Combattants kurdes peshmergas, PKK, YPG et yézidis de Qasim Shesho à travers les clips.

Yézidis miliciens Sinjar

On pourrait consacrer tout un blog aux clips à la gloire des combattants kurdes peshmerge, PKK ou YPG. La chanson a toujours fait partie des outils de propagande de prédilection des différentes fractions kurdes. Mais évidemment  depuis que leurs combattants ne se confrontent plus à une armée étatique, mais aux jihadistes de l’Etat islamique, on assiste à une prolifération de nouveaux clips. Au-delà de la propagande, ces clips en disent beaucoup sur les différentes troupes kurdes combattant l’Etat islamique.

 

Pour célébrer les peshmergas du KRG (province autonome  du Kurdistan en Irak), cette chanteuse a repris une des chansons les plus célèbres du chanteur kurde Sivan Pewer. Elle  se met en scène comme soldate (très pomponnée, visiblement elle sort de chez sa coiffeuse/maquilleuse) d’une armée conventionnelle  qui marche au pas cadencé.

 

Une image bien différente de celle de guerriers « aux pieds nus »  que le célèbre chanteur kurde de Siverek (province d’Urfa ) évoquait dans son clip  Helvano; une autre de ses chansons (très connue elle aussi), très mélancolique celle -ci . Si la chanson est beaucoup plus ancienne,  le clip  doit dater de 2007. Le chanteur se met lui  aussi en scène parmi un groupe de combattants rassemblés autour d’un feu de camp de « campagne ». Ils y évoquent le souvenir de ceux qui sont tombés.

 

 

 

Le chanteur a aussi mis son talent au service de la guerre contre Daech. Dès juin il dédiait  une nouvelle chanson aux pershmergas du KRG- où il a quasiment un statut  de chanteur officiel.

Pas sûre  que le clip qui fait un hommage (très) appuyé à Barzani  ait fait fureur chez les peshmerge UPK (le parti de Talabani),  très présents sur le front de Kirkouk. Mais cela m’étonnerait aussi que ce clip soit toujours divulgué sur les chaînes de TV pro barzanistes. En effet  il ne se contente pas d’être un hommage aux « nouveaux pershmergas », c’est aussi le rattachement de facto au Kurdistan (KRG) des régions contestées qu’il chante.

Seulement parmi ces territoires contestés, outre Kirkouk,  il y a Sinjar (Shengal en kurde). Avec la  façon dont les peshmergas (PDK)  se sont débinés en abandonnant la population yézidie qu’ils étaient sensés protéger des tueurs islamiques,  la bataille de Sinjar va plutôt  marquer une page noire de l’histoire des peshmergas et des luttes kurdes.

Les Kurdes qui se gaussaient sur les médias sociaux du colonel de l’armée irakienne ( surnommé le Lion de Maliki) lorsqu’il  s’était replié après avoir résisté une semaine à Tel Afar contre l’armée islamique, ont alors assisté à un repli autrement moins glorieux de leurs propres combattants. Même avec la meilleure volonté du monde impossible de parler de résistance.

Depuis la tragédie du 3  août,  il a écrit une autre chanson sur Sinjar. Cette fois guérillas (HPG/PKK) et YPG  participent aussi au combat contre l’Etat Islamique. Il me semble que c’est assez rare pour être relevé .Mais le clip donne l’impression que les frères kurdes de Rojava sont venus prêter main forte aux peshmergas.  Alors que ce n’est pas tout à fait ainsi que cela s’est passé.

Dès le 3 août les YPG de Rojava entraient à Sinjar que les peshmergas abandonnaient. Avec le soutien de guérillas HPG/PKK arrivés directement de Qandil, ils réussissaient quelques jours plus tard à créer un corridor qui a permis à des dizaines de milliers de Yézidis réfugiés dans la montagne de fuir. L’apport déterminant des combattants PKK à Sinjar, mais aussi à Mahkmour ou Gwer,  a fait grimper leur prestige dans tous les territoires kurdes, où les « guérillas » (combattants PKK) étaient déjà souvent populaires au sein de la population : admiration pour le « combattant kurde des montagnes » en lutte contre un Etat puissant, le plus souvent sans adhérer pour autant au  » système » (organisation de la société) PKK, il m’a semblé.

Je ne suis donc pas certaine que la nouvelle chanson de Sivan Perwer  fasse partie du répertoire des combattants de Qasim Shesho quii avait  résisté avec ses hommes contre l’Etat islamique le 3 août  à Sinjar, quand les pershmegas se repliaient. Si aujourd’hui, celui qui est devenu un  héros pour les Yezidis se bat aux côtés de ces derniers, c’est à la tête de ses propres troupes constitués de volontaires  yézidis (et Turkmen) , en partie  entraînés par les YPG  kurdes de Rojava, le Kurdistan de Syrie J’ignore s’il a conservé sa carte du parti PDK, mais le moins qu’on puisse dire est que la confiance des combattants yézidis  dans les peshmergas du KRG a été  sérieusement écornée.

