Le Kurdistan de Syrie (Rojava) menacé par l’EIIL : Appels à la mobilisation pour sauver Kobanê.

Kobanê juillet 2012 image yeni özgür politika

Il y a deux ans exactement, le 19 juillet 2012 le PYD, le parti kurde syrien frère du PKK, prenait le contrôle du canton kurde de Kobanê (700 000 habitants) – Ayn al Arab de son nom arabisé – avec l’accord tacite de Damas, qui en retirait ses troupes. Les deux autres cantons kurdes d’Afrin (à l’ouest) et de Cezire (à l’est), où l’armée gouvernementale conservait toujours une présence par contre, suivaient. Quelques mois plus tard, en novembre 2013, les trois entités territoriales qui composent Rojava, le Kurdistan syrien,  déclaraient leur autonomie sous l’égide du PYD.

Sur Rojava, je conseille l’article « le cavalier seul des Kurdes » publié sur le site Orient XXI en mars dernier. Il propose notamment une excellente carte qui permet de saisir la situation à ceux qui n’en sont pas familiers. Et bien meilleure que celle-ci, qui faute de mieux dépanne quand même :

carte rojava  districts kurdes syrie

J’étais chez un ami kurde fervent sympathisant de Barzani le 19 juillet 2012. Tout comme les membres de sa famille dont le cœur penche davantage pour Öcalan, les images des JT turcs montrant les foules qui se déversaient dans les rues de Kobanê, brandissant drapeaux kurdes et portraits d’Abdullah Öcalan l’avaient réjoui. Chez leurs sympathisants, le sentiment pro kurde l’emporte souvent sur les querelles entre factions.

Elles avaient  moins réjoui les autorités turques. D’autant que depuis l’attaque de Silvan, le 14 juillet 2011 dans laquelle 15 soldats de l’armée turque avait été tués et qui avait marqué la fin du cessez le feu suivi par le PKK (dans le cadre des négociations alors secrètes d’Oslo), la situation était « chaude » dans les provinces kurdes de Turquie. A Tatvan, où j’avais passé une nuit à l’automne suivant, en revenant d’Ercis qui venait d’être ravagée par un séisme, le gérant de la lokanta dont nous étions les seuls clients nous confiait que les gens n’osaient plus sortir le soir car « on ne sait pas ce qui peut arriver ». Et pas question d’aller faire un pique-nique à Yüksekova où je m’étais rendue pour Seker bayrami (fêtes de fin de Ramadan) en août 2012. On y disait que le PKK contrôlait la province d’Hakkari et avait à diverses reprises établi des check point en plein centre ville. En tout cas, ça bardait et le PKK y bénéficiait de la complicité, au moins tacite, de l’Iran voisine, alliée de Hafez el Assad, l’ennemi à abattre pour la Turquie.

Quelques mois plus tard  la Turquie entamait  un processus de paix avec le PKK, puis elle se résignait à discuter avec Salih Muslim le dirigeant du PYD syrien. Mais le blocage de la frontière avec les cantons kurdes qui avait mis un terme au petit commerce frontalier se poursuivait. Elle restait poreuse par contre pour les volontaires au jihad (EIIL et surtout Al Nosra) qui  allaient se confronter avec les YPG kurdes, même si la Turquie a quand-même décidé de fermer ses deux postes frontière, quand en janvier dernier les districts frontaliers avec la Turquie  de Tel Abyad (à l’est de Kobanê) et de Jarablus (à l’ouest) tombaient  entre les mains de l’EILL.

« L’attitude de l’AKP vis à vis de Rojava montre toutes les contradictions du processus de paix » twittait dernièrement le journaliste kurde Hamza Aktan. Un sentiment largement partagé au sein de l’électorat du parti pro kurde. Le blocage de la frontière et le creusement d’un fossé entre Rojava et le Kurdistan irakien avait aussi  terni l’image de Massoud Barzani près des sympathisants apocus, notamment ceux de  la jeune génération.

Malgré ce blocus étranglant l’économie  (de temps à autre allégé et qui doit avoir eu pour conséquence de faire flamber la contrebande et les prix) les cantons de Rojava avaient constitué une région relativement préservée des destructions et des massacres qui déchirent une grande partie du territoire syrien. Mais la prise de Mossoul par l’État Islamique de l’Irak et du Levant – EIIL  et ses alliés vient  de changer la donne.

Tanks EIIL près de la frontière turco syrienne Kobane - Urfa
Tanks EIIL près de la frontière turco syrienne Kobane – Urfa

Depuis le 2 juillet dernier, le canton de Kobanê – harcelé depuis plusieurs mois – est sous le feu d’une offensive d’envergure de l’EIIL renforcé par l’armement lourd abandonné par l’armée irakienne à Mossoul. Les combattant(e)s YPG, entraînés par des HPG (PKK) aguerris qui sont venus grossir leurs rangs, ont beau être autrement plus motivés que les troupes irakiennes l’étaient à Mossoul, ils n’ont pas l’armement dont disposent dorénavant leurs ennemis ou les pershmergas au Kurdistan irakien.

Des milliers de villageois se sont réfugiés dans la ville chef lieu de Kobanê, fuyant les villages menacés par l’avancée de l’EIIL qui s’est forgé sa réputation de cruauté en Syrie. Le massacre de villageois dont de très jeunes enfants sans doute pris par erreur pour des Yézidis en mai dernier (au moins 15  villageois ont été massacrés depuis) et les crucifixions publiques de sympathisants des PYD (taxés d’infidèles) dont les images sont divulguées sur les réseaux sociaux ont de quoi semer la terreur. Peut-être y avait-il des sympathisants d’autres factions kurdes aussi parmi ces suppliciés. Face à la gravité de situation, elles ont fait taire leurs divisions sur le terrain pour unir leurs forces, ce qui leur aurait permis de remporter la victoire lors d’une première contre-offensive.

On peut voir un reportage du journaliste Barzan Iso (en kurde sous titré en turc) dans un village de Kobanê  sur IMC-TV : ICI

Autre reportage ICI

 EIIL détient aussi toujours 133 étudiants de Kobanê, enlevés fin mai à des check point lorsqu’ils revenaient de passer des examens à Alep (certains ont 14 ans). Seuls une vingtaine auraient été libérés depuis, en échange probablement de la libération de 3  prisonniers.

Combattants YPG tués en juillet
Combattants YPG tués en juillet

 Même si l’ EIIL devrait avoir du mal à pouvoir  s’implanter durablement dans cette région qui lui est hostile, l’appel  lancé il y a quelques jours par un commandant  PYD « Ceci n’est pas un slogan : nous manquons d’armement, de munitions et de renforts » est alarmant . Les YPG accusent aussi l’EIIL d’user d’armes chimiques et en appellent à la communauté internationale. En attendant d’en savoir davantage, cela signifie que leurs pertes doivent être lourdes (plusieurs dizaines de tués déclarés).

Hakkari funérailles YPG Kapalak 11 juillet 2014
Funérailles à Hakkari de Fazıl Kapak (Kendal Devan) commandant YPG/HPG tué à Kobanê par EIIL- juillet 2014

Le 8 juillet, avait lieu à Hakkari les funérailles d’un commandant des HPG (PKK) tué à Kobanê. Il avait rejoint » la montagne » il y a 15 ans  et cela faisait un an qu’il combattait avec les YPG. Ce devait être un combattant très expérimenté pour avoir atteint ce grade au sein du PKK où on ne plaisante pas avec la formation militaire.

Öcalan :"J'appelle à la mobilisation pour Rojava contre les gangs"
Öcalan : »J’appelle à la mobilisation pour Rojava contre les gangs »

Après les responsables du KCK depuis Qandil, et les responsables politiques du HDP, c’est le leader du PKK Öcalan qui de sa prison d’Imrali vient de lancer un appel à la mobilisation des Kurdes de tout le Kurdistan (Syrie, Turquie, Irak et Iran) pour aller sauver Rojava. Et on peut être sûr qu’il va être entendu.

Massoud Barzani actuellement en visite à Ankara n’a pas fait de déclaration et les relations restent plutôt tendues malgré de récentes ouvertures entre le PKK et le PDK. Mais  le Parlement à Erbil vient de déclarer son soutien à Rojava. Encore trop tôt pour savoir s’il restera uniquement moral.

