La UNE du Spiegel : une vision exotique de la femme kurde, même combattante.

Spiegel

La UNE que le très sérieux hebdomadaire  allemand Der Spiegel vient de consacrer à  la résistance kurde à Kobane montre évidemment l’enjeu qu’a pris cette bataille contre l’Etat islamique. Cela fait pourtant  2 ans que les YPG se confrontent avec les fractions jihadistes, EI et encore davantage Al Nosra,  soutenues par la Turquie voisine, dans l’indifférence générale – sauf des Kurdes de Turquie. Mais le PYD sous l’égide duquel l’autonomie des 3 cantons kurdes a été proclamée en 2012  était  bien trop proche du PKK. Il était  suspecté pas certains d’y construire une « autonomie démocratique » alla « Corée du Nord »en Syrie, à mille lieux de l’expérience démocratique du Kurdistan d’Irak « encouragé « par la forte présence occidentale (Ex Total, Carrefour, Siemens ou Exxon Mobil, bien connus pour leur défense de la démocratie)

Certes, difficile de nier les tendances autoritaires du PYD. De là à prétendre que c’est par là qu’il marque principalement sa différence avec les autres partis/ fractions kurdes…hum.A moins que cela m’ait échappé, il ne m’a pas semblé voir beaucoup de manifestations de soutien à Kobane à Erbil ou Dohuk par exemple. On se demande bien pourquoi..

Depuis la prise de Mossoul par EI en juin dernier, les YPG ont face à eux des ennemis bien plus puissamment armés qu’eux. Mais même la mobilisation des Kurdes de Turquie, qui ont franchi par milliers sans doute la frontière entre la Turquie et le Kurdistan de Syrie (Rojava) pour rejoindre les YPG et se confronter à Daech  à l’appel d‘Öcalan en juillet dernier, n’avait pas mobilisé les médias internationaux.

Pourtant beaucoup de tués certainement parmi ces volontaires qui, après avoir souvent fait « leurs armes » dans la guérilla urbaine contre les forces de police turques (cevik kuvvet),sont des combattants plein de bravoure, mais peu formés et peu disciplinés, à la différence de leurs camarades formés par le PKK à Qandil ou dans les camps de formation de Rojava, les cantons kurdes autonomes de Syrie (eux aussi encadrés par d’anciens guérillas HPG/PKK)

 

La résistance kurde dans une lutte des « fusils contre les chars » à Kobane soutenue par une immense mobilisation kurde à travers le monde, puis le soutien US aux YPG a changé la donne. Les YPG considérés auparavant trop liés au PKK, sont devenus les plus sûrs alliés de l’Occident dans la lutte contre l’Etat Islamique. Avant de résister « jusqu’au dernier » sous les feux des caméras à Kobane, ils l’avaient prouvé en se portant au secours de leurs frères kurdes yézidis, abandonnés à la démence raciste des jihadistes par les peshmergas chargés de les protéger. A défaut d’être complètement démocratique, le mouvement kurde pro PKK montrait bien qu’il n’était pas sectaire (qu’il est laique  si on préfère) et qu’au-delà de celui de  Kurdes (sunnites) il était  bien devenu celui des minorités, sans doute plus seulement en Turquie et en Syrie.

 

Cette UNE du Spiegel, est une reconnaissance de leur résistance qui n’a donc rien d’étonnant. Plus questionnante est l’image qu’elle veut donner de cette résistance kurde à Kobane.

Ce qui frappe dans la composition de cette UNE,c’est naturellement la prédominance de l’élément féminin.La tragédie kurde est illustrée par des petites filles réfugiées, dont l’une est en  larmes. Le choix d’enfants en pleurs s’explique aisément. Ils sont sensés être des victimes plus innocentes que les adultes et plus sensibles qu’eux à la tragédie que les adultes. Ce qui est une idée fausse –  les rires d’enfants doivent continuer à retentir  dans les camps de réfugiés – mais que le lecteur est sensé partager.

On doit trouver des milliers de photos d’hommes les larmes aux yeux  tout aussi émouvantes. Pleurer n’est pas un signe de faiblesse pour un homme en Orient Seulement s’est une manifestation d’émotion et de « fragilité » réservée à la gente féminine en Allemagne. Ces petites filles en larmes représente  donc l’élément féminin, fragile et particulièrement  menacé, de l’image. Une image qui ne rompt pas avec celle régulièrement véhiculée par les médias turcs, comme occidentaux, de la femme kurde pliant sous le joug masculin, vivant sous la menace continuelle  d’être victime d’un crime d’honneur ou d’un mariage forcé et que « son papa refuse d’envoyer à l’école ».

 

En contraste avec cet « éternel féminin kurde », faible et menacé, se dresse en premier plan, dominant largement ses frères combattants, une jolie combattante YPG-J. Si mignonne qu’elle trouverait sa place comme figure de la femme kurde libérée (et citadine) dans un film d’Hineer Salem. Et que n’importe quel jeune Allemand serait flatté d’accompagner dans un restaurant chic de Berlin ou à un vernissage. Ce serait certainement moins le cas si, tout aussi brave, elle avait été moins jolie ou si elle avait porté le petit foulard que l’on voit porté par les combattantes kurdes sur bien d’autres images. Un foulard qui présente l’avantage de protéger du soleil. Et surtout de souligner l’implication du peuple dans la résistance kurde à Kobane. Ce sont les femmes du peuple qui portent ce genre foulard.

 

Accessoirement il éclipse pour un temps l’image de la guérilla HPG/ PKK(jamais foulardée) dont l’engagement n’est pas oublié lors des ses funérailles, quand elle tombe dans les rangs YPG-J. Mais le PKK est « classé organisation terroriste par etc etc… » Pas les YPG. Ce qui arrange bien tout le monde.