 

Les images de  peshmergas devenus des militaires d’une armée conventionnelle (de plaine dans les nouveaux clips), contraste avec celles des  HPG/PKK restés des « guerriers aux pieds nus des montagnes ».  Le lever du soleil, symbole du Kurdistan, promet aussi lendemains qui chantent. Chant a capella de mise pour cette marche des guérillas que tout gamin de la province d’Hakkari connaît depuis la maternelle. Elle y fait partie du répertoire chanté dans toutes les fêtes de mariage. Ce clip date un peu, mais reste très représentatif.

Ceux qui sont coutumiers des chaînes de TV kurdes pro PKK sont coutumiers aussi de ces images de guerillas dansant le halay dans un campement de montagne. Là aussi on insiste sur la frugalité et bien sûr la mixité. Inutile de souligner ce dernier point. Ceux qui ignorent  encore que les femmes sont nombreuses dans les rangs des HPG  et des YPG ne doivent jamais ouvrir un magazine. Mais on remarque à leurs sourcils soigneusement épilés que les femmes ne sont plus contraintes de renoncer à toute coquetterie quand elles rejoignent la montagne.

Les YPG kurdes syriens  sont les derniers nés des troupes kurdes. Mais même si leur proximité avec les HPG qui les ont formés et encadrés, n’est pas un mystère, les clips en leur honneur se distinguent des leurs. Comme le monde entier le sait (sauf quelque élue UMP qui a peut-être fini par l’apprendre) ,  il s’agit là aussi  de combattants sans solde et dont l’équipement reste  sommaire (surtout à Kobane). Mais comme les pershmergas (et à la différence des HPG/PKK) ils constituent depuis l’été 2012 l' »armée »  d’un territoire autonome kurde de Syrie.

Pas étonnant  donc que les clips  les montrent  défilant dans les villes des cantons de Rojava, comme  dans ce clip déjà (un peu) ancien. Comme on le voit aussi – et contrairement à ce que beaucoup imaginent –  la bataille de Kobane est loin d’être leur première expérience de guérilla urbaine.

Mêmes remarques  pour ce clip plus récent et de meilleure qualité. Les halays dansés par les civils sont en live cette fois (je pense pendant une fête de Newroz, mais les kurdophones doivent pouvoir le déduire à  la date qui apparaît sur une affiche).

Les YPG ont conservé l’habitude de leur grands frères et soeurs HPG/ PKK  de danser des halays  pour se détendre un peu sur le front. Ils aussi ont conservé leur répertoire. Le décor lui par contre a changé. Il est urbain cette fois. Cette vidéo a été prise lors des fêtes du Sacrifice, au début du mois peut-être dans Kobane assiégée, peut-être  dans un autre canton de Rojava où on se bat aussi contre les jihadistes.

Pour ma part j’adore cette vidéo d’un concert impromptu de YPG, qui me rappelle l’ambiance des bringues tahitiennes. Elle montre bien que quelque soit les circonstances, les Kurdes sont toujours prêts à se marrer.  C’est sans doute ce qui fait aussi leur force contre Daech, qui comme tous les fanatisés se prennent énormément au sérieux.

 

 

 

Mahsum Korkmaz, Atatürk et les « terroristes » PKK qui combattent l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

Mahsun Korkmaz premier commandant PKK

Mahsum Korkmaz est depuis longtemps un héros pour des millions de Kurdes. Pas seulement pour  les sympathisants apocus (pro PKK). J’ai même rencontré des responsables  du PDK (le parti de Barzani), peu suspects de grande sympathie pour le PKK, qui ne cachaient pas leur admiration pour ses guérillas. Évidemment, le premier commandant du PKK, tué en 1986, à 30 ans,  lors d’ un clash avec l’armée turque dans les Monts Gabar est vénéré par ses sympathisants. Il est le modèle à suivre pour tous ceux qui rejoignent « la montagne ».

Et ce sont des milliers de volontaires qui viennent de rejoindre les YPG ou HPG / PKK pour aller prêter main forte à leurs  frères kurdes de Syrie et d’Irak et bloquer les avancées de l’État islamique dont plus personne n’ignore la folie destructrice. Un mouvement qui s’est amplifié depuis l’appel d’Öcalan, en juin dernier.  Des dizaines de milliers d’autres sont prêts à en faire autant.