Barzani en visite à Ankara.
Barzani en visite à Ankara.

Il est probable qu’il ne sera pas seulement question de pétrole entre Erdogan et Barzani ( qui est accompagné de Karim Sinjari son ministre de l’intérieur). On y discutera aussi de L’EIIL qui retient en otage le personnel du consulat turc à Mossoul.

Certes, les relations des autorités AKP avec l’EIIL sont troubles. Les Kurdes les accusent de continuer à soutenir l’organisation islamiste (notamment d’avoir facilité le passage de jihadistes avant la chute de Mossoul ). Et les autorités turques sont restées bien muettes sur l’assaut de l’EIIL contre Kobanê, comme si ce qui se passe à leur frontière ne les concernaient pas.

EIIL en Syrie et en Irak Juillet 2014
EIIL en Syrie et en Irak Juillet 2014

Mais le contrôle par l’Armée Islamique d’un grande partie déjà de la frontière turco syrienne doit probablement (logiquement ?) les inquiéter. Et c »est toute la haute Mésopotamie, de plusieurs barrages sur l’Euphrate et de l’ensemble du pétrole syrien (qu’il contrôle déjà en partie, le reste étant dans les mains du PYD) ainsi que la jonction d’un large territoire syrien avec le tout nouveau « califat islamique » irakien  que risquerait d’entraîner à terme la prise de Kobanê . L’armée turque vient de se renforcer à Urfa sur la frontière avec le canton kurde. Ce n’est sans doute pas pour y prêter main forte à l’État Islamique.

YPG blessé soigné Urfa juillet2014
YPG blessé à Kobani soigné dans un hôpital à Urfa (Turquie)

En tout cas, alors que les Kurdes (et pas seulement eux) accusent régulièrement les postes frontières de cette province de permettre le passage d’ambulances convoyant des blessés jihadistes (vidéo ici )vers les hôpitaux de la province – même chose à Hatay –  dorénavant c’est pour les blessés YPG qui sont soignés à leur tour dans les hôpitaux publics d’Urfa , que s’ouvre celui du district de Suruç, frontalier avec Kobanê. Plusieurs blessés ont témoigné à des journalistes de la violences des confrontations.

 Il n’y a pas du avoir beaucoup de combattants PKK blessés  à se faire soigner  dans les hôpitaux publics du pays ces dernières décennies ( des malades peut-être depuis le début du processus de paix ?) Et entre YPG et PKK la nuance est de plus en plus mince.

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Camion IHH distribuant aide alimentaire à Rojava pour la première fois

Il y a quelques jours c’est aussi ce poste frontière que franchissaient les 13 camions pour Kobanê sur les 27 affrétés par IHH (l’association humanitaire islamiste, proche de l’AKP, célèbre depuis le Mavi Marmara et parfois accusée de venir en aide aux factions jihadistes)  qui pour la première fois allait ravitailler les trois cantons de Rojava.

Il s’agit peut-être juste de donner des gages à l’électorat kurde pro PKK, que l’AKP ne peut pas se permettre de se mettre à dos en cas de second tour à l’élection présidentielle. Mais je ne serais pas outre-mesure étonnée que l’appel d’Öcalan à la mobilisation générale fasse aussi l’affaire de ses principaux interlocuteurs turcs à Imrali. D’autant que l’ASL, l’armée syrienne libre (très soutenue par la Turquie) a déclaré soutenir les YPG et que des combats ont eu lieu à proximité de l’enclave turque de Süleyman Şah.

En 2004 j’affirmais aussi que le Kurdistan irakien dont personne n’aurait osé écrire le nom dans un journal turc (ni moi le prononcer à la frontière côté turc !)  était bien utile pour protéger la Turquie du bourbier dans lequel sombrait le reste de l’Irak. Mais j’ignore qui reste le principal ennemi (ou le plus menaçant) pour les autorités turques : Hafez el Assad  dont l’aviation bombarderait des positions de l’EIIL près de Qamishli dans le canton kurde de Cezire,  ou le « Calife » de Mossoul.

Quant au PYD/ PKK, s’il avait accepté de se retourner contre Assad comme la Turquie le souhaitait, cela fait sans doute un bail que le processus de paix aurait décollé.

Dans les cantons de Rojava, il semble que c’est la mobilisation générale. Les combattantes des YPG, porteuses d’une » image de modernité » à l’antipode de celle véhiculée par les combattants jihadistes, sont déjà célèbres (c’est tout juste si les médias qui couvrent la région ne donnent pas l’impression  qu’il n’y aurait  que des femmes dans les YPG).

YPG combattantes
Combattantes kurdes YPG

Mais dorénavant les médias sociaux véhiculent aussi des images moins habituelles de villageoises beaucoup moins jeunes ayant pris les armes, chargées de montrer l’ampleur de la mobilisation populaire.

Villageoises kurdes  Kobanê  juillet 2014
Villageoises kurdes ayant pris les armes, Kobanê juillet 2014

Dans le canton de Cezire  un service militaire obligatoire pour tous les jeunes entre 18 et 30 ans (avec des dérogations) vient d’être instauré. Quelques semaines auparavant, les YPG signaient à leur tour (le PKK l’a fait il y a quelques mois) l’appel de Genève prohibant  l’engagement de combattants mineurs dans des conflits armés et l’emploi de mines antipersonnel. Un engagement qui risque d’être difficile à appliquer strictement dans les villages assiégés où les villageois prêtent main forte aux YPG.

Mais c’est une vraie avancée, qui va aussi permettre de distinguer les YPG dans le(s) conflit syrien . Il y a peu, les médias turcs révélaient qu’un gamin turc  de 14 ans qui avait pu franchir la frontière en versant 20 TL (7 euros) à des contrebandiers ( il venait d’Ankara, comment les avaient-ils déniché ces contrebandiers ?) était soigné dans un hôpital d’Urfa après avoir été blessé dans les rangs de l’EIIL.

Province d'Urfa. Manifestation de solidarité sur la frontière  avec Kobane
Province d’Urfa. Manifestation de solidarité sur la frontière avec Kobane

Chez les Kurdes de Turquie, c’est la mobilisation pour Kobanê.  Depuis le 9 juin le  HDP a implanté un camp de tentes sur la frontière (Bilecik/Urfa). Des Kurdes d’Urfa y manifestent leur soutien à leurs cousins, belle-soeurs ou beau-frères  qui vivent  de l’autre côté de ce rideau de fer.

Le 14 et le 15 juillet  des  sympathisants venant de 7 provinces y sont attendus. Des artistes, comme les Kardes Türküler ou Fehrat Tûnç se rendent aussi sur la frontière  pour y manifester leur soutien. Pour ceux qui lisent le turc, comme d’habitude je conseille de lire les commentaires des lecteurs sur l’article que les Sanliurfa.com consacrent à cette mobilisation.

Suruç Urfa soutien aux YPG et Rojava kobani
Des Kurdes d’Urfa s’en prennent à la frontière qui les séparent de Kobanê (Kurdistan de Syrie).

Les leaders du mouvement kurde appellent à faire tomber cette frontière et à permettre aux Kurdes  de Turquie d’aller soutenir leurs cousins  à  Kobanê.  Mais c’est aussi  la division entre Kurdistan de Syrie et de Turquie (Ouest et Nord comme disent les militants) que ces hommes sont en train de faire tomber.

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Après avoir franchi la frontière syrienne, ce monsieur va revenir à Urfa Birecik
Par contre ces garçons vont filer vers Kobane
Par contre ces garçons vont filer vers Kobane

On peut voir ces personnes  franchissant la frontière sur la vidéo : ICI

 Les volontaires n’ont pas attendu le démontage du mur de barbelés. Si le phénomène n’est pas nouveau, ces derniers jours des dizaines de Kurdes de Turquie l’auraient déjà franchie clandestinement. Comme tous les nouveaux mobilisés, ils partent au combat après 15 jours de formation pour ceux qui en ont besoin – pas pour les PKK qui rejoignent certainement Kobanê en nombre, ni sans doute pour les militants déjà formés en Turquie ces derniers mois. Et il est probable que durant ces deux journées de mobilisation beaucoup d’autres partent les rejoindre.

