’émeutes urbaines, qui ne se sont calmées qu’avec  l’élection de Selahattin Demirtas, le co président du BDP,  comme député de la ville aux dernières élections.  Il y avait eu célébrations « sauvages » dans les quartiers et la semaine de Newroz s’était soldée par plusieurs morts. Le successeur du gouverneur de l’époque n’a jamais interdit Newroz.

Comme c’était prévisible, le BDP a décidé de se passer d’autorisation et de le célébrer dimanche là où le parti l’avait prévu.

J’avoue avoir du mal à comprendre ce qui se passe . Mais ça m’étonnerait que ce soit en interdisant Newroz le dimanche que le calme sera préservé dans la région.

Emre Uslu, chroniqueur à Today’s Zaman, affirme de son côté que les autorités auraient seulement exigé que Newroz soit célébré dans des stades à l’extérieur des villes, qu’il qualifie de « lieux sécurisés »…Outre que je n’ai trouvé nulle part ailleurs cette « info », je doute qu’il fréquente beaucoup les stades de la région. Où voit- il voit un stade capable d’accueillir entre 500 000 et 1 million de personnes à Diyarbakir. Quant à celui d’Hakkari  outre qu’il n’est pas bien grand, il est situé au coeur de la ville, et j’imagine l’état de la pelouse après avoir été piétinée par des milliers de personnes !

 

Touristes au Newroz de Yüksekova, le médiateur et la gifle de la députée.

 

Comme c’était prévisible, les festivités de Newroz ont rassemblé des milliers de personnes à Hakkari le dimanche 20 mars et à Yüksekova le lendemain. Et évidemment, il avait de l’ambiance ! Au delà des symboles – le rouge vert jaune des couleurs kurdes, les drapeaux à l’effigie du leader du PKK – et des slogans, on sent le plaisir des habitants de la région à être ensemble en affirmant qui ils sont. Cela me rappelle le sourire jubilatoire accompagnant le  » burasi Kurdistan !  » – ici c’est le Kurdistan –  du père d’une petite fille rencontrée à un mariage, la première fois que j’étais venue à Hakkari, il y a une dizaine d’années.

Comme c’est aussi l’habitude depuis quelques années, quelques touristes avaient fait le déplacement pour l’occasion. On voit sur la vidéo qu’ils font vraiment tout ce qu’ils peuvent pour prouver qu’ils communient avec la population de Yuksekova. Il y en un qui gigote comme un gamin, assis au premier rang de la classe et craignant quand même que le maître le loupe. Même quand la foule fait une pause, il continue à faire  le signe de la victoire –  des deux mains s’il vous plaît.  Je ne suis pas sûre qu’ils comprennent grand chose aux discours qu’ils acclament. En tout cas, celui que l’un d’eux prononce quand on lui fait les honneurs du podium est en italien.

Je présume qu’il s’agit d’une délégation venue en voyage organisé et reçue par les officiels du parti. Et il est probable qu’ils quitteront la région, avec les mêmes certitudes que celles qu’ils avaient en arrivant.

 

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Le journaliste turc Oral Calislar n’éprouve pas la nécessité de singer les jeunes filles de Diyarbakir qui posent avec lui sur la photo publiée par les Diyarbakir haber, pour leur prouver son empathie – ce qu’elles n’attendent pas de lui d’ailleurs. Et j’imagine mal un Ismail Besikçi  faire le signe de la victoire en braillant « biji Apo » à un Newroz. Pourtant le sociologue turc fait l’admiration et inspire le respect à absolument tous les Kurdes que j’ai rencontrés, y compris les plus dogmatiques des apocus n’admettant qu’une ligne, celle du parti ! D’ailleurs je ne suis pas sûre que ce soit son truc l’ambiance de Newroz, au professeur qui n’a jamais eu le droit d’exercer son métier pour avoir affirmer dans ses travaux que les Kurdes existaient et a passé une partie de sa vie en prison. Je le soupçonne de préférer la compagnie plus intime de quelques Dengê…

 

C’est très gentil d’appeler à la paix sur un podium et les participants au Newroz de Yüksekova ont sûrement apprécié. Mais c’est autre chose de tenter d’y contribuer. L’avocat sud Africain Brian Currin est en visite en Turquie, invité par la Tusiad. Après avoir exercé ses talents de médiateur dans son propre pays, il les a mis au service de la résolution d’autres conflits,  en Irlande du Nord, au Sri Lanka, au Rwanda etc… Est-ce que ça lui serait venu à l’idée de proclamer « longue vie à l’ETA », lorsqu’il s’est attelé à la question basque ? Les Kurdes de leur côté ne prendraient pas très au sérieux un négociateur  étranger qui lancerait « Ne mutlu Turkum diyene » (heureux celui qui se dit Turc), tout en prétendant vouloir contribuer à favoriser le dialogue que (presque) tout le monde à Hakkari croyait proche, quand la rencontre entre Tayyip Erdogan et Ahmet Turk lançait l’acilim, la politique d’ouverture,  en Août 2009.