Je prédisais dans un précédent billet que les jihadistes ne tiendraient pas longtemps Makhmour, au Kurdistan irakien. En effet, une opération  conjointe des peshmergas et du PKK assisté de volontaires du camp de réfugiés (pro PKK), soutenue par l’aviation américaine les en a chassés. Après la rapide reprise du poste frontière de Rabia par les  YPG ( PKK syriens),  c’était le premier gros revers subi par  l’armée de fanatiques islamiques  depuis qu’elle avait lancé sa grande offensive contre le Kurdistan irakien, début Août.

En menaçant Makhmour, l’État islamique commençait à dangereusement  se rapprocher d’Erbil, de  sa population et de ses innombrables réfugiés. Il commençait aussi à sérieusement menacer les intérêts de pays occidentaux et de la Turquie,   qui se comptent en milliards en $. Même si Erbil était certainement mieux protégé que  Sinjar , la menace que  cette avancée de l’État islamique  jusqu’à Makhmour représentait (ainsi que la tragédie des Yézidis dans la montagne de  Sinjar )  a même décidé les États-Unis à intervenir dans le conflit et des pays européens comme la France à envoyer d’urgence  des armes sophistiquées aux Kurdes du  KRG.

Espérons que les richissimes compagnies pétrolières qui ont signé de très avantageux contrats avec le KRG, mettront la main à la poche quand il faudra régler l’addition (ce ne doit  pas être donné  un tel armement). En attendant, il faut aussi espérer que Total ou Exxon Mobil ont fait des dons dignes de leurs bénéfices annuels au HCR et aux  organisations humanitaires débordés par l’afflux de réfugiés.

Massoud Barzani rend visite aux combattants HPG/ PKK, Makhmour août 2014
Massoud Barzani rend visite aux combattants HPG/ PKK, Makhmour août 2014

Cette victoire et cette collaboration entre forces kurdes  a été  si importante que Massoud Barzani a rendu une visite tout à fait publique aux commandants  PKK venus à la rescousse des peshmergas qui là aussi  y étaient en difficulté.

 

Inauguration d'une statue de Mahsum Korkmaz, Lice, 15août 2014
Inauguration d’une statue de Mahsum Korkmaz, Lice, 15août 2014

Avec celui d’Öcalan, que ses sympathisants peuvent maintenant brandir à visage découvert  en Turquie, le portrait du premier commandant de la guérilla, Mahsum Korkmaz,  est affiché dans tous les meetings,  commémorations (comme les grandes funérailles de sehit) ou  fêtes de Newroz.

Et alors que le PKK et les autorités turques sont engagés dans un processus de paix qui pour le moment consiste surtout en un cessez le feu pour la première fois bilatéral  entre PKK et armée turque,  le Parti ( kurde) , qui recueille  92% des voix à Lice,  a  franchi un nouveau pas.  Pour  célébrer  le 30 ème  anniversaire du déclenchement, de la dernière insurrection kurde le 15 août 1984, il  a érigé une statue de Mahsum Korkmaz.  Pas sur la place principale de la petite ville.  C’est dans le cimetière où reposent leurs sehit (combattants tombés au combat) qu’elle a été dressée. Un lieu où une statue présente peu de risque  de heurter quelque sensibilité moins sympathisante ( pour peu déjà qu’un promeneur égaré sache qui est Mahsum Korkmaz) . Et les forces de l’ordre omniprésentes depuis des décennies dans cette province ne doivent pas souvent aller s’y recueillir.

Certes le Parti n’y est pas allé de main morte. La statue  paraît imposante. Mais pas plus que celle d’Atatürk qui se dresse à Lice (à côté de l’école primaire Atatürk!)  comme dans toutes les villes et bourgs  de Turquie, au Kurdistan encore plus qu’ailleurs. Seulement, très souvent les Kurdes détestent le fondateur de la Turquie moderne, qu’ils soient sympathisants  BDP ou  AKP.  C »est encore plus vrai dans le district de Lice, où lors d’une réunion secrète à laquelle Mahsum Korkmaz participait, le PKK  avait été fondé en 1977. C’était aussi de Lice qu’était  partie la première insurrection kurde conduite par Cheikh Said en 1925.

Cheikh Said avait été pendu pour l’exemple à Diyarbakir, en même temps que 46 chefs qui avaient rejoint la révolte. Et la main de bronze de la répression s’était abattue sur les provinces rebelles.  Dans les années 90, Lice a de nouveau  payé cher d’avoir été le berceau d’une nouvelle insurrection armée. Le district a été littéralement vidé de sa population. En 1993, comme Sirnak quelques mois plus tôt,  la ville de Lice était bombardée,  au moins 16 civils avaient  été tués, des centaines de commerces et d’habitations détruits et des milliers de personnes contraintes à l’exode . Pas plus les habitants qui y sont restés que ceux (beaucoup plus nombreux) qui en  ont été chassés, ne sont  devenus kémalistes, même  modérés, par la suite.

