Massacre de civils à Uludere (Roboski) : 2 ans et les familles attendent toujours justice.

roboski Uludere victimes

C’est dans la nuit du  28 décembre 2011 qu’une série de F16 décollaient de Diyarbakir pour aller bombarder un convoi de petits contrebandiers  kurdes qui venaient de traverser la frontière les tuant presque tous dans une série de frappes.  2 ans plus tard, seuls quelques  fanatiques peuvent encore croire qu’ils aient été tués par erreur (et seuls ceux qui veulent le croire pensent qu’ils trafiquaient pour le PKK).Mais  les familles des 34 victimes attendent toujours que justice soit rendue et aucune d’elles, même celles qui ont ensuite reçu la visite de madame Erdogan, venue se recueillir sur les tombes de leurs proches (familles « triées sur le volet » dit-on, c’est-à-dire non sympathisantes du BDP, le parti kurde) – n’a accepté de toucher à l’indemnisation que l’état turc leur a versée en guise d’excuses. Excuses qu’il n’a pas juger utile de donner.

La commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire n’a pas jugé utile non plus de trop creuser, au point que les députés BDP et CHP qui la composaient avaient préféré la déserter avant qu’elle donne ses conclusions. Quant à la justice, elle a choisi de se déclarer incompétente et elle a renvoyé le dossier à…un tribunal militaire.  Autant dire tous semblent s’être mis d’accord pour étouffer ce qui a été le plus grand massacre de civils des dernières décennies en Turquie.

Et pour ceux qui comprennent le turc, le documentaire d’Ümit Irvanç (ne pleure pas maman, je suis dans un bel endroit)

Ce refus de faire la lumière sur ce massacre, comme celui de libérer les nombreuses personnes emprisonnées dans le cadre des grandes opérations contre le KCK y est pour beaucoup dans le manque d’optimisme que les Kurdes ont manifesté pour le processus de paix , processus auquel la plupart de mes interlocuteurs  ne croient guère et la récente visite de Massoud  Barzani aux côtés de Recep Tayyip Erdogan à Diyarbakir n’y a rien changé.

Comme l’an passé, ce second anniversaire est marqué par des manifestations dans toute la région kurde. Une région où les armes des combattants se sont tues depuis le début de ce qu’on nomme « sürec », le processus de paix dont personne n’a jamais  très bien su où il allait (aujourd’hui n’en parlons pas) – heureusement en période électorale personne n’a envie de briser le cessez le feu instauré –  mais non exempte de tensions. Ces dernières semaines, trois personnes ont été tuées par les balles des Özel tim (équipes spéciales)  lors de manifestations à Yüksekova, déclarée « ville morte » (aucun commerce n’a ouvert) pendant plusieurs jours. Naturellement les gaz lacrymogènes l’ont a nouveau régulièrement submergée .   Difficile de n’y voir qu’un hasard alors que le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan est fragilisé par une série de révélations fracassantes. Et le nouveau refus par le tribunal de Diyarbakir de libérer les derniers élus kurdes emprisonnés  n’arrange pas les choses.

Le  28 décembre risque donc d’être une journée encore chaude dans la région – notamment dans des villes comme Diyarbakir, Yüksekova (où les magasins resteront fermés ce jour là) , Cizre et bien sûr Sirnak.

 

manset uludere Roboski Zaman

Cette période plus que délicate pour le gouvernement AKP sera-t-elle davantage propice à plus de lumière sur cette terrible affaire   ? En tout cas  nombreux sont ceux qui n’imaginent pas qu’une telle opération ait été possible sans l’accord du chef de gouvernement. Et l’influent journal Zaman – l’organe de presse du mouvement fetullahci (la Cemaat) en guerre ouverte contre le gouvernement  est le premier à faire la UNE sur ces familles qui attendent depuis deux ans que justice soit faite.

Mais à vrai dire, impossible de prédire ce qui sortira de la confusion ambiante.

Actuellement c’est à Taksim (où Sirri Surreyya Önder et Ertugrul Kürkçü avaient appelé à la mobilisation), à Izmir,   à Ankara ( des milliers de personnes rejoignent le bâtiment de l’AKP ) et dans toute la Turquie où on manifeste contre la corruption  que ça chauffe. Mais si le mouvement Gezi repart – comme il fallait s’y attendre –  cela m’étonnerait que cette fois les TOMA de Diyarbakir soient envoyés à Istanbul et Ankara.

 

Au festival du film d’Istanbul : violence policière contre amoureux du cinéma mythique Emek.

La 32ème édition du festival international du film d’Istanbul s’ouvrait sous de bons auspices; le 30  mars dernier.  Recep Tayyip Erdogan  venait en effet de rendre hommage au milieu du cinéma en nommant plusieurs actrices, acteurs ou réalisateurs dans le   « comité des sages » qu’il a constitué pour promouvoir un processus de paix enclenché avec le PKK. Les deux semaines de festival auraient donc du être une belle fête, celle du cinéma et celle de la paix. Mais c’est  d’une toute autre image dont cette 32ème édition restera gravée.

 

Dimanche 7 avril, c’est à coups de matraques, de gaz lacrymogènes et de jets de flotte de camions à eau, que les forces anti-émeute (cevik kuvvet) accueillaient  rue Yeşilçam une foule  d’artistes, critiques de cinéma et cinéphiles qui protestaient une fois de plus pacifiquement à Beyoglu contre la destruction déjà largement entamée du mythique cinéma Emek, haut lieu de la culture cinématographique de Turquie. Parmi cette foule se trouvaient des invités du festival, comme les réalisateurs  Mike Newell, Marco Becchis, Jan Ole Gerster ou Costa-Gavras, âgé de 80 ans.