Il y a quelques jours le journaliste Barzan Iso twittait de Kobanê « Kobanê ne peut compter que sur le Nord (Kurdistan de Turquie) ». Effectivement, il peut compter sur sa solidarité.

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Réfugiés de Kobanê arrivant à Urfa

Dans l’autre sens, ce sont de nouveaux réfugiés qui la franchissent. Dans la province d’Urfa, ils sont déjà plus de 200 000. Et la question des réfugiés, dont les pays de l’UE se contrefichent (sauf pour les empêcher d’entrer) doit aussi  préoccuper les autorités turques et celles du Kurdistan  d’Irak.

Plus tard : Et effectivement des centaines de volontaires Kurdes ont franchi la frontière à Urfa pour rejoindre les YPG de Kobanê  entre le 14 et le 15 . Et  sans discrétion, ce mouvement a été salué par des feux d’artifices  comme on voit sur  la vidéo de  l‘article des Sanliurfa.com.  Près d’un millier de Kurdes de Turquie avaient auparavant déjà rejoint les YPG, selon les chiffres qui viennent seulement d’être divulgués sur les médias turcs.

Les autorités turques sont-elles contraintes de  laisser faire  pour éviter de faire exploser le processus de paix (ce n’est pas le moment !) ? Ou est-ce que cela les arrange maintenant que les YPG/PKK risquent leur peau pour contenir l’avancée de l’Etat Islamique qu’elles ont pourtant utilisé contre ces mêmes YPG ?

Le Hizbullah enflamme à nouveau l’université Dicle à Diyarbakir.

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Décidemment, l’anniversaire du Prophète semble bien se transformer en rituel à l’université Dicle de Diyarbakir. C’est la seconde année que ces festivités religieuses deviennent un prétexte pour déclencher des heurts entre militants de Huda Par (ex Hizbullah reconverti), étudiants apocu (sympathisants d’Ocalan) et  les forces de l’ordre.

Le  scénario que j’avais relaté il y a un an exactement s’est reproduit cette semaine. Lundi 14 avril, une quarantaine de membres d’une association étudiante pro Hizbullah ont à nouveau  tenté de coller des affiches dans le bâtiment du département d’architecture : des invitations à se rendre aux célébrations religieuses que leur mouvement organise depuis une dizaine d’années. Ils étaient encore armés de gourdins et de couteaux et étaient donc bien décidés à en découdre avec l’association étudiante apocu (sympathisants d’Öcalan) qui règne en maître sur le campus. Cela a dégénéré et l’onde de choc s’est transmise à d’autres départements. Les forces de l’ordre sont intervenues. Il y a eu une soixantaine d’arrestations, dont quelques étudiants pro Hizbullah. Comme l’année dernière toujours l’université a été fermée et les examens suspendus.

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Cette année les heurts ont duré moins longtemps (il est vrai que l’université est bouclée par un lourd dispositif policier ). Et si les forces de l’ordre n’y sont pas allées mollo avec leurs matraques et semblent cette fois encore s’en être davantage pris aux étudiants apocus qu’aux pro Hizbullah, il n’est pas fait état de blessés. Pas de nuage de gaz lacrymogène non plus. L’année dernière, c’est par hélicoptère qu’il avait été déversé sur les étudiants qui se réfugiaient dans les champs environnants. C’était avant Gezi!

La plupart des étudiants arrêtés ont été remis en liberté après une nuit de garde à vue. Mais cela reste une nouvelle version du même film.

Il serait étonnant que le Hizbullah considère qu’enflammer l’université Dicle soit juste une façon comme une autre de célébrer la naissance du Prophète. Ce n’était pas un hasard si la précédente intervention musclée de ses militants avait eu lieu un mois à peine après l’annonce « officielle »  du processus de paix entre l’Etat et le PKK ,par Öcalan lors du Newroz de Diyarbakir.

Elle avait aussi marqué le retour de la visibilité du mouvement dans le paysage urbain « Je n’aime pas ce quartier, me disait une jeune mariée qui vit dans le quartier populaire de Baglar depuis son mariage. Il y a plein de hizbullah. Avant ils le cachaient, maintenant ils s’affichent : leurs femmes sont complètement voilées de noir ». Et sur le campus, dès le lendemain des troubles, le nombre d’étudiantes adoptant une tenue ne laissant paraître que leurs yeux se serait accru, selon des étudiantes de l’université  Dicle.

 Recommencer le même scénario cette année est sans doute une façon d’imposer la présence du parti ultra religieux et surtout très anti PKK sur le campus. Possible aussi qu’il soit furieux de la décision prise par la commission des affaires religieuses (une nouveauté) du DTK/ BDP de lui couper l’herbe sous le pied, en décidant lui aussi de célébrer la naissance du prophète. Et pour cette première célébration, le parti voit grand, puisque c’est sur l’espace où on célèbre Newroz qu’aura lieu la célébration, le 19 avril prochain

Les drapeaux noirs ou verts de la célébration hizbullah-Huda Par  y seront  absents.

Diyarbakir anniversaire du prophète.3

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Les femmes fantômes aussi.

Diyarbakir anniversaire du prophète

Et les sympathisants BDP qui par conviction religieuse se rendaient à la grande célébration hizbullah, vont très certainement la bouder cette année.

Dorénavant il va y avoir compétition d’anniversaires du Prophète à Diyarbakir !

Ce serait une idée d’Öcalan, comme pour la « conférence de l’Islam démocratique » qui doit être organisée le mois prochain à Diyarbakir, et qui se veut une réponse « démocratique » à l’idéologie des mouvements islamiques radicaux, comme Al Nusra ou ISIS que les apocus accusent Huda-Par de soutenir contre leurs « frères » de Syrie.  C’est aussi la marque d’une véritable révolution culturelle au sein du mouvement kurde de gauche, qui va peut-être y faire grincer quelques dents, même si la mue ne date pas d’aujourd’hui.

Quant à  Huda-Par – le Hizbullah nouveau- il a obtenu 4,5 % des voix à Diyarbakir le 30 mars dernier (la palme ne va pas à Baglar (4,2%), mais à Ergani où il obtient 9 % des voix ! bonjour l’ambiance dans cette ilçe conquise par le BDP). Même s’il reste très loin de pouvoir concurrencer le BDP (55 % des voix) ou l’AKP (35%), il est quand-même devenu le 3ème parti de la province pour sa première expérience électorale. Il obtient 6 % des voix à Bitlis et 7 % à Batman, son ancien fief. Dans ces trois provinces kurdes, il fait dorénavant partie du paysage politique.

Ces heurts tombent au moment où la rectrice de l’université, madame Ayşegül Jale Saraç, fait face à des investigations de ses autorités de tutelle, le YOK. Madame la rectrice avait fait la UNE des médias en s’affichant la semaine dernière avec un foulard islamique, ce qui fait d’elle la première rectrice voilée de Turquie. Mais ce n’est pas ce que lui reproche le YOK, et encore moins son ministère.

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Madame Saraç est soupçonnée d’être membre de la « cemaat », le mouvement de Fetullah Gülen, et d’avoir fait preuve de favoritisme lors du recrutement ou de la promotion de professeurs, à charge pour ces favorisés de verser une contribution au mouvement. Il faut dire que le mouvement güleniste devenu l’ennemi n°1 de Recep Tayyip Erdogan  n’apprécie pas beaucoup le processus de paix (il suffit de lire les articles consacrés au sujet ces derniers temps dans Today’s Zaman pour s’en rendre compte ). Pas étonnant donc que la chasse aux sorcières post électorale annoncée par le chef de gouvernement commence à Diyarbakir.

Mais si ces allégations sont vraies, ce que la rectrice réfute, son ministère ne pouvait l’ignorer, et ce serait alors sans doute la raison pour laquelle elle avait été nommée à la direction de cette université sensible, en 2008. Elle a même été candidate sur la liste AKP aux dernières législatives, quand la cemaat était une alliée du gouvernement.