Le député CHP Sezgin Tanrikulu, qui est originaire de Lice, ne doit pas être un inconditionnel du fondateur de son parti.

En février dernier le procès du général Bahtiyar Aydın, responsable du bombardement de Lice était délocalisé à Izmir d’ où il a été interrompu. Une façon  discrète de lui fiche la paix. Presque au même moment, en mai dernier, le général de gendarmerie Musa Citil  accusé du meurtre de 13 villageois à Derik (Mardin) entre 1992 et 1993, était acquitté par un tribunal de…Corum (dans l’ouest de la « Turquie nouvelle » dont la justice ne se distingue pas vraiment de l’ancienne ).

 

Destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 19 août 2014
Destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 19 août 2014

La justice a été bien plus vigilante  pour juger l’effigie d’un commandant PKK, mort depuis près de 30 ans. C’est vrai que le symbole est fort. Et peut-être craignait-elle que l’exemple de Lice fasse des émules et que la statue finisse par sortir des cimetières pour aller faire de l’ombre à celle du « père des Turcs » . Un risque  peu probable :  le seul à  être de taille à concurrencer le fondateur de la nation sur la place du village kurde,  c’est Öcalan, celui qu’Ahmet Altan avait surnommé « Atakurde »- ce qui lui avait valu un procès et de perdre pour un temps son emploi de  journaliste. Et en cette période où devraient  débuter des négociations difficiles, ça m’étonnerait que le prisonnier d’Imrali autorise ce genre de démonstration de dévotion.  Mais 3 jours  après son inauguration,  un tribunal ordonnait  la destruction de la statue « terrorist »

destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 18 août 2014
destruction de la statue de Mahsum Korkmaz, Lice , 18 août 2014

L’armée (dont on comprend qu’elle ne partage pas la vénération pour le premier commandant PKK à avoir tiré sur ses soldats)  a diligenté une opération sur le champ, alors que des militants déterminés à l’en empêcher l’attendaient – il était 6 heures du matin !  Résultat 1 tué de plus à Lice, où ça commence à faire pas mal de civils tués en un an,  et plusieurs blessés.

 

Statue d'Ataturk, centre d'Hakkari, 19 août 2014
Statue d’Ataturk, centre d’Hakkari, 19 août 2014

Des villes  kurdes se sont embrasées où, sacrilège suprême, des manifestants se sont vengés sur la statue d’Atatürk. Rien de bien nouveau en fait. A Hakkari elle a déjà stoïquement résisté à de nombreux assauts de pierres et de cocktails molotov, sans parler des gaz lacrymogènes et des jets de flotte qui ne l’ont pas épargnée. Mais cette fois des médias l’ont remarqué, d’autant qu’à  Lice , quelques uns des  bustes d ‘Atatürk qui trône dans toutes les écoles ont été à leur tour fichus à terre.

Si des voix scandalisées s’élèvent, pas de quoi cependant provoquer une vague de poussée nationaliste  à l’Ouest du pays. En 2006, il avait suffi qu’un petit kurde d’Hakkari mette  le feu à un drapeau turc devant des caméras de TV à Mersin (sans doute que l’idée lui avait été soufflée), pour que les fenêtres des villes de l’ouest du pays se couvrent de drapeaux turcs. Une mobilisation générale pour  la patrie en danger qui n’avait sans doute pas été complètement spontanée.

Apparemment, personne n’est trop désireux cette fois de provoquer des tensions qui pourraient mal tourner, au sein de la population  Ce n’est pas trop le moment. Et puis qui en profiterait, maintenant que les élections sont passées ?

Avec la fin des combats entre soldats et PKK, les Turcs sont peut-être un peu plus enclins aussi  à admettre qu’au sein d’un même pays, plusieurs récits historiques antagonistes peuvent s’entrechoquer.  Cela fait plus d’un an maintenant qu’Öcalan, la figure du Mal absolu depuis plusieurs décennies, est devenu l’interlocuteur de l’État turc, et l’opinion (du moins une partie d’entre elle) apprécie surtout de pouvoir croire enfin que la paix est durable .

Quant à Atatürk, malgré son omniprésence dans les manuels scolaires qui  perdure (en attendant peut-être d’y être remplacé par un autre Grand Homme, comme pour les noms d’aéroports) ,  il est  en train de perdre son statut d’idole, sans doute pour trouver  la place dévolue à tout grand personnage historique, à l’instar d’un Napoléon ou d’un de Gaulle que tout le monde n’est pas sommé de vénérer. On a le droit de les exécrer et même d’être injuste avec eux,  si on veut.