Un des membres du jury, le critique de cinéma Berke Göl, a été arrêté en même temps  que 3  autres personnes. Relâchés dans la nuit, ils comparaissaient devant un tribunal dès le lundi matin. Ils sont accusés d’avoir pris part à une manifestation  illégale et le procureur vient de requérir une peine  de 6 ans de prison. L’association de critiques de cinéma dont il est membre (SiYAD)  exige  la démission du ministre du tourisme et de la culture nouvellement nommé. Son prédécesseur ,Ertuğrul Günay,  issu du courant laïque social démocrate était devenu un peu trop critique de la politique de son gouvernement.

 

Avant de devenir un cinéma en 1924, l’Emek, comme sa superbe salle  en témoignait encore, avait été un  théâtre, construit en 1884 et portant alors le nom français (et prémonitoire ?)  de  « Club des chasseurs de Constantinople ». Il  a traversé toute la riche histoire du cinéma turc.

 

C’est sûr qu’il n’aurait jamais programmé de navets nationalistes  comme Fetih 1453 (la Conquête de 1453), ni  de comédies vulgaires comme la série des Recep İvedik, qui explosent au box office en Turquie, mais qu’aucun festival de cinéma ne songerait à sélectionner. A l’Emek ce sont les films qui font la renommée international du cinéma turc qui étaient à l’honneur, ceux qui chaque année sont couronnés de récompenses dans les festivals internationaux, de Berlin à Dubai en passant par Cannes et Venise, mais sont si mal distribués dans leur propre pays que la plupart n’y sont vus que par une poignée de cinéphiles. La censure du fric et du profit qui considère un  film  comme un vulgaire  « produit » a remplacé la censure politique, celle qui interdisait YOL de Yilmaz Güney en Turquie  alors que Cannes le récompensait de la palme d’Or.*

 

Alors que Beyoglu devenait un quartier  de  consommation d’une banalité de plus en plus affligeante, ses beaux cinémas continuaient à résister, seul charme (avec quelques librairies rescapées) que je lui trouvais encore. Lors du festival international du film d’Istanbul, la grande salle de l’Emek était pleine à craquer. Mais face à la toute puissance des promoteurs, la lutte était inégale. Les beaux cinémas de Beyoglu disparaissent les uns après les autres.

Il y a trois ans l’Emek  a été fermé et promis à la démolition, provoquant un tollé chez les artistes et les cinéphiles. Il doit être transformé en « complexe de divertissement » comportant boutiques, cafés, restaurants et un multiplexe de 8 salles. L’Emek cinéma quant à lui devrait  être  transféré… au sixième étage !  Malheureusement, il y en a qui n’ont toujours pas compris qu’un « Entertainment Center »  était synonyme de bonheur.

 

Dimanche 8 avril, ce futur centre  commercial  était protégé des amoureux du cinéma par un cordon de policiers anti-émeute, qui ont utilisé les grands moyens contre ces individus certainement manipulés par les réseaux Ergenekon, le PKK et le DHKP-C confondus, lorsque certains s’en sont pris aux barrières de sécurité qui leur interdisaient d’en approcher…

 

Et où  apparemment quelques uns  ont réussi à s’ introduire.

 

Voir la riche  Photo galerie de la démolition du cinéma Emek mise en ligne par le Daily Hürriyet.

Les « Sages » du chef de gouvernement n’ont pas tardé à se manifester. Le très populaire acteur et réalisateur Yilmaz Erdogan  protestait  sur son compte Twitter contre «  le  traitement infligé à la communauté artistique qui veut protéger son cinéma alors qu’au même moment  des artistes sont sollicités pour défendre la paix ».

Costa-Gavras choisissait de lancer un appel solennel à Recep Tayyip Erdogan, l’appelant à défendre l’héritage culturel d’Istanbul contre la puissance  des intérêts commerciaux. « Un tel cinéma  ne doit pas être détruit. Ce serait comme éradiquer la mémoire du passé et un lieu primordial pour l’avenir. Ce serait une erreur politique, culturelle et sociale ».

Le grand réalisateur gréco-français sera-t-il entendu ? Il parait certes périlleux de solliciter les artistes et de les désigner comme « Sages » pour être les missi dominici d’un délicat  processus de paix, tout en les traitant comme des délinquants lorsqu’ils défendent leur patrimoine – qui est aussi celui de toute une ville,  de tout un pays et de toute une communauté internationale d’amoureux du cinéma. Mais  le chef du gouvernement, qu’on sait enclin à défendre des intérêts commerciaux, éprouvera-t-il   le désir de  sauver un lieu emblématique  d’un cinéma indépendant qui ne doit pas être sa tasse de thé ?

 

La transformation d’un des passages qui faisaient le charme de ce quartier, en centre commercial Demirören İstiklal vulgaire et tapageur avait causé la démolition de 2 bâtiments classés historiques et en avait endommagé d’autres,  fragilisant la mosquée historique Hüseyin Aga,  sans que cela n’ait eu l’air de beaucoup l’émouvoir. Alors un cinéma…

Istanbul, capitale économique d’une Turquie en pleine croissance économique est plus que jamais  le royaume des spéculateurs.