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Même la Superwoman YPJ porte un de ces petits foulard (aux couleurs kurdes bien sûr) qui semble  rebuter le Spiegel, sans doute car il est à l’antithèse de l’idée qu’on se fait en Allemagne de la femme libérée. Ceci est bien sûr valable pour la France, comme pour l’Occident en général, dont les magazines féminins s’amourachent de ces « superwomen kurdes ». Quant au peuple, que ce soit dans les vernissages de Berlin ou d’Istanbul, sa place est au mieux dans les vidéos. (Cela étant Der Spiegel voulait peut-être aussi  un peu embêté Recep Tayyip Erdogan, qui agace pas mal en Allemagne en affichant ainsi une combattante si semblable aux guérillas/ HPG PKK ).

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Les femmes représentent 35 % des troupes YPG, et la propagande/ communication du mouvement kurde est certes la première à utiliser leur image, à l’antithèse de celle de l’ Etat Islamique obsédé à cacher le corps des siennes et à violer celui des autres. Mais cette forte présence des femmes kurdes n’est pas une nouveauté au sein de la guérilla kurde. C’est une réalité depuis 30 ans et qui s’est accompagné d’une forte implication féminine dans le domaine politique : la parité est de mise au sein des partis et autres organisations du mouvement kurde pro PKK, de Turquie comme de Syrie. Et les femmes n’y sont pas des potiches.

« J’adore Selahattin Demirtas, il parle toujours d’une voix douce. Ce n’est pas comme nos femmes (du parti) : elles sont dures (çok sert) », me disait une adolescente de Hakkari  où le très populaire président du HDP est un des députés.

Ce sont les femmes de la famille qui me recevait que j’avais accompagnées à de grandes funérailles de sehit (martyrs) à Diyarbakir – 6 tombés le même jour. Leurs maris (militants au sein du parti légal kurde) évitent de s’y montrer à cause de procès (dosye) en cours. On avait déposé les enfants à l’école avant de rejoindre l’immense cortège.

Avant de sortir, elles avaient mis le foulard que la plupart des femmes portent après le mariage dans les milieux populaires de Diyarbakir.  Leurs belles-soeurs étudiantes en droit ou commerçantes n’en portent pas. Les unes ne sont pas moins acquises à la cause que les autres et n’ont pas moins leur mot à dire sur le sujet politique.

Parmi les nombreuses élues à la tête des municipalités kurdes (où la parité est de mise) quelques femmes le portent. Le Parti (kurde) n’en fait pas une question de principe à la différence du CHP (ses rares élues n’en portent pas) et de AKP  (dont les encore plus rarissimes élues en portent).

Le partage des tâches ménagères, par contre, autre symbole de la liberté féminine en Allemagne, ne m’a pas paru évident au sein des couples d’anciens guérillas/PKK que j’ai rencontrés. Après la kalachnikov  c’est souvent « le balai » pour la hevale (camarade), sauf quand une reconversion réussie au « paradis affairiste » du Kurdistan irakien permet de s’offrir les services d’une bonne – comme la plupart des femmes bourgeoises « libérées » de Berlin ou d’Istanbul. Mais à chacune de choisir le modèle et les priorités qui lui conviennent. Et ce n’est pas car une femme est une ménagère qu’elle est une « femme soumise »pour autant. De toute façon pour l’héroïne kurde de la UNE du Spiegel, la question ne se pose même pas. On ne l’imagine pas plus se tapant le ménage, que les « héroïnes kurdes libérées » des films de Hineer Salem.

 

Mais entre super nana qui « domine/s’écarte/ s’éloigne de ses frères combattants » (pour lui préférer l’irrésistible homme occidental?), digne de s’asseoir dans un salon berlinois et la victime écrasée par le malheur d’être née kurde ( et musulmane), c’est bien la sempiternelle image exotique de la femme kurde que cette UNE du Spiegel continue à véhiculer. Bien loin des réalités kurdes.

Et si cette focalisation des médias occidentaux sur la femme combattante kurde exaspère certains commentateurs turcs, la façon dont elle est traitée agace aussi dans les milieux kurdes.

Cela étant je ne préjuge pas ici de la qualité des articles de ce numéro du Spiegel, ni sur la façon dont la question kurde y est traitée, puisque je dois avouer que je ne les ai pas (encore) lus.

 

L’Etat islamique est entré à Sinjar, sa population yézidie en danger fuit dans la montagne.

Yézidis fuyant l'avancée EIIL Sinjar 3 août 2014

Depuis la prise de Mossoul par l’Etat Islamique  à la mi juin, les affrontements n’avaient jamais cessé dans la province de Ninive entre peshmergas et EI. Mais depuis quelques jours s’était devenu plus sérieux. Des dizaines de peshmergas ont été tués et il y a eu de nombreux blessés à Rabia  sur le seul poste frontière avec la Syrie qu’ils contrôlent.  Et malheureusement le pire vient d’arriver, les fous furieux islamiques viennent d’entrer dans la ville yézidie de  Sinjar (sur la frontière syrienne) , probablement avec le soutien de villageois sunnites de villages voisins . Ils contrôlent complètement la ville et de nombreux villages.

Il y aurait de nombreux tués parmi des villageois qui ont pris les armes pour se défendre. Et des dizaines de civils auraient été exécutés. Des enlèvement de  femmes et de jeunes filles sont rapportés.  Selon Rudaw, 11 villages shabaks, une autre minorité religieuse, auraient été détruits. Pour le moment on ignore ce que sont devenus près de 150 villageois.

 

Tombeau de S. Zeynep - chiite- détruit par EIIL 3 août 2014
Tombeau de S. Zeynep – chiite- détruit par EIIL 3 août 2014

Pour fêter leur prise, comme à leur habitude, les vandales de l’EIIL ont  commencé par des destructions de lieux sacrés.  Deux mausolées  sacrés shiites  ont volé en éclats en une matinée. Les lieux sacrés yézidis sont aussi menacés par cette  furie destructrice.