Surtout depuis la prise de Mossoul le 10 juin  par l’État islamique et la prise en otage des membres du personnel du Consulat turc, de leurs familles et des membres des forces spéciales chargées de les protéger, auxquels il avait été courageusement prié de rester sur place (je ne sais pas pour quoi  faire), il y a sans doute  pas mal de gens en Turquie qui considèrent que le danger aujourd’hui  s’appelle plutôt « Califat ».

Avec 49 otages entre les mains de dangereux  fanatiques qui utilisent leurs exactions les plus monstrueuses comme une arme de guerre, les centaines de kilomètres de frontière partagée avec le « Califat nouveau » et les cellules dormantes qui doivent se trouver sur leur propre territoire (sans doute pour la plupart connues et surveillées, mais cela n’empêche jamais le danger) et dont certaines n’ont pas hésité  dernièrement  à lancer un appel public au  jihad en plein  Istanbul  – on comprend assez que les autorités aient préféré ne pas voir leurs forces spéciales, présentes depuis des années pourtant de  l’autre côté de la frontière, s’afficher aux côtés des peshmergas de leur « ami » Massoud Barzani.

Elles ne sont même pas intervenues pour porter secours aux « frères » Turkmènes dont la défense était une cause nationale en 2003 en Turquie, quand on les prétendait menacés par les Kurdes. Les malheureux Turkmènes de Ninive,  honnis par les fanatiques de l’État islamique car ils sont chiites, ont du fuir leurs villes et villages pour éviter d’être massacrés, et certains malheureusement l’ont été. Et la Turquie est restée jusqu’ici indifférente au sort des 15 000  Turkmènes d’Amerli, assiégés depuis 2 mois par des partisans de l’ EI.    Son seul soutien est une aide humanitaire massive aux réfugiés turkmènes et yézidis auxquels elle construit aussi des camps au Kurdistan irakien, espérant éviter qu’un flot de réfugiés ne viennent s’ajouter aux 1.5 million de réfugiés syriens sur son territoire. Enfin, construirait, certains médias d’opposition mettent même en cause la véracité de  camps financés par la Turquie (mais je me méfie aussi des médias d’opposition)

La Turquie aurait peut-être préféré envoyer ses commandos et ses F16 dans son ancienne province de Mossoul. Mais les seules troupes venues  de Turquie pour combattre les barbus du « calife », ce sont les YPG et HPG/  PKK  qui le combattent sur deux fronts : en Irak et en Syrie .

Et à Rojava (Kurdistan syrien) , c’est sans le soutien d’aucune aviation,  qu’ils sen chargent avec les YPG  qu’ils ont formé. Au sein des forces kurdes,  ces troupes  « terroristes » rappellent un peu ce qu’est la Légion Étrangère à l’armée française, pour la qualité de ses combattants, ou pour leur recrutement international (sauf qu’en l’occurrence il est plutôt transnational). A ceci près qu’ils ne touchent aucune solde (Exxon Mobil et Total pourraient peut-être avoir aussi un geste pour leurs familles). Ce n’est pas le cas de ceux qui se prennent pour des « soldats d’Allah », qui doivent aussi bénéficier de multiples avantages avec tous les biens abandonnés de force par les populations qui ont fui.

La Turquie n’a pas envoyé  ses troupes d’élite défendre la zone tampon du  Kurdistan irakien (et ses  intérêts financiers). dans cette bataille pour le Kurdistan irakien,Par contre  le PKK est devenu un allié sur lequel on peut compter. Outre les Yézidis de Sinjar , le monde entier l’a remarqué. C’est quand-même ce qui devrait être relevé pour ce trentième anniversaire de l’insurrection.

Sodats saluant leur victoire sur la statue de Mahsum Korkmaz, Lice 19 août 2014
du Sodats saluant leur victoire sur la statue de Mahsum Korkmaz, Lice 19 août 2014

Pendant que les « terorist« du PKK se battent contre l’Etat islamique et  protègent les (gros) intérêts de la Turquie au Kurdistan irakien avec les autres combattants kurdes,  à  Lice  l’armée turque s’affaire à  déboulonner une statue. Un civil de 24 ans, Mehdi Taşkın  est tué,  qui sans doute rêvait (et peut-être  envisageait) de franchir la frontière à son tour pour aller combattre l’État Islamique.  L’opinion publique turque, quant à elle, ne semble pas prendre cette dangereuse opération militaire  pour une action particulièrement héroïque : les  drapeaux turcs n’ont pas surgi aux fenêtres pour célébrer  la nation sauvée.