 

Le critique de cinéma Attila Dorsay, n’a pas attendu de savoir si l’appel de Costa-Gavra serait entendu. Dans sa dernière chronique pour le journal Sabah, il annonçait qu’il cesserait dorénavant d’écrire pour protester contre la fermeture de l’Emek et la violence policière.  Il avait averti il y a deux ans déjà qu’il cesserait d’écrire si l’Emek était démoli. Promesse tenue.

Heureusement, l’essentiel de son lectorat ne doit pas être constitué des consommateurs ciblés par le nouveau « projet Emek ». Et il ne fait pas non plus partie du comité des sages. Et puis  ça ne fera qu’un journaliste de plus à cesser d’écrire dans les médias turcs d’où les meilleures plumes sont virées à tour de bras par les temps qui courent. Cela faisait plus de 40 ans que le célèbre critique partageait sa passion avec ses lecteurs.

La dernière fois que j’ai assisté au festival du film d’Istanbul, c’était au cinéma Emek, l’année de sa fermeture. Depuis, je n’ai plus le même désir de m’y rendre.  Et  c’est plutôt au premier festival étudiant  du film organisé à Diyarbakir,  le lendemain de Newroz, que je regrette de ne pas avoir pu assister. Selda fait partie de la dizaine d’étudiants organisateurs et à eux seuls l’enthousiasme des organisateurs et les lieux choisis pour les projections donnaient envie d’y assister. D’autant que Yol faisait partie de la programmation.

 

Sa première édition était placée sous le signe de la paix (baris).  J’espère que le public aura bien profité de ce répit. La fête du cinéma à peine terminée, c’est un climat  qui avait bien peu de chose à voir avec une promesse de paix qui régnait sur le campus.

Au même moment, le 14 avril  à Istanbul, le cinéma Emek était acclamé par le public lors de la cérémonie de clôture de la 32ème édition du festival international du film d’Istanbul.

 

(ne pas reproduire  ce billet dans son intégralité  sans mon accord ).

 

Figures de femmes kurdes : Le 8 mars à Dersim.

Comme je le disais dans un précédent billet, en Turquie  la journée de la femme kurde a duré  toute une semaine. Il fallait sans doute  ça pour tenter de convaincre les sympathisant(e)s du mouvement kurde qu’un processus de paix était bien enclenché.

Depuis la divulgation du message de paix  d’Öcalan pendant la  fête du Newroz, il est probable  que l’état d’esprit ait changé, pour peu que  les  F16 aient  cessé leurs décollages incessants de Diyarbakir. Les jours qui avaient suivi la très médiatisée seconde visite des députés BDP à Öcalan dans sa prison d’Imrali, c’était infernal. En plein orage sur la ville, on ne pouvait pas distinguer le vacarme des F16 qui revenaient de lâcher leurs bombes sur Qandil de celui de la foudre. Cela n’aidait pas vraiment à voir approcher la paix.

Entre ceux qui estimaient que le leader du PKK avait « vendu le Kurdistan » (des nationalistes kurdes non apocu) et « son peuple » qui le considère infaillible mais déclarait n’avoir aucune confiance en Recep Tayyip Erdogan,  s’il y avait sans doute des Kurdes optimistes sur cette paix annoncée,  je n’en  ai pas rencontrés en ce début du mois de mars. Et il faudra sans doute  davantage que le message  d’Öcalan  pour  qu’une certaine confiance  s’installe.

La semaine kurde de la femme, deux semaines avant Newroz était donc l’occasion pour commencer à chauffer les sympathisants  avant la  » révélation « – déjà largement éventée – annoncée pour Newroz. Les femmes ont de l’influence au sein de leur famille et de leur quartier.  L’occasion sans doute aussi de montrer au gouvernement AKP que la mobilisation kurde ne faiblit pas.

Cette année exceptionnellement la manifestation du 8 mars était organisée à Dersim (Tunceli) , en hommage à  Sakine Cansiz, une des trois militantes kurdes assassinées à Paris, une des fondatrices du PKK, qui rejoindra la guérilla après avoir été terriblement  torturée dans la prison de Diyarbakir    Des dizaines de bus la plupart affrétés par le BDP ont afflué vers la petite capitale de province.

A Diyarbakir le départ était prévu à 6 heures. La route allait être longue. Il a fallu faire un détour important car le convoi était trop important pour emprunter le feribot de . A Dersim j’ai  compté au moins une vingtaine de véhicules autobus et quelques minibus de Diyarbakir. Ils en partaient de tous les arrondissements.  D’autres venaient de Batman,  Mardin, Sirnak, Van, dont j’ai reconnu les femmes aux longues manches nouées de leurs robes kurdes.

Heureusement, c’est à 7 heures qu’a eu lieu le départ. A 6 heures on se réveillait chez les étudiantes qui m’accueillaient.  C’était sympa de retourner à Dersim, où j’avais fait sa connaissance,  avec Selda, l’étudiante dont j’avais raconté les démêlés avec la justice dans un précédent billet.  Finalement, elle a été acquittée avec tous ceux qui avaient été arrêtés dans cette rafle (mais ils avaient tous été virés de leur fac. Et lorsque la clinique où une des étudiantes avait ensuite trouvé du boulot  a appris qu’elle avait fait de la prison, elle a perdu son emploi, acquittée ou non).