La population fuit en masse devant l’ avancée de l’EIIL  Des dizaines de milliers de personnes  se réfugient  dans la montagne, comme cela avait été le cas à de nombreuses reprises dans leur histoire.  Ceux qui le peuvent ont pris la route pour Dohouk.

Yézidis réfugiés dans la montagne image Ezidis presse

Il y a quoi s’affoler, tant cette  population est menacée.  Ces malades  exècrent les Yézidis  encore bien davantage que les Chrétiens. En 2007, ils avaient déjà été victimes du pire attentat jamais commis sur le sol irakien : 4 camions suicides avaient tué plusieurs centaines de personnes et fait d’innombrables blessés.  Et si plusieurs milliers de Chrétiens vivaient encore à Mossoul jusqu’à ce qu’EI décident de les chasser, les Yézidis avaient sans doute tous quitté la ville depuis longtemps, tant la présence des islamistes la leur avait rendu invivable.

Pour eux, comme pour les chiites, il n’y a pas d’alternative : c’est la conversion forcée ou la mort. La montagne yézidie de  Sinjar, comme je l’écrivais dans un précédent billet, avait  été le premier refuge des dizaines de milliers de Turkèmes chiites de Tal Afar à la mi juin, comme elle l’avait été un siècle plus tôt pour des Chrétiens échappant aux massacres.  La plupart ont du être transférés vers les camps de réfugiés de Kirkouk ou de Kerbala  Mais pour ceux qui devaient encore rester, comme pour ceux qui y vivaient déjà, le cauchemar recommence. En pire.

Cette carte en kurde divulguée par le mouvement « Sinjar is not alone »  permet de situer  la ville (Singal)  : Qamislo est au Kurdistan syrien (Rojava), Nisêbin (Nuseybin) au Kurdistan de Turquie,  Tel Afar a déjà été vidée de sa population turkmène chiite.

Sinjar is not alone.
Sinjar is not alone.

Apparemment EI a décidé de mettre le paquet pour prendre le contrôle total de toute la province de Ninive et notamment de la zone frontalière occidentale  avec la Syrie. Et ils sont très renforcés depuis qu’ils ont mis la main  sur l’armement ultra sophistiqué abandonné par l’armée irakienne – d’une façon quand-même étrange (ou du moins très questionnante). Ils auraient aussi recruté des « troupes » fraîches parmi les jeunes désœuvrés des quartiers populaires de Mossoul, qui à défaut d’être des combattants de qualité doivent faire de la  bonne chair à canon.

La situation est si dramatique, qu’à Rabia, les YPG/ PKK  ont  même franchi la frontière pour  prêter main forte aux peshmergas (PDK et PUK)  selon de nombreuses sources kurdes,.  Si pour  le moment le site Rudaw (pro barzaniste) ne relaie pas cette information, Basnews rapporte qu’effectivement peshmergas et YPG combattent bien ensemble, à Rabia et à  Zummar.

 

Peshmergas et PKK/ PYD à Rabia (Kurdistan irakien)
Peshmergas et PKK/ PYD à Rabia (Kurdistan irakien)

Les peshmergas sont des soldats  bien entraînés et courageux, mais pour beaucoup c’est le baptème du feu.  Les PKK ont l’habitude de combattre contre une armée aussi bien équipée que l’armée turque. Et pas besoin d’être apocu pour reconnaître qu’ils savent se battre. Des peshmergas, qui  avaient pourtant combattu contre eux lors des guerres fratricides dans les années 90,  m’avaient parlé de leurs anciens adversaires avec estime. D’ailleurs, après un séjour en prison bien plus bref que celui qu’endure un combattant pris les armes à la main en Turquie, beaucoup d’entre eux s’étaient engagés comme peshmergas et à ce titre certains ont déjà participé à la libération de Mossoul  qui était déjà tombée entre les mains des islamistes.

Il y a quelques jours, Massoud Barzani avait déclaré aux troupes qu’il inspectait sur la frontière que les peshmergas devaient se tenir prêts à aller soutenir Rojava, le Kurdistan syrien contrôlé par le PYD (proche du PKK).  L’armée loyaliste syrienne a déserté les postes qu’elle y tenait encore et  seuls les Kurdes, qui ont fait taire leurs divisions entre pro pro PKK et barzanistes,  et les milices chrétiennes s’affrontent dorénavant contre les jihadistes. Les YPG auraient pris le contrôle de la ville multi ethnique d’Hassakah, mais les combats continuent à faire rage dans le canton oriental de Cezire – violents combats à Qamilshi notamment –  comme à Kobanê. En un mois près de 700 combattants EIIl auraient été tués.

Les médias kurdes annonçaient aussi que la frontière entre le Kurdistan irakien et Rojava allait être réouverte à partir de lundi. Tout cela annonçait un net réchauffement des relations entre factions rivales ( qui à mon avis reflète aussi le souhait de la majorité de  leurs sympathisants respectifs).  Et il y avait  déjà coordination entre peshmergas et YPG pour  le contrôle du poste frontière de Rabia.  Mais pour aller jusqu’à se résoudre à ce que des combattants YPG  viennent combattre en territoire KRG,  la situation devait être dramatique. Elle devait déjà être grave pour que  peshmergas du PDK (Barzani) et du PUK (Talabani) qui restent rivaux,  combattent ensemble.

Des peshmergas blessés ont été évacués sur la ville kurde syrienne de Derik, où la population s’est précipitée en pleine nuit pour faire don de son sang.  Selon les images de la foule qui se presse à la porte des hôpitaux, ils devaient être nombreux. Hier, l’hôpital de Dohouk au Kurdistan irakien recevait aussi de nombreux blessés, combattants et aussi civils.

