Le journal kurde Özgur Gündem fermé pour un mois.

Samedi 24 mars, au  lendemain du dernier Newroz sous interdiction, un tribunal d’Istanbul a décidé de suspendre pour la durée d’un mois, la publication du  journal kurde Özgür Gündem (Libre agenda) qu’il accuse d’avoir fait de la propagande pour une organisation terroriste., Les exemplaires du 24 et du 25 mars ont été saisis.

Ce  calendrier n’est sans doute pas un hasard. Le journal,  qui a repris ses publications en Turquie le 4 avril dernier  est tout un symbole. Fermé en 1994, il avait été fondé deux ans plus tôt en 1992, alors que les grandes opérations militaires contre le PKK s’engageaient dans la région kurde, avec leur lot d’exactions contre les populations civiles ( villages évacués et détruits, tortures, liquidations). Une sale guerre dont il était risqué de couvrir les réalités.  76  employés des journaux kurdes, dont de nombreux  vendeurs à la sauvette  et  30 journalistes avaient été tués rappelle Bianet.  Et on peut apprendre les noms de ces journaliste tués ici  L’écrivain et poète Musa Anter, assassiné le 20 septembre 1992 à Diyarbakir écrivait pour Özgür Gündem.

Fermé le 14 avril 1994, il avait réapparu le 28 sous le nom Özgür Ülke (Pays libre). Mais le 4 décembre 1994, 3 de ses bureaux  avaient été l’objet d’attaques à la bombe. Un employé avait été tué et 42 autres blessés.  A la suite de ces attaques, de nombreux journalistes avaient été arrêtés.

Parmi ceux-ci, il y avait le frère d’une amie de Diyarbakir. Un frère que je n’ai jamais connu. Elle m’a raconté qu’il   était rentré dans sa famille après plusieurs jours de garde à vue et était resté prostré dans sa chambre pendant plusieurs jours, ne supportant plus d’entendre le son des sirènes de police. La torture était systématique  alors.

Nombreux sont ceux qui ne sont jamais revenus de ces terribles garde à vue des années 90. Tous ceux qui écrivaient pour des journaux kurdes étaient menacés.  Cet été un copain m’a présenté un des ses amis qui  écrivait dans ces années de plomb  pour le journal  Azadi -Deng.  Au cours d’une garde à vue, ses geôliers  l’avaient   conduit au cœur de la nuit  dans un cimetière, histoire de  lui faire comprendre ce que pouvait coûter d’être classé « ennemi intérieur » . Heureusement, il avait eu le temps d’appeler au  téléphone un ami intellectuel kurde  exilé en Allemagne, et d’avertir  qu’une « équipe » pénétrait  dans son immeuble. On s’était  démené  pour lui dans le milieu des exilés kurdes . Cette semaine là le chancelier allemand rendait une visite officielle en Turquie. Il présume que c’est à cette visite qu’il doit d’être encore en vie.

Actuellement parmi les 104 journalistes emprisonnés (et dont la majorité sont des journalistes kurdes) , 12 travaillaient pour Özgür Gündem.

Kemal Kiliçdaroglu, le leader du CHP, l’opposition kémaliste a apporté son soutien au journal. Je le relève parce qu’on  peut raisonnablement douter que son prédécesseur en aurait fait autant….

Ajout du 5 avril…Comme dit dans un commentaire de ce billet, l’interdiction  de publier a finalement été levée. Je n’ai pas bien compris ce qui s’était passé aux niveau des tribunaux, mais c’est une bonne nouvelle.