Elles avaient réservé des places dans le bus du KESK, un syndicat de fonctionnaires dont les rangs ont été décimés par les arrestations.  A l’aller il y avait de l’ambiance dans les bus et dans certains minibus on dansait même des halay !

Peu avant d’arriver le convoi a été arrêté pour un contrôle routier.  Il y aurait eu excès de vitesse.   Pendant les pourparlers avec les chauffeurs les filles se sont lancés dans un halay endiablé (chanté en kurde évidemment). J’ai un peu eu l’impression que c’était leur façon de narguer les policiers.

 

Dès l’arrivée à Dersim on a rejoint la manifestation qui venait de commencer. Là aussi il y avait de l’ambiance avec les youyous  et les couleurs qui réchauffaient l’hiver retrouvé (plusieurs degrés de moins qu’à Diyarbakir).

 

Au premier rang, marchaient  des mères de victimes du massacre d’Uludere qui avaient fait le trajet depuis Sirnak.  Elles  attendent toujours les excuses de l’Etat et que les responsables soient traînés devant un tribunal. Aucune famille des 34 petits contrebandiers massacrés  n’a accepté de toucher à la compensation financière qui leur a été versée.

 

« Jîn Jîyan  Azadi »( Liberté pour le corps des femmes) était le slogan de la manifestation.

 

« Sakine,  Leyla, Fidan  » , les prénoms de 3 militantes kurdes assassinées à Paris.  » Fin des opérations politiques ! » ( c’est à dire des grandes rafles d’arrestations). La « fin des opérations militaires » est aussi un slogan, bien sûr.

 

« Libérez les (syndicalistes du ) KESK emprisonnés ». Les filles de Kayapinar (Diyarbakir) se sont pomponnées pour la manifestation.

 

Les étudiantes de Dicle Universitesi aussi. La veille c’était  brushing pour toutes.  Les couleurs kurdes  attendront  Newroz…

 

Mais le vert jaune rouge étaient bien là..notamment chez leurs aînées.

 

Et  la vente de foulards aux couleurs kurdes  était une excellente  affaire !

 

Tunceli « la main de bronze » est le nom turquifié de Dersim..qui était en argent.

« 

A Dersim (Tunceli) on  est bien dans une ville alévie. Sur la place principale, le portrait d’Ali (gendre et cousin du prophète)

 

Et une ville martyre. Les Baris Anneler (Mères de la paix) ont élu domicile sous la statue de Seyit Riza, pendu à l’âge de 83 ans pour l’exemple, lors de la féroce répression de 1937.  Ces femmes sont toutes aussi des mères de « sehit » (PKK tués) et de toutes les manifestations (les gaz lacrymogènes et les coups de matraque, elles connaissent). Elles sont très sollicitées pour les photos : sur celle-ci on distingue  une intruse.

L’une d’elle brandit un drapeau à l’effigie d’Öcalan. Ils se faisaient rares à Dersim, mais maintenant que le leader du PKK est devenu un interlocuteur officiel du gouvernement on les porte à visage découvert.

 

Cette dame est une dersimî comme le montre sa coiffe.

 

Cette dame aussi. Ses filles étudient à Diyarbakir et sont amies avec Selda. Un de ses frères vit à Paris.

 

 

La plus petite manifestante : « Ne touche pas à mon corps ».

 

Les hommes de Tunceli assistent un peu en retrait à la scène.

Madame le maire de la ville fera un discours en zazaki que les étudiantes de langue kurmanci ne comprendront pas.  Puis Gültan Kisanak, la vice présidente du BDP et Aysel Tugluk prendront le micro pour parler de la bonne nouvelle qui  s’annonce. Des discours que les filles avaient écouté les jours précédents à Diyarbakir. On en profite pour aller se réchauffer d’ un thé avant d’ aller faire une  balade.

 

Beaucoup de flâneuses ce jour là sur le bord du fleuve. La mobilisation kurdo-féministe n’est pas une raison pour oublier de faire sa prière pour ces femmes sunnites.  La cité alévie n’est pas habituée à une scène pareille.

 

Les cafés de l’été ont disparu  des bords du Munzur. Le décor est moins riant, mais ça n’empêche pas les innombrables séances photos.

 

Les étudiantes comme les femmes plus âgées adorent poser…puis admirer leur image

En fond sonore les oratrices. Je ne sais pas comment elles ne cassent pas leurs voix à déclamer comme elles le font.  Un art oratoire appris dès l’enfance dans les cours des écoles, où chaque matin des écoliers méritants hurlent la bonne parole d’Atatürk.

 

On était de retour pour le concert. Comme ce sera le cas aussi à Newroz, où Niyazi Koyuncu (le frère de Kazim) a chanté, la fraternité kurdo- laze est célébrée par les artistes. A Dersim c’est la chanteuse  Ayşenur Kolivar qui était la voix de la Mer Noire. Une femme montera sur le podium pour la ceindre avec un foulard aux couleurs kurdes sous les acclamations de la foule.

 

La dame qui est assise sur le podium est une  des Baris Anneler (les mères de la paix). Après son discours , elle n’est plus descendue du podium.

 

Après son excellente prestation, Ayşenur Kolivar  a gentiment posé avec ses admiratrices après avoir croulée sous leurs  embrassades.

 

La chanteuse kurde Rojda lui a succédé. Pendant le concert, les halay. En arrière plan un café de Dersim dont le propriétaire aussi est supporter du  club de Besiktas(çarsi). Rien d’étonnant dans cette ville d’extrême gauche.