 

Pour aller plus loin  :  un  article de Fehmin Tastekin, qui relève que les 3 jours qui se sont écoulés entre l’inauguration de la statue et sa destruction aurait pu être utilisés par les autorités (gouverneur) pour tenter de trouver un compromis avec Lice.

.. Dommage de ne pas avoir tenté de sauver des vies (un soldat a aussi succombé des suites de blessures), même si les 2 parties sont plus habituées aux rapports de force et que cela n’aurait pas été gagné d’avance…  au lieu de se contenter de crier à la provocation de tous les côtés.

 

 

 

 

 

 

Peshmergas – et autres combattants kurdes YPG et PKK contre l’Etat islamique

 

Yézidis réfugiées dans la montagne de Sinjar
Yézidis réfugiées dans la montagne de Sinjar

Après Sinjar ce week-end,  ce sont  les villes chrétiennes de l’Est de Mossoul,  Qaraqosh, Bartella,  Bashiqa (où vivent de nombreux yézidis ) ou Tal Kayf  qui viennent  de tomber entre les mains des fanatiques de l’Etat islamique. Là encore les peshmergas ont du se replier.  Et c’est un nouvel exode massif de Chrétiens et Yézidis. La situation est alarmante.

Des nouvelles contradictoires arrivent de la ville de Makhmur à 80 kms au sud d’Erbil et à  laquelle l’État islamique s’est attaquée. Difficile de savoir qui contrôle la ville. Le PKK  a envoyé des renforts et aurait évacué les civils du camp de réfugiés kurdes de Turquie ( pro PKK ), où tous ceux capables de se battre ont pris les armes. Des combats  se poursuivent entre forces Kurdes( PKK/YPG / peshmergas) et EI. Vidéo ICI

Les Turc/Kurdes fanatisés pro EI qui haïssent viscéralement les « infidèles » du PKK aurait tort s’ils se réjouissaient trop vite. Leurs petits amis ne vont sans doute pas faire de vieux os à Mahkmur.

Deniz Firat journaliste Kurde tuée à Makhmour le 8 août 2014
Deniz Firat journaliste Kurde tuée à Makhmour le 8 août 2014

Triste nouvelle. Deniz Firat,  journaliste -guérilla  qui couvrait les PKK a été tuée par un tir de mortier à Mahkmur. C’est à ma connaissance la seule  journaliste tuée depuis le 10 juin en Irak. Il est vrai que tous ne prennent pas de tels risques, ce que l’on comprend, l’enlèvement de journalistes ayant été une des principales sources de financement de l’État islamique. C’était une militante qui avait grandi dans le camp de réfugiés où elle tournait. Une cérémonie de  funérailles se déroulera à Qandil, le 9 août. Le 11 elle sera enterrée  à Van.

Des F16 de l’armée turque  ont survolée la zone dans la journée du 7 août. Certaines sources affirment qu’ils y auraient bombardé des positions de l’EI, ce que nient les autorités turques.  La Turquie, où des Yézidis de Sinjar viennent de trouver refuge chez des parents de Batman notamment, vient de déclarer que les réfugiés de Makhmur étaient autorisés à  rentrer en Turquie s’ils le souhaitaient.

On ne sait pas bien non plus qui contrôle le grand barrage de Mossoul.  Contrôler ce barrage, c’est non seulement posséder la maîtrise  de l’eau (vitale en Mésopotamie) et d’une bonne partie de  l’électricité. C’est aussi avoir la possibilité d’ennoyer une partie du nord du pays jusqu’à Bagdad. C’est  dire qu’il faut éviter qu’une telle arme ne tombe entre les mains des fanatiques de l’EI.

Kalak aux portes  du Kurdistan irakien officiel  et à une trentaine de kilomètres d’Erbil  est menacé. Pour éviter qu’ils ne soient une source de renseignements pour l’EI, et surtout pour empêcher ceux -ci de divulguer leur propagande destinée à affoler les populations, Facebook et Twitter ont été coupés à Erbil et Dohouk.  Mais comme toujours la censure reste relative et les Kurdistanî (habitants du Kurdistan)  deviennent  des as du proxy.

Des renforts venus de Suleymaniye (PUK) sur la frontière iranienne (que l’EI n’est pas prêt de menacer)  sont arrivés  à Erbil. Une marche à la gloire des peshmergas accompagne les images de cette vidéo.

Plusieurs compagnies étrangères auraient commencé à évacuer leur personnel du Kurdistan irakien par mesure de précaution. Et à Harbur le passage de la frontière est désormais interdit aux citoyens turcs. Je présume que cet interdit ne s’applique pas aux routiers qui vont ravitailler le Kurdistan, ni au personnel humanitaire. Espérons que le passage est aussi interdit aux candidats au jihad qui franchissaient sans trop de difficultés  la frontière turco  syrienne.