Comment Sinjar  où des troupes de peshmergas stationnaient depuis le 10 juin a-t-elle pu tomber si vite entre les mains de l’EI  ? Probable  qu’une partie de celles-ci avaient été renvoyées en renfort à Rabia et sur le petit champ pétrolier de Zumar où les confrontations font rage depuis 2 jours. Les peshmergas sont très occupés  aussi à défendre le grand barrage de Mossoul. Si EI mettait la main dessus ce serait extrêmement dangereux.

Mais on savait très bien les Yézidis  menacés. Sans doute n’ont-ils pas anticipé que les islamistes attaqueraient sur plusieurs fronts. Il est même possible que Zumar  n’était qu’une diversion et Sinjar le véritable objectif. Certaines sources évoquent un manque de munitions et surtout d’armes lourdes.  Ce qui paraît certain, c’est que des troupes présentes se sont  repliées laissant la population à elle-même, ce qui  a du l’ effarer autant que l’épouvanter.

 

YPG en route pour Sinjar

Certaines sources affirment que des YPG/ PKK rejoignent  Sinjar. Ce qui est très probable.  Déjà le mois dernier Karayilan avait annoncé que ses combattants HPG/PKK se tenaient  prêts à venir défendre la région.  En tout cas le compte Twitter de Redûr Xelîl , le commandant des YPG  qui est loin d’être un bavard, annonce qu’une collaboration est mise en place entre commandement  peshmerga et YPG .  Si cette collaboration se confirme, cela peut se comparer, toute proportion gardée, à  l’alliance entre résistance gaulliste et communiste pendant la seconde guerre mondiale. Je me permets cette comparaison uniquement pour faire comprendre l’importance de l’enjeu aux lecteurs non familiers avec les rivalités intra kurdes.

Peshmergas en route vers Sinjar

Des peshmergas sont aussi en route vers Sinjar rapportent les médias kurdes. Une contre-offensive est lancée .

Ces destructeurs de l’EIIL seront parvenus à unifier les factions kurdes, au moins pour un temps. Mais après avoir déjà  commis tant de massacres et de destructions, il ne faut pas qu’ils parviennent à détruire le Sinjar. Et les dizaines de milliers de civils réfugiés dans la montagne sont complètement démunis. Sans ravitaillement et surtout sans eau, alors que les températures y sont démentielles  en cette saison. Si l’Etat islamique n’est pas rapidement chassé, c’est une catastrophe humanitaire qui s’annonce. Pour éviter ce désastre une union sacrée entre les différentes factions kurdes paraît  indispensable.

Voici  une vidéo de la population en fuite émanant d’une source YPG. Des images comme on en a tant vues le mois dernier.  Comme toutes les images, elle demande à être confirmée  (par des lecteurs qui connaissent bien les dialectes locaux)  sur le lieu où elle a été prise.  Mais il y est bien question de Sinjar (Sengal).  Elle confirmerait aussi que les YPG sont bien présents à Sinjar ( comme l’indiquerait aussi cette vidéo)

A la mi-journée l’ONU annonçait le chiffre de 200 000 personnes fuyant leurs foyers la journée du 3 août  a en Irak, en immense majorité du Sinjar.

C’est aussi une alerte pour les alliés occidentaux des Kurdes . Il  faut cesser d’attendre que leurs combattants fassent des miracles. Ils ont face à eux des ennemis puissamment armés. Mais selon Rudaw, de l’armement viendrait d’arriver à Erbil.

 

Fête réligieuse yézidie à Lalesh kurdistan irakien. Image Ezidi press
Fête réligieuse yézidie à Lalesh kurdistan irakien. Image Ezidi press

J’avais assisté aux grandes festivités yézidies d’août en 2004  au temple de Lalesh. Mon plus extraordinaire souvenir de tous mes séjours au Kurdistan irakien.  La population y avait afflué de  toute la région. Plus tard j’ai rencontré des dignitaires de Sinjar chez le Mir Khamuran qui me recevait à chaque fois que je passais à Dohuk. Il m’avait dit en me présentant ses hôtes que les Yézidis de Sinjar  étaient gravement  menacés, déjà à l’époque. C’était  avant le massacre d’août 2007.  Là je les espérais protégés par les peshmergas, et j’en suis malade d’apprendre que les tueurs de l’EIIL sont chez eux. Comme en août 2007, ce n’est sans doute pas par hasard qu’ils ont choisi cette date pour s’en prendre aux Yézidis : elles allaient  bientôt commencer. 

Et la crainte monte que le temple de Lalesh à Dohuk soit l’objectif de cette offensive.

On peut suivre la situation sur ce site Yézidi (en allemand, mais il y a des pages en anglais et en kurmanci )

 

Le 4 août : Plusieurs enfants  et des personnes âgées auraient succombé  dans la montagne de Sinjar, où plus de 10 000 personnes auraient trouvé refuge,  rapportent  les médias kurdes. Les rumeurs d’enlèvements de jeunes femmes par  l’EIIL semblent se confirmer. Et on serait sans nouvelles de milliers de villageois dont les villages sont tombés aux mains de l’EI.

Avec tous ceux qui fuient aussi la ville de Zumar, ce sont 300 000 personnes qui auraient fui les avancées d’EIIL et les combats ce WE. Des routes auraient été ouvertes vers la Syrie (et donc le fossé creusé par le KRG comblé ces endroits). Des réfugiés sont accueillis à Rojava (Kurdistan) syriens où vivent aussi de nombreux Yézidis.

Depuis cette nuit (3 au 4 août) , forces d’élite peshmergas et YPG ont lancé une contre offensive et s’affrontent avec EI. Des civils armés d’armes légères continuent aussi à se battre.  Le PKK envoie aussi plusieurs centaines guerillas (HPG) selon des sources fiables. Ils seraient partis de Qandil. ll y a  donc bien union sacrée des Kurdes  contre EI pour sauver le Sinjar. (même si elle ne reste que  discrètement évoquée dans les médias kurdes proches du PDK )

La milice assyrienne de Rojava (et proche du PYD) Suroyo serait aussi au  Sinjar.L’aviation irakienne y bombarde des positions de EI.