 

Les garçons en profitent pour rejoindre les filles. Ils devaient en mourir d’envie depuis un moment..

 

En fin d’après-midi , la foule se rend en pèlerinage sur la tombe de Sakine Cansiz en entonnant des youyous. « Ce n’est pas loin » m’avait dit une femme  Dersimi. Les distances; c’est relatif…

 

 

En chemin on fait une pause à la Cemevi. Le lieu de culte alévi a sans doute eu rarement autant de visites de Sunnites à la fois. Un thé y est préparé pour les visiteuses.

 

Comme nous sommes arrivées parmi les dernières, nous avons pu voir la tombe de Sakine Cansiz, illuminée de bougies (rituel alévi). Pas facile pour autant de prendre les photos. Toutes sont floues. Des femmes y font des prières, sunnites, alévies, qu’importe.

Pendant le trajet du retour vers Diyarbakir, fini  les chansons. Tout le monde dort.

Ne pas reproduire ce billet sans mon autorisation SVP.

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Sabotage : Pas de drapeau turc au Newroz de Diyarbakir !

L’annonce de la fin du conflit armé, la  « fraternité turco kurde » et même l’éloge de « la bannière  musulmane » sous laquelle elle se serait épanouie avant la naissance de la  République (ça c’est plus nouveau) proclamé  par le message d’Öcalan  devant une immense foule en liesse lors du Newroz à Diyarbakir,  n’ont pas suffit. Certes, tout le monde ou presque  se réjouit.

Mais la fête était trop belle sans doute !  Il fallait bien trouver un couac. On l’a trouvé.

Il n’y avait pas de drapeau turc pour « Nevroz »  ! Un acte de sabotage du BDP, le parti du mouvement  kurde,  contre le processus de paix a déclaré  Recep Tayyip Erdogan.  Rien que cela !  Il est possible que  lors des rencontres à Imrali le BDP avait été prié de l’afficher ce drapeau et qu’il n’ en ait fait qu’à sa tête. De là à le qualifier de saboteur.

Le président Gül a renchéri, à l’unisson cette fois  avec son principal concurrent  à la course à la présidentielle. Processus de paix ou non, l’AKP  n’a pas envie d’abandonner cette question  ô  combien sensible à l’opposition.

Car la palme va au CHP qui  n’a pas l’air de beaucoup se réjouir de la fin annoncée des combats entre jeunes citoyen(ne)s d’un même pays, qui ont quand même fait plus de 45000 morts depuis 30 ans que le conflit perdure – des morts essentiellement kurdes, il est vrai (8000 victimes au sein des forces de sécurité au sein desquelles il y a aussi des Kurdes). Le parti kémaliste a choisi de rester silencieux pendant deux jours, avant de déclarer soutenir avec réserve le processus de paix. Et c’est par un immense drapeau turc brandi sur la façade du bâtiment  du CHP à Ankara que le message d’Öcalan était accueilli jeudi soir. Visiblement, l’annonce de paix faisait courir un grand danger à la  République.

Drapeau turc que le président du CHP Kemal Kiliçdaroglu affichait sur son compte Twitter, assorti d’un court extrait  de l’hymne national turc :

« çatma, kurban olayım, çehreni  hey nazlı hilal!’

« Ô croissant chéri, ne t’emporte pas, je peux donner ma vie pour toi. »

S’il annonçait ainsi qu’il était prêt à s’engager dans les commandos et à laisser sa peau  dans les montagnes d’Hakkari, c’est un peu tard. Il avait 29 ans pour le faire. Mais Karayilan vient de déclarer le cessez le feu annoncé par Öcalan. Et en Août les combattants du PKK devraient quitter le territoire turc a confirmé vendredi Selahttin Demirtas, le co-président du BDP.

Cela m’étonnerait que le gazouillis de Kiliçdaroglu ait beaucoup plu aux rares députés kurdes du CHP, comme Sezgin Tanrikulu ou Hüseyin Aygun, qui se revendique il est vrai  alévi zaza plutôt  que kurde, mais qui peut difficilement être qualifié de kémaliste pur et dur. Un de mes amis alévi, jusque là inconditionnel de Kiliçdaroglu,  était furieux. « Un parti qui se prétend social démocrate et est dirigé par un Alévi (forcément démocrate jusqu’alors ) devrait être  en avance sur l’AKP  avec la question kurde,  pas freiner comme ça ! ».

Quant au  MHP,  c’est au sein de l’Assemblée Nationale qu’il l’a brandi.  Pour l’extrême droite les pourparlers avec le « chef terroriste », qualifié de « tueurs d’enfants » équivaut évidemment à une trahison. Il n’y a qu’une seule méthode qui vaille :  « éradiquer le PKK » . Qu’importe si ça fait 29 ans que l’armée turque n’y arrive pas.


Le problème, c’est que le drapeau turc n’a jamais été affiché pendant les fêtes de Newroz rappelle sèchement Aysel Tugluk. En effet cette fête qui annonce le nouvel an kurde, iranien, azéri… est devenu en Turquie  un temps fort des mobilisations kurdes. La fête où tout le monde dans des villes comme Diyarbakir ou Hakkari – même les sympathisants AKP – affiche sa kurdité avec allégresse  et à laquelle il était risqué de prendre part dans les années 90.  Peut-être qu’il a fallu une couverture médiatique exceptionnelle, pour que le reste du pays se rende enfin compte que c’était une fête en rouge, vert, jaune, celles du drapeau kurde dont on peut apprendre l’histoire sur le blog de Sandrine Alexis.