Les USA viennent d’autoriser des frappes aériennes ciblées. Elles ont commencé et l’aviation US soutient désormais les troupes kurdes au sol.  A défaut d’avoir participé aux frappes, la Turquie leur a donc ouvert son espace aérien.  La  France vient aussi de s’engager à soutenir  les Kurdes. On ne sait pas encore quelle forme va prendre cette assistance. Il est  peu probable des troupes françaises soient envoyées  là bas, sauf dans le cadre d’une force internationale qui  n’est pas à l’ordre du jour. Mais les Kurdes vont certainement recevoir l’armement qu’ils réclamaient (et qui commençait déjà à arriver). Les faits ont assez  montré qu’il leur faisait défaut.

Fuad Hussein, le chef de cabinet de Barzani vient de remercier les USA, l’État irakien (cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé ! ), la France, la Turquie ainsi que l’Iran (main dans la main avec les USA, ça aussi c’est nouveau)  pour leur assistance. Mais il a aussi confirmé que le barrage de Mossoul était bien tombé entre les mains de l’EIIL, une nouvelle défaite de taille pour les peshmergas.

Il a aussi déclaré que depuis l’offensive de l’État islamique  début juin 150 peshmergas ont été tués et plus de 500 blessés. Il ne le précise pas, mais 7  YPG au moins ont aussi  perdu la vie en 5 jours  au Kurdistan irakien, dont 1  originaire de Diyarbakir, en Turquie. Et à Rojava les affrontements continuent.

Ce sont ces combattants kurdes qui vont devoir se charger de faire dégager l’EI qui menace leurs territoires en Irak et en Syrie.  Peut-être/ sans doute  avec des tribus arabes qui viennent de déclarer leur opposition à l’État Islamique, mais exigent le départ de Maliki, ce qui n’est pas fait .  Tant qu’elles ne se soulèveront pas difficile de croire que Mossoul puisse être libérée. Et tant que le l’État islamique  y stationnera, le(s) Kurdistan seront menacés en Irak et en Syrie,  qu’ils soient indépendant ou autonomes.

Peshmergas : de la guerilla des années 70 à l'armée moderne
Peshmergas : de la guerilla des années 70 à l’armée moderne

Dans les années 80 encore, les peshmergas étaient des rebelles oubliés de l’Occident. C’est en Turquie que j’avais découvert  les massacres de l’Anfal (entre 180 000 et 200 000 victimes) le gazage de Halabja et que Saddam Hussein était un monstre. Et pas dans les milieux pro kurdes, mais chez des amis lazes du gecekondu de Pazariçi à Istanbul. En 1988 en France, c’était l’Iran le mauvais islamiste. L’Irak était l’allié de l’Occident.  Les médias français ne s’étaient pas précipités à Halabja.

Massoud Barzani peshmerga
Massoud Barzani peshmerga

Une grande part du prestige de Massoud Barzani, le président du KRG,  tient au fait  il ait été peshmerga dans la montagne kurde, dans les troupes de son père, Mollah  Mustapha Barzani, un des leaders incontestés du mouvement kurde et le fondateur du PDK.

Jalal Taabani commandant (PDK) insurrection de 1961
Jalal Taabani commandant (PDK) insurrection de 1961

Jalal Talabani , Mam Jalal, le fondateur du PUK (yetiki) le parti rival et futur président de l’Irak, a lui aussi combattu dans la montagne.

Abdullah Öcalan avec ses guerillas PKK (date et lieu inconnus)
Abdullah Öcalan avec ses guerillas PKK (date et lieu inconnus)

Et Abdullah Öcalan, le fondateur du PKK qui négocie actuellement avec la Turquie de la prison d’Imrali, a vécu des années au milieu  de ses guérillas. Comme les autres leaders kurdes , il en tire une bonne part de sa légitimité.

Ce n’est qu’en 1991, quand des centaines de milliers de personnes, craignant la vengeance de Saddam Hussein après sa déroute au Koweit,  afflueront à la frontière turque où l’armée turque était massée que les Kurdes entreront dans le paysage médiatique occidental. Avec une image de peuple martyr. Saddam Hussein n’était plus l’allié de l’Occident. On n’aura aucune image par contre de ceux qui trouvaient alors refuge en Iran.

En 2014 les peshmergas constituent une armée de métier  (même si 2 armées, une PDK et une PUK serait sans doute plus juste)  équipée et formée par les Américains. Et depuis la prise  de Mossoul  les caméras du monde entier sont braquées sur eux.