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Par contre personne ne paraît s’interroger sur ses éventuelles responsabilités dans les magouilles qui se pourraient se tramer derrière l’arrachage de milliers d’arbres dans la zone protégée des jardins du Hevsel début mars. Pourtant, le terrain dans la vallée du Tigre appartient à l’université Dicle. Il faut dire que ces arrachages auraient eu lieu avec l’accord du ministère des eaux et forêts que personne ne soupçonne d’être sous la coupe de la cemaat. L’objectif serait d’y laisser place nette à la construction de logements de luxe, qui pourraient bien faire partie du « crazy project » pour Diyarbakir de Tayyip Erdogan, pour la plus grande joie de TOKI.

demirtas-hevsel-bahceleri-bir-gezi-direnisidir_Les bureaux de la rectrice ont assuré que l’arrachage de 7000 arbres n’étaient qu’une mesure préventive contre les incendies. Mais des étudiants se sont  relayés  et ont campé  sur place pendant plusieurs semaines pour éviter le retour des bulldozers, avec le soutien du BDP. Et processus de paix aidant, cette fois les forces de police se sont contentées de les observer. Un mouvement Gezi de Diyarbakir , sans   violences et qui  a mis fin à l’arrachage des arbres.

Mais l’Assemblée de Turquie vient d’adopter une nouvelle législation autorisant les grands travaux d’équipement (voies de communication, centrales électriques ou … bâtiments universitataires) dans les zones forestières protégées.

Un beau reportage en images sur ce mouvement ICI

Newroz 2014, élections du 30 mars et « référendum pour l’autonomie ».

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Transformer les élections municipales (et de province) du 30 mars prochain en référendum est à la mode en Turquie ces derniers temps. Elle a été lancée par le chef du gouvernement AKP   Recep Tayyip Erdogan   pour qui elles doivent tenir lieu de test de popularité  et de « tribunal populaire devant absoudre ses proches des suspicions de corruption qui les accablent.  Pas de raison que les autres partis n’en fassent pas autant.

C’est en tout cas le choix que fait aussi le BDP, le parti kurde, branche légale du PKK, qui selon toute probabilité va remporter de nouvelles villes . Il est très probable qu’Ahmet Türk remporte la mairie de Mardin, actuellement AKP  et il y aura certainement  d’autres surprises.

 

Alors que vendredi 21 mars une nouvelle lettre d’Öcalan, le leader du PKK emprisonné sera lu à la foule, le KCK (branche politique du PKK) a donné le ton. La fameuse « autonomie démocratique » c’est maintenant que le peuple va la décréter, fait-il savoir par son agence de presse,  Firat Haber, le jour où Yüksekova fête Newroz.

En fait l’autonomie avait déjà été décrétée, un 14 juillet, il y a deux étés.  Mais une violente attaque du PKK, dans laquelle une quinzaine d’appelés avaient été tués,  venant rompre un cessez le feu, lui  avait volé la UNE. Ensuite, pendant plus d’un an, plus personne n’avait pu rendre visite à Öcalan dans sa prison d’Imrali. Il n’avait réapparu que pour mettre fin à une longue  grève de la faim que tous les prisonniers politiques du mouvement , même ceux qui en avaient été dispensés pour raison de santé les premières semaines, avaient fini  par suivre. Juste à temps sans doute pour éviter que les premiers grévistes ne succombent (et que la rue kurde et d’extrême gauche n’explosent).

Quelques mois plus tard, Öcalan devenait l’interlocuteur de l’Etat turc dans un processus de paix (süreç), « officialisé » dans une lettre lue devant des centaines de milliers de personnesn  au dernier Newroz de Diyarbakir. Et pour la première fois depuis le début du conflit, en 1984, l’armée aussi respectait un cessez le feu. C’est la principale avancée de ce processus. Pour le reste, malgré les nombreuses navettes entre Imrali et les camps de Qandil entrepris par les députés BDP autorisés à rencontrer Öcalan, il semble  bien enlisé.

Décréter ce « référendum populaire » est sans doute une façon de le relancer, tout  en prenant la main.

En fait, si j’ai bien compris,   ce sont  les foules affluant aux festivités de Newroz tout autant que les résultats aux élections qui devraient avoir valeur de référendum pour l’autonomie. Je ne suis pas certaine que cela soit une façon très démocratique de choisir son autonomie. Et je ne vois pas bien  ce que cela peut signifier dans les faits(on devrait bientôt l’apprendre).  Mais une chose est claire :  le mouvement kurde n’a pas l’intention de céder sur ce point dans la suite du processus…Si suite du processus il y a. Pour le moment l’avenir est quelque peu incertain en Turquie.Et quand  Erdogan accuse ses anciens alliés fethullah avec lesquels la guerre est déclarée de vouloir briser le processus de paix, il n’a sans doute pas complètement tort.

En attendant l’autonomie, ce Newroz est aussi placé sous le signe de la liberté pour Öcalan, le fondateur du PKK et le « vrai basbakan » de ses sympathisants. Un seul ordre de lui (sans doute  bien préparé en amont) et tous les commandants ont cessé le feu…Même si pour le retrait en deçà des frontières, ils ont davantage traîné les pieds : moins du quart des combattants auraient quitté le pays.

La liberté pour le Kurdistan n’est pas oublié non plus. Ni Sakine Sansiz assassinée à Paris, il y a un peu plus d’un an.

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Newroz avec W, c’est le nouvel an traditionnel kurde, certes, mais depuis son interdiction stricte dans les années 80, c’est une fête politique, celle du mouvement kurde. Et maintenant que le fondateur du PKK est devenu un interlocuteur reconnu de l’État turc, plus besoin de louvoyer. A Yüksekova ce jeudi 20 mars, ce sont les symboles du PKK qui sont clairement  affichés à la tribune.

Et ses guérillas qui sont à l’honneur et  dont on abhorre la tenue, à Newroz comme dans les mariages. (parmi eux se mêlent peut-être de vrais  guérillas venus fêter Newroz. Allez donc savoir).

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J’entendais dernièrement une personne « spécialiste  » de la Turquie affirmer que l’idéologie du PKK était en perte de vitesse parmi la jeunesse kurde. Elle n’a pas du se rendre souvent dans les provinces kurdes de Turquie (ni dans certains quartiers d’Istanbul) pour dire des choses pareilles . L’idéologie, je ne sais pas (ni d’ailleurs si on peut toujours parler d’idéologie, le PKK me paraît avant tout une organisation nationaliste kurde), mais à ce que j’en vois, les sympathies des enfants des anciens militants des organisations kurdes jadis considérées comme ennemies, vont très souvent au PKK, qui ne donne pas du tout l’impression d’être en perte de vitesse chez les jeunes, même si les opinions sont évidemment diverses au sein de la jeunesse kurde.

 

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Plus colorés les costumes des filles de Yüksekova . Ces coiffures à pompons sont des coiffures traditionnelles de la province d’Hakkari

 

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Les garçons aiment cependant les mêmes  couleurs…(rouge vert jaune ).

 

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Sans commentaire et sans photo montage.

Et à Diyarbakir la foule sera naturellement bien plus nombreuse. Les Kurdes parlent d’un « Newroz historique ». Des milliers d’invitations ont été lancées. Hero Tabalani, la femme du président irakien et le fondateur du PUK (Yetiki), y représentera son époux, hospitalisé depuis de longs mois. Elle est arrivée dans la ville.  Barzani a été  invité lui aussi, mais pas le chanteur Siwan Perwer…

Mais il est peu probable que ce Newroz  de Diyarbakir, aussi historique soit-il, face la UNE de l’actualité en dehors de la région  kurde. En effet, la Turquie vient de découvrir que TWITTER a été bloqué peu avant minuit , quelques heures à peine après le nouveau  coup de sang de Recep Tayyip Erdogan contre le réseau social, lors d’un meeting à Bursa. « Nous allons éradiquer Twitter. Qu’importe ce qu’en pense la communauté internationale.  Tout le monde va apprendre ce qu’est la force de la République de Turquie ! ». Les millions d’utilisateurs du pays vont être les premiers à l’apprendre et pas certain qu’ils vont beaucoup apprécier la force de leur  République….

Et la droit de twitter en toute liberté pourrait bien être d’actualité aussi au Newroz de Diyarbakir. Tous les candidats du BDP partagent leurs images de campagne sur des comptes Twitter.