Mais le gouvernement turc préfère finalement les négociations « secrètes »  avec Ocalan, le leader emprisonné du PKK – comme quoi le culte du chef caractérisant le PKK arrange bien tout le monde – à l’ouverture d’un dialogue avec le BDP, le parti pro kurde, branche légale du PKK. C’est le seul exemple que Brian Currin connaisse de gouvernement refusant de discuter avec un parti légal. Une posture qui selon lui, ne peut que prolonger le conflit. Le médiateur sud africain  préconise d’ouvrir de vraies négociations de paix avec le PKK, ce dernier comme les forces armées devant parallèlement s’engager à cesser les combats.

Il prédit aux différentes parties qu’elles foncent dans une impasse si chacune veut imposer SA solution. La seule solution est de parvenir à un consensus exigeant des compromis respectifs. Evidemment, plus facile à dire qu’à faire, surtout dans un pays où on a plus l’habitudes des petits arrangements vis à vis de l’autorité ou des rapports de forces, que la culture du compromis (ce qui n’est certes pas l’exclusivité de la Turquie).

Et on n’est pas vraiment là en Turquie où pour le moment, c’est la société civile qui fait preuve d’ouverture et s’est emparée du débat. Pour le reste, l’heure est plutôt à la fermeture et à la montée des tensions  : arrestations et grands procès d’élus BDP, menaces du PKK puis des TAK contre des intellectuels kurdes pas assez dans la ligne, fin du cessez le feu instauré par le PKK en Août dernier etc…. Quant aux médias dont le rôle est primordial lors d’ un processus de paix, la législation en vigueur ne favorise pas vraiment une parole libérée. Certes beaucoup de  tabous sont tombés, mais les journalistes qui s’éloignent trop du discours officiel sur la question kurde courent toujours le risque d’être traînés devant les tribunaux.

 

Dans la province d’Hakkari les manifestations qui ont suivi les festivités de Newroz se sont soldées par une nouvelle série d’arrestations d’élus du BDP. Dans la foulée, le journaliste  Necip Capraz, propriétaire des Yuksekova Haber a été arrêté, le 22 mars à 3 heures du matin. Son domicile a été perquisitionné. Résultat évidemment attendu, le lendemain la ville était à nouveau la proie d’émeutes. Et aujourd’hui c’est jeudi noir dans plusieurs villes de la région. A  Batman notamment, ça chauffe. A Diyarbakir, le maire  Osman Baydemir qui a décidemment le sens de la mise en scène, est monté sur un char de la police. Peut-être que ça a calmé les choses, mais je n’ose pas l’affirmer. 

 

C’est devenu tellement banal, que les médias turcs s’intéressent bien davantage à la gifle que Sabahat Tuncel, une députée BDP a donné à un chef de police, lundi lors du Newroz à Silopi ! Naturellement les caméras étaient là.  Certes, ça change des clichés de la femme-kurde-battue-par-sa-brute-de-mari, mais ce n’est vraiment pas terrible comme geste. D’autant que si j’ai bien compris, le policier giflé aurait pris pour des faits dont il n’était pas le responsable…  Une habitude qu’elle a peut-être prise au Parlement , où les députés ne dédaignent pas en venir aux mains à l’occasion. 

Je n’ai pas bien saisi ce qui s’était passé pour qu’elle ait l’air excédée comme ça. Apparemment il y avait des gazs lacrymogènes dans l’air. Et surtout le comportement des policiers vis à vis des élus kurdes n’est pas toujours exemplaire, ce qui semble beaucoup moins scandaliser (elle répète plusieurs fois qu’elle est une députée élue du peuple).  

  En tout cas, tout ça ne ressemble pas vraiment à une volonté de dialogue et  ça promet jusqu’aux élections du 12 juin.