Miss Kurdistan en soutien  aux peshmergas
Miss Kurdistan en soutien aux peshmergas

On est loin des rebelles oubliés dans les montagnes. Fini aussi les combattants du peuple martyr. Aujourd’hui ce sont eux que le monde considèrent comme  le « dernier rempart » contre les fanatiques de l’État islamique et les protecteurs de ceux qu’il menace.  La nouvelle Miss Kurdistan avait revêtu l’uniforme de ces nouveaux chevaliers pour leur rendre visite.  On a aussi vu des images de femmes journalistes posant sur leurs chars.

 

 

Peshmerga donnant à boire à un prisonnier de EI.
Peshmerga donnant à boire à un prisonnier de EI.

Les peshmergas ne se comportent peut-être pas toujours  avec autant d’humanité  vis à vis de  leurs prisonniers que celui qui donne à boire à ce prisonnier. Je me souviens d’un reportage (j’ai oublié de quel média) post invasion américaine, dans laquelle un commandant américain se plaignait que les prisonniers baathistes  « interrogés » par les Kurdes sortaient en si mauvais état de ces interrogatoires qu’on ne pouvait plus rien en tirer.Ils avaient sans doute un peu tendance alors  à rendre leur pareil aux baathistes.

Surtout cette image qui est très populaire sur les médias sociaux kurdes est à l’antithèse des têtes coupées et des exécutions en masse de prisonniers que divulguent ceux de État Islamique.  Là encore c’est  l’image du soldat chevalier que veulent défendre et promouvoir leurs partisans.

peshmerga et prisonnier islamiste EI
peshmerga et prisonnier islamiste EI

Un autre peshmerga offrant à boire à un prisonnier. Je ne sais pas où non plus.

Dommage par contre que les images des ennemis tués paraissent autant appréciées dans les deux camps qui les divulguent sur leurs réseaux Twitter ou Facebook.

Pesmerga femme colonel
femme colonel dans les peshmerga, août 2014

PKK et  YPG sont célèbres pour leurs bataillons féminins. Les femmes soldats n’étaient pas une  tradition chez les rebelles  pesmerge (quelques rares exceptions seulement) par contre. Moins nombreuses que les guerilla,  les femmes  sont cependant présentes dans leur armée moderne.  On m’a parlé au moins d’une ancienne guérilla du PKK devenue commandant dans les peshmergas. Il y en a probablement d’autres.

 

YPG et peshmergas  combattants ensemble à Rabia.
YPG et peshmergas combattant ensemble à Rabia.

Mais les peshmergas  ne sont plus seuls à combattre au Kurdistan irakien. Comme je l’écrivais dans un précédent billet les  YPG  sont venus à  la rescousse et ont traversé la frontière  depuis Rojava/ Syrie, quand ce week-end  l’EI a lancé ses offensives.

C’est la vidéo d’un reportage de  Rohani TV, (Rojava, Kurdistan de Syrie) pro PYD.  La musique d’ambiance rappelle les reportages de certaines chaînes turques. On y voit aussi  aussi des YPG et des peshmergas (il s’agirait de PUK)  sur le front de Sinjar. Sans l’entrée des YPG à Sinjar le 3 août quand la plupart des  peshmergas s’en sont repliés, il y aurait certainement eu encore  plus de victimes yézidies.

 

Eux, ce sont des guérillas du PKK qui paradent dans la ville de Sinjar, selon la source (peut-être dans un des villages du district) . Pour la première fois depuis les premières révoltes kurdes, tous les Kurdes combattent ensemble un ennemi commun. Toujours pas de  coopération au sommet, officiellement.  Mais sur le terrain elle est indispensable, sinon les différentes forces kurdes risqueraient de  s’entretuer. Et les combattants ne doivent pas avoir de réticences à coopérer.

 

 

Une vidéo trouvée sur le compte You Tube d’un Yézidi de Sinjar. Le chanteur est probablement un routier kurde de Turquie.  Je l’ai choisie pour la mélancolie de sa chanson, la route et le camion.

Les civils  continuent  à mourir d’épuisement  dans le jebel de Sinjar.  Mais  des forces kurdes (et des journalistes kurdes) y ont pénétré.  Plusieurs dizaines de réfugiés sont arrivés le 7 août  à Dohouk, complètement épuisés après avoir passé 5 jours dans la montagne. Surtout,  les forces kurdes -( ce seraient les  YPG venues de Rojava,   guerillas PKK  seraient aussi dans la montagne et peshmergas dans la plaine) sont parvenues à ouvrir un corridor de sécurité ce qui vient  de permettre  à des milliers de personnes assiégées depuis 6 jours de fuir et  de trouver refuge à Rojava / Kurdistan syrien, d’où une partie a rejoint Zakho (Kurdistan irakien/ frontière turque) ou Dohouk après un long détour.