Tayyipci et Apocu : Le tailleur d’Izmir qui aime Recep Tayyip Erdogan et le processus de paix

Après la retraite à Rabat, voici le temps de la contre manifestation conservatrice et peut-être du recourt au très peu démocratique référendum  (ce qui rappelle un certain Mai français.). Ce week-end, 2 grands meetings comme Recep Tayyip Erdogan les adore, se déroulent à Ankara, puis à Istanbul .  Des supporters affluent sans doute de toute la Turquie dans des autobus affrétés pour l’occasion.

 

Qui sont ces tayyipci qui constituent la base de l’électorat AKP sans se confondre avec lui ?  Certains les qualifient de  « cahil » (ignorants) villageois d’Anatolie ou des classes populaires urbaines. Passer pour le leader du brave peuple laborieux  arrange aussi  Tayyip Erdogan qui cultive ses racines  populaires. Pourtant, pas plus que la base apocu du BDP, ils ne constituent une classe sociale. Ils peuvent être des (ultras) privilégiés, appartenir aux classes moyennes ou aux milieux populaires. Outre le fait qu’ils ne sont pas alévis,  leur principal  point  commun est l’immense admiration,  sincère ou opportuniste, qu’ils vouent à « Tayyip ».

Je venais d’arriver à Izmir, quelques semaines après le  Newroz de Diyarbakir, quand j’ai rencontré un de ces  tayyipci. La bandoulière de mon sac s’était rompue et j’étais entrée au hasard dans une  échoppe du quartier de Basmane. A mon accent, le tailleur a vite compris que j’étais étrangère. Il m’a peut-être pris pour une femme Rus (Russe)  dans ce quartier proche de la gare du même nom et qui regorge d’hôtels. Le passage où se trouve sa boutique débouche sur une rue piétonne,  où  l’ambiance (très peu branchée) qui règne la nuit sur les terrasses et dans les  « gazinos »  rappelle celle qu’on trouvait, il n’y a pas si longtemps, dans certaines rues de Beyoglu, quand ce quartier d’Istanbul ne paraissait pas encore voué à devenir un temple de la consommation.

Apprendre que j’avais appris le turc après un premier séjour en Turquie pour pouvoir parler avec ses habitants, lui avait bien plu. Et la conversation a continué  autour d’un verre de thé. Lui est originaire  d’Aydin, une autre ville de la mer Egée. Sa famille avait fui la Bosnie pour la Turquie dans les premiers temps de la République.  Bref c’est un habitant de la mer Egée presque « typique », que rien ne prédispose à éprouver de la sympathie pour le PKK. Et il n’en éprouve certainement pas.

La conversation a glissé sur la France. D’abord Sarkozy, qui décidemment a marqué les esprits. La France ? Toujours la crise. Ce qui doit un peu faire plaisir aux Turcs que la prospérité européenne faisaient tellement rêver lorsque c’étaient eux qui  étaient continuellement « en crise » ( La victoire de l’AKP et sa longévité ont quelques raisons). Il en est venu à Erdogan dont il est un fervent sympathisant. Il fait donc partie de ces 40 % d’électeurs ayant fait trembler la kémaliste Izmir, ( ville de « giaour »  – non musulmans, autant dire de traîtres en puissance  – selon Tayyip Erdogan ) en votant AKP aux dernières élections. C’est même un de ces inconditionnels  que  je nomme  tayyipci .

Cette fois il n’a été question ni de réussite économique, ni des qualités de « super bosseur »  du chef de gouvernement, qui à sa capacité à être partout à la fois, me rappelle Sarkozy. Un jour où il n’apparaitrait pas  dans 3 reportages  aux infos  TV doit créer une impression de  vide.

C’est à celui qui allait  « faire la paix avec les Kurdes ! » (baris yapacak !) qu’allait ses louanges :  « Tout le monde va se réconcilier », ce qui lui faisait  réellement plaisir. «  Et avec la paix, la Turquie deviendra très riche ».

 

Les esprits peuvent  changer très vite en Turquie.  Il y a trois ans, en août 2009, Recep Tayyip Erdogan s’adressait lors d’une soirée télévisée  à Ahmet Türk, le président du parti kurde (l’actuel BDP). C’était  la première fois qu’un chef de gouvernement s’entretenait ainsi avec un président du parti kurde, régulièrement interdit. Depuis deux ans que des députés de ce parti siégeaient à l’Assemblée, Erdogan refusait ostensiblement de leur serrer la main.

Cet entretien avait été soigneusement mis en scène. Derrière le chef du gouvernement se dressait un portrait géant d’Atatürk – dont la taille devait conjurer le tout aussi gigantesque sentiment de trahison qu’un tel entretien risquait de provoquer dans l’opinion turque.

A Hakkari, où je me trouvais, c’était l’enthousiasme. Comme je l’avais écrit alors, on ne parlait que de  paix  qui s’annonçait. Enfin presque. Mon ami Suleyman  préférait attendre de voir et prédisait : « Si ça ne marche pas, ça va être pire qu’avant ».La suite lui a donné raison.  La fermeture a été brutale , les prisons ont vite été pleines à craquer et le conflit est reparti de plus belle.

Mais même dans la région kurde, cet espoir n’était pas partagé par tous.  En quittant Hakkari, j’avais fait une halte sur les bords du lac de Van. Deux employés de l’otogar de la ville avait eu la gentillesse de me déposer en voiture sur une route où je trouverais un minibus conduisant à mon hôtel. L’un de mes chauffeurs était lui aussi un fervent « Tayyipci  ». Et comme il m’avait demandé ce que je pensais de l’objet de son admiration, j’avais répondu, pensant lui faire plaisir  « Il est fort : il va faire la paix ».

C’était raté. «  La paix !  Quelle paix ? Ce sont des mensonges. Il ne faut pas croire les gens d’Hakkari ! Moi aussi je suis kurde (probablement d’un village korucu, l’armée turque étant comme « Basbakan », çok güzel ) ! » J’ignorais encore  que le mot « paix »  faisait partie d’une liste (avec guerre, guérilla etc..) que l’armée turque a longtemps « recommandé » aux médias de ne pas employer pour évoquer le conflit avec le PKK. Mais j’ai quand-même  compris  qu’en  parlant de « paix », je venais de  faire de la propagande pour « une organisation terroriste ».

 

Il est probable que le tailleur d’Izmir parlait déjà de « kardeslik » (fraternité – versus AKP, c’est-à-dire entre Musulmans)) avec les Kurdes cet été là. Mais il était certainement à des années lumière  d’imaginer que 3 ans plus tard,  Öcalan,  le « Mal en personne »,   serait  l’interlocuteur privilégié de l’Etat turc, dans un processus de paix qu’il accueillerait avec un tel enthousiasme .

Pas de  trace par contre de l’enthousiasme d’août 2009 chez les Kurdes rencontrés pendant la suite de mon séjour La plupart attendaient de voir et se méfient d’Erdogan, qu’ils comparent à la très détestée Tansu Ciller. Et si beaucoup d’apocu  continuaient à  faire entièrement confiance à Öcalan, son discours révélé au Newroz de Diyarbakir en avait effondré d’autres. La « bannière de l’Islam (ottoman) » notamment  a stupéfait: « Et les Kurdes alévis ? »

Mais j’ai pris ma rencontre à Izmir avec ce tailleur comme un signe de bon augure. Pour faire la paix, il faut quand même qu’une partie au moins de l’opinion des deux camps adhère au processus, et accepte l’idée « inacceptable » de dialoguer avec l’ennemi.  C’était fait.

 

Lors de son dernier meeting électoral  à Diyarbakir, Recep Tayyip Erdogan  avait  raillé le culte dont Öcalan est l’objet au sein de l’électorat BDP  : « Ils le prennent pour un prophète !».   Celui dont le portrait géant s’affiche sur les murs des permanences AKP n’était pourtant pas le mieux placé pour se moquer. Et je ne vois pas beaucoup de différence entre la vénération dont  «  Apo » est l’objet de la part des Apocu et celle qui anime les Tayyipci.

Depuis le prophète est devenu bien utile pour entamer un processus de paix. On ne peut certes réduire à la personnalité des 2 leaders,  l’adhésion d’une large partie des opinions turque et kurde  au processus en cours. Mais je suis convaincue que la confiance « aveugle » du tailleur d’Izmir pour « Tayyip » a largement contribué à sa  dé-diabolisation d’ Öcalan.