Et la député ajoute que les Kurdes n’ont aucun problème avec le drapeau national qu’ils respectent.  Esat Canan, qui se veut plus conciliant, regrette son absence un tel jour et  parle d’oubli (il était aussi oublié dans sa ville de Yüksekova )  Et Nursel Aydoğan, députée de Diyarbakir aurait même assuré « que le peuple kurde n’a jamais eu aucun problème avec le  principe d’un « seul drapeau »( tek  bayrak)  qu’il a adopté depuis le début de la République », ce qui a peut-être fait  grincer quelques dents au sein du mouvement kurde, tant le slogan « Un seul Etat, un seul peuple, un seul drapeau » (Tek devlet, tek millet, tek bayrak)  est synonyme de « On vous prévient les Kurdes ! ». Mais dans l’allégresse générale, c’est peut-être passé sans que personne ne le relève.

Le drapeau turc  n’est à l’honneur que  dans le Nevroz officiel organisé depuis les années 90 par les autorité pour tenter de turquifier ce fichu Newroz, tentative ratée – quand on visionne la vidéo on comprend pourquoi ! Un resmi Nevroz où le drapeau turc est bien affiché,  qui débute  avec l’hymne national turc et durant lequel des officiels sautent maladroitement par-dessus  un petit feu, tandis qu’un public de fonctionnaires turcs coincé sur des chaises applaudit en semblant s’ennuyer  à mort.

 

Et où l’année dernière, des petits cadeaux (des cigarettes sans doute, selon un copain kurde) étaient distribués aux villageois korucus de Semdinli (Hakkari)  conviés à la cérémonie, comme on le voit sur la vidéo.

Processus de paix aidant, les autorités ont renoncé semble-t-il  à  leur  Nevroz officiel sans W.  Un tel renoncement  valait peut-être un coup de sang pour le drapeau. Il fallait peut-être surtout  donner une réponse au choc des images. Le rouge, vert, jaune des festivités, le public turc des chaînes de TV commence à s’y faire. Mais les immenses effigie d’Öcalan  le « tueur d’enfants » – ont pu choquer certaines sensibilités.

Cette crise du drapeau, aussi minime semble t’elle face aux enjeux qui se dessinent augure des difficultés auquel le processus de paix va être confronté. Entre un mouvement kurde qui ne sera sans doute pas prêt à toutes les concessions et le nationalisme de l’opinion publique turque auquel il faudra aussi donner des gages, ça promet au moins en « coups de gueule »  du chef de gouvernement.

Les modalité du retrait des combattants du PKK du territoire turc doit être un casse-tête. En 1999 alors qu’ils se repliaient, obéissant à l’ordre d’un Öcalan humilié après son rapt au Kenya,  ils s’étaient fait massacrer par l’armée (500 tués dans leurs rangs). Erdogan a promis que cela ne se reproduirait pas. Mais cela sera sans doute  difficile d’éviter des scènes de fraternisation avec des populations sympathisantes sur le chemin du repli. Or, la foule acclamant les quelques guérillas rentrant en Turquie par le poste d’Habur dans le cadre de l’ouverture démocratique (Acilim) avait crée un tel choc dans l’opinion que le processus avait été interrompu. A quelques mois de l’élection présidentielle Erdogan n’a certainement pas envie de reproduire la même expérience. On comprend qu’il aurait préféré que la date du retrait soit fixée au 16 juin.

Mais ce sera en Août. Or le 15 août est une date symbolique pour le PKK. Celle qui marque le début de son insurrection (après toute les précédentes insurrections kurdes)

Quant aux provocations en tout genre, ça commence déjà. A Silivri dans la banlieue d’Istanbul des ülkücü (ultra nationalistes) viennent de s’en prendre  violemment à 7 maçons kurdes qui bossaient sur un chantier.

 

Newroz à Diyarbakir – le message de paix d’Öcalan (en kurde et en turc)

Ceux qui comprennent le turc peuvent écouter le message d’Öcalan délivré d’abord en kurde par Pervin Buldan, puis en turc par Sırrı Süreya Önder au Newroz de Diyarbakir devant au moins un million de personnes.

 

On peut aussi le lire (en turc et en kurde !)  sur les Yüksekova Haber

Il annonce la fin du conflit armé, une forme de lutte qui n’est plus  de notre époque. Cest vrai que le PKK s’est constitué en  pleine guerre froide ! Et que si le président Turgut Ozal n’était  pas mort d’une (étrange et opportune )  crise cardiaque, le conflit armé  aurait sans doute  pu se terminer en même temps que la  guerre froide, au début des années 90  et avant la destruction de milliers de villages et d’alpages !

Ce n’est pas pour autant que les mobilisations vont cesser. Des deux slogans des rassemblements de Newroz : « La liberté pour Öcalan », ne devrait pas être le plus difficile à atteindre un « deal » a du déjà être fait  avec le leader du PKK. Sans doute pas la liberté – du moins pas tout de suite et sans doute pas en Turquie., Mais il quittera  peut-être sa forteresse- prison de l’île d’Imrali pour  une sorte de résidence surveillée. Le second, « un statut pour les Kurdes » sera peut-être plus plus compliqué à obtenir .  Tout dépend de ce qui est entendu dans la notion vague de « statut »..