Mais aucun combattant n’a encore atteint le Jebel de Sinjar où plus  10 000 Yézidis (bien davantage selon certaines estimations)  ont trouvé refuge. Du ravitaillement a été largué par voie aérienne. Mais ce mode de ravitaillement est  très aléatoire. Et par ces chaleurs ces populations  cernées par EI  ne tiendront pas longtemps sans eau !

Une image impressionnante de leur fuite vers de la montagne de Sinjar   se divulgue sur Twitter

Yézidis se réfugiant dans la montagne de Sinjar. 3 août 2014
Yézidis se réfugiant dans la montagne de Sinjar. 3 août 2014

 A suivre ICI

 

Le Kurdistan de Syrie (Rojava) menacé par l’EIIL : Appels à la mobilisation pour sauver Kobanê.

Kobanê juillet 2012 image yeni özgür politika

Il y a deux ans exactement, le 19 juillet 2012 le PYD, le parti kurde syrien frère du PKK, prenait le contrôle du canton kurde de Kobanê (700 000 habitants) – Ayn al Arab de son nom arabisé – avec l’accord tacite de Damas, qui en retirait ses troupes. Les deux autres cantons kurdes d’Afrin (à l’ouest) et de Cezire (à l’est), où l’armée gouvernementale conservait toujours une présence par contre, suivaient. Quelques mois plus tard, en novembre 2013, les trois entités territoriales qui composent Rojava, le Kurdistan syrien,  déclaraient leur autonomie sous l’égide du PYD.

Sur Rojava, je conseille l’article « le cavalier seul des Kurdes » publié sur le site Orient XXI en mars dernier. Il propose notamment une excellente carte qui permet de saisir la situation à ceux qui n’en sont pas familiers. Et bien meilleure que celle-ci, qui faute de mieux dépanne quand même :

carte rojava  districts kurdes syrie

J’étais chez un ami kurde fervent sympathisant de Barzani le 19 juillet 2012. Tout comme les membres de sa famille dont le cœur penche davantage pour Öcalan, les images des JT turcs montrant les foules qui se déversaient dans les rues de Kobanê, brandissant drapeaux kurdes et portraits d’Abdullah Öcalan l’avaient réjoui. Chez leurs sympathisants, le sentiment pro kurde l’emporte souvent sur les querelles entre factions.

Elles avaient  moins réjoui les autorités turques. D’autant que depuis l’attaque de Silvan, le 14 juillet 2011 dans laquelle 15 soldats de l’armée turque avait été tués et qui avait marqué la fin du cessez le feu suivi par le PKK (dans le cadre des négociations alors secrètes d’Oslo), la situation était « chaude » dans les provinces kurdes de Turquie. A Tatvan, où j’avais passé une nuit à l’automne suivant, en revenant d’Ercis qui venait d’être ravagée par un séisme, le gérant de la lokanta dont nous étions les seuls clients nous confiait que les gens n’osaient plus sortir le soir car « on ne sait pas ce qui peut arriver ». Et pas question d’aller faire un pique-nique à Yüksekova où je m’étais rendue pour Seker bayrami (fêtes de fin de Ramadan) en août 2012. On y disait que le PKK contrôlait la province d’Hakkari et avait à diverses reprises établi des check point en plein centre ville. En tout cas, ça bardait et le PKK y bénéficiait de la complicité, au moins tacite, de l’Iran voisine, alliée de Hafez el Assad, l’ennemi à abattre pour la Turquie.

Quelques mois plus tard  la Turquie entamait  un processus de paix avec le PKK, puis elle se résignait à discuter avec Salih Muslim le dirigeant du PYD syrien. Mais le blocage de la frontière avec les cantons kurdes qui avait mis un terme au petit commerce frontalier se poursuivait. Elle restait poreuse par contre pour les volontaires au jihad (EIIL et surtout Al Nosra) qui  allaient se confronter avec les YPG kurdes, même si la Turquie a quand-même décidé de fermer ses deux postes frontière, quand en janvier dernier les districts frontaliers avec la Turquie  de Tel Abyad (à l’est de Kobanê) et de Jarablus (à l’ouest) tombaient  entre les mains de l’EILL.

« L’attitude de l’AKP vis à vis de Rojava montre toutes les contradictions du processus de paix » twittait dernièrement le journaliste kurde Hamza Aktan. Un sentiment largement partagé au sein de l’électorat du parti pro kurde. Le blocage de la frontière et le creusement d’un fossé entre Rojava et le Kurdistan irakien avait aussi  terni l’image de Massoud Barzani près des sympathisants apocus, notamment ceux de  la jeune génération.

Malgré ce blocus étranglant l’économie  (de temps à autre allégé et qui doit avoir eu pour conséquence de faire flamber la contrebande et les prix) les cantons de Rojava avaient constitué une région relativement préservée des destructions et des massacres qui déchirent une grande partie du territoire syrien. Mais la prise de Mossoul par l’État Islamique de l’Irak et du Levant – EIIL  et ses alliés vient  de changer la donne.

Tanks EIIL près de la frontière turco syrienne Kobane - Urfa
Tanks EIIL près de la frontière turco syrienne Kobane – Urfa

Depuis le 2 juillet dernier, le canton de Kobanê – harcelé depuis plusieurs mois – est sous le feu d’une offensive d’envergure de l’EIIL renforcé par l’armement lourd abandonné par l’armée irakienne à Mossoul. Les combattant(e)s YPG, entraînés par des HPG (PKK) aguerris qui sont venus grossir leurs rangs, ont beau être autrement plus motivés que les troupes irakiennes l’étaient à Mossoul, ils n’ont pas l’armement dont disposent dorénavant leurs ennemis ou les pershmergas au Kurdistan irakien.