 

A peine rentré du Maghreb, Recep Tayyip Erdogan  accusait le mouvement Gezi park, qui  refusait de s’éteindre pendant son absence, d’être manipulé par les opposants au processus de paix. Cela l’arrangerait bien.  Mais c’est plutôt l’esprit d’ouverture (Acilim), promis en 2009 et celui qui soufflait  sur les funérailles de Hrant Dink, qui anime les occupants de la place Taksim. Et parmi les manifestants qui protestent dans tout le pays, il doit se trouver bien plus d’opposants à sa politique syrienne qu’au processus de paix avec les Kurdes (même s’ il y a ).

Le même jour Öcalan envoyait son salut à Gezi Park.  Avoir félicité le BDP d’être resté à l’écart du mouvement de révolte n’était pas très malin, il faut dire. La vénération  pour le leader kurde  volerait en éclat, s’il en arrivait à passer  pour un Tayyipci aux yeux de ses sympathisants. Un comble,  alors que le député BDP, Sirri Sürreyya Önder, est une des rares personnalités politiques à pouvoir incarner le mouvement  Gezi Park.

Dersim (Tunceli) seule province à majorité alévie du pays exceptée, les grandes municipalités BDP sont restées attentistes, soucieuses d’éviter tout dérapage du processus. Mais le signal a été entendu à Taksim – où les manifestants kurdes apocu ont pu afficher leur sympathie. Ils  sont certainement  nombreux aussi dans les cortèges d’Izmir et d’Ankara. Je suis moins sûre par contre qu’on y ait vu flotter beaucoup de bannières à l’effigie d’Öcalan, à côté des drapeaux turcs et  de l’extrême gauche.

Le mouvement Gezi Park parachève la tâche accomplie par les 2 leaders. Öcalan l’a compris.   Pourvu que Recep Tayyip Erdogan n’aille pas tout gâcher en refusant d’admettre que la fin de ce conflit sonne le glas de tout pouvoir autoritaire. S’il  fait le choix  de tenter de le  préserver en continuant d’attiser d’autres tensions ,  le  processus de paix serait en danger. Et ce n’est pas du tout certain qu’il sorte  gagnant d’un jeu aussi risqué.

Ce d’autant que d’autres acteurs, comme ces sacrés taux d’intérêts, risqueraient de ne pas apprécier. Leur « complot » pourrait s’accentuer et finir par mécontenter les « tayyipci » si reconnaissants à leur Tayyip de la nouvelle prospérité.

Pour le moment ce n’est pas terrible . Alors que Tayyip Erdogan avait lancé aux occupants de Gezi Park l’ultimatum de quitter la place pour demain, la police vient d’attaquer le parc ! Cela promet comme ambiance dimanche 16 juin  à Istanbul, où le mouvement Gezi appelle aussi à une grande manifestation sur Taksim. Guillaume Perrier annonce sur son compte Twitter que les journalistes ne sont pas autorisés à y entrer.

Taksim : Öcalan envoie son salut à Gezi Park !

C’est le vice président du BDP, Demirtas qui revient d’une visite sur l’île prison d’Imrali, qui  vient de transmettre le message du leader du PKK : Öcalan envoie son salut à Gezi park.

Un message qui sans doute être apprécié de ceux (nombreux ) parmi ses sympathisants qui n’avaient pas vraiment apprécié le « drapeau de l’Islam » ( de la fraternité kurdo turque ) du discours prononcé au dernier Newroz de Diyarbakir.  Ainsi qu’à ceux qui manifestent depuis fin mai à Istanbul et dans d’autres villes de l’ouest.

Seconde conséquence, il est probable que les grandes municipalités BDP ne vont plus rester à l’écart du mouvement.

Et cela va avoir sans doute bien d’autres conséquences…

Sabotage : Pas de drapeau turc au Newroz de Diyarbakir !

L’annonce de la fin du conflit armé, la  « fraternité turco kurde » et même l’éloge de « la bannière  musulmane » sous laquelle elle se serait épanouie avant la naissance de la  République (ça c’est plus nouveau) proclamé  par le message d’Öcalan  devant une immense foule en liesse lors du Newroz à Diyarbakir,  n’ont pas suffit. Certes, tout le monde ou presque  se réjouit.

Mais la fête était trop belle sans doute !  Il fallait bien trouver un couac. On l’a trouvé.

Il n’y avait pas de drapeau turc pour « Nevroz »  ! Un acte de sabotage du BDP, le parti du mouvement  kurde,  contre le processus de paix a déclaré  Recep Tayyip Erdogan.  Rien que cela !  Il est possible que  lors des rencontres à Imrali le BDP avait été prié de l’afficher ce drapeau et qu’il n’ en ait fait qu’à sa tête. De là à le qualifier de saboteur.

Le président Gül a renchéri, à l’unisson cette fois  avec son principal concurrent  à la course à la présidentielle. Processus de paix ou non, l’AKP  n’a pas envie d’abandonner cette question  ô  combien sensible à l’opposition.

Car la palme va au CHP qui  n’a pas l’air de beaucoup se réjouir de la fin annoncée des combats entre jeunes citoyen(ne)s d’un même pays, qui ont quand même fait plus de 45000 morts depuis 30 ans que le conflit perdure – des morts essentiellement kurdes, il est vrai (8000 victimes au sein des forces de sécurité au sein desquelles il y a aussi des Kurdes). Le parti kémaliste a choisi de rester silencieux pendant deux jours, avant de déclarer soutenir avec réserve le processus de paix. Et c’est par un immense drapeau turc brandi sur la façade du bâtiment  du CHP à Ankara que le message d’Öcalan était accueilli jeudi soir. Visiblement, l’annonce de paix faisait courir un grand danger à la  République.

Drapeau turc que le président du CHP Kemal Kiliçdaroglu affichait sur son compte Twitter, assorti d’un court extrait  de l’hymne national turc :

« çatma, kurban olayım, çehreni  hey nazlı hilal!’

« Ô croissant chéri, ne t’emporte pas, je peux donner ma vie pour toi. »

S’il annonçait ainsi qu’il était prêt à s’engager dans les commandos et à laisser sa peau  dans les montagnes d’Hakkari, c’est un peu tard. Il avait 29 ans pour le faire. Mais Karayilan vient de déclarer le cessez le feu annoncé par Öcalan. Et en Août les combattants du PKK devraient quitter le territoire turc a confirmé vendredi Selahttin Demirtas, le co-président du BDP.

Cela m’étonnerait que le gazouillis de Kiliçdaroglu ait beaucoup plu aux rares députés kurdes du CHP, comme Sezgin Tanrikulu ou Hüseyin Aygun, qui se revendique il est vrai  alévi zaza plutôt  que kurde, mais qui peut difficilement être qualifié de kémaliste pur et dur. Un de mes amis alévi, jusque là inconditionnel de Kiliçdaroglu,  était furieux. « Un parti qui se prétend social démocrate et est dirigé par un Alévi (forcément démocrate jusqu’alors ) devrait être  en avance sur l’AKP  avec la question kurde,  pas freiner comme ça ! ».

Quant au  MHP,  c’est au sein de l’Assemblée Nationale qu’il l’a brandi.  Pour l’extrême droite les pourparlers avec le « chef terroriste », qualifié de « tueurs d’enfants » équivaut évidemment à une trahison. Il n’y a qu’une seule méthode qui vaille :  « éradiquer le PKK » . Qu’importe si ça fait 29 ans que l’armée turque n’y arrive pas.


Le problème, c’est que le drapeau turc n’a jamais été affiché pendant les fêtes de Newroz rappelle sèchement Aysel Tugluk. En effet cette fête qui annonce le nouvel an kurde, iranien, azéri… est devenu en Turquie  un temps fort des mobilisations kurdes. La fête où tout le monde dans des villes comme Diyarbakir ou Hakkari – même les sympathisants AKP – affiche sa kurdité avec allégresse  et à laquelle il était risqué de prendre part dans les années 90.  Peut-être qu’il a fallu une couverture médiatique exceptionnelle, pour que le reste du pays se rende enfin compte que c’était une fête en rouge, vert, jaune, celles du drapeau kurde dont on peut apprendre l’histoire sur le blog de Sandrine Alexis.