Et signe des temps, les médias turcs ne divisent plus  par 15 l’importance de la foule fêtant Newroz à Diyarbakir ! Jusqu’ici ils donnaient systématiquement le chiffre de 50 000 participants… »Newroz historique » aidant,  on n’oublie pas de zéro cette fois. Mais le W à Newroz fera peut-être partie des revendications pour donner ce  fameux « statut » aux Kurdes…

Ici les premières vidéos de la fête de Newroz à Diyarbakir. Cette fois les médias  qui d’habitude passent rapidement sur ces fêtes (sauf quand elles sont interdites et que ça barde), devraient largement diffuser ces images sur les chaînes de TV de Turquie.

« Baris istiyoruz », Baris istiyoruz » » Artik yeter « ! (Nous voulons la paix – ça suffit ! ). « Nous ne voulons plus de soldats tués, ni guérillas tués. » Les interviewés diffusent des messages de paix.

Le PKK a aussi envoyé un message et  confirme qu’il va respecter le  cessez le feu annoncé depuis des semaines.  Sinon,   j’avoue que je n’ai pas compris en quoi consistait cette fameuse feuille de route. Ni quelles sont les garanties obtenues par le mouvement kurde . Une sorte de paix des braves est-elle prévue après  le départ des guérillas du  territoire turc ? On en saura plus sans doute dans les semaines à venir.

Un message destiné à séduire  l’opinion turque – surtout AKP –   aussi de toute évidence.  Il n’est plus question « d’autonomie démocratique » mais est évoquée une   « fraternité de l’Islam démocratique (Islami demokratik kardeslik) »  (de l’époque ottomane, si j’ai bien compris) qui rappelle la rhétorique d’Erdogan et devrait séduire les admirateurs de celui-ci. Il y a quelques semaines un ministre avait déclaré qu’Öcalan était un bon musulman (il était très religieux dans son enfance…mais ensuite il a choisi le marxisme).

Mais le message principal est clair et porteur d’espoir : le politique devrait dorénavant remplacer la violence des armes.

Une commission des sages devrait se mettre en place dans le cadre de ce processus de paix qui commence,  a annoncé le chef de gouvernement.  C’était d’ailleurs une proposition du CHP  émise il y un an rappelle Sezgin Tanrikulu député CHP et ancien président du barreau de Diyarbakir. Mais alors que son parti tenait à ce qu’elle soit formée au sein du Parlement, elle lui serait extérieure, des représentants de la société civile  y participeraient (syndicats, associations) et le chef du gouvernement doit se charger d’en choisir les membres….

L’Union des Étudiants Kurdes de France (UEKF) a traduit le message d’Öcalan en français. A lire ICI

8 mars : journée de la femme kurde sous fond de processus de paix.

 

Le 8 mars, journée de la femme, est un des temps forts des mobilisations kurdes en Turquie, une sorte de répétition entre femmes  avant les grandes fêtes de  Newroz (autour du 20 mars). Cette année avec le processus de paix en cours, Newroz revêtira une solennité  toute particulière.  Les 3 députés BDP  qui lui ont rendu visite la semaine dernière dans son île prison d’Imrali ont rapporté qu’Abdullah Öcalan devrait dévoiler sa feuille de route  à cette occasion. Les réponses aux  courriers qu’il a fait envoyer toujours par les députés BDP au parti kurde, à  Qandil et au PKK Europe devraient lui être parvenues.

Le PKK pourrait annoncer un cessez le feu à cette occasion, mais ce n’est pas encore  certain. Il faut dire que la rencontre à Imrali entre Öcalan et la délégation du BDP a été saluée par d’intenses bombardements sur leurs camps de Qandil (4 PKK tués). Pendant plusieurs jours les décollages incessants des F16 faisaient un boucan terrible sur Diyarbakir. Il était donc assez prévisible que le commandement du PKK exige certaines conditions. La mine qui a blessé 4 soldats dans un district de Diyarbakir était sans doute une réponse à ces bombardements.

Mais il serait très étonnant que les autorités cherchent à nouveau un prétexte pour interdire les festivités , comme l’avait fait l’année dernière le très détesté des Kurdes – y compris électeurs de l’AKP – ministre de l’intérieur Idriss Naim Sahin, écarté depuis  l’annonce du processus de paix (c’était plus prudent pour espérer que le processus aboutisse vraiment à la paix ). Résultat de cette interdiction : un mort et de nombreux blessés pour Newroz 2012.

En attendant le Newroz 2013 , Abdullah Demirtas, le vice-président du parti a  annoncé que la journée du 8 mars serait un test dans le processus de paix. Bon, ça ne commence pas terrible, les affiches  « De Rosa (Luxembourg) à Sakine Cansiz » qui s’affichaient  partout  sur les murs de Diyarbakir viennent d’être interdites par un tribunal de la ville pour cause de propagande pour le PKK  révèle Bianet. J’ignore encore si elles ont été arrachées à la suite de cette interdiction.

Processus de paix (et sans doute rapports de force) aidant, cette année  la fête des femmes ne se réduit pas à une journée pour les femmes du mouvement kurde. Elle  a en fait déjà commencé depuis le week-end dernier dans la plupart des villes de la région où meetings et manifestations se sont succédés. La semaine dernière à Diyarbakir les familles sympathisantes du BDP (c’est-à-dire la majorité des familles) recevaient invitation et programme de la semaine.  Cela a du être la même chose partout.