Des milliers de villageois se sont réfugiés dans la ville chef lieu de Kobanê, fuyant les villages menacés par l’avancée de l’EIIL qui s’est forgé sa réputation de cruauté en Syrie. Le massacre de villageois dont de très jeunes enfants sans doute pris par erreur pour des Yézidis en mai dernier (au moins 15  villageois ont été massacrés depuis) et les crucifixions publiques de sympathisants des PYD (taxés d’infidèles) dont les images sont divulguées sur les réseaux sociaux ont de quoi semer la terreur. Peut-être y avait-il des sympathisants d’autres factions kurdes aussi parmi ces suppliciés. Face à la gravité de situation, elles ont fait taire leurs divisions sur le terrain pour unir leurs forces, ce qui leur aurait permis de remporter la victoire lors d’une première contre-offensive.

On peut voir un reportage du journaliste Barzan Iso (en kurde sous titré en turc) dans un village de Kobanê  sur IMC-TV : ICI

Autre reportage ICI

 EIIL détient aussi toujours 133 étudiants de Kobanê, enlevés fin mai à des check point lorsqu’ils revenaient de passer des examens à Alep (certains ont 14 ans). Seuls une vingtaine auraient été libérés depuis, en échange probablement de la libération de 3  prisonniers.

Combattants YPG tués en juillet
Combattants YPG tués en juillet

 Même si l’ EIIL devrait avoir du mal à pouvoir  s’implanter durablement dans cette région qui lui est hostile, l’appel  lancé il y a quelques jours par un commandant  PYD « Ceci n’est pas un slogan : nous manquons d’armement, de munitions et de renforts » est alarmant . Les YPG accusent aussi l’EIIL d’user d’armes chimiques et en appellent à la communauté internationale. En attendant d’en savoir davantage, cela signifie que leurs pertes doivent être lourdes (plusieurs dizaines de tués déclarés).

Hakkari funérailles YPG Kapalak 11 juillet 2014
Funérailles à Hakkari de Fazıl Kapak (Kendal Devan) commandant YPG/HPG tué à Kobanê par EIIL- juillet 2014

Le 8 juillet, avait lieu à Hakkari les funérailles d’un commandant des HPG (PKK) tué à Kobanê. Il avait rejoint » la montagne » il y a 15 ans  et cela faisait un an qu’il combattait avec les YPG. Ce devait être un combattant très expérimenté pour avoir atteint ce grade au sein du PKK où on ne plaisante pas avec la formation militaire.

Öcalan :"J'appelle à la mobilisation pour Rojava contre les gangs"
Öcalan : »J’appelle à la mobilisation pour Rojava contre les gangs »

Après les responsables du KCK depuis Qandil, et les responsables politiques du HDP, c’est le leader du PKK Öcalan qui de sa prison d’Imrali vient de lancer un appel à la mobilisation des Kurdes de tout le Kurdistan (Syrie, Turquie, Irak et Iran) pour aller sauver Rojava. Et on peut être sûr qu’il va être entendu.

Massoud Barzani actuellement en visite à Ankara n’a pas fait de déclaration et les relations restent plutôt tendues malgré de récentes ouvertures entre le PKK et le PDK. Mais  le Parlement à Erbil vient de déclarer son soutien à Rojava. Encore trop tôt pour savoir s’il restera uniquement moral.

Barzani en visite à Ankara.
Barzani en visite à Ankara.

Il est probable qu’il ne sera pas seulement question de pétrole entre Erdogan et Barzani ( qui est accompagné de Karim Sinjari son ministre de l’intérieur). On y discutera aussi de L’EIIL qui retient en otage le personnel du consulat turc à Mossoul.

Certes, les relations des autorités AKP avec l’EIIL sont troubles. Les Kurdes les accusent de continuer à soutenir l’organisation islamiste (notamment d’avoir facilité le passage de jihadistes avant la chute de Mossoul ). Et les autorités turques sont restées bien muettes sur l’assaut de l’EIIL contre Kobanê, comme si ce qui se passe à leur frontière ne les concernaient pas.

EIIL en Syrie et en Irak Juillet 2014
EIIL en Syrie et en Irak Juillet 2014

Mais le contrôle par l’Armée Islamique d’un grande partie déjà de la frontière turco syrienne doit probablement (logiquement ?) les inquiéter. Et c »est toute la haute Mésopotamie, de plusieurs barrages sur l’Euphrate et de l’ensemble du pétrole syrien (qu’il contrôle déjà en partie, le reste étant dans les mains du PYD) ainsi que la jonction d’un large territoire syrien avec le tout nouveau « califat islamique » irakien  que risquerait d’entraîner à terme la prise de Kobanê . L’armée turque vient de se renforcer à Urfa sur la frontière avec le canton kurde. Ce n’est sans doute pas pour y prêter main forte à l’État Islamique.

YPG blessé soigné Urfa juillet2014
YPG blessé à Kobani soigné dans un hôpital à Urfa (Turquie)

En tout cas, alors que les Kurdes (et pas seulement eux) accusent régulièrement les postes frontières de cette province de permettre le passage d’ambulances convoyant des blessés jihadistes (vidéo ici )vers les hôpitaux de la province – même chose à Hatay –  dorénavant c’est pour les blessés YPG qui sont soignés à leur tour dans les hôpitaux publics d’Urfa , que s’ouvre celui du district de Suruç, frontalier avec Kobanê. Plusieurs blessés ont témoigné à des journalistes de la violences des confrontations.

 Il n’y a pas du avoir beaucoup de combattants PKK blessés  à se faire soigner  dans les hôpitaux publics du pays ces dernières décennies ( des malades peut-être depuis le début du processus de paix ?) Et entre YPG et PKK la nuance est de plus en plus mince.