Et la député ajoute que les Kurdes n’ont aucun problème avec le drapeau national qu’ils respectent.  Esat Canan, qui se veut plus conciliant, regrette son absence un tel jour et  parle d’oubli (il était aussi oublié dans sa ville de Yüksekova )  Et Nursel Aydoğan, députée de Diyarbakir aurait même assuré « que le peuple kurde n’a jamais eu aucun problème avec le  principe d’un « seul drapeau »( tek  bayrak)  qu’il a adopté depuis le début de la République », ce qui a peut-être fait  grincer quelques dents au sein du mouvement kurde, tant le slogan « Un seul Etat, un seul peuple, un seul drapeau » (Tek devlet, tek millet, tek bayrak)  est synonyme de « On vous prévient les Kurdes ! ». Mais dans l’allégresse générale, c’est peut-être passé sans que personne ne le relève.

Le drapeau turc  n’est à l’honneur que  dans le Nevroz officiel organisé depuis les années 90 par les autorité pour tenter de turquifier ce fichu Newroz, tentative ratée – quand on visionne la vidéo on comprend pourquoi ! Un resmi Nevroz où le drapeau turc est bien affiché,  qui débute  avec l’hymne national turc et durant lequel des officiels sautent maladroitement par-dessus  un petit feu, tandis qu’un public de fonctionnaires turcs coincé sur des chaises applaudit en semblant s’ennuyer  à mort.

 

Et où l’année dernière, des petits cadeaux (des cigarettes sans doute, selon un copain kurde) étaient distribués aux villageois korucus de Semdinli (Hakkari)  conviés à la cérémonie, comme on le voit sur la vidéo.

Processus de paix aidant, les autorités ont renoncé semble-t-il  à  leur  Nevroz officiel sans W.  Un tel renoncement  valait peut-être un coup de sang pour le drapeau. Il fallait peut-être surtout  donner une réponse au choc des images. Le rouge, vert, jaune des festivités, le public turc des chaînes de TV commence à s’y faire. Mais les immenses effigie d’Öcalan  le « tueur d’enfants » – ont pu choquer certaines sensibilités.

Cette crise du drapeau, aussi minime semble t’elle face aux enjeux qui se dessinent augure des difficultés auquel le processus de paix va être confronté. Entre un mouvement kurde qui ne sera sans doute pas prêt à toutes les concessions et le nationalisme de l’opinion publique turque auquel il faudra aussi donner des gages, ça promet au moins en « coups de gueule »  du chef de gouvernement.

Les modalité du retrait des combattants du PKK du territoire turc doit être un casse-tête. En 1999 alors qu’ils se repliaient, obéissant à l’ordre d’un Öcalan humilié après son rapt au Kenya,  ils s’étaient fait massacrer par l’armée (500 tués dans leurs rangs). Erdogan a promis que cela ne se reproduirait pas. Mais cela sera sans doute  difficile d’éviter des scènes de fraternisation avec des populations sympathisantes sur le chemin du repli. Or, la foule acclamant les quelques guérillas rentrant en Turquie par le poste d’Habur dans le cadre de l’ouverture démocratique (Acilim) avait crée un tel choc dans l’opinion que le processus avait été interrompu. A quelques mois de l’élection présidentielle Erdogan n’a certainement pas envie de reproduire la même expérience. On comprend qu’il aurait préféré que la date du retrait soit fixée au 16 juin.

Mais ce sera en Août. Or le 15 août est une date symbolique pour le PKK. Celle qui marque le début de son insurrection (après toute les précédentes insurrections kurdes)

Quant aux provocations en tout genre, ça commence déjà. A Silivri dans la banlieue d’Istanbul des ülkücü (ultra nationalistes) viennent de s’en prendre  violemment à 7 maçons kurdes qui bossaient sur un chantier.

 

Newroz à Diyarbakir – le message de paix d’Öcalan (en kurde et en turc)

Ceux qui comprennent le turc peuvent écouter le message d’Öcalan délivré d’abord en kurde par Pervin Buldan, puis en turc par Sırrı Süreya Önder au Newroz de Diyarbakir devant au moins un million de personnes.

 

On peut aussi le lire (en turc et en kurde !)  sur les Yüksekova Haber

Il annonce la fin du conflit armé, une forme de lutte qui n’est plus  de notre époque. Cest vrai que le PKK s’est constitué en  pleine guerre froide ! Et que si le président Turgut Ozal n’était  pas mort d’une (étrange et opportune )  crise cardiaque, le conflit armé  aurait sans doute  pu se terminer en même temps que la  guerre froide, au début des années 90  et avant la destruction de milliers de villages et d’alpages !

Ce n’est pas pour autant que les mobilisations vont cesser. Des deux slogans des rassemblements de Newroz : « La liberté pour Öcalan », ne devrait pas être le plus difficile à atteindre un « deal » a du déjà être fait  avec le leader du PKK. Sans doute pas la liberté – du moins pas tout de suite et sans doute pas en Turquie., Mais il quittera  peut-être sa forteresse- prison de l’île d’Imrali pour  une sorte de résidence surveillée. Le second, « un statut pour les Kurdes » sera peut-être plus plus compliqué à obtenir .  Tout dépend de ce qui est entendu dans la notion vague de « statut »..

Et signe des temps, les médias turcs ne divisent plus  par 15 l’importance de la foule fêtant Newroz à Diyarbakir ! Jusqu’ici ils donnaient systématiquement le chiffre de 50 000 participants… »Newroz historique » aidant,  on n’oublie pas de zéro cette fois. Mais le W à Newroz fera peut-être partie des revendications pour donner ce  fameux « statut » aux Kurdes…

Ici les premières vidéos de la fête de Newroz à Diyarbakir. Cette fois les médias  qui d’habitude passent rapidement sur ces fêtes (sauf quand elles sont interdites et que ça barde), devraient largement diffuser ces images sur les chaînes de TV de Turquie.

« Baris istiyoruz », Baris istiyoruz » » Artik yeter « ! (Nous voulons la paix – ça suffit ! ). « Nous ne voulons plus de soldats tués, ni guérillas tués. » Les interviewés diffusent des messages de paix.

Le PKK a aussi envoyé un message et  confirme qu’il va respecter le  cessez le feu annoncé depuis des semaines.  Sinon,   j’avoue que je n’ai pas compris en quoi consistait cette fameuse feuille de route. Ni quelles sont les garanties obtenues par le mouvement kurde . Une sorte de paix des braves est-elle prévue après  le départ des guérillas du  territoire turc ? On en saura plus sans doute dans les semaines à venir.

Un message destiné à séduire  l’opinion turque – surtout AKP –   aussi de toute évidence.  Il n’est plus question « d’autonomie démocratique » mais est évoquée une   « fraternité de l’Islam démocratique (Islami demokratik kardeslik) »  (de l’époque ottomane, si j’ai bien compris) qui rappelle la rhétorique d’Erdogan et devrait séduire les admirateurs de celui-ci. Il y a quelques semaines un ministre avait déclaré qu’Öcalan était un bon musulman (il était très religieux dans son enfance…mais ensuite il a choisi le marxisme).

Mais le message principal est clair et porteur d’espoir : le politique devrait dorénavant remplacer la violence des armes.

Une commission des sages devrait se mettre en place dans le cadre de ce processus de paix qui commence,  a annoncé le chef de gouvernement.  C’était d’ailleurs une proposition du CHP  émise il y un an rappelle Sezgin Tanrikulu député CHP et ancien président du barreau de Diyarbakir. Mais alors que son parti tenait à ce qu’elle soit formée au sein du Parlement, elle lui serait extérieure, des représentants de la société civile  y participeraient (syndicats, associations) et le chef du gouvernement doit se charger d’en choisir les membres….

L’Union des Étudiants Kurdes de France (UEKF) a traduit le message d’Öcalan en français. A lire ICI

Newroz 2013 : la foule à Siverek, la neige (et la foule aussi) à Hakkari.