Comme le montre l’affiche (interdite donc), l’accent sera mis cette année sur les 3 militantes kurdes assassinées à Paris, ce qui ne devrait surprendre personne. Une grande manifestation est prévue à Dersim d’où Sakine Cansiz est originaire et où elle a été enterrée. Les cérémonies  organisées pour leurs  funérailles avaient été autorisées,  et  le gouverneur qui donne ou refuse les autorisation ne demande  pas l’avis des tribunaux…Le fait qu’un tribunal ait interdit les affiches ne signifie pas que les manifestations le seront.

Plus surprenant,  une des revendications du 8 mars est…la libération d’Öcalan. Pour ma part  je ne vois pas trop le rapport avec la cause féminine, mais il semble qu’il y ait  que moi que cela surprenne. En tous cas maintenant que le leader du PKK est devenu un interlocuteur pour ainsi dire officiel, il va être difficile de continuer à  déclarer illégales les revendications en sa faveur.

Heureusement, les femmes kurdes emprisonnées ne sont pas complètement oubliées. La législation  anti-terroriste, qui n’est pas sexiste, en a envoyé des milliers  en prison. Le père d’une détenue m’a montrée les photos de sa fille incarcérées posant avec ses co-détenues.  La plupart étaient très jeunes, des lycéennes et des étudiantes qui ne paraissaient pas avoir plus de vingt ans.  Un tribunal sans doute peu favorable au processus de paix, vient de condamner l’une d’elle, une lycéenne de Sinop à une peine de plus de 60 ans de prison, provoquant la fureur d’Osman Baydemir, le maire du grand Diyarbakir :  «  c’est ça la fraternité dont vous parlez ! »

La doyenne des détenues de la cellule , une femme portant le costume traditionnelle des femmes de Sirnak, a 72 ans. Et cela m’étonnerait que sa détention calme son militantisme : 3 de ses enfants ont été tués dans les rangs du PKK, 3 autres seraient eux aussi en prison. Le ballet des arrestations semble se calmer ses derniers temps, mais il faudra sans doute plusieurs paquets de réformes avant que  les libérations soient massives.

Quant à l’opposition aux violences en tous genres contre les femmes elle  a un peu  droit au chapitre. Mais il  ne semble pas que cela soit la  revendication principale de cette semaine du 8 mars  de la femme kurde sous fond de processus de paix.

Le Parlement européen soutient le processus de paix entre la Turquie et le PKK

Le processus de paix, dit « processus d’Imrali » vient de recevoir le soutien clair et massif du parlement européen. Le commissaire européen à l’élargissement  Stefan Füle s’est dit prêt à apporter son soutien à ce processus qu’il a qualifié d’ « historique ».

Il est vrai qu’il a fallu une sacrée évolution de la classe politique et de l’opinion publique turque pour rendre possibl,e  ce qui n’a pas encore  vraiment pris la forme de négociations avec  Öcalan le leader du PKK, vénéré de ses sympathisants  au point que des centaines  de prisonniers politiques aient entamé une grève de la faim ayant conduit certains aux portes de la mort pour mettre fin à l’isolement total et au silence auxquel il avait été astreint pendant plus d’un an.

La plupart des  députés qui se sont exprimés en séance plénière et Lucinda Creightona, l’actuelle  présidente irlandaise  de l’UE,  ont appelé tant la communauté kurde et que  les autorités turques à tout mettre en œuvre pour que ce processus aboutisse à la fin de 30 ans de violences. Et le Parlement européen s’est engagé à suivre de près le processus enclenché.

Les députés européens ont ainsi dénoncé l‘assassinat des 3 militantes kurdes, le 9 janvier à Paris. Un assassinat dont l’objectif était de faire dérailler le processus de paix ont-ils à leur tour souligné.

Ce soutien européen a été chaleureusement  accueilli par le  BDP (le parti pro kurde, proche du PKK) – et le plus pro européen des partis de Turquie où beaucoup ne croient plus trop à l’intégration du pays à l’UE . Selahattin Demirtas, le vice président du parti qui avait fait le déplacement à Strasbourg a assuré que son parti comptait bien tout mettre en œuvre pour que ce processus aboutisse à la paix.

Mais selon lui, pour que le leader emprisonné puisse jouer son rôle de négociateur, il est indispensable que les échanges avec le BDP soient  facilités. En effet depuis le déclenchement du processus une seule visite par 2 élus  du BDP – Ahmet Türk et Ayla Aytan  Ata – a été autorisée, le 3 janvier dernier. Demirtas, réputé proche des commandants de Qandil, demande lui aussi à rencontrer le leader emprisonné.

Il a dit aussi attendre de nouvelles réformes judiciaires en Turquie (où la législation anti terroriste a permis d’ envoyer des dizaines de milliers de sympathisants et militants – dont des centaines de mineurs –  pro kurdes en prison), la libération des prisonniers politiques et la liberté de presse. En effet, la majorité des dizaines de journalistes emprisonnés en Turquie, sont des journalistes travaillant pour les médias kurdes.

Le premier ministre Tayyip  Erdogan a « répondu » que l’organisation des visites à la prison d’Imrali était du ressort du ministre de la justice. Cela étant, il est quand même probable que sur cette question aussi sensible,  le ministre se risquera difficilement à prendre une décision sans l’accord du chef du gouvernement…

On peut voir la vidéo du débat au Parlement Européen ICI