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Camion IHH distribuant aide alimentaire à Rojava pour la première fois

Il y a quelques jours c’est aussi ce poste frontière que franchissaient les 13 camions pour Kobanê sur les 27 affrétés par IHH (l’association humanitaire islamiste, proche de l’AKP, célèbre depuis le Mavi Marmara et parfois accusée de venir en aide aux factions jihadistes)  qui pour la première fois allait ravitailler les trois cantons de Rojava.

Il s’agit peut-être juste de donner des gages à l’électorat kurde pro PKK, que l’AKP ne peut pas se permettre de se mettre à dos en cas de second tour à l’élection présidentielle. Mais je ne serais pas outre-mesure étonnée que l’appel d’Öcalan à la mobilisation générale fasse aussi l’affaire de ses principaux interlocuteurs turcs à Imrali. D’autant que l’ASL, l’armée syrienne libre (très soutenue par la Turquie) a déclaré soutenir les YPG et que des combats ont eu lieu à proximité de l’enclave turque de Süleyman Şah.

En 2004 j’affirmais aussi que le Kurdistan irakien dont personne n’aurait osé écrire le nom dans un journal turc (ni moi le prononcer à la frontière côté turc !)  était bien utile pour protéger la Turquie du bourbier dans lequel sombrait le reste de l’Irak. Mais j’ignore qui reste le principal ennemi (ou le plus menaçant) pour les autorités turques : Hafez el Assad  dont l’aviation bombarderait des positions de l’EIIL près de Qamishli dans le canton kurde de Cezire,  ou le « Calife » de Mossoul.

Quant au PYD/ PKK, s’il avait accepté de se retourner contre Assad comme la Turquie le souhaitait, cela fait sans doute un bail que le processus de paix aurait décollé.

Dans les cantons de Rojava, il semble que c’est la mobilisation générale. Les combattantes des YPG, porteuses d’une » image de modernité » à l’antipode de celle véhiculée par les combattants jihadistes, sont déjà célèbres (c’est tout juste si les médias qui couvrent la région ne donnent pas l’impression  qu’il n’y aurait  que des femmes dans les YPG).

YPG combattantes
Combattantes kurdes YPG

Mais dorénavant les médias sociaux véhiculent aussi des images moins habituelles de villageoises beaucoup moins jeunes ayant pris les armes, chargées de montrer l’ampleur de la mobilisation populaire.

Villageoises kurdes  Kobanê  juillet 2014
Villageoises kurdes ayant pris les armes, Kobanê juillet 2014

Dans le canton de Cezire  un service militaire obligatoire pour tous les jeunes entre 18 et 30 ans (avec des dérogations) vient d’être instauré. Quelques semaines auparavant, les YPG signaient à leur tour (le PKK l’a fait il y a quelques mois) l’appel de Genève prohibant  l’engagement de combattants mineurs dans des conflits armés et l’emploi de mines antipersonnel. Un engagement qui risque d’être difficile à appliquer strictement dans les villages assiégés où les villageois prêtent main forte aux YPG.

Mais c’est une vraie avancée, qui va aussi permettre de distinguer les YPG dans le(s) conflit syrien . Il y a peu, les médias turcs révélaient qu’un gamin turc  de 14 ans qui avait pu franchir la frontière en versant 20 TL (7 euros) à des contrebandiers ( il venait d’Ankara, comment les avaient-ils déniché ces contrebandiers ?) était soigné dans un hôpital d’Urfa après avoir été blessé dans les rangs de l’EIIL.

Province d'Urfa. Manifestation de solidarité sur la frontière  avec Kobane
Province d’Urfa. Manifestation de solidarité sur la frontière avec Kobane

Chez les Kurdes de Turquie, c’est la mobilisation pour Kobanê.  Depuis le 9 juin le  HDP a implanté un camp de tentes sur la frontière (Bilecik/Urfa). Des Kurdes d’Urfa y manifestent leur soutien à leurs cousins, belle-soeurs ou beau-frères  qui vivent  de l’autre côté de ce rideau de fer.

Le 14 et le 15 juillet  des  sympathisants venant de 7 provinces y sont attendus. Des artistes, comme les Kardes Türküler ou Fehrat Tûnç se rendent aussi sur la frontière  pour y manifester leur soutien. Pour ceux qui lisent le turc, comme d’habitude je conseille de lire les commentaires des lecteurs sur l’article que les Sanliurfa.com consacrent à cette mobilisation.

Suruç Urfa soutien aux YPG et Rojava kobani
Des Kurdes d’Urfa s’en prennent à la frontière qui les séparent de Kobanê (Kurdistan de Syrie).

Les leaders du mouvement kurde appellent à faire tomber cette frontière et à permettre aux Kurdes  de Turquie d’aller soutenir leurs cousins  à  Kobanê.  Mais c’est aussi  la division entre Kurdistan de Syrie et de Turquie (Ouest et Nord comme disent les militants) que ces hommes sont en train de faire tomber.

frontière syrienne Birecik  Kobane
Après avoir franchi la frontière syrienne, ce monsieur va revenir à Urfa Birecik
Par contre ces garçons vont filer vers Kobane
Par contre ces garçons vont filer vers Kobane

On peut voir ces personnes  franchissant la frontière sur la vidéo : ICI

 Les volontaires n’ont pas attendu le démontage du mur de barbelés. Si le phénomène n’est pas nouveau, ces derniers jours des dizaines de Kurdes de Turquie l’auraient déjà franchie clandestinement. Comme tous les nouveaux mobilisés, ils partent au combat après 15 jours de formation pour ceux qui en ont besoin – pas pour les PKK qui rejoignent certainement Kobanê en nombre, ni sans doute pour les militants déjà formés en Turquie ces derniers mois. Et il est probable que durant ces deux journées de mobilisation beaucoup d’autres partent les rejoindre.