Cette fois les Urfa Haber n’ont pas escamoté son W à Newroz (comme la plupart des médias turcs (pas tous) continuent  de le faire, toujours aussi coincés malgré le processus de paix).  Et les images sont impressionnantes :  il y avait foule à Siverek pour fêter Newroz 2013.

La petite ville est certes  la patrie de Mehmet Uzun, de Yilmaz Güney (par son père) et de quelques autres célébrités kurdes. Mais ce doit être la première fois, que la fête en rouge vert jaune y attire une telle affluence.

Ahmet Türk, le député de Mardin avait fait le déplacement pour prêcher la bonne nouvelle.

Apo aussi était présent…enfin, son effigie

 

A Hakkari, qui l’a fêté un peu  tôt, il  neigeait pour Newroz. Cela n’a pas découragé la foule. Et comme d’habitude – processus de paix ou non – il y avait de l’ambiance !

A Yüksekova, 2 jours plus tard, le printemps s’annonçait par contre dans la province à en juger la tenue des filles….Mais il ne faut sans doute pas s’y fier. Il ne devait pas faire bien chaud. Mais au moins il ne neigeait pas.

Et comme on le voit sur la vidéo,  Öcalan était à l’honneur.

Il n’y a plus qu’à attendre sa feuille de route, jeudi 21 à Diyarbakir « Le peuple kurde et le peuple turc seront tous les deux gagnants » a annoncé Gülten Kisanak à Siirt, qui apparemment a toujours de la voix. Je ne sais pas comment elle fait, elle n’arrête pas les discours de meeting depuis le début du mois !

Il faut bien cela il faut dire pour que les Kurdes sympathisants du BDP  commencent à y croire à ce processus de paix . Je les ai trouvés  assez réservés,  Rien à voir avec l’enthousiasme du début de l’Acilim en août 2009. C’est vrai qu’il avait vite été douché. On comprend donc que cette fois, ils attendent de voir. Mais ça ne veut ne pas dire que cette fois ne sera pas la bonne.

En attendant :  Newroz piroz be ! (avec une pensée pour ceux qui le fêteront dans la cellule de leur prison, dans lesquelles il y devrait y avoir quelques halay et beaucoup d’espoir  quand-même)

Et j’ajoute une vidéo de Newroz à Van, qui a ouvert le bal le 17 mars, avec Ciwan Haco sur le podium.

 

 

 

 

 

 

 

 

Newroz 2013 s’ouvre à Van le dimanche 17 mars (Diyarbakir le 21)

La plupart des médias turcs ont toujours autant de mal avec le W de Newroz, (même les Urfa Haber le turquifient  en Nevroz (ça promet d’y être gai )!  –   mais au moins cette année, aucun vali  (gouverneur) ne devrait avoir l’idée d’interdire que les festivités s’étalent sur une semaine. Enfin presque. En effet, cette année  exceptionnellement  Diyarbakir clôturera les festivités un jeudi et non un jour de WE. C’est ce jour là  le jeudi 21 que devraient être annoncées les volontés  d’Abdûllah Öcalan – qui pourrait être autorisé à s’exprimer aux siens par vidéo –  et que le PKK devrait annoncer un cessez le feu.

D’ici là, une nouvelle  délégation du BDP, à laquelle  Selahattin Demirtaş, le co président du parti kurde serait cette fois autorisé à prendre part,   se sera rendue à Imrali et aura remis au leader kurde  les réponses données aux  missives qu’il a adressées au  Parti BDP, au  PKK Europe et aux commandants de Qandil (KCK).  Le 21 on devrait donc (normalement)  en savoir davantage sur ce fameux processus de paix.

Il y a toujours une foule immense à Diyarbakir pour Newroz. Mais cette année ça va être exceptionnel. 1367 parlementaires, 210 universitaires, 57 chaînes de TV et 117 journalistes sont attendus ! A moins d’avoir des amis sur place, il vaudra mieux avoir réservé sa chambre de l’hôtel à l’avance..

Mais c’est Van (et quelques autres villes, dont Izmir) qui ouvre cette année le bal. Newroz y sera célébré dimanche 17. Enfin officiellement, car dans les faits ça a déjà commencé ça et là , notamment à Yüksekova…

Pour cette année les slogans du parti seraient « Liberté pour Öcalan » et « un statut pour les Kurdes » indiquent les Yüksekova Haber .

Voici le programme des festivités :

17 Mars 2013 (dimanche )
Adana, Antalya, Aydın, Bursa, Denizli, Gaziantep, İstanbul, İzmir, Kocaeli, Konya, Manisa, Mersin, Tekirdağ, Van, Ceylanpınar, İskenderun, Milas, Silvan.

18 Mars 2013 (lundi )
Bingöl, Dersim, Hakkari, Iğdır, Kars, Muş, Ergani, Kızıltepe, Lice.

19 Mars 2013 (mardi)
Ağrı, Batman, Bitlis, Erzurum, Mardin, Urfa, Bismil, Pazarcık.

20 Mars 2013 (mercredi )
Adıyaman, Elazığ, Malatya, Siirt, Doğubeyazıt, Elbistan, Silopi, Tatvan, Yüksekova.

21 Mars 2013 (jeudi ) ; Diyarbakir.

Quant au  « jour nouveau » (Newroz) ou printemps , il est déjà là : il fait 21° à Diyarbakir!

Le Parlement européen soutient le processus de paix entre la Turquie et le PKK

Le processus de paix, dit « processus d’Imrali » vient de recevoir le soutien clair et massif du parlement européen. Le commissaire européen à l’élargissement  Stefan Füle s’est dit prêt à apporter son soutien à ce processus qu’il a qualifié d’ « historique ».

Il est vrai qu’il a fallu une sacrée évolution de la classe politique et de l’opinion publique turque pour rendre possibl,e  ce qui n’a pas encore  vraiment pris la forme de négociations avec  Öcalan le leader du PKK, vénéré de ses sympathisants  au point que des centaines  de prisonniers politiques aient entamé une grève de la faim ayant conduit certains aux portes de la mort pour mettre fin à l’isolement total et au silence auxquel il avait été astreint pendant plus d’un an.

La plupart des  députés qui se sont exprimés en séance plénière et Lucinda Creightona, l’actuelle  présidente irlandaise  de l’UE,  ont appelé tant la communauté kurde et que  les autorités turques à tout mettre en œuvre pour que ce processus aboutisse à la fin de 30 ans de violences. Et le Parlement européen s’est engagé à suivre de près le processus enclenché.

Les députés européens ont ainsi dénoncé l‘assassinat des 3 militantes kurdes, le 9 janvier à Paris. Un assassinat dont l’objectif était de faire dérailler le processus de paix ont-ils à leur tour souligné.

Ce soutien européen a été chaleureusement  accueilli par le  BDP (le parti pro kurde, proche du PKK) – et le plus pro européen des partis de Turquie où beaucoup ne croient plus trop à l’intégration du pays à l’UE . Selahattin Demirtas, le vice président du parti qui avait fait le déplacement à Strasbourg a assuré que son parti comptait bien tout mettre en œuvre pour que ce processus aboutisse à la paix.

Mais selon lui, pour que le leader emprisonné puisse jouer son rôle de négociateur, il est indispensable que les échanges avec le BDP soient  facilités. En effet depuis le déclenchement du processus une seule visite par 2 élus  du BDP – Ahmet Türk et Ayla Aytan  Ata – a été autorisée, le 3 janvier dernier. Demirtas, réputé proche des commandants de Qandil, demande lui aussi à rencontrer le leader emprisonné.

Il a dit aussi attendre de nouvelles réformes judiciaires en Turquie (où la législation anti terroriste a permis d’ envoyer des dizaines de milliers de sympathisants et militants – dont des centaines de mineurs –  pro kurdes en prison), la libération des prisonniers politiques et la liberté de presse. En effet, la majorité des dizaines de journalistes emprisonnés en Turquie, sont des journalistes travaillant pour les médias kurdes.

Le premier ministre Tayyip  Erdogan a « répondu » que l’organisation des visites à la prison d’Imrali était du ressort du ministre de la justice. Cela étant, il est quand même probable que sur cette question aussi sensible,  le ministre se risquera difficilement à prendre une décision sans l’accord du chef du gouvernement…

On peut voir la vidéo du débat au Parlement Européen ICI