Il y a quelques jours le journaliste Barzan Iso twittait de Kobanê « Kobanê ne peut compter que sur le Nord (Kurdistan de Turquie) ». Effectivement, il peut compter sur sa solidarité.

réfugiés kurdes syriens kobanê juillet 2014
Réfugiés de Kobanê arrivant à Urfa

Dans l’autre sens, ce sont de nouveaux réfugiés qui la franchissent. Dans la province d’Urfa, ils sont déjà plus de 200 000. Et la question des réfugiés, dont les pays de l’UE se contrefichent (sauf pour les empêcher d’entrer) doit aussi  préoccuper les autorités turques et celles du Kurdistan  d’Irak.

Plus tard : Et effectivement des centaines de volontaires Kurdes ont franchi la frontière à Urfa pour rejoindre les YPG de Kobanê  entre le 14 et le 15 . Et  sans discrétion, ce mouvement a été salué par des feux d’artifices  comme on voit sur  la vidéo de  l‘article des Sanliurfa.com.  Près d’un millier de Kurdes de Turquie avaient auparavant déjà rejoint les YPG, selon les chiffres qui viennent seulement d’être divulgués sur les médias turcs.

Les autorités turques sont-elles contraintes de  laisser faire  pour éviter de faire exploser le processus de paix (ce n’est pas le moment !) ? Ou est-ce que cela les arrange maintenant que les YPG/PKK risquent leur peau pour contenir l’avancée de l’Etat Islamique qu’elles ont pourtant utilisé contre ces mêmes YPG ?

Erbil frappé par un attentat au lendemain des élections législatives (6 morts et des dizaines de blessés)

A une époque j’admirais le courage dont faisaient preuve ceux qui formaient de longues files d’attente devant les services de recrutement de la police à Erbil. Ils étaient régulièrement la cible d’attentats. Mais cela faisait des années, depuis 2007 plus exactement, que le Kurdistan irakien était préservé des attentats qui frappent régulièrement les régions d’Irak voisines, assurant ainsi la tranquillité  à  ses habitants et aux nombreux investisseurs qui se précipitent vers ce havre de paix, grandes compagnies pétrolières comme Exxon ou Total en tête.

Mais dimanche 29 septembre,  en début d’après midi, la capitale de la région autonome était frappée par un violent attentat qui visait à nouveau les forces de sécurité, tuant 6 personnes (11 en comprenant les membres du commando suicide) et faisant plus de 60 blessés, dont 42   membres des forces de sécurité. 2 des blessés les plus gravement atteints ont été transférés vers des hôpitaux de Turquie.

Une attaque qui devait rien à l’improvisation. Selon le journal kurde Rudaw, dimanche en début d’après-midi une fourgonnette a tenté de s’introduire de force dans l’enceinte du quartier général  des services de sécurité  (Asayis). Le chauffeur a actionné un  détonateur avant  que les gardes qui surveillent l’entrée ne l’abattent. Quatre autres membres du commando suicide, armés de fusils et de grenades ont alors tenté à leur tour de s’introduire dans le bâtiment avant d’être à leur tour abattus par des gardes (à moins que ce ne soit en se faisant exploser, selon les sources).

A la suite de cette attaque  toute la région était en alerte et des checkpoints étaient installés un peu partout.

Ce n’est sans doute pas un hasard si cette attaque très soigneusement préparée a eu lieu exactement une semaine après les élections législatives au Kurdistan. Des élections dont sans grande surprise le KDP, le parti de l’actuel président de la région, Mustafa Barzani, est sorti vainqueur remportant 719 000 voix  (38,3%), ce qui devrait lui permettre d’obtenir 8 sièges supplémentaires ). Son grand rival UPK (Yetiki) dont le leader Jelal Talabani « absent » depuis de longs mois de la scène politique pour des raisons graves de santé, n’est arrivé  qu’en 3ème position avec 324 000 voix (17,2%) . Gorran, le petit nouveau fondé en 2009 à la suite d’une scission au sein de l’UPK  occupe la seconde position avec 446 000 voix (23,7%) , mais perdrait un siège. De petits partis religieux se partagent les autres voix (l’Union islamique kurde avec 178 600 voix – 9,5%- et  la Communauté islamique kurde avec 113 000 voix, soit 6% des suffrages), ainsi que les minorités turkmène  ( 5 listes turkmènes se sont partagées 8000 suffrages, bien en deçà  du nombre de votants turkmènes qui ont donc préféré voter pour des listes non ethniques ) et chrétiennes auxquelles 11 sièges sur les 111 que compte l’Assemblée sont réservés.

Pour le moment l’attentat n’a toujours pas été revendiqué, même si certains n’ont pas tardé à y  voir la signature d’ISIS (Islamic State of Irak and great Syria) , un groupe  de la mouvance d’Al Qaida, qui combat aussi  en Syrie notamment contre les Kurdes du PYD (la branche syrienne du PKK).. Cela étant entre le PYD de Salih Muslim et le KDP de Mustafa Barzani les relations  ne sont pas des plus cordiales , c’est le moins qu’on puisse dire.  Dernièrement la fameuse grande conférence kurde qui devait initialement se dérouler mi août a été à nouveau repoussé à la mi novembre.

Et ISIS n’est pas la seule organisation islamiste violente présente en Irak et au Kurdistan irakien. En 2004, pour la fête de l’Aïd,  2  attentats d’ Ansar Al Sunna (un avatar d’Ansar al Islam)  contre les sièges des deux principaux partis kurdes avaient fait 105 morts à Erbil. Et jusqu’en 2007, d’autres  organisations de la même mouvance ont été responsables d’ attentats dans la région.

Ces dernières années le Kurdistan était « une oasis de paix » alors que la  violence est en recrudescence dans le reste de l’Irak et notamment dans les villes voisines de Mosoul et de Kirkouk.  Et ce n’est certes pas un attentat, aussi violent soit-il, qui suffit à changer la donne. Mais difficile de rester un havre de paix quand le reste de la région s’embrase.